‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 15 sur 30 · N A.PLES. I · texte numérisé non relu

N A.PLES. I

de son fils , dont il était encore ministre, s’opposa à cette innovation. Il fut persécuté et renvoyé; car les cours de Vienne, de Madrid et de Versailles soutenaient la reine. Depuis ce moment le gouvernement de Naples, toujours purement et franchement despotique, prit un caractère de tyrannie orientale; et quoiqu’il y eût une forme de conseil (composé de six conseillers et de six secrétaires d’état), l’avis de ces jouets de cour était rarement suivi, et les affaires de la nation et ses relations avec l’Europe étaient discutées et décidées dans le cabinet de toilette de la reine. Zambuca, l’un des secrétaires d’état, assistait quelquefois aux délibérations; le roi y était aussi occasionnellement présent; mais l’âme de ce divan diplomatique était Acton , ministre de la guerre et de la marine, favori du roi, et qui était pour la reine tout ce que pouvait être un homme qui servait d’agent à son ambition politique, à celle qui mettait son pouvoir comme souveraine, même au-dessus de ses triomphes comme femme. John Acton , fils d’un médecin anglais, établi dans le midi de la France, et petit-fils d’un baronnet anglais, était un aventurier politique dans toute l'étendue du mot. N’appartenant à aucun pays, n’étant attaché à aucun

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système , n’ayant ni principes de conduite, ni expériences, ni lumières, sans caractère et sans passions, il devint ministre par hasard (1), et il ne soutint point la cause de la tyrannie par l’effet de notions précédemment empreintes dans son esprit, mais parce qu'elle le conduisait par un chemin rapide à un pouvoir permanent et personnel. Recommandé au roi de Naples par le duc de Toscane , à qui il avait rendu quelques services maritimes , il fut employé par le premier à créer une marine capable de résister aux pirates barbaresques ( les ennemis naturels de ces côtes). Il excéda sa mission au point de ruiner les finances de l’état, en créant une marine inutile et extravagante, et une puissante armée de terre dans un temps de profonde paix. Au moment où les dépenses de la cour et la mauvaise administration des affaires publiques avaient presque amené une

(1) On dit qu’il était complètement dénué de talons, et incapable d’avoir des vues qui s’étendissent au-delà des occurrences journalières. «Non aveva altro talento « ( dit Cocco ) che la scelleragine ; sarebbe mille volte « caduto se avesse avuto in fronte un altro scellerato. >» « Il n’avait d’autre talent que la scélératesse , et il serait tombé mille fois s’il s’était rencontré un autre scélérat pour lui faire tête. i>

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banqueroute, les efforts maladroits d’Acton pour couvrir ses folles prodigalités (i) , avec

(1) Les dons annuels ne suffisant plus pour les besoins de l’état , furent suivis d’opérations de banque. Il y avait sept banques privées à Naples , qui possédaient un capital de 1 3,ooo,ooo de dollars auquel la nation en avait confié encore 24,000,000. Jusqu’en 1793 le dépôt avait ete sacré , mais alors la reine réussit à convertir ces banques privées en banques du gouvernement, pour se donner le moyen de pensionner ses favoris sur ces établissemens, de prêter de l’argent à ses protégés , et de fournir des sommes considérables à Acton dans ses projets extravagans. Ainsi commencèrent une suite de transactions iniques, qui ne pouvaient être effectuées que sous un gouvernement despotique j elles furent accompagnées de la soustraction du capital , et quand il fut épuisé , de la fabrication de trente-cinq millions de papier-monnaie qui n’était garanti par aucune propriété. Le papier tomba graduellement jusqu’à deux tiers de sa valeur nominale , et l’agio s’accrut par les opérations de la cour, qui continua à vendre de nouveaux papiers pour toutes les sommes qu’elle pouvait recueillir. Pour remédier au mal la cour appliqua trop tard les propriétés allodiales de la couronne; mais elles ne pouvaient être vendues avec assez de facilité, et n’étaient pas en assez grande quantité pour couvrir la dette. Une partie des biens ecclésiastiques fut aussi vendue , et douze millions cinq cent mille ducats de papier ainsi rachetés, étant remis immédiatement en circulation , la dette se trouva doublée. Un acte de fraude personnelle de la reine mérite d’être rapporté. Ayant levé une taxe de trois

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les deniers de sa nation, ne servirent qu’à ajouter aux embarras des finances royales. Le premier moyen de séduction qu’il employa auprès de la reine, fut une indifférence apparente pour des charmes auxquels personne n’avait paru insensible , excepté lui, dans la cour sybarite de son époux (i). Le second était sa qualité d’étranger, et sa coïncidence réelle ou affectée dans sa haine profonde, son mépris invétéré pour le peuple sur lequel elle régnait. Par leur

cent mille ducats, pour ouvrir des roules dans l’intérêt du commerce, on paya cet impôt avec joie; mais elle prit l’argent, et les routes ne furent jamais construites : telle était la fille de Marie-Thérèse.

(i) La princesse***, ancienne amie de la reine, et l’une des premières dames de sa cour, m’a assuré qu’elle avait Vu naître la passion de la reine pour Aclon , et qu’elle croyait pouvoir l’attribuer à son insensibilité naturelle pour les charmes féminins : sa figure sans expression était aussi froide que son cœur ; et quand la reine s’adressait à lui dans son cercle, il était le seul dont l’œil n’étincelait pas de joie à cette distinction. Piquée au jeu , elle commença à mettre en œuvre tout l’art de la coquetterie , art dans lequel elle était adepte 5 et Acton , flatté sans être subjugué, allait céder à la séduction, quand un ami lui suggéra que s’il se soumettait à son empire, au lieu d’être souverain il ne serait qu’un des mille et un de la reine : il profita de l’avertissement , et la reine, peu accoutumée à une semblable cruauté, devint toujours plus dévouée à mesure qu’il lui restait moins d’es-

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influence, la cour et tous les emplois de l’État furent inondés d’étrangers, et le mérite national était trop heureux d’échapper à la persécution en se vouant à l’oubli. Les produits des manufactures anglaises , allemandes et françaises, étaient substitués à ceux de l’industrie nationale. Les Anglais étaient invités à la cour, dont les Napolitains étaient bannis. Le français devint la langue des cercles distingués; les modes françaises remplacèrent le costume napolitain , et les auteurs français étaient tellement préférés aux écrivains italiens , que lire le Tasse ou l’Arioste, était considéré comme une marque d’éducation et de goût vulgaires. Mais en introdu isant la littérature française, les habitudes et les modes françaises , la reine et Aclon ne voyaient pas qu’ils ouvraient le chemin à ces principes français qui devaient bientôt troubler leur repos ; et quand il s’aperçurent que l’épidémie révolutionnaire avait déjà gagné la banlieue de la cour, ils regardèrent cela comme un événement inattendu et surprenant, et ne virent point qu eux-mêmes avaient donné les

pérance; enfin elle se compromit tout-à-fait en écrivant à cet Adonis ministériel. Depuis ce moment elle devint son esclave, et le roi, par elle, n’était plus que l’agent de ses plans, qui aboutirent presque à la ruine de tous, mais surtout à celle du peuple malheureux et opprime.

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moyens par lesquels le miracle s’était opéré. Cependant, quand Acton trouva un rival dans l’un de ceux que l’on soupçonnait de principes libéraux, il étouffa dans son berceau la préférence qui commençait à naître , en cherchant à perdre celui qui en était l’objet. Le jeune Medici (i) , accusé de jacobinisme par le ministre auquel il devait succéder un jour, lut jeté dans les cachots d’une prison d’état par celui qui voulait surtout l’éloigner de la présence royale. La reine, et par son caractère et par son éducation, était livrée à la défiance; et Acton, maître de toutes ses passions, sut découvrir celle qui dominait en elle, et en fit l’instrument d’une influence que son cœur léger aurait bientôt cessé de reconnaître. Mille personnes innocentes ont été condamnées à souffrir ou à mourir pour qu il put conserver son ascendant ; car c’était le modèle abstrait de ces ministres qu’aucun crime n’arrète quand il s’agit de conserver leur pouvoir.

La révolution française avait déjà commencé , quand quelques jeunes gens à la mode prirent l’habitude de se promener à cheval au

(i) Le comte de Medici , favori et premier ministre de Ferdinand iv en 1820; mais qui n’est plus soupçonné de jacobinisme, même par les plus furieux ultras.

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cours ; et l’on ne passait point pour un homme du bon genre à Naples , si l’on n’était point vu à Chiaia far il corso a cavallo. Cette innovation , qui s’éloignait de l’ancien usage efféminé des promenades en voitures , fut convertie par Acton en attentat politique; et il persuada la reine que cette pratique était un renouvellement des jeux olympiques. Aussitôt son imagination prit l’alarme , et l’on ordonna à la police de surveiller les mouvemens des jeunes imitateurs de l’antiquité républicaine. Il était devenu de mode de lire les journaux français et de suivre les progrès des événemens qui y étaient détaillés: leur contenu, discuté dans la loge d’une maîtresse le soir à l’Opéra, ou commenté avec un valet de chambre pendant qu’o, . était le matin entre les mains de son perruquier , devinre une nouvelle matière de suspicion. De tels faits, recueillis par les espions gagés de la reine et exagérés au roi, furent bientôt considérés comme des sujets d’accusation contre les jeunes étourdis qui, à leur grand étonnement, et à celui de leurs parens et amis, se trouvèrent sous une accusation de haute trahison. On créa un tribunal terrible, sous le nom de Giunta di stato , pour juger les délinquans. Le caractère bien connu de quelques-uns de ces inquisiteurs,

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alarma ceux qui avaient plus de probité, et qu’on avait associés avec eux. Plusieurs des magistrats les plus sages , tremblant sur le sort des accusés, tâchèrent de se jeter entre les ministres et le souverain, et de lui prouver que le mot de trahison ne pouvait s’appliquer à des jeunes gens, dont la langue imprudente était une preuve de légèreté et non de conspiration. La reine, cependant, était victime de ses craintes et de ses préjugés. La haine qu’elle avait inspirée était augmentée à ses yeux par ses conseillers ; et se croyant dévouée à la vengeance nationale , elle résolut de punir les ennemis que sa conscience et son imagination troublée avaient évoqués. Quiconque essayait de lui prouver la fidélité de ses sujets, encourait son animadversion : elle avait soif de sang; et ses ministres, qui régnaient par ses terreurs, se hâtèrent de la satisfaire jusqu’à la satiété.

La Giunta siégea enfin pour prononcer les jugemens, et trois malheureux jeunes gens, choisis pour victimes après une ombre de procès, furent condamnés à mort sur les charges les plus frivoles et les plus mal fondées. Le jour de l'exécution fut un jour de deuil pour les Napolitains, et de frayeur pour leurs souverains. Le rapport d’un soulèvement général pour les sauver , jeta l’a-

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larme dans le palais, et des troupes parcourant tous les quartiers , donnèrent à la capitale l’aspect d’une garnison. Deux de ces jeunes gens furent exécutés en présence du troisième, le jeune et brave Emmanuel di Deo : comme il montait sur l’échafaud, on lui offrit de lui donner la vie, s’il voulait découvrir le reste de ses complices ; il répondit courageusement qu’il préférait la mort à l’infamie, et qu’il n’avait rien à révéler. Cette réponse décida son sort , et la mort fut le prix de sa généreuse intrépidité. Les germes de défiance entre le souverain et les plus éclairés de ses sujets, furent alors profondément plantés pour n’ètre jamais déracinés ; et ceux qui avaient si long- temps inspiré la crainte et la haine à leurs gouvernemens, apprirent à leur tour à craindre et à détester. La première Giunta ayant accompli son oeuvre de sang, elle fut dissoute ; et l’on créa bientôt une nouvelle conspiration pour donner prétexte à l’organisation d’une autre inquisition d’un caractère plus terrible. Ce tribunal était composé d’hommes dont les noms font encore frémir les Napolitains : Castel-Cicala , Yanni et Guidobaldi. Vanni , le principal inquisiteur, conduisit les affaires sous la direction d’Acton. Les conspirations se multiplièrent avec les

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