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quand des liens personnels ne surmontent pas les antipathies nationales.
Le règne de Joseph Bonaparte à Naples a été court et troublé par les intrigues de Saliceti, ministre qui régnait, en abusant de la crédulité de son maître, par une succession de conspirations imaginaires, et qui l’engageait à faire des injustices et des persécutions.
Le règne de Murat qui succéda à Joseph, quand celui-ci fut appelé au trône d’Espagne , est assez récent pour être très-connu du public. Le bien et le mal qu’il a fait appartiennent également au système qui l’avait élevé à la puissance souveraine. Hardi, franc et gai, son courage brillant sur le champ de bataille, n’était pas soutenu de talens capables de donner de l’éclat à un homme d’état. Formé pour plaire plutôt que pour gouverner, il était plus propre à représenter dans sa cour qu’à diriger son conseil. Le système-, cependant, travaillait de lui-même; il faisait respecter le roi et donnait de la confiance au peuple. La civilisation française Opérant sur la sauvagerie comparative que des siècles de mauvais gouvernement avaient imprégnée dans le caractère napolitain, ne pouvait être que très-avantageuse. L’activité des conseils révolutionnaires agissant
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sur l'indolence et l’inertie des agens de l’ancien despotisme, ranimait et renforçait les institutions usées de ce pays. Toutes les branches dê 1 administration , les finances, la guerre , 1 éducation, la justice, reçurent des déveioppemens et des améliorations. La société se forma sur le modèle de celle de Paris; la littérature française fut importée, le Code français fut établi à la plate de la jurisprudence embrouillée et vicieuse de l’ancienne Naples; et la nation, quoique subordonnée à la politique impériale et forcée de participer aux guerres de Napoléon, sortait rapidement de son état de barbarie, et pienait sa place parmi les nations européennes, quand la chute de Bonaparte la rejeta dans les institutions des princes d’Anjou et d Aragon, et dans le mauvais gouvernement du seizième siècle.
Murat qui avait apporté avec lui une immense fortune personnelle, la dépensa tout entière dans son nouveau royaume; et les taxes qu’il leva, quoique très-fortes, pesaient moins sur le peuple, à cause de l’accroissement deleurs moyens : les dépenses , d’ailleurs, portèrent sur un grand nombre d’améliorations, sur 1 ameublement splendide des palais, les fouilles de Pompeii, des routes ouvertes pour les communications intérieures, des écoles, etc., et
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la propagation des arts et des lumières dans tout le pays. Parmi tous ces bienfaits, le plus grand manquait encore; Murat négligea de donner la constitution qu’il avait promise, qui pouvait seule consolider la civilisation qu il affectait de vouloir avancer; et la presse resta toujours complètement enchaînée.
Quand les revers des Français et les succès de l’armée d’Autriche renversèrent* le gouvernement de Murat, la ville de Naples se trouva encore sur le point de tomber dans l’anarchie, le pillage et les massacres qui avaient signalé la première révolution. Les lazzaroni montrèrent ces dispositions à la révolte , inhérentes à des castes qui vivent au milieu de la société , sans propriétés, sans participer à aucun de ses avantages. Si les Napolitains ont échappé aux malheurs qui les menaçaient, ils avouent avec reconnaissance qu’ils le doivent à la reine , épouse de Murat (i), qui, avec une énergie
(i)Il restait une force armee très-peu. considérable pour garder la ville et la protéger contre les lazzaroni qui s’ameutaient déjà pour piller et dévaster. Les maisons des banquiers et des négocians anglais étaient particulièrement marquées pour le pillage , quoique les lazzaroni aussi-bien que le peuple des Abruzzes et de la Calabre affectent toujours de se considérer comme les alliés de l’Angleterre. Madame Murat assembla elle-même la
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(ligne de son frère , resta tout le jour à cheval, et visita tous les postes, s’assurant par ellemême de la vigilance des autorités, jusqu’au moment où les Autrichiens approchant, elle monta dans son vaisseau. Il ne reste plus rien à dire de la misérable fin de Mnrat, de son expédition fatale, de sa punition sommaire; un seul fait peut être ajouté à cette singulière histoire, c’est que Ferdinand s était préparé à une troisième fuite avant de faire partir l’ordre de l’exécution de Murat, et qu’il étaitdéterminé à se sauver encore, si cet ordre rencontrait la moindre opposition.
La restauration du souverain légitime ( i) fut extrêmement coûteuse : l’Autriche reçut une année entière du revenu de l’état. Metternich et d’autres ministres reçurent, dit-on,
garde nationale, prit leur uniforme, et leur adressa un discours plein d’esprit et d’éloquence. Sa vie était en danger dans le moment où elle capitula avec le capitaine Campbell du Tremendous, qui la reçut sur son bord avec ses enfans ; et les lazzaroni l’y suivirent en l’insultant et en blessant ses oreilles par des chants licencieux, en dépit de l’intervention du capitaine Campbell, qui se conduisit dans cette occasion comme un brave et galant homme.
(i) La reine Caroline n’a pas vécu assez pour partager ce triomphe. O11 sait qu’elle est morte errante , détestée, et n’inspirant aucune pitié.
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des sommes considérables. L’armée d’occupation fut maintenue pendant trois ans. On pourvut à l’existence de la femme du roi, et d’un grand nombre de ses suivans qui revinrent de Sicile dans une extrême pauvreté. Les revenus des Deux-Siciles avaient été de sept millions de ducats. Murat éleva ceux deNaples seuls à vingt et un. Cependant, ces sommes furent bientôt absorbées. Murat avait vendu des biens nationaux , dont les payemens avaient été reculés, et l’argent se trouva accidentellement tomber dans les coffres du roi, qui obtint ainsi environ dix millions. Sept ou huit millions furent encore gagnés par la révocation des concessions accordées par Murat, qui furent reprises, quoique la propriété eût été souvent transférée plusieurs fois. À ces causes de mécontentemens se joignirent les lois prohibitives qui affectaient les intérêts du commerce et des droits disproportionnés sur les importations et les exportations. Ces abus et la perte totale de toute espérance de liberté constitutionnelle (r), ont déjà disposé les es-
(i) Au retour du roi on balança quelques instans entre le système français , ou celui qu’on avait adopté en Sicile; mais les avantages financiers du premier lui firent donner la préférence.
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prits à de nouveaux changemens ; et ils auraient probablement donné à l’expédition de Murat un autre résultat, si elle avait eu lieu à une autre époque. ( i)
La malheureuse révolution qu’on appellera maintenant révolte, se préparait évidemment pendant notre séjour à Naples, quoiqu'il fût impossible de prévoir le temps de son explosion.
Si cette révolution n’avait pas été dérangée par l’intervention injuste des nations étrangères, elle aurait conduit aux plus heureuses
(i) La justice oblige d’ajouter que le ministre Medici était bien éloigné de pousser le despotisme jusqu’à ses dernières limites, et que le roi (instruit par l’expérience des mauvais effets des proscriptions de sa femme , et trop heureux d’être délivré de son esclavage pour penser à adopter ses plans) avait montré beaucoup d’indulgence aux partisans de Murat. En 1816 le prince Canosa, napolitain et ministre du roi d’Espagne, fut rappelé et mis à la tête de la police. Il se lia avec une bande de misérables , le rebut du peuple , et il commença ses fonctions en persécutant et emprisonnant les Murati&les. Son système fut découvert et il fut exilé. Toutes les fois que les choses vont mal dans les provinces , et qu’il arrive quelques tumultes, le roi les attribue toujours à ses anciens suivans qui y remplissent des emplois, et il a coutume de dire : Ci sono i miei fedeli ! « C’est l’ouvrage de mes fidèles. »
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conséquences ; on peut expliquer aisément sa déplorable catastrophe. La révolution (comme toutes celles qui arrivent chez un peuple dont la civilisation est concentrée dans les classes supérieures d’une capitale) a été effectuée par un nombre de personnes comparativement petit, et elle ressemblait sur ce point à la révolution anglaise de 1688, qui ne causa aucune effusion de sang. Dans celle-ci, tous les talens du pays étaient mis en action , et les connaissances tirées de la France et de l’Angleterre auraient été appliquées au bien de tout le royaume. Cette révolution ne pouvait admettre ni égalité théorique , ni mépris pour les droits de propriétés, ni proscriptions; c’eût été une simple communication des lumières intellectuelles de quelques individus à la masse de la nation.
Mais quand une invasion étrangère rendit nécessaire l’appel de la force physique du pays, le sort de la nation dépendit de la discrétion , du courage, de la bonne volonté d’une populace corrompue, avilie, superstitieuse, et brutalement ignorante, qui ne pouvait, ni apercevoir les objets qu’elle était appelée à défendre, ni concevoir même la nécessité de combattre. Les esprits généreux et intrépides qui se sont hasardés dans cette révolution , avaient à tra-
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vailler avec de mauvais outils , et conséquemment leurs opérations ont manqué. L’Autriche est encore une fois maîtresse du pays; les progrès des lumières sont arrêtés, le patriotisme est mis à prix, le commerce est chassé des rivages par la terreur, et le peuple est rejeté dans la barbarie , renvoyé à ses vierges et à ses sages de bois } livré aux turbulens lazzaroni et aux brigands des montagnes.
C’est une calomnie contre la Providence que d’affirmer qu’il existe des nations marquées pour le mal par leur tendance physique, et si inévitablement dévouées à des vices particuliers qu’il soit impossible de les en corriger par de bonnes lois et de bonnes institutions. Presque toutes les nations civilisées se sont montrées sous différentes phases morales, suivant la direction que leur ont donnée leurs institutions politiques. Les héros des Thermopiles ont été dans un autre siècle les esclaves des barbares, et un moine gouverne dans le même lieu où César tremblait de se décorer de la moindre marque extérieure de pouvoir. Le véritable instrument de la dégradation de l'homme , est son ignorance; la nature qui lui permet trop fréquemment d’errer , ne lui apprend jamais à s’avilir, et l’histoire de tous les