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lation. Des routes ont été ouvertes dans toutes les directions; Pompeii presque entièrement découverte ; les travaux de la Solfatara poussés avec activité; des églises, des couvens, de vieux bâtimens ont été abattus et remplacés par de nouveaux édifices ; les manufactures de soie et de porcelaine étaient encouragées par le gouvernement ; et ( plus que tout le reste) la conscription, ce moyen expéditif de nettoyer l’accumulation de corruption physique et morale qui pouvait faire comparer Naples aux écuries d’Augias , contribuait à diminuer la population , et tombait avec un poids inattendu et inconnu sur les lazzaroni comme sur les autres classes. Chassés de leurs trous , tirés de leur inertie , envoyés dans des climats opposés au leur, le mécontentement qu’ils éprouvaient était partagé par les classes du peuple qui leur ressemblaient par les habitudes et la dégradation. Pendant la fatale réaction de 1799* cet ordre s’était montré un allié puissant du parti royaliste. Accoutumé pendant les vicissitudes de la révolution à se soulever à la moindre commotion , et à commettre les actes les plus atroces sur leurs concitoyens , ils témoignèrent leur joie du retour de leur roi légitime avec des marques non équivoques de leurs
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espérances et de leurs intentions, qui glacèrent d’effroi les habitans plus civilisés de la plus malheureuse des villes. Les services qu’ils avaient rendus à l’état sous l’archi-lazzaroni cardinal Ruffo , les avaient relevés dans leur propre estime. Ils se considéraient comme un des corps du royaume , tellement mêlé dans ses intérêts, qu’ils n’attendirent pas à leur ordinaire l’arrivée du roi pour le recevoir sur le rivage avec des vivats; ils envoyèrent une députation avec leur chef en ancien costume pour rester près de Sa Majesté sur le vaisseau anglais qui la ramenait dans sa capitale ( car il est remarquable que les Anglais sont les portantini royaux de l’Europe ). Dans cette occasion , les lazzaroni affectèrent une solennité qui montrait l’importance qu’ils croyaient avoir; et, dans leur adresse au roi, ils ne laissèrent échapper aucun de ces lazzi avec lesquels ils amusaient autrefois leur souverain. Cette adresse fut reçue par Sa Majesté comme toutes les adresses royales sont reçues par les Majestés, avec de gracieux sourires ; mais quand les lazzaroni découvrirent que ces marques de bienveillance ne signifiaient rien de plus que ce qu’elles ont coutume de signifier en pareil cas, et que les scènes de 1799 ne recommenceraient point; qu’on ne brûle-
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rait point les jacobins , que les muratistes ne seraient point pillés, et que le ministre prenait de sages précautions pour prévenir une insurrection populaire; alors Ferdinand iv devint aussi impopulaire que Joachim ier, et ils déclarèrent que le roi n’était bon à rien qu’à manger des macaroni .
Cependant ces ultras de Naples , ainsi que ceux de France auxquels ils ressemblent à plusieurs égards ( les premiers étant la lie comme les derniers sont l’écume du peuple ), ont eu récemment des raisons d’ètre plus satisfaits de leurs gouvernemens , et une tendance à la réaction s’est déclarée par des signes assez marqués; mais il est impossible de se fier aux rapports qui se font actuellement sur la situation de Naples, et très-inutile de raisonner d’après eux. L’Italie est enveloppée d’un épais nuage que le temps seul pourra soulever. Le sera-t-il plus ou moins promptement ? c’est la seule question qui reste à décider.
Entre le peuple du royaume de Naples et les classes supérieures ( comprenant la noblesse , les propriétaires, les membres des professions libérales, et une grande partie des ecclésiastiques), la distance est immense; un gouffre incommensurable sépare ces deux ordres, et c’est dans cette disparité que gisait le mai
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inhérent dont on a récemment senti les funestes effets.
Le royaume de Naples et l’île de Sicile ont été habités dans les temps les plus reculés par une race purement ionienne , par les formes et le caractère. Leur esprit fin, subtil, rapide dans ses perceptions , était philosophique ou sophistique, suivant la tendance du siècle. Pythagore, réformateur hardi , et sage à quelques égards , choisit ce peuple comme l’instrument le plus propre à faire réussir son plan de régénération universelle ; et il trouva , même dans les femmes , des admirateurs enthousiastes de sa doctrine, et des disciples actifs et habiles pour en disséminer les principes qui visaient à renverser les superstitions sanguinaires , les corruptions morales , et le despotisme politique de son temps, (i)
(1) Le dogme fondamental de la religion de Pythagore, était que Dieu ne voulant pas qu’on répandît le sang , les sacrifices sanglans offensaient la divinité, pour laquelle la vertu et la vérité étaient les meilleures offrandes. Une de ses maximes était que celui qui niait l’existence de Dieu , ou celui qui cherchait à le séduire par des sacrifices , étaient également coupables. (Citait là attaquer les tromperies de 1 Église de ce temps. A son arrivée en Italie, il prêcha la tempérance et la justice , et tout ce qui a été ajouté depuis à ses doctrines n’en était que l’exa-
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C’est un fait incontestable que les Italiens du sud, les Napolitains et les Siciliens, ont encore le même caractère que dans le temps de Pythagore; c’est la même intelligence, la même finesse d’instinct, la même tendance aux disputes métaphysiques, le même zèle pour les recherches philosophiques , et la même résistance à l’imposture et aux prétentions mal fondées (i). Ceux qui jouissent des
gélation. Le silence qu’il recommandait se rapportait à la bavardise notable des Tarentins. Pythagore a été réellement un réformateur d’anciens abus; et quand il visita l’Italie, le luxe et la corruption étaient parvenus à leur apogée , sous le despotisme des tyrans sybarites et d’Aristodème de Cumes.
(i) Les prétentions et le charlatanisme ne trouvent aucun refuge à Naples , même parmi le peuple. Un fameux escamoteur arriva de Paris à Naples : deux jours après sa première représentation, tous ses tours étaient imités par les lazzaroni sur le Largo di Castello. Apres que l’homme incombustible eut déployé ses propriétés non inflammables , la moitié de Naples se trouva composée d’incombustibles, et chaque rue eut son salamandre. La fille invisible n’a montré , dit-on , qu’une seule fois son invisibilité ; car le second jour, la marchese *¥¥ invita toutes les pel^onnes du grand monde à voir sa fille invisible, qui, jouant gratis, eut bientôt la préférence sur son prototype. Le bon évêque de Tarente donnait chez, lui une sorte de divertissement particulier au talent
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avantages de l’éducation, les jeunes nobles, les personnes qui exercent les professions libérales, et les ecclésiastiques distingués, comptent parmi eux les hommes les plus éclairés d’Italie. Philosophes exempts de préjugés, ils sont versés dans les théories de la science politique, et très-dévoués à la liberté. Leur ardeur a , en effet , dépassé leurs moyens, et leur ignorance des habitudes d’un gouvernement libre a contribué, avec la timidité et la corruption de la populace ( sans laquelle ils ne pouvaient rien opérer), à empêcher le succès des diverses tentatives qu’ils ont faites pour arriver à un gouvernement constitutionnel.
La presse , sévèrement restreinte en Italie comme en France sous les Bonaparte , à l’égard de tous les sujets politiques liés avec les intérêts personnels ou l’ambition de l’empereur, était libre sur tous les autres. La philosophie et la science n’ont jamais eu un champ plus vaste ouvert devant elles , que pendant les vingt dernièrés années. Les classes éclairées sc retrouvèrent encore une fois dans leur élément. Les jours de Pythagore semblaient renapolitain ; on appelait cela l’Oracle. Des questions étaient proposées à un magicien, qui y répondait avec beaucoup d’esprit et de promptitude. Cet improvisateur de pensées était , dit-on , le siguor B***.
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naître, et leur esprit fin et subtil était remis en activité.
Les carbonari (1 ) ont été d’abord une association particulière formée pour la culture de la
(1) Après la terrible réaction qui suivit la première rentrée du roi , une association secrète fut organisée par le cardinal Ruffo , sous le nom de Société de la Santa- Fede j son objet était de maintenir l’ascendant d’une secte, de veiller sur tous les anciens systèmes de domination , et de s’ojjposer à toutes les réformes. Elle était composée de vieux ultras courtisans, de la populace et des anciens employés déplacés. Cette association , qui tiorissait au commencement du règne de Murat, entretenait une division perpétuelle , et l’anarchie dans le peuple. Les libéraux, qui n’étaient ni muratisles , ni bourboniens , mais qui penchaient pour le premier , comme le moindre de deux maux, se réunirent sous le nom de Carbonari pour s’opposer à la Santa-Fede en particulier, et à tous ceux qui étaient favorables au despotisme en général. Murat les soutenait, et l’on prétend qu’il était au fond un bon carbonaro. A la restauration du roi, le marquis Canosa ressuscita la Santa- Fede sous le nom de Calderoni (ou chaudronniers), en opposition aux carbonari (ou charbonniers). Aussitôt que cette association fut découverte , le gouvernement la désapprouva. On ne voulut pas permettre à un parti de s’arroger exclusivement la loyauté, et d’établir des principes d’intolérance religieuse. Les calderoni furent dissous, et l’agitateur qui avait cherché à diviser le
peuple et. à propager des élémens de discorde religieuse fut exilé.
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science politique d'après les principes de la, liberté constitutionnelle, et leur résistance à imparti contre-révolutionnaire fut encouragée par leur chef étranger Murat ; de même que la feue reine de Naples affecta d’autoriser les francs-maçons en devenant grande-maîtresse d'une loge. Le nom de carbonari devint bientôt le nom générique de tout ce qui était éclairé ou libéral dans le royaume; mais il représenta pendant long-temps une opinion plutôt qu'une société organisée. Dans la formation originelle il n’y avait ni mystères à cacher, ni rites à célébrer, ni dogme, ni secret (1). Leur ligue était celle de l’esprit, du zèle dans la cause de la liberté et de la vérité; et, comme celle de Lombardie, elle embrassa bientôt tout ce qui désirait ou méritait d'être libre.
La tendance apparente du gouvernement de Ferdinand iv vers les anciennes formes et les anciennes institutions, donna une nouvelle impulsion aux principes des carbonari ; ils
(1) L’on nous a assurés que les carbonari ont subsisté pendant long-temps sans loges; un membre en enrôlait un autre sans qu’il existât de point de*réunion. Il était fort difficile d’obtenir des renseignemens sur les faits concernant celte association politique; ses membres, ayant été calomniés et surveillés, étaient extrêmement défians et craintifs.
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avaient commencé à s’opposer; bientôt ils eurent à défendre, et ils finirent par réformer, ou du moins tenter de réformer. Le malheureux résultat de leurs efforts patriotiques est maintenant connu; mais on doit toujours des éloges à ces hommes braves et désintéressés qui ont entrepris de défendre leur indépendance, et qui n’ont pas désespéré du succès quand les rois de l’Europe ont opposé à leurs milliers de soldats inexpérimentés les millions de guerriers disciplinés des armées impériales et royales. La vile poltronnerie de la soldatesque napolitaine (quoique en face d’une force supérieure) ne peut être ni excusée ni palliée; mais l’intrépidité, l’intelligence, le dévouement que les nobles , les personnes fortunées et les gens éclairés de Naples ont apportés dans la cause de leur patrie et de leurs droits, méritent une gloire immortelle. L’histoire et les générations futures la leur accorderont malgré les préjugés et l’indolence de leurs contemporains, qui confondent leurs efforts héroïques avec la faiblesse des instruira ens qu’ils ont été forcés d’employer.
Quand nous avons visité Naples, à la fin de l’hiver de 1820, aucun symptôme d’une commotion prochaine ne paraissait à la surface de la société. Les murmures de mécontentement
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qui se faisaient quelquefois entendre sourdement comme le bruit des vagues dans les mers du pôle, semblaient un moyen d’évaporation qui devait empêcher une explosion précipitée. L’irritation se répandait en ironies amères, en philippiques générales contre le despotisme , que la tolérance de la société et du gouvernement permettait, et qui s’accordent si bien avec l’esprit satirique des Italiens, et surtout des Napolitains. Les librairies étaient pleines d’ouvrages libéraux français , anglais et italiens. Avoir écrit un ouvrage anti-ultrà sur la France ( quelque léger et insignifiant qu’il pût être ) était un motif suffisant d’introduction dans la société napolitaine de tous les rangs. L’auteur de ces pages a dû à un écrit qui lui a attiré les persécutions de la littérature ultra en France et en Angleterre, son admission au milieu de cercles , dont les lumières et l’urbanité seront long-temps conservées dans son souvenir comme les impressions les plus douces qu’elle ait reçues dans son voyage d’Italie. C’est en vain que les critiques périodiques calomnient, que les journaux dénoncent, que les Quarterly et les Quotidiennes fulminent des bulles et lancent des anathèmes : leurs brefs de condamnation (ainsique tous les autres brefs) sont maintenant du papier perdu ; et
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les journées et les soirées passées dans les sociétés de Genève, de Milan, de Florence, de Bologne et de Naples, resteront gravées dans le cœur, et sont en même temps une récompense et un encouragement pour des travaux qui, quoique faibles, n’ont jamnis été faits que dans la pleine conviction qu’ils tendaient à servir la cause de la vérité et de la vertu.
L’approche du printemps, quand nous arrivâmes à Naples , amenait le départ de la première volée des hirondelles. La multitude d’Anglais qui avaient littéralement occupé Naples pendant l'hiver , était alors préparée à prendre son vol: plusieurs étaient déjà partis, d’autres partaient; les uns allaient se nicher à Rome, s’ils pouvaient y trouver encore un colombier pour les recevoir ; les autres s'embarquaient pour la Grèce, pour la Turquie ou les îles Ioniennes : un petit nombre retournait en Angleterre sur une frégate anglaise, et beaucoup regagnaient les bords de la Tweed et du Shannon par la voie lente, mais sûre, des vettuî'ini napolitains. Cependant, le peu qui restait, et qui était stationnaire , continuait l’hospitalité de l’hiver par des dîners et des soirées (i),
(i) Parmi les principaux agrémens de la socie'té de Naples , on peut citer le théâtre de la mcirgravina d’Ans-
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suivant l’exemple donné par leur ambassadeur (1). La maison de l’ambassadeur de Russie, une des plus splendides et des plus élégantes parmi les cercles diplomatiques d’Italie , était toujours ouverte, et malgré les brillans divertissemens qu’elle offrait , son principal motif d’attraction était les grâces et l’aménité de ses maîtres, le comte et la comtesse Stakelberg.
A Naples comme dans toute l’Italie, le carnaval est la saison de la joie, et c’est dans ce temps que se déploie toute l’hospitalité que les Italiens sont disposés à offrir. Nous trouvâmes la ville plongée dans la retraite du carême. Il n’y avait point de cour; le roi, pour montrer sa piété, avait abandonné les salons et les levers, pour se livrer au seul amusement de la
pach , où nous avons vu les meilleurs acteurs de société que nous ayons jamais rencontrés.
(1) Les assemblées de sir William et de lady A’ Court étaient brillantes et nombreuses, et nous devons exprimer notre reconnaissance pour les attentions polies dont ils nous ont comblés. Les négocians anglais ne se mêlent point avec la haute société : plusieurs d’entre eux se sont plaints amèrement à nous de leur position, et de la gêne à laquelle ils étaient assujettis par le gouvernement de Naples , et la négligence du leur. Des vaisseaux anglais étaient astreints à faire quarantaine : un seul en fut exempté , parce qu’il portait un perroquet envoyé par un ministre anglais au duc de
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chasse, et il passait ses jours à chasser des sangliers au lieu de recevoir tels gens qui leur ressemblent sous plus d’un rapport, (i)
L 'Academia nobile était encore ouverte, et la première impression agréable que nous avons reçue de la société napolitaine, nous a été donnée dans ses cercles élégans et nombreux. 1 1 Academia nobile de Naples , ainsi que le Casino des autres villes italiennes, est la cour où la classe étendue de 1 aristocratie fait les honneurs de la capitale aux étrangers , et nulle part ils ne sont faits avec plus de grâce et d’amabilité. Cet établissement est infiniment supérieur à tous ceux du même genre sur le continent. Le local est un palais, beau el
(i) Le roi ne va jamais à la chasse sans s’armer d’une pâte de héron, pour se préserver du monacello (le loupgarou des Italiens), ou du mauvais sort que la rencontre d’un moine ou d’une vieille femme, en passant le seuil de sa porte, pourrait présager , l’un et l’autre étant de tristes présages pour le reste du jour. Quand loid vint prendre congé de S. M. avant de retourner en Angleterre , le roi lui dit qu’il avait un bouquet d'adieu pour lui j et dans le moment où ce seigneur rêvait sans doute à quelque boîte d’or avec le visage royal entouré de diamans , on lui présenta une pâte de héron , comme Un charme pour le garantir de tous les accidens de la chasse aux renards en Angleterre, et un souvenu- de l’amitié du souverain , et des exercices pris avec lui dans les champs napolitains. ,
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vaste, brillamment éclairé et bien entretenu. Toutes les pièces sont richement meublées. Le grand salon où se trouve l’orchestre est trèsnoble; et l’ordre, le bon goût qui régnent partout, et l’extrême attention des directeurs pour leurs hôtes, unissent la liberté d’un lieu de divertissement public, avec les soins et les convenances d’une société privée. L’académie n’admet ni demi-illumination ni demi-toilette dictées par l’économie ou l’indolence italienne : tout y est splendide et complet comme dans un rout anglais, et toutes sortes d’amusemens sont présentés suivant la saison; les cartes, le billard, les bals, les concerts (1). Quand nous
(1) Une académie littéraire donna une séance en l’honneur du Tasse dans ce même local pendant que nous étions à Naples, et nous y fumes invites. On couronna le buste du Tasse avec des lauriers , et le nombre de sonnets, de canzoni et d’odes, ordinairement produits dans de telles occasions , fut adressé à l’auteur de la Jérusalem. Il était curieux de remarquer que presque toutes ces pièces étaient des philippiques contre la protection avilissante des princes , et la conduite des Esti envers le plus grand poète d’Italie. En face de nous était placé le prince héréditaire de Danemarck et sa suite; et quand il se trouvait quelque passage particulièrement sévère contre le despotisme, le lecteur se tournait souvent du côté de. S. À. R. L’un des poètes lui adressa personnellement quelques vers, ou il lui disait qu il avait
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avons fréquenté ces soirées, elles étaient bornées à la musique, à cause du carême; et plusieurs des premiers sujets des meilleurs opéras de l’Europe , pour le chant ou les instrumens, contribuaient, par leurs talens, à ces beaux concerts. La musique est suivie d’une promenade animée par des symphonies d’instrumens militaires. Cet établissement trèslibéral est soutenu par les souscriptions des nobles, parmi lesquels plusieurs n’y assistent jamais, mais qui n’en sont pas moins désireux de le maintenir convenablement : toutes les attentions possibles y sont prodiguées aux hôtes, et les étrangers y trouvent une ressource délicieuse contre l’ennui des longues soirées dont ils se plaignent si souvent en Italie. Les divertissemens ont lieu toutes les semaines , et chaque personne présentée à son ambassadeur, y est invitée. Parmi les maisons particulières ouvertes à Naples, pendant cette saison, celles qui nous ont le plus intéressés et que nous avons le plus fréquentées, sont les palais
l’occasion d’observer les hommes, les lois et les gouvernemens dans le cours de ses voyages, occasion que les princes trouvent si rarement ; et qu’on espérait qu’à son retour dans son royaume, il mettrait à profil l’expérience qu’il aurait acquise.
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de monsignor Capecelatro, ex-archevêque de Tarente, des marquis Berio, de la princesse Belmonte et quelques autres.
Le vénérable ex-archevêque de Tarente est un des caractères les plus distingués que l’Italie moderne ait produits , et que les circonstances extraordinaires des dernières années aient développés. Dès sa première jeunesse il obtint une grande célébrité par la hardiesse et le talent déployés dans un ouvrage très-ingénieux où il prouvait l’illégalité du tribut de la haquenée que la couronne de Naples payait au saint-siège par la bassesse d'un de ses conquérans étrangers. Il publia un autre écrit encore plus étonnant pour un auteur qui était parvenu rapidement aux premières dignités de l'Eglise ; c’était un ouvrage plein d’éloquence et d'érudition, où il cherchait à prouver que le célibat du clergé était un crime contre la nature et la morale, qui n’était nullement autorisé par les saintes Écritures, et que la plus grande partie de l’odieux jeté sur le catholicisme , qui avait enfin produit la réforme, était due à cette institution, favorable à toute espèce de dépravation. Les premiers ordres de l'Eglise s’armèrent promptement contre une telle doctrine; mais le clergé inférieur iv. 18
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(toujours le meilleur) la lut avec avidité, et l’adopta avec franchise.
Quoiqu’il eût été pendant un certain temps l’ami personnel de la reine de Naples (et souvent son mentor peu écouté), l’archevêque eut le courage, à l’approche de la révolution, de déclarer que si elle avait lieu à Naples, on devait l’attribuer à la mauvaise administration des affaires, aux crimes des ministres et à la misère du peuple. Pendant cette époque, sa popularité l’obligea d’accepter un emploi public. très-important, auquel il fut nommé à son insu. Au retour de la famille royale, Ruffo le marqua parmi les victimes les plus distinguées. 11 fut jeté dans un cachot, sans aucune forme de procès, sans la moindre accusation pour colorer cet acte; et il devait expier sur l’échafaud le crime de n’avoir pas abandonné son pays dans le moment où il avait le plus besoin du soutien des hommes tels que lui. Cependant, comme on sut que le peuple de tous les partis se réunirait pour sauver un des prélats les plus révérés, on lui annonça sa délivrance comme une grâce de son souverain. Il était déjà sur le seuil de son cachot, quand cette formule de pardon lui fut répétée: il rentra dans la prison et refusa d’en sortir si son innocence
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n était pas reconnue, et ce qui lui avait été offert comme indulgence lui fut donné comme justice. Pour satisfaire le peuple ou sa propre conscience, le roi acquitta l’archevêque, et lui fit généreusement des excuses de ce qu’il voulut bien appeler son injuste arrestation.
Les talens, l’expérience, l’activité et l’estime universelle que l’archevêque de Tarente avait acquis attirèrent 1 attention du gouvernement français, et on le fit ministre de l’intérieur, place pour laquelle son esprit et ses connaissances le rendaient éminemment convenable. La plupart des nombreux et gra?nds ouvrages publics entrepris par Murat, l’ont été par la suggestion ou sous le ministère de l’archevêque. Mais le meilleur et le plus utile de tous, est une maison d’éducation pour les jeunes filles, établie par les ordres , et même par les soins personnels de madame Murat , dont les dernières paroles aux Napolitains qu’elle a vus avant son embarcation , ont été, Conservez mon école , veillez sur les Miracoli. (i)
(i) Le pensionnat des Miracoli , par son importance J son étendue et sa magnificence, ressemble si parfaitement à ceux de Milan et de Lodi, qu’il serait superflu d en répéter les détails. Ce sont les mêmes soins pour la santé des enfans, et les mêmes connaissances élégantes
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Le palais de ce noble ecclésiastique a été déjà cité par rapport à sa galerie et à ses collections; mais parmi ses chefs-d’œuvre de peinture, parmi ses pierres précieuses et ses médailles empreintes de portraits de héros grecs et d’empereurs romains , on ne trouve pas une tète plus digne d’ètre admirée que la sienne. C’est une de ces physionomies où la
et utiles données aux élèves, depuis l’art de faire une robe jusqu’à l’étude de la harpe ou de l’anglais.
Le couvent des Miracles a été un des plus importans d’Italie, à en juger par son local. Il semble plus grand que le Palais-Royal, et ses murailles formidables ont l’air de celles d’une ville forte. Nous découvrîmes, des fenêtres de l’appartement de madame la directrice , situé au cinquième étage , une vue magnifique sur le Vésuve, la baie , etc. etc., ce qu’on ne voit point delà partie inférieure du bâtiment, autrefois la prison perpétuelle où de malheureuses victimes languissaient dans le bon vieux temps. Depuis la restauration , les enfans ne quittent jamais ces murs jusqu’à leur sortie de l’école , excepté deux fois l’année , où on les mène en parade promener par la ville, dans des voitures de louage. On nous a assurés que le roi avait refusé de voir ce bel établissement , parce qu’il était l’ouvrage des Murais , et purement révolutionnaire. De grands cliangemensy ont eu lieu depuis son retour; les enfans ne peuvent plus voir leurs amis qu’à travers la grille , comme avant la révolution ; mais les parens sont encore admis au-delà de cette triste barrière , jusqu’à présent.
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nature a imprimé l’expression de la bonté sous la forme la plus heureuse, pour réconcilier l’homme avec son espèce ; une de ces têtes que la Grèce et l’Italie ont seules produites à des époques reculées, pour l’inspiration d’un Phidias ou d’un Raphaël.
Depuis la restauration, un autre archevêque a été nommé au siège de Tarente; mais le titre reste et restera toujours à celui qui l’a rendu illustre dans les annales de l’Église. L’archevêque, à cette époque, a dit un éternel adieu aux affaires publiques, et il achève sa vie active et pénible dans la douce^reltr^ite du repos domestique. Encore attaché aux lettres et aux sciences avec toute l’ardeur de la jeunesse, ses matinées sont consacrées à ses livres et à ses médailles; il est rare qft’unhôte aimable ou instruit ne partage pas son dîner, et ses soirées sont remplies par les visites successives des amis qu’un long et respectueux attachement rassemble autour de lui, et celles des étrangers qui, désirant connaître un des hommes les plus distingués d’Italie, sont assez bien recommandés pour être admis à sa prima sera. A ce temps de réception vraiment agréable, qui commence et finit de très-bonne heure dans le palais Capecelatro, succède le crocchio ristretto de ses amis intimes des deux sexes, qui com-
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prend les personnes les plus marquantes par le rang et les talens; alors une ou deux tables de jeu, où l’on ne joue presque rien, varient les ressources de la soirée.
Nous avons eu le bonheur d’être admis à différentes heures chez ce prélat ; nous avons passé des matinées dans son cabinet de médailles; il nous a reçus à sa table élégante; nous l’avons vu tantôt au milieu de son cercle de l’après-dîner, d’autres fois faisant sa partie avec sa petite société du soir; et dans tous ces instans sa belle et douce physionomie exprimait constamment cette bienveillance qui •s’étend à tout ce qui vit et souffre , et ses manières avaient toujours cette sérénité, résultat nécessaire de la douce paix que donne la bonté parfaite. «
Les salons du marquis Berio présentent un autre aspect également favorable aux idées qu’on peut se former de l’intelligence et de l’instruction napolitaines. A Rome, une conversazione est une assemblée où personne ne converse, comme un boudoir à Paris est un endroit où Von ne boude pas. La conversazione du palais Berio, au contraire, est une réunion de gens aimables et spirituels , où tout le monde cause, et cause bien, où celui qui cause le mieux (sinon le plus) est le maître du logis.
NAPLlïS.
Le marquis Berio est un seigneur d’un rang et d’une fortune considérables , et ses connaissances littéraires comprennent la philosophie et les belles-lettres d’Angleterre, de France, d’Allemagne et de son pays natal ; il a tout lu et continue à tout lire ; et j’ai vu son cabinet rempli d’une nouvelle importation de romans et de poésies anglaises, pendant qu’il s’occupait à écrire à V improviso une belle ode à lord Byron dans les premiers transports que lui avait causés la lecture de ce chant de Childe Harold si admiré par toute l’Italie (i). Le temps et
(i) C’est le quatrième chant. Cette ode élégante est, en même temps, poétique et patriotique, et les dernières stances , où il invite le noble poète anglais à célébrer Naples comme il a chanté Rome, décrivent si bien la topographie de Naples, que j’espère le pardon de l’auteur si je me permets de citer ici des vers qui , je crois , n’ont jamais été au-delà de son cercle :
Ma poiche sparso tu t’ avrai su quella Urna, deh ! lascia la città di Marte,
Qui vieni iu questa dell’ Italia bella Più bella parte.
Ove sepolta per tant’ anni, e tanti,
Pompei risorge nuovainente al giorno,
Odi. . . . ancor suona d1 ululati , et pianti L’Eco d’intorno.
Ove di Stabia sol col nome resta Sconvolto avan/.o che la valle ingombra,
E ancor ne cerca la cagion funesta Di Pliuio r ombra.
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une longue infirmité patiemment endurée n’ont eu aucune influence sur l’imagination vive , les sentimens ardens , le zèle pour l’étude, qui distinguent cet homme accompli; son esprit et ses manières feraient envie aux ci -•devant jeunes gens de tous les pays, qui achèteraient son secret à tout prix, si un tel secret (que la nature seule communique) pouvait être acheté.
Pour donner l’idée des assemblées du palais Berio , il suffit de dire que son cercle comprenait Canova (i) ; Piossetti, poète et improvisa-
Vieni ove s’ erge la magione Augusta De’Rè, cui sempre primavera arridc,
Solto cui giace la città combusta Sacra ad Alcide.
Yieni ove Maro spesso a Mergellina Che in rqar si specchia dall’ opposto lido,
D’ llio cantava l’ ultima rovina ,
Gli amor di Dido.
O’ di Siucero la silvestre avena Concorde a quella del cantor d’Enca D’ Arcadi accenti risuonar 1’ amena Spiaggia facea.
Qui ancor di Baja l’incantato seno,
Caro aile Muse , caro a Roma inféra ,
Del piacer t’offre, solto un ciel sereno,
L’immagin vera.
(i) Canova était alors à Naples pour finir sa fameuse italue équestre dans le portique de la strada Médina. Le
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teur célèbre (1); le duc de Ventignano, le poète tragique de Naples (2); Delfico l’histo-
cheval est sujîerbe ; le cavalier doit être maintenant Charles m. On dit que ce beau morceau de sculpture avait été d’abord commandé par Joseph pour y placer la statue colossale de son frère, puis par Murat dans la meme intention, et à présent par le roi Ferdinand pour y mettre l’effigie de son père.
(1) Rossetti est un des meilleurs, et certainement l’un des plus amusans improvisateurs d’Italie. Il nous a assurés que ses inspirations une fois proférées, il lui serait impossible de les écrire, ou même de s’en rappeler un seul mot : il est également bon poète. Après Rossetti , 1 improvisateur le plus divertissant que nous ayons entendu était le signor Giacomo Ferrelti de Rome. Dans
une soirée chez la baronne de B s, dame liano-
vrienne distinguée par son esprit, quelqu’un me fit la guerre sur ma passion pour Polichinelle et les marionnettes, que je suivais assidûment; Ferretti improvisa sur ce sujet , et il le traita non-seulement avec beaucoup de gaîté , mais il donna un précis rapide et savant sur les sept masques italiens. Il ne s’arrêta pas un seul instant, et chantait en s’accompagnant sur le piano.
(2) Cesare délia Valle., duc de Ventignano, auteur d Ippolilo et d’ Jfigenia , l’une et l’autre dédiées à son ami 1 archevêque de Tarente. Ces tragédies ont été publiées à ÎSaples (depuis le retour du roi) par Trani; mais la correspondance, à la fin du volume, entre l’éditeur, le chancelier, le secrétaire-général de la chancellerie, et le regio-rcvisore , est curieuse à parcourir; et la lecture en doit être recommaudée aux journalistes minis té-
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rien, le philosophe , le patriote; Lampredi et Salvaggi (1), écrivains élégans, et tous deux hommes très-aimables. Le signor Blanc, un des esprits de conversation les plus brillans, avec lesquels l’auteur se soit jamais trouvé; le chevalier Micheroux, membre distingué des premiers cercles de Naples ; et des princesses , des duchesses avec des titres aussi romantiques que celui qui a fait écrire à Walpole sa délicieuse nouvelle du Château d’Otrante , remplissaient les rangs de la littérature et des talens. Rossini tenait le piano , accompa-
riels anglais. Si les principes qu’ils préconisent étaient établis, cela diminuerait un peu leurs bénéfices comme marchands de livres; et au lieu de faire fortune avec les Œuvres deByron , de Moore et de Scott, ils seraient réduits à vendre pour deux sous les ballades de Robin Hood (le Mastrillo anglais), et à demander la permission de réimprimer le sacrifice d’Iphigénie , ou les amours infortunés de Phèdre etd’Hippolyte, comme le pauvre Angelo Trani.
(1) Le signor Lampredi, né toscan, a déjà été mentionné dans le cours de cet Ouvrage. M. de Stend’hal dit à propos de son journal il Poligrafo , qu’il a publié en 1811 : C’est l’auteur du seul bon journal littéraire depuis Barretti. Le signor Salvaggi a fait un ouvrage très-savant sur la musique, et quelques excellentes canzonetti , etc. etc. Sa collection d’ancienne musique est estimée l’une des plus précieuses d’Italie.
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gnant alternativement les improvisations de Rossetti, et madame Colbrun, prima donna de Saint-Charles, dans quelques airs favoris de son Moïse. Rossini est presque aussi bon exécutant sur le piano qu’il est excellent compositeur. Tout cela était vraiment délicieux et rare; mais ce qui était encore plus rare et plus délicieux, c’était l’image du plus parfait bonheur domestique au milieu de cette réunion brillante; un grand-père et une grand mère sortant à peine de leur automne , detix jeunes demoiselles charmantes et bien élevées comme des Anglaises .du même âge et du même rang, et une fille mariée, la bonne et aimable duchesse d’Ascoli, toujours accompagnée de ses filles, dont l’âge tendre les exclurait de la société, même en Angleterre où l’on est si enthousiaste de l’enfance, (i)
(i)l.a part que le patriotisme du duc d’Ascoli lui a fait prendre dans les derniers événement de Naples , a été Iréquemment citée dans les journaux. En parlant des lalens et du patriotisme qui se joignent à une haute naissance à Naples, il serait impardonnable de ne pas rappeler les princes Pignatelli Strongoli. Il y a des circonstances dans l’histoire récente de cette illustre et excellente famille qui fourniraient des sujets tragiques du plus profond intérêt. Quand la première révolution éclata à Naples , il s’y trouvait quatre frères du nom de Pignatelli, tous jeunes, ardens et patriotes. Ils prirent
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Telles sont les scènes de vertu privée qu’on trouve à Naples, résultant (on ne saurait trop le répéter) de ces institutions qui ont aboli les ordres monastiques, et fermé les cellules où la jeunesse était emprisonnée pour obéir à un système politique et religieux, qui obligeait les parens à briser les liens les plus sacrés de la nature , à sacrifier leurs enfans à l’ambition ou à l’avarice. Puissent des cercles tels que ceux de la maison Berio se former souvent dans les palais des nobles napolitains ! et puisse la dernière calamité tombée dernièrement sur ce malheureux pays d’une manière si terrible, épargner des groupes tels que ceuxci , et se contenter d’empêcher que d’autres
tous un vif intérêt aux changemens politiques du royaume; et au retour du roi, la reine ordonna à ses sbires ministériels de prendre deux des Pignatelli et de les faire pendre ; elle fut obéie à la lettre. Le plus jeune des deux, quand le moment de l’exécution arriva, fut trouvé jouant et chantant une belle canzone de sa composition où il décrivait son sort et ses sentimens. Cette composition est bien connue en Italie , et je ne l’ai jamais entendu chanter sans arracher des larmes à ceux qui l’écoutaient. Nous avons eu l’honneur de connaître le prince Pignatelli actuel qui a survécu à ses frères. Il unit leurs belles qualités à des talens politiques et littéraires très-remarquables; et ses vertus domestiques sont à * unisson de ses principes patriotiques.
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ne suivent leur exemple! Puissent les horreurs de la réaction de ce moment, s’arrêter aux portes qui renferment des sentimens si nobles et si doux; que les Acton et les Vanni du jour, Ruffo ou Canosa, ne traînent point au tribunal et à l’échafaud les membres de ces illustres familles qui se sont encore placées dans les rangs du patriotisme pour conserver à leur pays les biens qu’il avait nouvellement acquis, et le sauver des anciens maux en dépit de la ligue de ceux pour lesquels la vertu n’est qu’un nom !
Les soirées de la princesse Belmonte nous ont paru tout-à-fait françaises. La princesse , célèbre par son esprit et sa beauté, qui ont fait long -temps l’ornement de la cour de Naples, est maintenant avancée en âge, et naturellement entourée d’amis dont la conversation et les souvenirs se rapportent aux jours brillans de l&favorita. Cette princesse a passé une partie de sa vie en France, et ses manières et sa conversation rappellent les dames de la cour de France dans le temps de la belle et infortunée Marie-Antoinette, bien plus que les dames italiennes de nos jours. Outre la bonté avec laquelle nous avons été reçus chez cette dame, nous lui avons encore l’obligation de
nous avoir fait connaître une famille de la
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seconde classe à Naples, classe d’un accès plus difficile que les autres, là comme dans le reste de Tltalie. Le terme de seconde classe ne s’applique cependant qu’à 1 egard des distinctions respectées dans les almanachs de cour, et la
famille de Xavvocato . était de la première
classe, et par le goût et par l’éducation. Nous vîmes à une assemblée, à laquelle nous avons été invités chez cet éminent légiste , tout ce ce que Naples avait de plus distingué par le rang et les talens. Un très-beau concert auquel les voix exquises de ses charmantes filles contribuèrent pour beaucoup, fut suivi d’un bal où les quadrilles français étaient exécutés avec une précision qui aurait pu être admirée même à Paris. Parmi les amusemens de la soi-
rée, celui qui donna le plus de plaisir aux hôtes étrangers, fut l’examen d’une belle collection de vases étrusques et d’antiquités, à laquelle il s-ignor avvocato avait dépensé des sommes immenses , péniblement recueillies par des brefs dans des causes que le barreau napolitain a tant de peine à terminer.
Quand des cercles semblables abondent dans une capitale (et nous avons choisi ceuxci pour les citer comme de beaux , et non de rares exemples), on doit supposer qti’il y existe beaucoup de mérite et de vertus prr-
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vées, et la conscience de ce fait fait naître un sentiment de sympathie, chez les personnes capables de penser et de sentir, pour une nation qui, après avoir traversé le passage difficile d’une civilisation désorganisée, était enfin presque parvenue à s’en tirer; et se trouve encore rejetée en arrière pour languir et gémir sans espérance dans une dégradation permanente.
Cours , vole à Naples (dit Rousseau dans son ravissement de la musique napolitaine); écoute les chefs -d œuvre de Léo , de Durante, cle Jomelli et de Pergolese ! Et un auteur dont les agréables rapsodies ressemblent quelquefois à celles de Rousseau, observe à propos du génie musical de Naples, que l’opéra est décidément une affaire de parti pour les Napolitains ; V orgueil blessé s est réfugié là. L’orgueil blessé des Napolitains avait cependant trouvé une voie plus dangereuse pour s'exhaler; et dans le temps où nous avons visité la ville des sciences, la musique n’était pas V affaire de parti àonX. on s’occupait le plus. Les compositions de Léo et de Pergolese étaient moins étudiées par les amateurs les plus ardens , que la Minerve et le Mormng Chronicle (1). Le pays qui a vu naître
(1) Deux papiers reçus par toutes les personnes distin-
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Sacchini, Piccini , Guglielmi, Jomelli, Cimarosa, Paesillo, et les meilleures cantatrices et chanteurs, doit cependant produire une race dont les organes sont heureusement disposés pour le plus délicieux et le plus puissant des arts; et même en ce moment où l’intérêt public est dirigé sur des objets plus importans, Naples est toujours le grand marché pour les productions musicales italiennes. L’opéra national de Saint-Charles, par la beauté de son architecture et de ses ornemens, sa construction bien adaptée pour l’effet des sons , ses excellens acteurs, ses chœurs bien composés, et l’illusion scénique, est assurément supérieur à tous les théâtres du monde. Comme salle de spectacle il est peut-être moins imposant que la Scala de Milan ; mais il est infiniment plus brillant, et les jours de grande illumination, sa splendeur magique n’a rien d’égal; au prix de ce temple de l’harmonie , si pur, si frais , si brillant , si élégant , l’Opéra de Paris n’est qu’un vilain taudis.
guées qui pouvaient se les procurer. On nous prêtait Y Examiner pendant notre séjour à Naples, et parmi les Napolitains qui nous visitaient il en était peu qui ne Je lussent a^ec avidité , l’anglais étant maintenant presque aussi généralement étudié que le français.
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Dans le temps de carême à Naples, quoique les rois puissent passer leurs journées à chasser des sangliers ou à enfiler des petits oiseaux comme les enfans enfilent des marguerites , on ne permet aucuns spectacles, excepté ceux qui sont ordonnés par V Église , et pris dans les saintes Écritures. Alors les patriarches et les prophètes cbmposent le corps dramatique : Pharaon est puni pour avoir manqué à la répétition; on transporte Élie dans les airs à tant par soirée, le peuple acquiert le peu de connaissances qu’il possède de l’histoire de sa religion, èt il est édifié par les chants de David ou les grâces de la belle Dardinella.
Mais soit que le sacré ou le profane , le sérieux ou le bouffon, dominent à l’Opéra de Naples , le seul compositeur reçu avec des applaudissemens sans fin, est Rossini. Son Moïse a été joué pendant tout le temps de notre séjour; et quoique nous l’ayons entendu presque aussi souvent qu’on l’a donné, nous avons toujours vu ses belles scènes avec un plaisir nouveau.
L opéra de Moïse offre les événemens les plus marquans de la mission de ce prophète guerrier, tels qu’il les a racontés lui-même; mais 011 y a ajouté tout ce qui peut augmenter
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l’effet dramatique des divers caractères. Quand la toile se lève, le divin mandat, devant lequel le cœur de Pharaon devait s’endurcir, venait d’être reçu; mais dans un théâtre royal, on conçoit que toute la délicatesse et toute l’indulgence possibles sont déployées à l’égard du roi d’Egypte , comme s’il était plutôt la victime que l’ennemi du pouvoir qui le dépouillait du droit divin de suivre sa volonté. Cependant, tandis que le cœur de Pharaon s'endurcit dans un beau solo, celui de son fils s attendrit dans un duo exquis avec une jolie Israélite, introduite pour faire l’intrigue de la pièce, et qui y donne beaucoup d’intérêt par les combats éprouvés par le prince et cette jeune fille, qui est une protégée de Moïse. Les grandes scènes sont toutes entre le roi et le prophète. Moïse est toujours sévère , impérieux et plein d’audace; il menace avec sa voix de basse profonde, l’obstiné Pharaon detous les fléaux qu’on montre de temps en temps sur la scène. Enfin l’on permet aux Israélites de partir ; et quand ils se rangent aux portes de la ville pour commencer leur marche miraculeuse , ils offrent un spectacle vraiment touchant. Leur aspect misérable, leur mine hagarde, les haillons dont ils sont couverts, rappelaient à mon esprit irlandais les spal-