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une révolution , aucun plan de gouvernement n’avait été arreté. Les Français entrèrent à Naples, le 22 janvier, et vingt-cinq personnes formées en six comités, furent mises à la tète de l’administration. Les griefs, suites naturelles de cet ordre de choses, se multiplièrent rapidement, augmentèrent le nombre des mécontens, et divisèrent le pays entre l’armée française et le peuple insurgé. Le corps de la nation, attaché aux formes et aux fêtes de sa religion, était indifférent à ses dogmes, ou les ignorait; et le clergé, déjà en guerre avec la cour de Rome pour le recouvrement des libertés de l’Église nationale, n’était pas tout-à-fait adverse à certaines réformes (1); mais l’affaire
(1) Immédiatement avant la révolution, les prétentions féodales du pape sur le royaume de Naples avaient été vigoureusement repoussées, et la haquenée annuellement offerte avait été refusée. Parmi les écrivains les plus habiles qui ont écrit à celte époque contre les usurpations du saint-siège , était l'archevêque maintenant V ex-archevêque de Tarente , homme d’état éclairé , qui joint la politesse du grand monde à un savoir dirigé par le goût. Son ouvrage lui attira la malveillance de la cour de Rome ; et le pape, pour lui montrer son méconten temcnt, négligea de renvoyer quelques dispenses de formes que l’archevêque avait demandées ex ojjicio. Après une seconde demande , l’indépendant théologien déclara qu’ayant le droit canonique de donner lui-même
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fut confiée à des agens subalternes, et poursuivie avec une violence et des spoliations qui indisposèrent toutes les classes. La suppression des droits féodaux et des tribunaux provinciaux laissa huit ou dix mille personnes sans emploi (les armigeri attachés aux barons et à leurs cours); et l’on ne pensa point à pourvoir à leur existence : ils se joignirent immédiatement aux insurgés. On fit une proclamation extravagante, par laquelle on déclarait que cegx qui avaient servi un tyran n avaient rien à espérer d'une république ; et cela ajouta encore un grand nombre de familles aux partisans du roi. Les deux millions et demi, levés par le général français Championet, et les quinze millions imposés sur les provinces , furent distribués entre les contribuables, en ayant égard aux opinions plutôt qu’à la fortune; et l’on prenait les diamans et les bijoux quand on ne trouvait point d’argent. Le territoire fut divisé en départemens en contraste avec la géographie établie; et des commissions démocratiques errantes heurtaient tous les préjugés, et blessaient tous les inté-
pes actes, comme archevêque, il avait l’intention d’user de ce droit; et les papiers demandés arrivèrent par le retour du courrier.
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rets. Cependant la république effectua quelques changemens avantageux. Dans l’espace de cinq mois les revenus de deux provinces seules servirent à éteindre un million cinq cent mille ducats de dettes ; mais le malheureux état auquel le peuple avait été réduit par l’effet d’ un si long despotisme se montra pendant tout le progrès de leur révolution.
Le petit nombre de Français occupant Naples, et la multiplicité des causes de mécontentement, donnèrent naissance aux insurrections dans les Àbruzzes, Sora et Castel Forte. Cette révolte instiguée par la cour de Palerme, fut mise sous la direction d’un prêtre calabrois, le trop fameuxcardinal Ruffo, qui, connaissant le caractère et le dialecte des habitans de la Calabre, parcourut leurs montagnes et sonna le tocsin de cette réaction terrible, sans parallèle dans les annales de l’humanité. Mais jusque dans ces solitudes reculées, ce prêtre guerrier trouva les sauvages liabitans divisés en roya-* listes et en républicains, et capables de se former des opinions et de les défendre. Le succès finit cependant par couronner ses efforts. Altamura , une ville tenue par les républicains, fut prise et saccagée; et les morts et les mourans étaient jetés dans le feu et brûlés en j^résence du cardinal, Les Français se retiré-
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rent à la fin , et les forts de Naples ( après que les patriotes eurent été défaits par Ruffo et sa bande de brigands sur le pont Maddelena) furent rendus d’après la fameuse capitulation, à Ruffo, à Micheroux, et aux commandans des flottes turque et anglaise.
Ce traité (comme on ne le sait que trop bien ) a été indignement violé par lord Nelson , sous l’influence de lady Hamilton et à la prière de la reine. Trente mille personnes furent arrêtées (i); et la junte formée pour les juger n’étant pas trouvée assez sévère dans les punitions qu elle infligeait à ceux qui avaient adhéré à la république , fut éliminée. Guidobaldo, pour épargner le trésor public, prit de nouveaux arrangemens avec le bourreau, qui ne fut plus payé comme auparavant, à six ducats par tète (2) , mais à tant par mois. Par
(x) En parlant de cette affreuse époque, le comte Orloff dit dans son admirable ouvrage sur Naples : « U approche le dénoûment de l’un des plus déplorables drames politiques dont l’Italie ait ete le théâtre. » {Mémoires historiques, etc. du comte Grégoire Orloff.)
(2) Il n’y avait plus dans cette grande cité que deux classes d’habitans, des bourreaux et des victimes. Ceuxci étaien t déchirés en lambeaux par une toule de cannibales qui dévoraient leurs chairs palpitantes. D autres, après avoir été traînés dans les rues, étaient jetes, ou
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une loi ex post facto , tous ceux qui avaient occupé des places sous la république, ceux qui avaient chassé les lazzaroni du fort Saint- Elme, ou combattu à Capoue, ceux qui s’étaient opposés au cardinal Ruffo , ou qui avaient aidé (au nombre de i5,ooo) à élever le pavillon national sur le largo Santo-Spirito , à la vue des vaisseaux anglais, quand la statue de Charles ni fut renversée; ceux qui avaient contribué à la fête nationale, où les drapeaux anglais et ceux du roi furent déchirés; ceux qui, en parlant ou en écrivant, avaient offensé la famille royale ou montré par des actes quelconques leur attachement à la république, furent tous condamnés à mort. Par cet acte, madame San-Felice fut exécutée au bout d’un an , pour avoir empêché les massacres, en révélant une conspiration royaliste. Les listes de proscription étaient envoyées de Palerme , par la reine. Toutes les formes judiciaires étaient
morts, ou mourans , dans les bûchers allumés sur les places publiques. [Mémoires historiques, etc. du comte Grégoire OrlofF.)
Ces horreurs presque incroyables relatées par le comte OrlofF, sont si loin d’être exagérées, qu’on nous a assuré qu’elles étaient encore au-dessous de la vérité; et que cent mille personnes actuellement existant à Naples en ont été témoins.
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violées, tous les moyens de défense étaient refusés : des enfans de douze ans furent mis à mort par cette loi, et ceux qui étaient acquittés par la junte, étaient souvent exécutés par ordre du roi. (i)
(i) Plusieurs traits héroïques ont été remarqués pendant cette violation détestable de la foi publique. Cerillo, quand on lui demanda sa profession , répondit « médecin. — Qu’avez-vous été sous la république? — représentant du peuple. — Et maintenant en ma présence qu’est-ce que vous êtes (lui dit Speziale , le féroce ministre de la police)? — In faccio a te ( dit Cerillo) , un eroe. «Devant toi, je suis un héros.» Manthone répondait à toutes les questions , J’ai capitulé , et si cette défense ne suffit pas, je rougirais d’en offrir une autre. On trouva le jeune Vitagliani jouant de la guitare dans son cachot , quand on alla lui annoncer sa condamnation • et il continua de jouer jusqu’au moment ou on le conduisit au supplice. Carlomagna et Granali s’arrêtèrent sur les marches de l’échafaud pour reprocher au peuple sa joie féroce. Comme Nicolo Palomba était prêt à être exécuté, on lui offrit la vie s’il voulait révéler ses complices. « Yil esclave (répondit-il), je n’ai jamais appris à racheter ma vie par l’infamie. » Je vous condamnerai à mort, dit Speziale à Velasco dans la salle de jugement. Je mourrai ( répondit-il), mais non par votre ordre ; et il se précipita de la fenêtre près de laquelle il était placé. Éléonora Pimentale était une jeune personne célèbre par ses talens, ses grâces et son patriotisme. Elle fut accusée d’avoir écrit quelques effusions patriotiques dans le Moniteur
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Un autre changement dans la fortune des Français les ramena à Naples; et Napoléon
napolitain, et condamnée à mort; elle supporta son sort avec un courage héroïque. Elle prit du café quelques minutes avant son exécution , et disait en souriant à ceux qui exposaient leur vie en témoignant de la pitié pour sa fin prématurée : Forsan et hœc alius meminisse juvabitl Rosso Vincenzo, fameux orateur patriote , auteur d’un ouvrage politique de quelque célébrité ( Pensieri pohtici ), pendant qu’il était sur l’échafaud, attendant que l’exécuteur eût préparé les inslrumens de mort , causait avec tant d’esprit et d’éloquence, que l’officier qui l’accompagnait ne prononçait jamais son nom, même plusieurs années après sa mort, sans répandre des larmes. Pendant celte horrible période de vengeance , les plus nobles familles de Naples , celles de Carafa , Torilla , Pignatelli , Néri , etc. etc. etc. perdirent leurs membres les plus méritans (*). Le sort de l’amiral CaraCcioli est bien connu. La reine était impatiente de voir la destruction de ce brave marin , qui, comme les Napolitains avaient coutume de le dire, valait à lui seul une flotte ; et la jalousie de Thurn , et la faiblesse de Nelson (/a viltà di Nelson , disent les Napolitains), signèrent sa condainna-
(*) Le jeune prince Carafa mourut avec une gaîté et un courage qui sont encore rappelés souvent et avec larmes par ses amis^Nous avons eu l’honneur de connaître ses plus proches parens , et nous avons pu juger de son mérite d’après le leur. Outre ces nobles patriotes , trente ou quarante évêques , vingt magistrats , et un grand nombre de médecins , de jyrisconsultes et de littérateurs, succombèrent dans cette réaction, et 80,000,000 de capitaux sortirent du royaume avec les familles qui l’abandonnèrent à cette époque pour se réfugier dans les autres parties de l’Italie ou dans l’étranger.
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cherchant à pourvoir sa famille , assigna le trône de ce pays à son frère Joseph. J^e roi se
tion , quoiqu’il eut été solennellement absous par le roi lui-même, qui lui avait permis de rentrer à Naples. L’amiral se promenait sur le pont de son vaisseau , raisonnait sur la construction d’un vaisseau anglais qui était placé près du sien , quand on lui apporta sa sentence de mort. Il l’écouta , puis finit le discours qu’il avait commencé. Les matelot;? à qui l’on avait commandé de fixer la corde pour le pendre , pleuraient et tardaient toujours à remplir leur triste tâche : alors il leur dit d’un air serein, sbrigatevi, sbrigatevi , dépêchez, dépêchez; puis après une pause il ajouta: Pendant que je dois souffrir, il faut encore que je vous voie pleurer. Il fut pendu à la vergue d’un vaisseau sicilien, et sa mort a entaché pour toujours la mémoire de Nelson. L’anecdote de son corps flottant sur les eaux pendant que le roi et lord Nelson étaient sur le pont du vaisseau de l’amiral anglais esi trèsvraie. Dans le temps où l’auteur de ces pages était trop jeune et trop ignorante pour s’intéresser aux transactions politiques d’aucun pays , elle a souvent écouté avec ravissement lady Hamilton décrivant les beautés des rivages de Naples, et la position où elle se trouvait quand elle était assise pendant le calme d’une belle nuit éclairée par la lune , à la droite du héros du Nil sur le vaisseau amiral, chantant sur les vagues de la Méditerranée l’hymne national de Rule Brilannia, répété en chœur par tout l’équipage ; mais si elle avait su alors que tandis que la sirène chantait , des milliers de personnes périssaient, et que ces nuits de fêtes terminaient des jours de sang, elle aurait fui la présence de l’enchanteresse , et
réfugia encore en Sicile, où, sous la protection de l’Angleterre (protection telle que le plus fort l’accorde toujours au plus faible), il conserva l’ombre de la royauté, pendant que le pouvoir était exercé par les ageris diplomatiques et militaires du gouvernement anglais. Napoléon épousa une princesse autrichienne ; et la reine, perdant alors ses anciens préjugés, Commença à coqueter avec le vainqueur, jusqu à ce qu’elle fût enfin obligée d’abandonner son trône et de quitter l’île. On créa un parlement , on donna une constitution modelée sur celle d’Angleterre, et les barons furent dépossédés de leurs privilèges féodaux; le peuple ayant été presque poussé à la rébellion contre son roi légitime , par les agens anglais qui voulaient effectuer la révolution. Dans cette occasion Ferdinand déploya une fermeté et une dignité qu’on attendait peu du laissez aller de son caractère; et il protesta au ministre anglais que la force seule pourrait l’obliger à descendre de son trône, (j)
) aurait abhorrée comme elle abhorre maintenant sa mémoire (surtout depuis son séjour à Naples) : ceux qui se réjouissent de la défaite des Napolitains en i8?.x , devraient se rappeler le sort de ceux qui ont été livrés à la clémence royale en 1799.
(1) Le roi, persécuté par l’intervention injuste des An-
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Un nouveau changement clans les combinaisons politiques produisit d’autres vues dans le cabinet britannique ; et ce roi , que nos
glais ( qui avaient voulu l’obliger à accepter leur constitution ) , s’était retiré dans un vieux château ( la Zisa ), pour éviter leurs importunités. Apprenant qu’un corps armé marchait pour le forcer de retourner à Palerme , il fit élever un dais dans une des salles , et là , entouré du: peu de courtisans qui l’avaient suivi , il attendit sur son trône l’arrivée du commandant anglais. Dans l’entrevue qui suivit, l’obstination lui tint lieu de courage et de politique. Il refusa positivement de retourner; et quand ses amis anglais lui insinuèrent de céder la couronne à son fils , il répliqua : Montrez-moi votre autorisation pour me faire cette demande; si le gouvernement anglais exige ce sacrifice , je n’ai aucune force à lui opposer et j’obéirai. La réponse du diplomate fut parfaitement caractéristique ; on n’entendait point user d’aucune force, et la mesure n’était suggérée que comme l’avis personnel d’un individu. Alors , dit le roi,ye n abdiquerai point.
A la restauration, plusieurs nobles Siciliens qui avaient pris part aux changemens provoqués par les Anglais , réclamèrent la médiation et la protection de notre ministre. J’ai peine à croire ce que je suis obligée d’écrire d’après des autorités respectables. La note officielle a été remise au roi , et la vie et la liberté de ces amis et alliés de la nation anglaise ont été ainsi trahies et livrées entre scs mains. C’est une justice à rendre au roi Ferdinand , que de dire qu’il n’a fait aucun mauvais usage de ces informations.
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ministres ne voulaient pas laisser régner dans son royaume de Sicile, pendant le temps de la puissance de Napoléon, fut choisi par eux après sa chute, pour être rétabli avec tous les anciens abus despotiques, à Naples qui l’avait rejeté. Alors la constitution anglaise, que des hypocrites et des jongleurs s’étaient vantés d’avoir donnée à la Sicile, s’évanouit dans les airs. Les nobles, privés de leurs anciens droits, et le peuple, replongé dans son esclavage primitif, laissèrent le roi plus absolu qu’il ne l’avait jamais été; et ces malheureux Siciliens qui, se confiant aux promesses des ministres et à l’honneur des nations, s étaient prêtés à la politique anglaise, furent abandonnés pour être perdus ou sauvés, suivant que la bonté habituelle de Ferdinand ou les craintes du roi domineraient en lui. Partout également, les mêmes vues courtes de la politique du cabinet anglais, qui va toujours d’expédient en expédient^ nécessité de pareils manquemens de loi , de pareilles violations des engagemens solennels; et il est maintenant impossible à un Anglais de sortir de son pays sans être exposé aux reproches et à l’exécration des nations déçues et enchaînées, qui se dispensent de remplir envers lui les rites de l’hospitalité