HO LITE DE HOME
légion de désolation et de pillage; et les voyageurs se rassemblent devant la porte de sa misérable auberge pour continuer plus sûrement la route, en se protégeant mutuellement dans le périlleux passage qu’ils ont à traverser en allant de Rome à Naples. En arrivant aux marais Pontins, la voie Appiennesuit les bords d’un canal profond, dont les eaux pestilentielles ajoutent au poison de l’atmosphère. Ce canal , creusé par les anciens, et rouvert dans les temps modernes, est la source principale des desséchemens partiels des pays environnans. L’aspect des huttes des patroles devient toujours plus misérable , et la condition de leurs habitans paraît de plus en plus triste. Plusieurs de ces soldats de Saint-Pierre étaient sans souliers , et ne se firent point scrupule de nous demander un paolo. Ceux à qui nous avons parlé à la maison de poste, nous firent un récit terrible de leurs souffrances, attestées par leurs visages jaunes et gonflés. Ils disaient qu’on les envoyait là pour y mourir de la mort la plus affreuse, d’unpoison lent; qu’ils étaientobligés de rester deux ans dans la même stâlion (temps plus que suffisant pour devenir les victimes de la mal-aria ) ; que leur paie pouvait à peine leur procurer du pain sec , et qu’ils étaient à une grande distance de 1 eau
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fraîche, exposés également aux chaleurs de l’été et à l’humidité de l’hiver (r)
(i) Les marais Pontins, même en employant le système de dessèchement le plus perfectionné , n’auraient jamais pu être tout-à-fait assainis. Pline établit , il est vrai, sur l’autorité d’un ancien auteur, que vingt-trois villes avaient occupé autrefois leur site; mais comme il fait aussi mention d’une grande île près de cette côte , il n’est pas improbable que la rétrocession de la mer qui a rejoint cette île au continent , en accroissant les difficultés de faire écouler les eaux de la contrée, ait augmenté la quantité de marais et porté le mauvais air plus près des montagnes. D’après la présente condition géographique du pays, il est évident qu’un système de canaux artificiels , combinés avec beaucoup de soins , et exécutés avec beaucoup de dépenses, pouvait seul le rendre tolérablement sain ; et les tribus grossières éparses sur ces côtes avant l’époque de la grandeur romaine , n’étaient guère capables de semblables efforts. Ce qu’il est plus important d’examiner, ce sont les moyens qu’on pourrait employer pour obvier aux inconvéniens actuels. Quand la voie Appienne a été tracée on a creusé un canal, et 1 ou en a fait un autre sous Auguste , qui existe le long d un des côtés de la route. La contrée a dû être grandement améliorée par ces ouvrages et d’autres semblables , puisque c’était alors la coutume d’aller par ce canal en bateau à Baies, etc. et de s’y embarquer le soir comme le moment le plus favorable pour voyager j tandis qu'à présent dormir pendant l’été sur ces eaux, serait une cause de mort certaine pour un étranger. A la destruc-
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Les soldats sont très-peu utiles quand les brigands descendent des montagnes en grande
tion du Bas-Empire , les ouvrages des marais Pontins tombèrent en ruine; et quoiqu’on ait tâché de les rétablir en différens temps , le dessèchement n’a jamais été suivi d’une manière efficace. De là est venue l’opinion des difficultés insurmontables qui s’y opposent. Il est probable que quelques-uns de ces cantons se trouvent plus bas que le niveau de la mer, ce qui s’opposera toujours aux efforts de l’art ; mais la plus grande partie de ce territoire pourrait sans aucun doute être assainie , au moins suffisamment pour la rendre à la culture, ce qui diminuerait matériellement le danger du mauvais air et engagerait à rebâtir des villes dans les districts élevés. Un des grands obstacles qui s’opposent à ces améliorations, c’est le profit qu’on tire de la vente des anguilles dont ces marais abondent, profits qui engagent les grands propriétaires à résister à tous projets d’assèchement. Pie vi a donné une grande partie des marais à la famille Braschi , au lieu de profiter de cette possession pour établir un système de dessèchement , et des petites propriétés indépendantes qui auraient été tenues à condition de cultiver la terre et de contribuer au dessèchement des marais. Deux états de la société pourraient offrir les moyens d’achever ces grandes opérations : la liberté civile et la domination d’un despote sage et actif. Les papes ont eu entre les mains assez de pouvoir et de richesses pour effectuer les pl us grandes entreprises ; mais ces richesses ont été employées à satisfaire les vices ou l’égoïsme, et la puissance a été dirigée plutôt à l’extension de la do-
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force; et l'on suppose qu’ils sont le plus souvent de connivence dans leurs opérations, (i) Les seules habitations humaines que je me rappel lç d’avoir vues le long du chemin étroit et interminable qui traverse les marais jusqu’à Terracina (dernière ville pontificale) ^ étaient les ruines dans lesquelles les chevaux
mination à l’extérieur, qu’à la consolidation par des perfectionnemens bien entendus dans l’intérieur. D’ailleurs , le règne de chaque pape est trop court , et son pouvoir et les intrigues des princes et des cardinaux s’opposent trop à son autorité pour qu’un pontife , patriote , s’il s’en trouvait un , eût les moyens d’accomplir une opération telle que celle d’assainir les marais Pontins ; et il existe certaines fausses applications des deniers publics qui ôteront toujours les possibilités de l’entreprendre.
(i) Deux gentilshommes anglais avaient été volés entre Terracina et Velletri , deux jours avant notre passage sur cette route. Les soldats nous rendaient un compte très-confus et très-vague de cette affaire, quoiqu’elle se fût passée à une portée de fusil de leur poste. La crainte seule sans la corruption est un motif suffisant pour faire rester les troupes à une distance respectueuse des brigands; mais si l’on considère l’exiguité de leur paye , et le désespoir où doit les jeter leur position , il est impossible de douter qu’ils ne consentent à recevoir de l’argent pour faciliter le pillage des bandits. On les accuse en effet de voler quelquefois pour leur propre compte.
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de poste sont tenus, dont chacune porte un nom digne d’un pèlerinage, et qui toutes offrent un aspect propre à faire l’épisode d’un roman du genre terrible. Cisterna , qu’on croit le Très Tabernæ de saint Paul ; Torre dei Treponti , le Forum Appii d’Horace, sont maintenant des masses de ruines plus tristes encore que les marais qu elles bordent, que les montagnes stériles qui les dominent, et fétides comme les eaux stagnantes qui s’étendent devant elles. Quand les voitures passent devant ces maisons, quelques faces blêmes paraissent à travers des fenêtres sans châssis , et quelques chevaux sauvages étaient enfermés dans les ruines d’un couvent, fondé par Pie vi. Cette entreprise paraît mal calculée. Les gardiens de ces animaux sont des hommes plus sauvages qu’eux , et qui ont l’air d’avoir été bandits dans leur bon temps, Dans ces stations les postillons eux-memes ont quelque chose de féroce et d’indiscipliné dans le regard; leur existence se borne à parcourir une distance de quelques milles dans ce désert; ils sont hors des limites de la civilisation humaine, et ils semblent reconnaître qu’ils n’y appartiennent pas.
L’approche de Terracina , dernière ville des états du pape ( l’Anxur de l’antiquité), est
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aussi magnifique de paysage qu’intéressante par les souvenirs historiques et classiques. A droite on voit la mer; les montagnes de Terracina semblent sortir de la baie ; la vieille cité élève ses noires habitations sur le sommet d’un rocher isolé, très-écarpé et très-rude; cependant, les orangers et les citronniers croissent dans toutes ses crevasses, et montrent leurs fruits dorés à travers les figuiers indiens et les palmiers. La façade d’un beau palais qui n’est pas terminé borne une des pentes les plus basses; à gauche de la ville, sur des collines plus hautes, est le couvent de Saint-François, dont les jardins de myrtes et de palmiers s’étendent sur un des côtés de la route. Les ruines sombres du palais de Théodoric se montrent au-dessus de tout; leurs arcades brisées laissent paraître les rayons pourprés du soleil couchant, et la vue est bornée par un rocher blanc et perpendiculaire, qui se sépare de la masse, et paraît la tour de sentinelle de la contrée. De ce point, les roches blanches d’Anxur (i) se joignent presque à la mer , et forment un défilé étroit qui conduit jusqu’à la frontière napolitaine, et que le moindre effort de courage pourrait défendre
(i) Saxis laie candenlibus Anxur. Horat.