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elle a perdu depuis long-temps l'habitude de voir de tels hôtes, ils y sont accueillis avec une froideur, dont eux seuls ont Tair de ne pas s'apercevoir ; mais c'est l'Église elle-même qui les invite à la fête, et qui pourvoit à leur logement et à leur subsistance : peu envoient des excuses, et tous servent à l'ornement, sinon à l'utilité; car ces surnuméraires complètent aussi bien une procession et iont c/iorus avec une aussi bonne voix que des hommes ineilleurs. A cette époque toute affaire cesse. Le signor Vasi peut fermer sa chalcographie ; les ingénieux Mosaici, qui mettent le Capitole en boucles d'oreilles, suspendent le Colisée au cou de la beauté, et serrent les plus beaux bras avec saint Pierre in vincuUs , peuvent laisser leurs jouets coûteux, et fermer leurs fenêtres tentatrices, au grand soulagement des maris et des pères; le magasin de curiosités n'étale plus ses appas aux yeux de l'amateur ; la roue du Scarpellino est silencieuse; le cicérone d'antiquités s'arrête dans son giro répété; MM. Fea et Nebbi n'ont plus rien à faire, et le gladiateur mourant peut être un roi de Perse ou un boxeur du coin de la rue, ou tout ce qu'il lui plaira , car les antiquaires polémiques ont fait trêve à leurs disputes; et l'on ne fait aucunes recherches, si ce n'est
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pour s'informer où le pape doit officier, à quelle heure on chantera le Miserere ^ et quel jour la bénédiction sera donnée. Les galeries du Vatican et du Capitole sont aussi désertes que la campagne , et les antichambres des cardinaux et des ministres sont remplies de demandeurs^ de billets pour le Quirinal et Saint-Pierre. C'est ainsi que les candidats aux honneurs de Talmanach attendent en tremblant les hautes décisions de ses conseils dans la banlieue de Ring-street , ce Troppau de la mode anglaise, ce congrès des grands protecteurs du bon ton légitime, du bon ton de droit divin.
Enfin le moment important arrive. Les dames prennent le solennel vêtement noir; mais elles négligent trop souvent le voile d'ordonnance (i); et, accompagnées par leurs amis ou parens dont elles se séparent à la porte de l'église (2), elles s'avancent vers le
(i) Une ordonnance défend à toute femme deparaîU'e sans voile devant le pape. Les James anglaises oublient toujours cela, et les cherici sout très-affairés à leur attacher avec des épingles, des mouchoirs de poche qui cachent leur visage , et à les conduire ainsi à leurs places dans la chapelle, comme si elles allaient jouer à colin-maillard.
(2) Cette coutume est encore observée dans plusieurs cathédrales d'Angleterre.
Quirinal le dimanche des^Rameaux, premierjour (le la sainte semaine. Le pape officie et distribue les rameaux consacrés avec des mains qui ont rarement un autre emploi que celui de bénir. Les cardinaux paraissent en glande toilette^ et ils se placent dans leurs stalles avec une pompe plus qu'ordinaire: leurs porte-queues, ces doux et apostoliques enfans de rÉglise, s'asseyent à leurs pieds. Quand \-afunzione commence, leurs éminences se lèvent, et leurs robes violettes se déployant tout à coup, ils paraissent dans toute la magnificence de leurs vètemens dorés, comme le héros d'un mélodrame de la Porte Saint-Martin qui frappe ses ennemis d'étonnement et de confusion, en jetant ses habits de paysan et en s'écriant : Reconnaissez-moi à ma veste brodée, (i) ♦'
Dans ce costume irrésistible, les carflinaux vont recevoir la palme des mains du pape, et ils la remettent à leurs porte-queues. Les autres dignitaires de l'Eelise suivent; les cauda- /o/« eux-mêmes ojit aussi leur petite branche; enfin, réditice représente le miracle de la forêt de Birnham marchant sur Dunsinane. Après cela vient la procession; on chante une messe ;
(i) Pcrichicliijjînchi , dans le Tjvanpeu dclicat.
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les cardinaux sont presque suffoqués par l'encens administré par un ecclésiastique officiant; et le baiser de paix est donné à la ronde ' un cardinal, le recevant d'abord du pape, le transmet à un autre cardinal, et ainsi de suite d'homme en homme, jusqu'au plus humble individu de la hiérarchie sacrée.
Des cérémonies moins importantes occupent le lundi et le mardi; mais c'est le mercredi que commencent les rites les plus magnifiques et les plus imposans, qui laissent bien loin en arrière toutes les solennités religieuses de la chrétienté, même l'offrande des sages dans la chapelle royale de Saint-James.
Malgré les sommes immenses que Saint- Pierre a coûté à l'Europe, peu de cérémonies de l'Église sont accomplies dans sa vaste enceinte ; même quelques-uns des spectacles les plus frappans de la semaine sainte ont lieu dans les chapelles Sixtine et Pauline. Quoique la multitude de ceux que la grâce ou la curiosité a touchés, mette un frein à son impatience spirituelle ou temporelle, afin de conserver des forces physiques et morales pour le jeudi saint, la chapelle Sixtine est encore trop petite pour le nombre des spectateurs qui y affluent le mercredi, pour entendre chanter le Miserere, L'office de ce jour, que les Fran- IV. 4
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rais appellent ténèbres , a toujours été fameux pour la beauté de la musique, qui a le caractère le plus solennel et le plus touchant , et que tous les choristes du pape chantent accompagnés par des instrumens. On dit que le plus grand effet de la musique vocale a été atteint dans la composition et l'exécution de cet office. Dans certaines parties, les sons étaient adoucis et couverts comme celui de la sourdine de l'orgue, et ils arrivaient à l'oreille et s'évanouissaient comme les soupirs des vents sur la harpe éolienne. A mesure que la musique devient plus triste et plus solennelle, les lumières disparaissent Tune après l'autre, et le service finit presque dans l'obscurité au moment où le dernier cierge s'éteint. La combinaison de toutes ces circonstances avec le mystère redoutable qu'elles rappellent , est très-propre à captiver l'imagination et à éblouir la raison ; mais il faut que l'exécution de la musique soit bien tombée, ou que les auteurs aient beaucoup exagéré son effet. Une grande partie de ces chants est effectivement sublime par son extrême simplicité, mais plusieurs morceaux sont assez grossiers; et quand les voix appuyent sur les longues et demi- longues sans être soutenues par aucun accompagnement instrumental, elles baissent par une nécessité
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physique , et peu de passages finissent bien exactement clans le ton. Quelques-unes des VOIX sont aussi dune qualité désagréable et rauque. Il y a peu de bons ténors, et les jeunes garçons crient les notes hautes de la manière la plus glapissante. L'effet général est aussi trop artificiel, trop théâtral; et la sensation produite par la nouveauté une fois passée, l'esprit rejette la tromperie qu'on veut exercer sur lui par ces moyens étudiés. Cependant, s'ils ne peuvent plus édifier, ils attirent; et les occasions d'entendre la musique de Jomelli, de Pergolèse et des anciens maîtres d'Italie, se présententsi rarement, que la chapelle Sixtine est visitée avec empressement et persévérance pendant les trois soirées où l'on y représente.
Le jeudi saint toute la population de Rome se porte en processions infinies du côté du Vatican. Le portique , les colonnades, les vestibules de l'église et du palais, ont l'apparence de la cour d'un despote militaire. Toutes les époques du costume militaire sont brillamment exposées aux regards. Les hallebardiers en cottes de mailles et en pantalons couleur d'ardoise, qui passent auprès des gens crédules pour une armure d'acier poli; les Suisses dans leur ancien habit de buffle et d'écarlate;
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les troupes régulières dans leur uniforme moderne; laguarclia nobile, les voltigeurs du pape, efféminés, couverts de plumes et brillans de dorure ; les généraux anglais , les colonels et officiers inférieurs de toutes l'es yeomanry, avec les capitainesdevaisseauxetune armée de laïques sans titres et d'ecclésiastiques protestans qui ont pris un habit ressemblant en quelque chose à un habit d'ordonnance, pour leur servir de passeport dans un lieu où l'on ne reçoit avec courtoisie que ceux qui portent la livrée de l'Eglise ou de la politique militante; tous se pressent vers le portail de la chapelle Sixtine, qui ressemble, avec sa double garde, à l'entrée d'un passage militaire aussi dangereux à défendre qu'à attaquer. Les dames ( et les dames anglaises plus que toutes les autres ) poussent les gardes avec une imprudente vivacité; et ceux-ci avec leurs baïonnettes au bout des fusils et leurs bras croisés en carré, leur opposent une résistance que des assaillans femelles sont seuls capables d'affronter une seconde fois. Mille billets sont montrés par des mains élevées, secondées par des voix hautes; cependant l'officier de garde, qui ne peut lire et déchirer qu'un billet à la fois, confie aux Suisses la tâche de repousser les impatiens; et ils secondent ieuv allez fous-en y avec une force
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physique qui , clans un ou deux exemples, mit le candidat trop pressé hors d'état de recommencer ses efforts. Quelques Anglais favorisés par le ministère et tous les princes et ambassadeurs résidant à Rome, précédés de leurs gardes d'honneur, et suivis d'une troupe de dépendans, écrasent de malheureuses créatures qui , dans leurs longues robes noires et leurs courts rochets blancs, ont l'air du rebut des deux sexes ; et les privilégiés poursuivent leur route sans obstacle et sans peine. Un côté d'un espace séparé du chœur 'par une grille, est destiné pour eux; l'autre est pour les femmes qui y sont entassées sans pitié comme des moutons dans un parc. Les hommes , s'ils sont en uniforme ou en habit de cour, sont admis dans la tribune du chœur, et la foule inférieure, abandonnée à elle-même, se précipite dans la nef avec une impétuosité que rien ne peut retenir ; car , bien qu'on n'admette personne sans billet , le nombre de celles qui en obtiennent (presque toutes étrangères) est beaucoup trop grand pour la place. Une scène de confusion impossible à décrire s'ensuit; les gardes se mêlent avec la multitude; le pair anglais est renversé par le chanoine romain ; des moines irlandais frappent sur la vieille armure des hallebardiers , avec
des poings plus formidables que le fer qu'ils attaquent; des prêtres italiens tombent sur des dandies en corsets lacés; et le via, via des gardes romaines, et \q fous ne restez pas ici des Suisses, mêlés avec les cris, les supplications , les injures, les plaintes et le god-dam anglais, se font entendre long-temps après que le service divin est commencé. Le vicaire de Dieu sur la terre paraît en vain; la croix de paix brille en vain sur le grand autel; la tranquillité ne se rétablitque quand on commence à étouffer.
Les cérémonies que tout le monde vient voir, et que personne ne suit, se terminent enfin. La procession du Saint-Sacrement à la chapelle Pauline se met en marche , et c'est alors que la guerre est rallumée ; les uns courent en avant pour arriver à temps dans la chapelle adjacente, les autres restent pour voir la procession (semblable en tout à celle du Quirinal, déjà décrite). Les Suisses balaient tout devant eux pour faire place à la cérémonie, sans consulter la commodité de personne. Une longue file de prêtres portant des torches allumées se met alors en mouvement ; elle est suivie des cardinaux, les mains bénignement croisées sur leur poitrine resplendissante d'or; et leurs yeux scrutateurs sem-
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blent demander à l'auditoire qu'ils contemplent avec étoniiement : Est-ce seulement pour nous voir que vous êtes tous ici? Le pape, soutenu par des prélats, son visage doux et bienveillant ombragé d'un dais impérial, sa robe superbe portée avec pompe, avance lentement après eux, chantant de temps à autre quelques notes faibles et tremblantes, auxquelles tous les autres répondent par un chorus bas et fortement articulé, jusqu'à ce qu'enfin la procession entière ait passé à travers le vestibule qui sert d'antichambre aux deux chapelles. Les portes de la chapelle Pauline s'ouvrent tout à coup, et ses murailles ternies paraissent illuminées par mille flambeaux qui brillent malgré les rayons du soleil de midi, à travers une atmosphère de fumée. Peu de personnes ont l'avantage d'entrer dans la chapelle et d'y voir déposer le Saint-Sacrement; et plusieurs de celles qui connaissent le programme du jour, en essayant d'assister à toutes les cérémonies, parviennent à peine à en voir une seule.
Le désir de voir le pape laver les pieds des pèlerins, et les cardinaux leur servir à dîner, et celui de contempler jâ bénédiction donnée par le pontife sur sou balcon, partagent l'attention et les efforts des curieux. Un prélat en
habits pontificaux monte un escalier gardé par des soldats ; le flux des assistans le suit ; ils sont repoussés par les sentinelles ; et à mesure qu'on les fait reculer, la foule devient plus serrée au bas de l'escalier. Quelques-uns insinuent qu'une porte opposée conduit au bain de pieds des pèlerins, ou à l'échafaud érigé pour voir la bénédiction; aussitôt le torrent prend son cours de ce côté, et il se rencontre avec une autre foule qui revient désappointée de la même direction où des portes ont été fermées sur eux, et où ils ont été chassés également par des gardes. Alors les efforts pour descendre ou monter, pour entrer ou sortir, produisent les conséquences les plus fâcheuses et les moins convenables à la solennité du moment et du lieu. Des souliers sont perdus , des voiles .sont arrachés, des hanches sont démises , des épaules disloquées, des côtes enfoncées; et ceux qui échappent sains et saufs vont se réfugier dans la nef solitaire et silencieuse de S. -Pierre, et quoiqu'ils ne voient ni les cardinaux servant des macaronis à des mendians affamés, ni le pape leur lavant les pieds , ils peuvent encore s'estimer les plus heureux. C'est là que se rassemblent graduellement pour attendre avec beaucoup d'ennui l'arrivée des voitures, ou avec une grande anxiété celles dç leurs amis
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plus aventureux, les trois quarts de cette multitude venue de si loin pour voir tant de choses, et qui retourne après avoir vu.... presque rien, se consolant par l'idée que si le jeudi saint est perdu, on pourra se dédommager le vendredi saint ou le jour de Pâques. On éprouve d'abord de grandes inquiétudes pour entrer, ensuite on n'est pas moins embarrassé pour trouver le moyen de sortir; la journée entière se passe à se garantir des dangers , et le salut du corps occupe tellement l'attention, qu'on n'a pas une minute à donner à celui de l'âme, en dépit des messes et des processions.
Le vendredi saint le tumulte est moins grand, parce qu'il y a moins de choses à voir. Ce jour de deuil et de sacrifice , de jeûne et de mortification, commence au Vatican par un dîner somptueux donné au conclave et au corps diplomatique, (i)
(i) Ce dîner est donné à Saint-Pierre, dans l'ide'e que les fonctionnaires ecclésiastiques n'ont pas le temps de retourner chez eux. Ce repas devait être , dans l'origine, une légère réfection ; mais c'est réellement un festin splendide , auquel des étrangers de distinction .«ont invités. Le cardinal-ministre donne des dîners tous les jours de la semaine; et dans une autre partie du Vatican , l'archi-prêtre ou cardinal-doyen traite les chanoines et