‹ L'Italie (volume 2)Chapitre 21 sur 30 · W A.PLES · texte numérisé non relu

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peens émigrans de mon pauvre pays ; et la sympathie qu’ils excitaient eût été peut-être trop profonde pour une sensation d’opéra, si les petits havresacs qu ils portaient derrière eux n avaient pas rappelé aux spectateurs le pillage des confians Égyptiens. La scène et les chœurs en ce moment étaient d’une magnificence et d’une mélodie inexprimables. Les harpes de Sion dans les champs de Babylone n’ont jamais pu égaler de tels accens. Au moment où Aaron s’apprête à donner le mot d’ordre, quand Moïse s’est assuré de la présence de sa belle pupille qu’il force à suivre ses malheureux compatriotes , le jeune prince d’Égypte arrive , saisit sa maîtresse , et par les ordres de son père , il arrête la fuite des Juifs. Moïse qui n a jamais connu l’amour (comme le lui dit fort bien le prince ) perd toute patience à ce nouvel acte de tyrannie; et, furieux, il tombe à genoux, invoque la colère du Très-Haut, 'et appelle le feu du ciel, qui consume à l’instant le prince sous les yeux de son amante; celleci devient folle et chante un requiem frénétique sur le corps de son amant. Moïse l’écoute avec 1 air composé d’un amateur ; puis il donne le mot, 1 on se met en marche ; il remue sa baguette , la mer s ouvre, et il conduit ses sui- ^ ans sur ses sables mis à sec, au milieu des

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applaudissemens de l’assemblée, qui se retire en vociférant dans les rues mi manca la voce ( i). Le quatuor le plus à la mode de cette pièce et l’un des chefs-d’œuvre de Rossini.

Il ne nous a pas semblé surprenant que le théâtre royal de l’état, visité par le souverain et présidé par un duc, fût astreint à l’observation rigide du carême; mais que les interdictions aient été jusqu’au théâtre de Polichinelle ( qui après le roi et la Madone est le plus puissant personnage de Naples), c’est ce qui nous étonna et nous désappointa fortement, surtout quand nous étions assis dans notre loge, préparés à voir les grimaces accoutumées, et ne sachant point que Pulchinello (2), se soumettant à la puissance à laquelle les rois eux-mêmes n’ont pu résister, avait cédé

(1) « La voix me manque. »

(2) Il est peut-être peu nécessaire de rappeler que le Pulchinello d’Italie n’est pas une marionnette comme le Polichinelle français et le punch anglais ; mais que c’est le caractère napolitain de la basse comédie, comme le Pantalon de Venise, et le Docteur de Bologne. Le nom de maschere dérive des masques qu’ils portent sur la partie supérieure du visage. Ce sont les restes des masques des théâtres grecs et latins; et ils sont maintenant destines à représenter les vices et les sottises particuliers à certaines provinces.

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sa place au prophète Élie. La pièce était la commedia sagra d’Achab, qui commence par un dialogue entre le prophète et la veuve dont il guérit l’enfant , et de laquelle le fils de Jésabel est amoureux. La scène d’Élie, dans la cour du roi, est très-curieuse. Le roi l’accuse d’hérésie et de sédition ; en un mot, d’être un réformateur radical , qui trouble les anciennes lois et la religion établie dans l’état, et confirmée par des siècles , religion qui avait couvert la terre d’une constante prospérité. A tout cela, Élie répond que sa mission vient du ciel , qu’il est envoyé pour détruire la religion régnante, et qu’il fera des miracles pour prouver la vérité de ses assertions qui ne laisseront aucuns doutes dans l’esprit du roi. Là-dessus , le grandprêtre de l’idolâtre Achab est appelé pour soutenir son maître : à sa vue, Élie ne peut contenir sa colère; et un dialogue, qui excite les transports de l’assemblée , a lieu entre ces personnages. Élie, dans une attitude menaçante, appelle son antagoniste scellerato impio. Le grand-prêtre le traite à son tour de scelle~ rato wgannalore (1); et il ne leur reste plus

( 0 Scélérat impie , scélérat imposteur : phrases qui, je le suppose , ont été prises par la moitié des spectateurs pour des phrases de l’Écriture. Chacun de ces person-

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qu’à se gourmer, quand le roi, pour sauver un scandale à l’Église , les sépare avec peine, et l’on convient qu’ils se trouveront l’un et l’autre dans une certaine caverne où leur supériorité respective sera décidée par des miracles. Cette scène découvre les tromperies du faux prophète, qui reste tutto confuso , quand on trouve dans la grotte tous les matériaux de ses miracles, consistant en bâtons, allumettes, poix, etc. etc. etc. Cependant une longue prière du vrai prophète, non-seulement fait tomber le feu du ciel qui consume le roi , la reine et l’héritier présomptif de la couronne, mais qui fait paraître en même temps un bel ange de toute grandeur, se balançant dans l’air entre quatre poulies. Le prophète s’assied alors dans un fauteuil pour sa translation; cependant avant de partir, il s’avance sur le bord du théâtre pour annoncer le spectacle du jour suivant ; puis se plaçant sur son siège , il jetfcç une vieille redingote sur la tête de son successeur, qui, par sa mine et son costume , ressemble parfaitement aux fripiers qui parcourent les rues de Londres.

nages accuse l’autre de ruse ecclésiastique , et ils laissent échapper dans la dispute des secrets du métier , qui ne sont pas lout-à-fait propres à édifier le public qui les applaudit vivement.

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Le théâtre était rempli de femmes avec leurs enfans, de familles entières de la dernière classe de la bourgeoisie , sans excepter le petit laquais et la bonne ; car on se fait une espèce de devoir religieux d’assister aux drames sacrés en carême , et ce que les étrangers trouvent singulier et même profane dans ces représentations, est écouté avec respect et intérêt par les gens du pays. Quand le faux prophète prie ses faux dieux, et qu’Elie lui dit d’un ton moqueur : Piu forte , non t’ ascoltano ( crie plus haut, ils ne t’entendent pas ), les spectateurs claquèrent des mains, et s’écrièrent, bravo, Élie ! bravo! Notre domestique toscan , qui avait assisté au spectacle derrière notre loge, persuadé qu’il voyait le Pulchinello napolitain qu’on lui avait dit qu’il verrait là , ne fut désabusé de son erreur qu’à la longue prière d’Élie; et quand il vint annoncer la voiture, il me dit : Credo , signora , che c è una commedia piu tosto sagra. « Je crois, madame, que cette pièce est plutôt une comédie sacrée. »

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