‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 11 sur 34 · HOME · texte numérisé non relu

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Ainsi préparés pour la célébration du Miserere qui suit le dessert, comme une sorte de chasse-café,\es hôtes vont prendre leurs places dans la chapelle Sixtine. Les cardinaux marchent processionnellement de la table à l'autel, pour écouter, s'instruire et digérer intérieurement ; et, les lèvres encore humides de lachrima-christi , ils chantent les répons des sept psaumes de la pénitence. Quand le dernier cierge est éteint, et que les derniers versets du Miserere se perdent dans les airs, chaque société cherche son chemin et gagne, comme elle peut, Saint-Pierre. La brillante illumination dej; colonnades, des portiques, des escaliers, les gardes, la foule de jolies femmes et d'hommes élégans, donnent à ses splendides avenues, l'air d'un théâtre de cour, et imitent sur une plus grande échelle le palais des Tuileries.

autres officiers de l'Église. Ces dîners, quoiqu'ils consistent en poissons (dont les sauces sont parmi les niystëres de l'Église), pourraient satisfaire un Lucullus, et seraient enviés par un Amphitryon parisien. C'est , dans le véritable sens du mot , une fête pour les cardinaux à qui des revenus bornés ne permettent pas des excès journaliers. Le cardinal J*** A*** disait à un de nos amis , son parent : Je vous invite à un pauvre dîner ^ 7nais je ne puis pas traiter aussi magnijiquement que lorsque l étais ivoine barnabile.

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La croix illuminée et l'adoration du pape et des cardinaux sont les motifs d'attraction de cette soirée. Des milliers de personnes de tous rangs et de tous pays pénètrent dans l'église, où des billets ne sont pas nécessaires pour être admis; cependant ce temple colossal qui semble fait pour être celui de l'univers, paraît encore à moitié vide. Les ailes obscures et solitaires fournisset^ des asiles à la piété modeste ou à l'amour clandestin; et la grandeur de l'ensemble , vu dans une obscurité habilement ménagée, semble s'étendre au-delà de ses limites ordinaires, et se perdre dans une distance incommensurable. Les cent lampes d'un airain brillant qui brûlent jour et nuit autour du tombeau de saint Pierre, sont éteintes ce jourlà. Une croix de flamme suspendue de la coupole devant le baldaquin du grand autel, n'éclaire que l'espace au-dessus duquel elle est placée, et laisse tout le reste dans la majesté des ténèbres, interrompues faiblement en quelques endroits par une lampe étincelante (i).

(i) L'effet de cette illumiualioa est loin d'être parfait. La croix descend trop bas , trop près des yeux du spectateur j elle est trop visiblement formée par de l'huile et du feu matériel ; et la petitesse de ses dimensions devient par là trop évidente. Si on l'avait élevée dans l'immense espace du dôme , et qu'on lui eût donné la proportion

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Cette place éclairée est comme un cercle magique. 11 est hermétiquement fermé par trois rangs de soldats, et les rayons qui émanent de la croix ne tombent que sur des lances et des baïonnettes. Cette place, dont aucun pied profane ne doit approcher, est réservée pour que le pape, les cardinaux et les princes puissent offrir le sacrifice de leur cœur contrit sans être troublé par la pénitence plébéienne. A la fin ces powy'oirs et ces principautés paraissent accompagnés d'une garde qui éclaircit le passage devant eux, en repoussant la multitude qui se presse sous leurs pas. Les troupes qui les attendaient oiivrent leurs rangs , et les referment aussitôt sur leur précieux dépôt. Le pape tombe à genoux devant la croix, sur des coussins d'édredon et de velours. Les princes et les princesses avec leurs petites cours de petits courtisans (et l'on n'en a jamais vu de plus petits ramper sur les pas de la royauté) se placent à droite du pontife, et les cardinaux à gauche.

Pendant cette singulière prosternation il

nécessaire pour éclaii-er le temple entier , elle aurait produit un effet idéal , et , rappelant la croix de Constantin, elle eût été l'image du miracle au(][uel l'Église doit son existence.

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règne un profond silence. Le pape semblait réellement absorbé dans une sainte méditation; et comme la lumière tombait sur sa tête vénérable, sur son visage flétri par l'âge, et se réfléchissait sur ses robes flottantes, son aspect avait quelque chose de mystique et d'idéal; et pour une foi que l'imagination aurait rendue plus ardente ou que le fanatisme aurait égarée, sa translation hors de ce monde aurait paru possible en cet instant.

Les adorateurs de sa droite paraissent au contraire de véritables mixtions de notre terre mortelle , et des princes à figures risibles , de puissantes princesses, accroupis sur leurs tapis comme des pagodes indiennes, se frappent la poitrine , font des signes de croix et poussent en vain des gémissemens sans que leur dévots exercices excitent aucune édification, même parmi les soldats à cotle de mailles qui les gardent. Il en est de même des cardinaux; ce sont les goiSj les galans Lotharios au pied de la croix comme dans les salons : ils font circuler la tabatière, déploient le mouchoir, chuchottent leurs remarques, clignent leurs yeux endormis devant les lampes, et bâillent ou se bénissent eux-mêmes, n'ayant rien à faire de mieux.

Cependant la multitude moins distinguée

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