‹ L'Italie (volume 3)Chapitre 12 sur 34 · RO:\IE · texte numérisé non relu

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était diversement occupée suivant l'opération de la grâce, l'influence de l'exemple ou l'opportunité. Ici le grand-pénitencier, assis sur son trône de droit divin, étend sa baguette, et accorde d'un côté des indulgences par son attouchement, tandis qu'il reçoit de l'autre la confession du pêcheur et impose des pénitences pour le péché. Là, montés sur de hauts Jjalcons, les chanoines de Saint-Pierre , vétUs comme des vestales, exposent les reliques dans leurs châsses brillantes, à la foule rangée audessous, qui les vénère d'autant pUis qu'elle n'aperçoit presque c[ue de l'or et du cristal. Les processions des confréries sont vues dans certains instans où la lumière donne accidentellement sur elles, marchant lentement autour des ailes latérales, et se perdent dans des masses d'ombres : les membres de ces confréries sont couverts de la tète aux pieds d'un vêtement qui ressemble à un linceid , et qui ne laisse paraître que leurs yeux : ils portent des torches dans leurs mains croisées, et se rangent en cercle dans une triste et silencieuse solennité autour du sépulcre de saint Pierre, où ils restent long-temps dans leur attirail lugubre , et produisent l'effet le plus dramatique.

Le centre est occupé pnr le beau monde de

CÉRÉMONIES DE l'ÉGLISE. 63

Paris, de Vienne et de Saint-Pétersbourg, riant, causant , coquetant dans toutes les variétés philologiques qui pourraient avoir été entendues dans une conversazione de la toui de Babel. Là, sont reçus des vœux qui ne sont point adressés au ciel , et des sermens sont prononcés devant la statue de saint Pierre, auquel Jupiter peut sourire, si Tapôtre n'ose le faire.

La beauté romaine qui dédaigne les cérémonies brillantes de midi, s'avance vers la châsse où elle espère rencontrer quelque dévot de sa connaissance ; et dans toute la sincérité de son cœur, agenouillée en vue de cette croix sur laquelle seule ses yeux sont dirigés, ellç oublie le inonde qui l'oublie. Des familles des classes moyennes sont assises sur les marches des autels ou des tombeaux, en contemplation du spectacle varié; et des bandes de villageois envoyant des bouffées d'ail avec leur ^\>e Maria , vont et viennent de tous côtés, pieusement amusés de tout ce qu'ils contemplent, et ajoutant beaucoup à la singularité de la scène dont ils forment les groupes les plus grotesques.

Quand la nuit devient obscure et que la loule commence à s'écouler, la multitude qui revient lentement de Saint-Pierre, et surtout

les bandes de pèlerins et les confréries , fournissent le coup d'oeil le plus pittoresque, bien digne de terminer les spectacles du vendredi saint. Les pèlerins sont des misérables tout déguenillés , conduits par quelque grande dame romaine, qui, portant la croix d'une main et son ridicule à la française de l'autre , commence le chant de la pénitence, auquel la troupe répond en braillant. Quand ces noires processions passent le long du Tibre, et que la lueur rougeâtre de leurs torches donne sur les murailles du château Saint-Ange, elles font entendre une psalmodie qui paraît quelquefois mélodieuse quand les sons se trouvent adoucis par la distance, et qu'ils les laissent mourir avec une extrême habileté le long de ces eaux sur lesquelles les prêtres païens ont chanté leur io Pœan ou les obsèques d'Adonis.

Le samedi, qui n'offre aucune cérémonie imposante , se passe dans le silence et la tristesse. C'est une image de la descente de Jésus aux enfers. Mais le soir qui précède Pâques annonce par diverses marques de joie, le jour de triomphe qui doit le suivre, et la fin de la longue pénitence qu'il termine. Les boutiques de Rome sont éclairées avec profusion , et les pizzicaroli , ces fidèles alliés de l'Eglise , offrent des alimens à la méditation des dévots

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