CHAPITRE XXIII
ISaples. — Situation. — Cote de Pouzzoles. — Baies. — Herculanum. — Portici. — Paillas royales. — Madame Murât. — Musée. — • La favorila. — Vésuve. — Pompeii. — Statue de la jjrétresse Eumachia. — Museo Borbonico. — Galerie de Pompeii , etc. etc. — Salle de Papyrus. — Paves de Mare- Chiana. — Posilipo. — Mergellina. — Sannazar. — Tombeau de Virgile. — Grotte de Pausilippe. — Rives de Pozzuoli. — Lac Agnano. — La Solfatara. — Bains. — Monastère des Camaldules. — Cathédrale. — Eglise de Sainte-Claire. — Monument du roi Robert. — La reine Jeanne i'^. - — Couvent de Sainte Claire. — Palais. — Chiaia.
JM APLES est le terme ordinaire du pèlerinage de l'étranger en Italie. La mémoire surchargée des nombreux souvenirs qui lui ont été confiés, l'esprit fatigué par les appels réitérés faits à ses perceptions, la nouveauté ayant perdu son charme, la curiosité émoussée, tout dispose le voyageur même le plus déterminé à
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un repos devenu encore plus moralement que pliysiquement nécessaire. Encore des éejlises à voir, des moniimens à étudier, des palais à visiter, deviendrait un devoir pénible, et cesserait d'être un amusement; et l'on apprend avec plaisir que Naples contient peu de ces objets qui méritent d'attirer l'attention, que Rome et Florence ont presque entièrement épuisée. Les antiquités de Naples et de ses environs, sont les sites, les villes enterrées et les ports classiques; ses souvenirs historiques sont les horreurs perpétuelles d'un despotisme étranger, enregistrées dans son architecture moresque, espagnole et arabe; mais son principal trait distinctif est le caractère sublime et singulier qui lui a été imprimé par la nature. Sous ce point de vue, Naples, prenant sa position périlleuse sur les confins de la destruction , plaçant ses somptueuses villas sur les bords d'un cratère, élevant ses tours suj)cibes sur la surface perfide d'un volcan éternellement actif, Naples est unique dans l'univers. Ces instrumens de destruction inévitable attirent rarement l'homme dans leur voisinage; on les trouve régnant sur la désolation, dans les lieux où les intérêts humains s'arrêtent au milieu des glaces du Kamstchafka , et dt;.s hauteurs des Andes, hors des limites de lu
civilisation ; -niais cette cite gaie, l^rillanto, fantastique, portant sa population animée tt active jusqu'au pied du Vésuve; cette cité dont l'atmosphère est un fluide électrique , dont les phénomènes ordinaires sont des rivières de flammes et des pluies de cendres, est assez étonnante pour exciter la curiosité quand sa seule attraction serait sa situation terrible et incertaine. Là, une plaine peut le lendemain être remplacée par une montagne (i), et la nature exécute ses grandes opérations avec ses rudes matériaux. A la vue de l'homme, dans le voisinage de sa demeure, on la voit révéler ses procédés de création, changeant, combinant, épuisant, renouvelant et recréant, mais ne détruisant jamais. Ses méthodes , ses moyens sont mis au jour; mais quel est son
(i) Le Monte Nuovo , à une très-petite distance de PJaples. Dans la nuit du 2g septembre i538, après uu violent tremblement de terre , une terrible explosion volcanique eut lieu , et après trois jours de fermentation terrible dans les élémens , la montagne nommée à présent Monte Nuovo, sortit du sein de la plaine. Pendant cette sublime et effrayante opération , des pluies de cendres tombaient jusqu'à vingt-quatre milles, et le spacieux liôpital de la Tripergala fut englouti dans l'abîme avec plusieurs maisons particulières. {Ployez Marc-Anlonio de Falconi , Degli incendii di Pozzitoli.)
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objet et sa fin ? La plus curieuse , la plus pénétrante de ses créatures, l'homme, n'a jamais pu encore, et ne pourra jamais le découvrir.
A Rome et dans les déserts qui l'environnent, tous les objets peignent la mort de la nature. A Naples et dans les campagnes voisines, tout montre sa vigueur et son activité, mais une activité qui se dévore elle-même., une vivacité fébrile qui consume le sujet dans lequel elle brille. L'air est de feu, le sol est une fournaise , les rayons du soleil donnent la mort (i), et la terre , quand elle est frappée, exhale des vapeurs brûlantes (a). Partout les ruines du temps et de l'homme sont mêlées à des fragmens d'une création violente ; et les amphithéâtres d'Auguste et de Pompée , la villa de Cicéron , et les autels de CaUgula , identifiés dans des masses de marbre sculptées et renversées, sont parsemés au milieu des
(i) Le coup de soleil.
(2) Quand on frappe la surface de la Solfatara (le forum Vulcaiîi de Strabon ) , une colonne de vapeur chaude s'élève comme par enchanteraient. On s'attend presque à voir le génie du soufre prendre graduellement une forme et apparaître au milieu de cette fumée. Le sol , conjposé de soufre de diverses couleurs, offre uu aspect de la iialure toul-à-rait nouveau.
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volcans éteints de Pozzuoli (i). Les environs de Naples (2) offrent des sujets d'étude pour l'antiquaire, le peintre, le naturaliste et le
(1) Pozzuoli, le plus ancien site historique d'Ttalie (et, dans les temps les plus splendides de Rome , distingué par sa grandeur et sa magnificence ) , contient les ruines des temples de Diane et de Sérapis, et plusieurs autres monumens. La villa Puteolana de Cicéron , et son stadium, sont des sites plutôt que des monumens, et ils ont élevé de vives disputes entre les antiquaires. Caligula, dans son passage extravagant sur le pont de bateaux , se reposa dans le temple de Neptune pour offrir des sacrifices propitiatoires. Auguste, en allant donner bataille à Antoine , sacrifia aux vents , à Neptune et à la mer, en ce luême lieu.
(2) La route de Pozzuoli conduit entre la Via Cumana et le Monte Nuovo au lac Avernus , et toute la scène du onzième chant de l'Odyssée , et du sixième livre de l'Enéide , se déploie aux regards. Mais quand nous avons visité ces rives cimmériennes , elles brillaient sous les rayons du soleil ; les sites qui avaient glacé les esprits d'ilercule et d'Ulysse , étaient alors d'une gaîté séduisante ; et le terrible Averne des anciens ressemblait au vivier d'un parc anglais, (llependant les superbes ruines des Thermes et du temple d'Apollon qvi'on voit près de ces bords , éveillent les rêveries de l'imagination , et un passage souterrain avec son nom classique de grotte de la Sibylle, réalisait au moins l'une de ces visions poétiques; malgré la petite chapelle chrétienne dédiée à saint Janvier qui s'élève dans son centre.
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philosophe. Les rives sont baignées par la nier chantée par Homère ; les lacs et les montagnes fournissent la topographie de Virgile; les vignes tapissent des grottes où la sibylle de Cumes composait ses oracles, et chaque rocher, chaque coin de terre est le registre d'un crime ou la marque d'une aventure qui a rendu immortel, ou celui qui l'a corktée, ou celui qui en a été le héros, (i)
Au milieu de tant d'objets dignes de description , et qu'on serait tenté de décrire, il est difficile d'en rejeter un seul , et il y aurait trop de vanité à essayer d'en rencire aucun. Les peintres, les historiens, les antiquaires, les voyageurs mbdernes, n'ont rien laissé à dire de nouveau; on ne trouverait pas un seul trait qui n'ait déjà été retracé , et le sujet est maintenant épuisé. Pour atteindre plutôt ces rives classiques, le nord de l'Italie a été par-
(i) La scène de la terrible tragédie dont Agrippine a été l'héroïne, est sur la belle côte de Baies; le luoniimentappelé tombeau d'Agrippine, se trouve sur le rivage entre le château pittoresque de Baies et le cap deMisène. Toutes ses rives ont l'air de tableaux dont le dessin et le coloris sont également parfaits ; elles sont d'un accès diilicile , mais leur beauté dédommage amplement de la fatigue de les visiter. On se rappelle à chaque pas les marines de Salvalor liosa.
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couru rapidement et négligcrnniout ; on n'a fait aucunes recherches sur son histoire , on n'a point examiné ses raonumens, et le voyageur actuel qui veut encore parler sur Naples, doit chercher à présenter au lecteur avec timidité et brièveté quelque objet d'une importance majeure, dont l'impression a été profonde, et dont la description, si elle n'est pas neuve, ne pourra pas au moins être entièrement dénuée d'intérêt.
Après avoir consacré des jours et des nuits aux paysages des environs de Naples, de Pozzuoli et de Baies , aux aimables collines du Pausilippe, aux rives volcaniques dePortici, les objets qui restèrent empreints dans notre imagination , ont été ceux qui frappent le plus généralement : le Vésuve et Pompeii, la grotte de Pausilippe et les déserts brûlés de la Solfatara. La route de Naples à Pompeii , le long de la baie , comprend non-seulement l'un des paysages les plus aimables qu'on puisse trouver parmi tant de paysages aimables, mais la plupart des objets pour lesquels le naturaliste et Tantiquaire visitent cette région extraordinaire , TIerculanum , Portici , le Vésuve. Une longue ligne de batimens, formée par les habitations du peuple misérables et dégradées, et les villas des nobles , spacieuses , mais abnu~
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données , conduit aux palais royaux de Portici par le village de Résina. C'est la première station de cette journée de merveilles, à laquelle le goût et la curiosité obligent de s'arrêter; car les rues de ce village couvrent les ruines d'HercuIanum. Une réunion de bâtimens informes , habités par des êtres dont le coloris terni est encore obscurci par la malpropreté, paraît enfoncée à droite de la route. C'est là que le visiteur quitte sa voiture, et qu'il est reçu par le guide formidable d'HercuIanum, qui , après avoir donné une bougie à chaque personne, et en avoir pris une pour lui , marche vers une ouverture caverneuse d'où l'on descend par un terrain en pente, entre les tristes et noires murailles sur lesquelles tant de siècles ont passé. Une descente de quatrevingts palmes (car l'on dit que sept couches de laves séparent les sols de Résina et d'Hercu- Ianum), mène au défilé souterrain où il y a si peu de choses à voir et tant de choses à déplorer.
La crainte qu'on éprouve de voiries lumières s'éteindre dans l'atmosphère dense de ce noir tombeau, crainte qu'augmentent encore les précautions que prend le guide expérimenté, en collant de loin à loin des bougies contre les murs de lave , à mesure qu'il avance, afin
qu'elles servent de marques pour le retour; la lueur pâle de ses lumières distantes quand on suit les détours de cet étroit labyrinthe, Timpression des ténèbres faisant naîlre mille horreurs, ne laissent dans les personnes à imagination vive et dont les nerfs sont faciles à ébranler, qu'un seul sentiment, le désir de revenir à la lumière du jour et à lair frais. On a peu de choses à voir dans les profondeurs d'Herculanum , hors les ruines de l'amphiihéatre, autour de l'orchestre duquel le guide conduit ses protégés (i); mais le tout est si incomplètement découvert, et l'obscurité est si impénétrable, qu'on ne peut rien distinguer bien nettement, et l'on n'emporte qu'une im-
(i) Il est peut-être peu nécessaire de rappeler qu'en 1726, une excavation accidenteile faite par le prince d'Elbeuf , qui bâtissait une villa à Résina , donna lieu à la découverte à^Herculanimi enterrée par une irruption du Vésuve en 7g, dont les cendres tombèrent, dit-on , jusqu'en Egypte. Dans le cours des fouilles commandées par Charles m , père du roi actuel , un portique, deux temples , et un magnifique théâtre ont été découverts ^ mais à la honte de ce gouvernement, dont le trésor ne suiFisait pas pour payer ses espions et pensionner ses favoris , ces grands ouvrages ont été abandonnés, et les excavations commencées ont été bouchées; ainsi il ne resle rien mainfeiiant que le proscenium et quelques autres parties du grand amphithéâtre.
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pression bien vague. Les moniimens sont tellement enterrés sous la lave (qui doit être tombée en flots liquides, pénétrant dans tous les interstices), que Jes idées les plus exactes qu'on puisse se former de cette cité, conservée d'une manière si effrayante, sont données par des formes fossiles qui se dessinent au milieu de leurs matrices. Nous vîmes l'impression d'un masque comique sur la lave ; d'autres objets nous furent désignés par les guides, auxquels je suis bien sûre que l'une des personnes de la société donnait plus de foi que d'attention. Le bruit des roues des voitures que nous entei!dîmes passer au-dessus de nos têtes en remontant, et le premier rayon du soleil, ont été les plus agréables sensalionsproduites par la visite à Herculanum. Toutes les réflexions inspirées par ce lieu sont d'un caractère effrayant; et cependant les villages bâtis au-dessus de cette vilJe misérablement engloutie, regorgent d'habilans qui peuvent, à chaque irruption du Vésuve , éprouver le même sort.
La grande route de Portici passe à travers la cour, pavée à l'antique, de ce royal palais, fabrique lourde et massive qui commande la baie. Quoique ce soit \une des plus considérables et des mieux situées parmi les villa.s rosalcs, elle doit avoir été bien triste et bien
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incommode à habiter avant les améliorations qui y ont été faites par la dernière souveraine. Le vieux gardien qui nous montra les appartemens, avait quelque peine à nommer son ancienne maîtresse madame Murât, au lieu de Sa Majesté , et il avait évidemment appris un nouveau vocabulaire pour le nouvel ancien régime. Enentrantilnous fit remarquer que l'élégant vestibule dans lequel nous étions, l'escalier double et spacieux, les vastes corridors et le beau petit théâtre (i), sur lequel ils doniiaientjétaient tousfattidamadama Murât. Une autre galerie ornée de superbes candélabres, et pourvue de belles ottomanes, arracha encore de notre guide le laconique/a/^^o da madama Murât. En un mot, nous trouvâmes que les nombreuses suites de pièces, les bains, les cabinets, les bibliothèques, les orangeries, les serres, etc. etc. avaient été peints, décorés
(i) Le théâtre était encore arrangé coranie il avait été laissé le dernier soir oii l'on représenta, il y a trois ou quatre ans, une comédie pour le feu roi d'E>pagne , qui laissa sa cellule de Rome pour venir féliciter son frère de Naples. Comme roi d'Espagne, ce digne prince ne devait pas assister à un spectacle public , et dans cette occasion on dit qu'il fit pénitence pour le plaisir qu'il s'était permis de prendre , ainsi que la reine et le prince de la Paix qui avaient participé à la fêle.
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et meublés, ou dessinés et érigés da înadania Murât. Plusieurs de ces pièces montraient un goût exquis , et une appropriation bien sentie des ornemens avec le caractère de la place. Les murs étaient couverts de peintures copiées de Pompeii, et les meubles imitaient les objets découverts dans cette ancienne cité, et conservés dans le musée de Naples. Les draperies en riches étoffes de soie étaient toutes de fabrique napolitaine, CAxmadama Murât avait remplacé entièrement le vieil ameublement de ce palais; aussi au retour de la famille royale, les princes reconnurent aussi peu cette demeure que beaucoup d'autres olDJets réformés ou améliorés par la même personne, et ils exprimèrent fort naïvement leur surprise et leur admiration, (r)
Les appartemens de l'ex-reine sont des modèlesd'élégance et de goût féminin. La chambre à coucher, le cabinet de toilette, le boudoir et la bibliothèque sont remarquables sous ce rap-
(i) Le roi , à la restauration , envoya d'abord le prince son fils pour voir comment allaient toutes choses. Le prince revint enchanté des beaux palais qu'il reti-ouva^à la place de ceux qu'ils avaient laissés dégradés et mal meublés, et il s'écria en présence de plusieurs courtisans: Ah I papa mio , si vous étiez seulement l'esté absent dix ans de plus !
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poil, et on les a laissés précisément comme ils étaient quand elle les occupait. Les boîtes sont encore sur sa toilette; une miniature de son neveu, le pctitNapoléon, attachée par un ruban , décore la cheminée (i) ; son déjeuner,, rangé sur un plateau anglais, est au milieu de la pièce, et quelques jolies étrennes que ses dames avaient brodées pour elle peu de jours avant ses revers, étaient étalées .sur le sopha. Niente cangiato , disaitleCiceroiie , excepté ceci! (et il approchait du superbe lit, et montrait deux grands crucifix noirs et un vase d'eau bénite accrochés à la tète), Tion è quella una inoda Jrancese (2). Le roi et sa femme ayant passé une seule nuit à Portici , ces images sacrées ont été placées dans cette occasion (3).
(i) Dans le cabinet de toilette, on voyait un superbe
buste de l'ex-roi de Borne par Canova. Le boudoir était
orné de plusieurs tableaux de M. de Forbin , que la
i'aniille Bonaparte protégeait beaucoup : ces tableaux
avaient été commandés au jeune artiste (comme je l'ai
su par une personne de cette famille) pour encourager
son talent. L'un des meilleurs représente Gonsalve de
Cordoue visitant l'Alhambra au clair de lune. M. de »■
l'orbin est maintenant directeur-général du Musée de Paris.
(■?.) » Rien n'est changé , excepté ceci. Ce n'est pas une mode française. »
(3) Celle dame, mariée de la main gauche , n'a d'aulre
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Dans le cabinet de toilette, on voit encore tous les vases et coffrets en cristal et argent; ménve quelques brosses d'argent sont restées où la femme de cbarabre de la dernière et jolie propriétaire les avait posées. On dit que madame Murât a poussé jusqu'à l'affectation sa détermination de ne toucher à rien de ce qui appartenait à son état royal, et de n'emporter que ce qui pouvait être regardé comme sa propriété personnelle et privée (i). Portici était sa ré-
tilre que celui de la moglie del rè. Les princes ses fils firent quelques objeclions à ce mariage j entre autres choses, le prince héréditaire avança que la réputation de la dame n'avait pas toujours été hors des atteintes du scandale. Le roi répondit en riant et en chatouillant sou auguste fils au défaut des côtes : E la mumma, cnro figlio, e la manima. On raconte plusieurs anecdotes sur la joie de S. M. d'avoir échappé au despotisme conjugal de la rnnmma ^ et quand il compare la moglie del rè et le ministre du roi Medici, avec Caroline d'Autriche et son ministre Acton , il s'écrie souvent dans son patois lazzaroni : Que je suis heureux I f ai unefeprmc qui nie laisse faire tout ce que je veux, et un ministre qui ne me laisse rien à faire !
(i) On dit qu'elle a quitté Naples, emportant une grande fortune en diamans et en bijoux; cependant elle a laissé tous les palais nouvellement et superbement meublés, avec de la vaisselle, du linge, des tableaux, etc. deux cents chevaux dans les écuries, et cent huit voitures. Le roi a trouvé la délie publique acquittée , quoi-
sidence favorite; et le grand nombre de nobles anglais et irlandais qu'elle y recevait, peuvent attester la courtoisie hospitalière avec laquelle elle faisait les honneurs de son palais.
Les appartemens de Murât étaient près de ceux de sa femme; ils étaient également splendides et commodes; toutes les tapisseries en satin ou autres étoffes de sole, et tous les tapis anglais et turcs. La toilette était aussi magnifique et aussi recherchée que celle de la petite maître^e la plus vaine ou d'une royale beauté. Près de la superbe chambre à coucher du roi est un petit cabinet très-simple, avec un lit de camp de bazin blanc , où son secrétaire couchait. C'est dans ce petit lit que repose Sa Majesté actuelle, quand elle visite Portici. On dit que ce prince parcourt le palais, ne se lassant point d'admirer toute cette magnificence dont il est devenu possesseur ; mais
qu'en 1789 elle moulât à vingt-neuf raillions , et qu'elle se fût considérablement accrue pendant l'intervalle du retour de LL. MM. de Sicile. Tout cela cependant n'a pu adoucir le souverain , dont la haine pour le nom de Murât est si invéle'rée, qu'à l'occasion d'un procès, le noan de madame Murât figurant dans les témoignages , l'avocat du roi , pour éviter de le prononcer , l'appela la moglie dclV occupazione militare ( la femme de l'occupation militaire).