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La route conlinue le long de la mer; la campagne est quelquefois sauvage, mais généralement admirable par la beauté des rives ombragées par les riantes collines qui commencent la chaîne des Apennins. Fano, quoique partiellement ruinée et négligée, cjuand on la voit éclairée par un soleil brillant au bord des vagues bleues, à côté de sa rivière classique (leMetauro, site de la défaite d'Annibal par les consuls l^ivius Salviator et Claudius Néron ) , avec se^ fontaines dégradées, ses statues, et son arc de triomphe brisé, réalise presque l'image d'une ancienne cité italienne; et dédommage le voyageur qui fait ce que font peu de ses confrères, qui descend de voiture pour parcourir ses rues et visiter sa bibliothèque. Fano a été autrefois célèbre par son superbe théâtre, estimé pendant un temps le plus beau de toute l'Italie.
A une poste de Fano, entre la mer et les riches coteaux qui bordent ses rives, s'élève p£saro, une des plus anciennes villes de XlJr- /nnato : quoique ses rues soient assez larges , et qu'une d'elles soit exclusivement consacrée aux palais deja noblesse , elle a un air de province , et sa place, remplie de paysans endimanchés ( parce que c'était un jour de marché), lui donnait une apparence de mouvement rus-
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tique et (le gai té, qui ne devait pas lui être ordinaire. Dans les autres parties de la ville tout était silencieux et solitaire, et la plupart des maisons nous parureti t inhabi tées, ou du moins, d'après leur aspect, inhabitables. Pesaro a été dans l'an V de la république française, le quartier-général de l'armée d'ilalie, et pour un temps, la résidence du général Bonaparte et de son état -major. Cette ville a ses églises de montre y ses palais, son opéra, ses tableaux, ses antiquités, son aristocratie et ?>:\ populace. Nous n'avons pas eu l'occasion de juger de sa société. La famillePerticari, qui aurait pu nous retenir à Pesaro, était à Rome quand nous y avons passé, et nous n'y sommes restés qu'un jour. Pesaro a contribué, pour sa part, à la somme des talens nationaux dans tous les siècles; elle a produit dans le nôtre un Passeri (i), un Perticari, eX. il maestro Rossini.
De Pesaro la route conduit à Boioçrne à travers des scènes dont la beauté et la culture augmentent toujours. L'ancien caractère des Légations, toujours comparativement libres, et les améliorations modernes des Français,
(i) Le signor Passeri , célèbre philologue et naîura- Hste : une de ses meilleures productions est un ouvrage sur les Fossiles.
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sont visibles tle toutes parts. Le voisinage immédiat (le Pesaro est enchanteur, La prospérité rurale de l'Angleterre sous le brillant éclat du ciel italien , s'olîrait à chaque pas , et l'illusion devint complète pour nous à l'aspect d'une petite ferme ornée qui attira nos regards, à droite du chemin, entre Pesaro et CattoUca , sur la grande route appelée la Pantalone. Cette ferme élégante couronne une colline, dont la pente s'élève doucement; sur sa verte surface ombragée de riches plantations , se dessinent les blanches murailles, les jalousies et les volets peints en vert , et les simples draperies d'un édifice champêtre, entouré de parterres et de jardins décorés d'une manière rare en Iialie. Une voiture anglaise , précédée par des coureurs , passa rapidement à côté de nous pendant que nous étions arrêtés à contempler cette élégante retraite. La voiture entra dans les cours; une dame descendit à la portedu co/^to^e... C'était la reine d'Angleterre, et cette ferme était son habitation de Pesaro, si souvent citée dans une occasion récente.
La petite ville de Cattolica, ainsi nommée pouravoir été le refuge des prélats orthodoxes qui, dans le temps du concile de Rimini, se séparèrent des ariens ou évéques hétérodoxes, n'est réellement qu'un village. A son entrée,
en venant de Pesaro , se termine le duché d'Urbin; la Koniagne commence, et Ton regagne les bords de l'Adriatique sur le chemin de Rimini.
Cette ville riche en souvenirs historiques et poétiques, depuis le Dante jusqu'à Pellico, ce siège de la domination féodale de ces fiers et braves condottieri y les Malatesti y porte toutes les marques de sa grande antiquité et de son importance militaire, sous les Romains et dans le moyen âge. Les deux routes consulaires, Emilienne et Flaminienne, se terminent à ses portes. L'arc de triomphe d'Auguste qui orne la porte romaine et le pont de marbre achevé par Tibère, monumens d'un grand intérêt classique , sont entourés des preuves du pouvoir et de la richesse des chefs féodaux qui ont succédé en Italie aux dictateurs et aux empereurs.
Les Malatesti, seigneurs de Rimini , étaient des suzerains actifs et remuans. Quand ils n'étaient pas occupés au dehors à guerroyer et à spolier, ils bâtissaient et faisaient des améliorations au dedans; et les nombreuses églises et fabriques en marbre dltri, ruinées ou conservées, qui bordent les rues longues et étroites de Rimini, ont presque toutes été construites par eux.
La vieille église sépulcrale de Saint-François, qui renferme les tombes des Malatesti , est du quinzième siècle, et c'est l'un des plus anciens et des plus intéressans édifices de Rimini, après le château et la citadelle érigés en 1446 sous Sigismond Malatesta. C'est à ce chef qu'un célèbre historien et architecte de Bimini (Vallurio), attribue l'utile invention des bombes et dés canons; et l'aspect formidable de cette vaste forteresse gothique, atteste son habileté dans l'architecture militaire.
Ce grand capitaine avait cependant d'autres droits à la renommée; il a été une espèce de philosophe, de ceux que la nature seule forme quelquefois, et son hérésie à l'égard de quelques points importans maintenus par l'Eglise, obtint les honneurs de l'excommunication du pape Pie if. Malatesta ayant d'abord dirigé ses argumens contre l'Eglise, tourna bientôt ses armes dans le même sens, etil répondit aux foudres du Vatican avec ses bombes et ses canons. Son entreprise fut cependant sans succès, quoiqu'il eût précédemment, étant employé au service de Venise, mis Sparte et d'autres places de la Morée aux pieds des fiers marchands de l'Adriatique. Cette race brave et hardie des mauvaises têtes (malatesta) dégénéra dans des temps moins rudes et plus corrom-
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pus; et run dos dcrnit-rs de ce nom qui ait <Mi quelque célébrité, était un moine tle l'ordre des minimes à Palerme qui a publié un vocabulaire sicilien en i665.
Le beau et ancien châtea,u de Riraini, avec son aspect romantique ( même en dépit de la caserne papale qu'on y a établie), n'est point la demeure où la Francesca du Dante passa le tempo dei dolci sospiri. Ce n'est point le site de cette faiblesse décrite avec un charme qui laisse bien loin en arrière les pages éloquentes de Goethe et de Rousseau, et toute leur magie sentimentale. La voluptueuse délicatesse avec laquelle le Dante a peint dans un court épisode les amours de Francesca da Rimini et de Paolo dei Malatesti, a été souvent imitée, mais jamais égalée, et encore moins surpassée (i). C'est une touche qui porte l'empreinte d'un de ces génies originaux qui paraissent si rarement, et à de si grandes distances, et qui n'appartiennent exclusivement à aucun siècle.
Tout ce passage est contenu dans six vers du
(i) Pellico s'est éloigné de la vérité du fait, en conduisant son intrigue avec une extrême délicatesse : il a conservé l'innocence des amans sans affaiblir l'ardeur de leur passion. La scène entre les deux frères est d'une belle coneeption (scène iv , acte iv , page /^i).
cinquième chant de l'Enfer ; et cependant il arrête les pas du voyageur impatient quand il arrive àRimini, et il donne à cette ville antique un intérêt que l'arc d'Auguste et le pont de Tibère ne lui auraient jamais donné.
L'amante du brave et infortuné Paul est cependant moins connue àRimini que la savante maîtresse de Sigismond Pandolphe Malatesta, la <io«a/i0^to, dont le portraitparaît si effrayant sur les murs de la bibliothèque de Bologne, et dont le buste, avec celui de son amant belliqueux, remplit un médaillon parmi les ornemens d'architecture du château. Elle est aussi laide à Rimini qu'à Bologne, mais elle est encore citée, même parmi le peuple, commeayant fait beaucoup de bien et bâti quelques édifices magnifiques. 11 ne reste aucuns vestiges du palais Signorile des Malatesti dans lequel Pellico place la scène de sa tragédie; le coUegio délie celibate couvre maintenant le sol où il s'élevait.
A Pesaro et Rimini nous observâmes que la police était devenue plus rigide et plus ennuyeuse. Nous fûmes non-seulement retenus par les délais inutiles des douaniers du pape dans ces deux villes; mais dans la dernière il nousfallutpayerpourlapeinequ'on avait prise en inscrivant nos noms, etc., formalité remplie dans toute l'Italie, mais qui n'est nulle part ac-
A VKNISE. ?>'2\}
compagnée d'une taxe, excepté en approchant de ces confins de l'État de l'Eglise, (i)
A dix milles de la cortese città de llimini , et à droite du grand chemin, s'élève un rocher blanc, hardi et perpendiculaire. Il était anciennement désigné par le terme classique de mont Titan, nom commun à tous les lieux élevés, à cause de la guerre des Titans qui trouvèrent une tour de Babel sur toutes les hauteurs d'où ils voulurent défier le pouvoir de Jupiter, Ce monte Titano est maintenant le site de la seule république existant encore en Italie , la république de Saint-Marin.
La fondation de la plus libre et de la plus vertueuse des combinaisons sociales connues est attribuée à un simple et honnête maçon de Dalmatie, nommé Marino, qui dans le quatrième siècle, ayant souffert quelque persécution dans son pays, vint exercer son métier à Rimini. Dans le cours de ses promenades , à ses heures de loisir, Marino fut frappé de la hauteur solitaire du mont Titan , où il trouva une retraite sûre contre de futures persécutions , et des matériaux pour suivre ses an-
(i) La fuite du gouverneur de Rome, doat quelques péculals avaient été découverts, fut connue à cette époque, et accrut inonientancinent la vigilance de la jîolice.
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ciennes occupations. Il se tailla lui-même une maison clans ces rochers sauvages, et il arrangea un petit jardin : son ailresse et ses vertus d'anacliorète attirèrent Tatlention de l'archevêque Gaudentius de Rimini , qui l'employa dans des missions pieuses, par lesquelles il acquit les moyens de devenir propriétaire de la montai^ne stérile et sauvage à laquelle il donna enfin son nom. Le rocher de Saint-Marin devint bientôt connu et fréquenté par les dévots et les amis du repos, qui, suivant fexemple du maçon dalmate, bâtirent des maisons, piaulèrent des jaidins, et prièrent.
Tels ont été les premiers élémens de celle société libre et paisible qui , fondée sur une industrie conslanle cl siu' la piohité, s'est conservée intacte pendant Il ei/.e siècles; tandis que les plus puissans cnq)ires, les républiques les plus magnifiques, sont tombés autour d'elle. Ainsi commença cette république qui, quoique circonscrite dans son territoire et limitée dans ses moyens et sa population, a pKnivé par les vertus, la simplicité et le bonheur de son j)euple, la puissante influence des institutions fondées sin les vrais intérêts et les droits inalien.i hie.s de I lin iiiiuii U'-.
T,a Nillede San-^I;uino (cai' le souvenir des \ertiis du nia< du lui a procuré une apollieoseï
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couronne son rocher isolé au milieu du territoire papal , porte le nom d'état libre , jouit de tous les bienfaits d'un gouvernement libre, et le mot de Liberté est écrit sur les portes et sur le jiortall de sa cathédrale. C'est en même temps un miracle et une anomalie dans l'ordre des choses. Les guerres d'Italie ont déployé Jeurs fureurs de siècle en siècle au pied de cette roche; mais les Guelphes et les Gibelins ne troublèrent point la tranquillité de ceux qui habitaient son sommet. Les Condottieri, les Masnadieri ont rarement escaladé ses précipices, ou si les circonstances de la guerre amenaient par hasard les esclaves des tyrans féodaux sur les hauteurs de Saint-Marin , il est remarquable que les droits de cette petite société ont toujours été sacrés , sans excepter celui que les plus puissans souverains violent si souvent dans leurs contestations, le droit des nations pour choisir leurs propres gouvernemens.
La petitesse et l'insignifiance d'un territoire qui ressemblait à celui de Rome quand elle occupait une seule de ses sept collines, et qui n'avait de valeur que par l'industrie de ses vertueux habitans, est sans doute ce qui a protégé son indépendance. Cependant ce motif n'a pas toujours été suffisant pour garantir cette repu-
blique ; car est-il rien d'assez peu important pour que l'ambition ne désire pas se l'approprier , pour que la puissance ne cherche pas à s'en saisir? Pendant un instant le rocher de Saint-Marin devint l'objet de la cupidité de Rome elle-même, et sa ruine fut presque achevée par un petit tyran délégué , le cardinal Alberoni , légat du pape pour la Romagne , dans laquelle la république de Saint-Marin est enclavée (i). Ce hautain porporato conçut, dans son château de Serravalle, une haine invincible contre la petite république qui, seule dans l'étendue de sa juridiction , refusait de reconnaître son influence, de rendre hommage à l'orgueil ecclésiastique d'un des plus puissans princes du conclave. Son premier acte d'injustice fut d'accorder sa protection à une bande de malfaiteurs, condamnés par le gouvernement de Saint-Marin pour des crimes qu'il se trouvait rarement obligé de punir. Il demanda leur pardon , et le peuple de San- Marino le refusa.
(i) Voyez l'intéressante Histoire de la république de Saint-Marin, par le plus distingué de ses citoyens , le chevalier Melchior Delfico, des mains duquel l'auteur de ces essais a eu le plaisir de la recevoir en 1820. Cette Histoire a été publiée en 1804, sous le titre de Memorie sloriche dclla rcpublica di San-Marino , etc.
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Ce fut alors qu'abusant de la faiblesse et de la crédulité du pape Clément xii, il insinua qu'il était de bonne politique de réunir au s;ùnt-siége, Saint-Marin (qu'il représentait comme une autre Genève, ennemie naturelle de Dieu et du pape) ; et il obtint facilement la permission de placer cette république sous la protection de l'Eglise , et d'ajouter ce rocher aux vastes domaines pontificaux. Avec ce bref de conquête, le cardinal Alberoni sortit de son château de Serravalle, en octobre 1739, à la tète de ses troupes, composées des bandits des montagnes environnantes, et de quelques sbires romains et soldats du pape. Ayant séduit un paysan qui le conduisit, par un chemin qui n'était point gardé , sur le rocher de Sainf-Marin, il parut tout à coup la nuit au milieu de la petite ville, à la grande consternation des habitans qui ne se doutaient de rien. Il prit possession du petit nombre de postes de défenses qu'ils avaient, et le matin suivant il rassembla le conseil et les chefs du peuple dans la grande église, où, comme ils l'appellent, l'église du saint protecteur de la liberté, San- Marino.
Ce fut dans ce temple dédié à Dieu et à la Liberté, qui était alors entouré d'une troupe armée, que le cardinal, au milieu d'une congre-
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gation désarmée, ordonna aux habitans de reconnaître le pape comme leur souverain, de renoncer aux formes de leur ancien gouvernement, et de prêter le serment de fidélité que lui-même allait dicter. Le capitaine Giangi, l'un des principaux personnages de l'état, s'avança de quelques pas, et après avoir écouté la formule de ce nouveau serment d'aliégeance, dit d'une voix îo\:X.t: Je jure fidélité an prince légitime de cette république ^ àSan-Marino. Ce serment fut répété par ses amis qui l'entouraient. Evviva San- Marinai e'^'viva la lihertal retentit dans les ailes de la vénérable catbédrale, et le peuple, bors des murs, y répondit par des cris mille fois répétés. Ce cri national d'ini peuple libie, entendu p(jur la première fois , étonna le ministre du despotisme ; sa consternation fut suivie dune rage impuissante, et il se vit enfin obligé à descendre la montagne aussi vite qu'il y était monté.
Le mauvais succès d'Alberoin lit (jue personne n'osa le défeiidio à la cour : le pape, le cardinal -secrétaire , la caria liornana ^ tous étaient bonteux d'une infâme enlrej)rise.... qui avait maïupié! ( )ii lit faire des t'xcuses aux citoyens de Saint-!i\Tariii , sur la coMdmle du léi,'at; tout lixiieux de TaHaire lut rejeté sur lui; et Alberoiii, Ir.uisféré de la légation de
Romagne èi celle de Bologne (sa ville natale), publia (les volumes pour sa défense ou pour calomnier les citoyens de Saint-Marin , mais peu de personnes les lisaient , et aucunes ne les croyaient, (i)
Depuis ce moment on laissa la petite république jouir en paix de ses vertus et de sa liberté, jusqu'au temps où vers la fin du dernier siècle les armes des Français parcoururent 1 Italie et l)rillèrent jusque sous les rochers élevés de Saint-Marin. Les plus anciens républicaïns du monde considéraient du haut de leur roc , les armées de la nouvelle république française; et, respectée par les envahisseurs révolutionnaires, San-Marino i si long-temps une châsse de la liberté, isolée au centre du plus puissant despotisme de l'univers ) se trouva tout à coup une république dans une république !
Quand le général en chef de l'armée d'Italie marcha sur la Romagne, en conquérant, on
(i) Les scribes romains payés par Alberoni pour défendre son agression honteuse, justifiaient sa conduite en disant (£iie Constantin et Çliarlemagnc avaieni fait présent de Saint-Marin au saint-siége , et l'avaient jeté dans la balance avec les antres grands domaines, comme un léger pniils ])onr la faire pencher.
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(lit que, jetant les yeux sur un rocher nu et stérile, éclairé par le soleil couchant, qui se distinguait seul dans l'immensité de l'espace, il demanda son nom; on lui répondit que c'était Saint-Marin: Bonaparte s'arrêta, et contemplant le site sauvage où pendant treize cents ans la liberté avait trouvé un asile au milieu de ces roches agrestes, lui qui avait déclaré la guerre à tous les despotismes de l'Europe et ({ui devait bientôt les voir tous prosternés devant le sien, résolut de respecter une république dont l'exemple avait été aussi beau qu'inutile pendant le cours de tant de siècles , et qui paraissait comme une abstraction sublime. Un fait encore plus singulier, c'est que Napoléon qui ne passa jamais en Italie les confins de la Romagne et refusa d'aller à Rome , voulut voir San-Marino, et la visiter au nom de la grande nation (car elle était grande alors), qui marchait en apparence à l'empire universel. Mais comme les circonstances de la campagne le retenaient à Pesaro, quartier- général de l'armée d'Italie, dans son impatience de témoigner son respect à cette république, et même, dit-on , d'obtenir le suffrage de ses dignes citoyens, il écrivit à son gouvernement, et par Berthier et de sa propre main; et pour hono-
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rer le mérite intellectuel de ce peuple (i),il lui envoya au nom de la république française une députation à la tête de laquelle était le célèbre Monge,de l'Institut national, et de la commission des arts etdes sciences en Italie (2).
(i) « J'ai vu à peine un seul homme dans cette ville, qui n'eût pas au moins quelque légère teinture de savoir : le médecin actuel (la quatrième personne de l'état) est im homme plein d'esprit , qui connaît parfaitement nos auteurs, Harvey, Willis, Sjdenham, etc. etc. (Addison's Jlafy, p. 60.)
(2) Les notes qui furent envoyées entre Bonaparte et la république de Saint- Marin, sont trop curieuses et trop caractéristiques du style et des manières des premiers et des meilleurs temps de la révolution française , pour qu'il soit nécessaire de faire aucune apologie en les ajoutant à la fin d'un ouvrage déjà si volumineux.
ARMEE D'ITALIE. Au quartier-genëral de Pcsaro , le 19 ÉTAT-MAJOR gékéral. pluviôse an v de la république fran-
• V ' çaise, une et indivisible.
Le général de DI\ISI0^f , CHEF DE l' ÉTAT-MAJOR.
Le général en chef Bonaparte députe le citoyen Monge, commissaire du gouvernement français jîour les Sciences et arts, auprès de la république de San-Marino, pour l'assurer de la fraternité et de l'amitié de la république française. Alex. Berthier.
Discours proxoncé de la part du général en ohef , etc.
A LA république DE SaN-MaRIN.O.
La liberté qui, dans les beaux jours d'Athènes et i\c Thèbes ; transforma les Grecs en un peuple de héros , et IV. 22
Les représen tans de la république répondiretit au discours de Monge dans les termes de l'ad-
qui, dans les temps de la république, fit faire des prodiges aux Romains, qui depuis, et pendant le court intervalle qu'elle a lui sur quelques villes d'Italie, renouvela les sciences et les arts, et illustra Florence, la liberté était bannie de l'Europe presque entière; elle n'existait qu'à Saii-Marino , oii , par la sagesse de votre gouvernement , citoyens , et surtout par vos vertus , vous avez conservé ce dépôt précieux à travers tant de révolutions , et défendu son asile pendant une si longue suite d'années.
Le peuple français , après un siècle de lumières , rougissant de son long esclavage, a fait un effort, et il est libre. Toute l'Europe, aveuglée sur ses propres intérêts, et surtout sur les intérêts du genre humain , se coalise et s'arme contre lui. Ses voisins conviennent entre euxdu partage de son territoire; et déjà de toutes jiàrls ses frontières sont envahies, ses forteresses et ses ports sont au pouvoir de l'ennemi; et , ce qui l'afTlige le plus, une partie précieuse de lui-même allume la guerre civile , et le force à porter des coups dont il doit ressentir toutes les atteintes.
Seul au milieu d'nn si grand orage, sans expérience, sans armes, sans chefs, il vole aux frontières; partout il fait face , et bientôt partout il triomphe.
Parmi ses ennemis, les plus sages se retirent de la coalition ; le succès de ses armes force successivement les autres à implorer une paix qu'ils obtiennent; enfin, il ne lui eu reste plus que trois j mais ils sont passionnés ,
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miration la plus enthousiastique pour la nation française et le chef de ses armées (admiration
et ils n'écoutent de conseils que ceux de rorgueil , de la jalousie et de la haine. Une des armées françaises entre en Italie , anéantit l'une après l'autre quatre armées autrichiennes, ramène la liberté dans ces belles contrées , et se couvre presque sous vos yeux d'une gloire immortelle.
La république française , qui ne verse tant de sang qu'à regret, contente d'avoir donné un grand exemple à l'univers , propose une paix qu'elle pouvait dicter.
Le croirez-vous , citoyens? partout les projiositions ont été , ou rejelées avec hauteur , ou éludées avec astuce.
L'armée d'Italie, pour conquérir la paix, est donc obligée de poursuivre ses ennemis , et de passer près de votre territoire.
Je viens de la part du général Bonaparte , au nom de la république française , assurer l'ancienne république de San-Marino de la paix et d'une amitié inviolable.
Citoyens , la constitution politique des peuples qui vous environnent peut éprouver quelques changemens. Si quelques parties de vos frontières étaient en litige, ou même si quelque partie des états voisins , non contestée , vous était absolument nécessaire , je suis chargé par le général en chef de vous prier de lui en faire part. Ce sera avec le plus grand empressement qu'il mettra la république française à portée de vous donner des preuves de sa sincère amitié. Quant à moi , citoyens , je me félicite d'être l'organe d'une mission qui doit être agréable aux deux républiques, et qui me procure roccasion de
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que partageaient alors les libéraux de tous les pays); mais ils refusèrent l'extension de territoire qui leur fut offerte par le conquérant de l'Italie, résolus de se mainlenir dans ces
vous témoigner la vénération que vous inspirez à tous les amis de la liberté.
Mo\GE , membre de l'Institut , etc.
A San-Marino , le ig pluviôse de l'an v de la république française , une et indivisible.
Bonaparte , général en chef , etc. etc.
AUX REPRÉSENTANS DE LA RÉPUBLIQUE DE SaN-MaRINO.
Le citoyen Monge m'a rendu compte ,' citoyens , du tableau intéressant que lui a o^ert votre petite république. Je donne ordre que les citoyens de San-Marino soient exempts de contributions , et respectés, dans quelque endroit des états de la république française qu'ils se
trouvent. Je donne ordre au général S t, qui a son
quartier-général à Rimini, de vous remettre quatre pièces de canon de campagne, dont je vous fais présent au Tiooti de la république. 11 mettra également à votre disposition mille quintaux de blé , qui serviront à l'approvisionnement de votre république jusqu'à la récolte-
Je vous prie de croire, citoyens, que, dans toutes les circonstances , je m'empresserai de donner au peuple de San-Marino des preuves de l'estime et de la considération distinguée avec laquelle je suis , Bonaparte.
Je n'ajouterai rien à cette longue note, sinon que la petite république eut la sagesse de refuser , et l'agrandissement territorial , et les canons.
« Contenta délia picciolezza non ardisce di accellare
étroites limites qui avaient été en grande partie la cause de la prolongation de leur indépendance.
L'armée d'Italie qui avait déjà passé le Rubicon, marcha en avant. Bientôt l'étendard tricolore flotta sur le château Saint-Ange et le dôme de Saint-Pierre ; le roi de Naples, à la tête de ses lazzaroni, repoussé jusque sur les bords de la Méditerranée, chercha un asile sur la flotte britannique ; mais la république de San- Marino resta paisible. Les souverains coalisés de l'Europe n'ont cependant pas encore attaqué ce rocher; ils ne l'ont pas encore compté parmi les dons de Constantin ou de Pépin au saint-siége : ils ne peuvent en effet ôter à ses habitans que leurs libertés; et soit vergogne, soit négligence, ils les ont respectées jusqu'à présent. Le gouvernement de ce petit état a réalisé la théorie du suffrage universel, car chaque maison envoie un représentant au grand conseil du Aringo. Quelques modifications ont cependant été faites; on trouva les hommes d'état trop nombreux pour le bon ordre des délibérations, le conseil a été ré-
« l'ofFerta geuerosa clie le vien faUa , ne entrare in viste « di ambizioso grandimenlo che potrebbero col tempo « compromeltere la sua libertà. » Riposta délia rcpiihlica a Monge.
duit à soixante, et \ Ariii^o ou assemblée du peuple est réservée pour les grandes occasions. Cependant, quelle que soit la forme que ce gouvernement ait prise, ses principes dominans ont toujours été favorables à l'indépendance et aux bonnes mœurs. « Honnête, rigoureux dans l'exécution de la justice (dit Addison) , le peuple de Saint-Marin semble plus heureux parmi ses neiges et ses rochers que tous les autres Italiens dans les plus charmans vallons de l'univer.s. Rien n'est plus propre à prouver le penchant naturel de l'homme pour la liberté, et sa haine pour les gouvernemens arbitraires, que cette sauvage' montagne couverte d'habitans , tandis que la Campagne de Rome est presque dépeuplée. »
Césène, assez belle ville bien située au pied d'une montagne près de la rivière Sairo, est à deux postes italiennes de Rimini. C'est en approchant de cette cité que l'on passe un des ruisseaux auxquels on donne le nom tant disputé de Rubicon : une ancienne inscription qui a élevé autant de disputes que le ruisseau lui-même, est placée sur ses bords , et défend à tous centurions ou commandans militaires , de passer ce ruisseau en armes ^ etc. etc.
(i) Addison's Travcls ihroitgh Ilalj' , p. 6i.
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Au-dessus de ce ruisseau classique ou non classique y sur le sommet d'une colline délicieuse couverte de vignes et de peupliers, s'élève le couvent et l'église de Notre-Dame ciel Fuoco. C'est là que le pape régnant a fait son noviciat de bénédictin, et même alors il pouvait voir briller la tiare dans ses rêveries; car un des grands secrets de cette religion puissante a toujours été de montrer le plus splendide des trônes à la portée du plus liumble de ses enfans; et les principes démocratiques qui régnaient dans le despotisme même de cette Église, ont été au nombre des causes les plus influentes de sa grandeur. Notre-Dame del Fuoco ayant été vendue pendant la révolution, aussi-bien que Notre-Dame de la A^eige, le pape, à son retour, a racheté ces beaux domaines sur le Rubicon, et leurs bosquets retirés pourront être encore le berceau des papes futurs.
Césène, long-temps gouvernée par de petits chefs militaires, tomba, par les chances des guerres de déprédation , dans les mains des entreprenans Malatesti. Le dernier seigneur de ce nom, Malatesta Novello, légua cette ville, par testament, au siège de Rome, auquel elle eut l'honneur de donner un pontife dans la" personne de Pie vi, dont la statue décore le palais public. Césène, en conséquence, devint ,
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après la restauration, le centre de plusieurs tentatives des ultras pour rétablir l'ancien ordre. Les prêtres prêcliaientouvertement contre ceux qui retenaient les terres de l'Église vendues pendant la révolution ; et non-seulement ils refusaient l'absolution aux sacrilèges qui résistaient, mais ils promettaient à ceux qui rendraient les champs et les vignes enlevés aux saints, une augmentation de territoire. ... de l'autre côté du Styx. Cependant comme les Césenois n'étaient pas ambitieux, ils se contentèrent de leurs possessions mondaines , et le mécontentement devint si violent entre le clergé et son troupeau rebelle, qiïe le pape fut obligé d'intervenir pour rétablir l'ordre. Cette ville a si peu profité de l'avantage d'être encore une fois placée sous la protection du saint-siége, qu'un vieux prêtre , avec lequel nous avons causé chez un libraire , nous a assurés que les jeunes gens fréquentaient les cafés et les billards plus que les églises , et qu'ils lisaient plus souvent la gazette que le catéchisme. Il ajouta , « heureusement le gouvernement a défendu l'entrée de tous les papiers publics , excepté le Diario di Roma et le journal de Milan ; » mais cette bonne fortune n'a cependant pas empêché les nouvelles de la révolution d'Espagne d'arriver là avant qu'elles aient été officiellement
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annoncées ; et quoique nous eussions été témoins de la joie que ces nouvelles ont excitée à Naples et à Rome dans toutes les classes, nous avons été surpris qu'elles fussent un si grand sujet de triomphe dans une petite ville de province, reculée comme Cesena. En traversant les villes des Légations nous avons pu reconnaître que les sentimens des Bolonais prédominaientgénéralementdans toutes ces belles provinces.
La bibliothèque de Césène, la seule chose à voir dans cette ville, occupe une longue suite de pièces, d'un aspect ancien et monastique, dans un vieil édifice. Elle a été fondée par Malatesta Novello, en i45o; étrange fondation pour un condottiere illettré. Le bibliothécaire, qui était un moine, et je suppose un bénédictin, paraissait très-instruit; mais ses manières avaient une si douce simplicité d'ermite , et sa physionomie était si bienveillante , qu'indépendamment de la complaisance avec laquelle il nous montrait tout ce qui méritait d'être vu parmi les anciens manuscrits dont la bibliothèque abonde, sa personne nous intéressa infiniment. Comme il nous échappa quelque chose en anglais à ce sujet, une légère rougeur passa sur son visage ; il sourit , salua , et tâcha
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de balbutier quelques mots anglais; puis il ajouta : « J'ai presque oublié mon anglais , et même mon irlandais. » Le bénédictin deCésène était un Irlandais, unnatif deRilkenny. Quand je me fis connaître pour sa compatriote, sa première question fut: a Les catholiques ontils quelque espoir d'émancipation?» 11 nous dit qu'il avait quitté son pays depuis quarante ans pour l'amour de sa religion ; et l'on voyait clairement que sa vocation ne l'avait pas abandonné ; car comme nous lui offrîmes d'attendre pour prendre ses commissions pour l'Irlande, il hésita, puis il dit avec un peu d'émotion : « Mon pauvre vieux père était un respectable fermier des environs de Rilkenny; on le nommait Cooke; peut-être est -il encore vivant!» Mais après une pause il nous remercia, et refusa de nous embarrasser de lettres, avec un regard qui semblait dire que le monde et tous ses liens n'étaient plus rien pour lui. Il voulut écrire nos noms et nous donna le sien. Les derniers mots qu'il nous adressa furent : « Je prie tous les jours pour l'émancipation de mes compatriotes catholiques. »
De Cesena à Forli et à Faenza , les paysages sont enchanteurs, mais leur aspect fertile et riant est moins satisfaisant à l'oeil du voya-
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geur, que le perfectionnement progressif du peuple, le même ordre, la même industrie qui étonnent et charment dans le Bolonais. Des cliauniières propres, des fermes bien garnies, des routes larges et plantées d'arbres, annoncent la tendance vers l'amélioration qui existait dans les Légations autrefois libres, tendance qui a reçu tous les encouragemens possibles sous le dernier gouvernement. Un fermier de Forli nous dit que les ouvrages publics , dans ce district, se faisaient ^ux dépens des communes. Comme nous faisions quelques questions sur les petits chemins plantés de peupliers, les jardins avec des pavillons pour la récréation publique qui se voient hors des portes de la ville, sa réponse était toujours : Roha délia communità (tout cela appartient à la commune). En un mot, le gouvernement romain n'a rien à faire là, hors de lever les impôts et d'envoyer un légat. Le district est chargé, comme sous le régime précédent, de tous ses arrangemens intérieurs, et l'état florissant de la Roha délia communità prouvait l'absence des spéculateurs, et les effets bienfaisans de l'esprit public, quelles que soient les limites de la sphère où il agit. Le pape Pie vu a certes très-bien fait d'acheter de l'Autriche, arbitre de l'Italie, ses belles Légations à tout
prix(i), quoiqu'il pût sembler assez dur, au milieu de la restauration générale, que Rome dût payer l'Autriche pour régner sur des domaines qui lui avaient appartenu.
Forli, V âncien/brum Lim, est une ville trèsjolie et très-gaie, qui n'est ni antique ni italienne, excepté dans un ou deux de ses palais et autant d'églises. Les rues sont propres , le peuple est actif; et la maison de poste , champêtre, située hors des portes, paraissait tellement anglaise, que nous fumes tentés d'y passer une journée.
Des champs de blé, de chanvre et de lin , et quantité de vignobles, bordaient la belle route de Faenza , et l'on voyait s'élever de tous côtés des fermes et des chaumières. Faenza est une ville assez grande, bâtie sur l'Amone. La place, au milieu de quatre belles rues , contient tous les objets que les guides du voyageur et les ciceroni déguenillés , qui attendent à la porte de
(i) L'article secret du traité de Vienne, qui enlève chaque année au pape une grande partie de son revenu, si péniblement arraché , n'est plus secret maintenant. Les Romains en parlent avec indignation. Par ce subside, le pape a racheté la possession des trois Légations; mais un marché si dur ne l'a pas dispensé de voir les soldats de l'empereur tenir garnison dans Ferrare, sa ville frontière, et tout son territoire ouvert à une invasion.
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l'auberge pour saisir les arrivans, désignent comme dignes d'attention, le paîazzo puùlico ^ le tliéâtre [teatro nuovo), la torre delP orologio^ la fontaine, et le duomo j qui tous ressemblent aux édifices du même genre dans les autres grandes villes d'Italie.
Mais la célébrité de Faenza est fondée sur une base plus fragile que des tours, des palais et des églises; c'est son ancienne et fameuse manufacture de faïence, qui (comme le disent avec orgueil les historiens statistiques de Faenza) mérita una spéciale attenzionepel cre^ clito che ha questa manifattura anche pressa gli oltramontani che la conoscono sotto il nome francese faïence (i). Cependant, malgré sa célébrité et son antiquité , la faïence de Faenza est grossière, et les objets sont de mauvais goût, quoique plusieurs des vasellame àe GdLSparo Ferniani soient dignes d'attention.
Faenza, je ne sais trop pourquoi, est nommée la Florence de la Romagne.
Imola, qui sépare la Romagne du Bolonais,
(i) » Elle mérite une attention spéciale par la réjoutation qu'elle a acquise, même chez les ultramontains, qui la connaissent sous le nom français de Faïence, n
Faïence, par la tendance accoutumée des Français vers la corruption , vient (et c'est venir de loin en effet) de Faenza.
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est à une poste de Faenza. Cette ville, fort ancienne, occupe la place dejTorum Cornelii, et elle se distingue par ses portiques ou arcades sombres, mais pittoresques, qui caractérisent les villes bolonaises. Le bénédictin, cardinal Chiaramonti , évéque d'Imola , Pie vu , prêcha son fameux sermon républicain, que nous avons déjcà cité, pendant qu'il gouvernait ce diocèse. Imola se trouvant sur les confins des Légations de la Romagne et du Bolonais, nous fûmes arrêtés long-temps pour la révision de nos passeports, et ce délai nous parut d'autant plus pénible, que nous étions plus impatiens de gagner Bologne, ou nous arrivâmes en traversant des campagnes si belles et si prospères, qu'elles préparaient parfaitement notre esprit à l'accueil aimable que nous reçûmes de ceux que nous avions rencontrés peu de mois avant CT)mme étrangers, et que nous venions chercher avec empressement comme des amis.
Le chemin direct de Bologne à Ferrare est une grande et belle route faite par le dernier gouvernement, à coté de l'ancienne. Elle est bien entretenue, et passe à travers des plaines
(*) Celle lacune est dans le texte.
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qui sont unies et peu pittoresques, mais trèsfertiles et susceptibles d'une culture extrêmement productive. A une petite distance de la poste de Malalbergo, la nécessité de passer le Reno sur un radeau , est le premier des nombreux désagrémens qu'on éprouve entre Ferrare et Venise, parce que le pays est tout-àfait plat, et que les Alpes y versent une énorme quantité d'eaux qui se rendent par là dans la mer Adriatique.
Ferrare , la città hen aventurosa de la muse adulatrice de l'Arioste, étend sa vaste solitude au milieu de ces plaines insignifiantes, dont la nudité en fait un site bien approprié à cet ancien siège de domination féodale, et à ses fortifications encore formidables qui sont maintenant dans les mains des troupes autrichiennes. C'est ainsi que la prophétie de l'Arioste est accomplie : Cli anco la gloria tua salira tanto^ etc. Le premier aspect de Ferrare, en approchant de sa grande place ( Piazza Nuova) , est extrêmement imposant : ces rues longues et larges, silencieuses, solitaires, où l'herbe croît dans les pavés, lui donnent l'air solennel d'une ville abandonnée; et cette superbe et gothique structure , le castello des ducs de Ferrare, avec ses tours et ses donjons , situé au ujilieu de la place dans le ceu»
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tre de la cité qu'il domine, convient bien à l'ancienne capitale des princes d'Est. Ce spacieux palais ou château a été le théâtre de beaucoup de crimes et de beaucoup de fêtes. 11 contenait les cachots où périssaient les disciples de Calvin (i), et le théâtre où les drames de l'Arioste, du Tasse et du Guarini, étaient joués. C'est là que Lucrèce Borgia (2), dont le nom et la vie ont été consacrés à l'infamie, tenait ses coteries savantes , et que la nouvelle convertie, Renée de France, assemblait ses conciles disputeurs , en dépit de son époux orthodoxe (3). A chaque pas que nous faisions dans
(i) Calvin , ayant été forcé par la persécution à quitter la France , chercha un asile en Italie ( fait très-curieux). Par l'entremise de Marot , secrétaire de la duchesse de Ferrare , il obtint une grande influence sur son esprit, et la convertit entièrement, ainsi que plusieurs Ferrarois que le duc Hercule persécuta avec une fureur implacable.
(2) Lucrèce Borgia , duchesse de Ferrare , digne fille du pape Alexandre vi. Ce qu'on peut dire de plus avantageux de cette femme savante, et si généralement supposée infâme, est qu'elle a trouvé un défenseur dans l'élégant biographe de Laurent-le-Magnifique.
(3) Renée, duchesse de Ferrare, fille de Louis xii et de la fameuse Anne de Bretagne. Elle était également savante dans les mathématiques et la théologie; et elle troubla, par des disputes religieuses, la cour de Ferrare,
ces corridors sans fin et ces passages humides, les i mages de l'Arioste, du Tasse ( I ), d'Éléonore, semblaient presque flotter devant nous.
Ncms foulions un sol dont toutes les places ,ivdientreçu l'empreinte deleurs pas; dans chacune de ces chambres, Cellini avait pu attendre impatiemment les ordres (2) de ses patrons, ou Calvin pousser des argumens; carie château de Ferrarc estplein de souvenirs terribles ou déli-
»[ui ne s'était jamais occupée jusque-là que de pastorales, et d'éloges poétiques sur sa propre splendeur. Brantôme attribue la protection que cette princesse accorda à Calvin à sa haine personnelle pour le saint-siége. «Se ressentant peut-être des niauvais tours que les papes Jules et Léon avaient faits au roi son père , en tant de sortes, elle renia leur puissance, et se sépara de leur obéissance, ne pouvant faire pis, étant femme. »
(1) Le Tasse, en revenant de Turin à Ferrare en i57q, y trouva tout le monde occupé à préparer l'arrivée de la jeune épouse du duc, Marguerite de Gonzague^ Tout était magnificence et activité ; pas un courtisan n'avait l'air de le reconnaître; il errait de chambre en chambre dans ce vaste palais, sans trouver un lieu pour reposer sa tête fatiguée. Enfin , quand les fêtes des noces furent passées, le duc trouva le loisir de l'envoyer à l'hôpital des fous.
(?.) Beiiveuuto Celliui , appelé de Rome à Ferrare par le cardinal Hippolyte, frère du duc Alphonse , fut longtemps parmi les suivans qui remplissaient les antichambres des princes d'Est, et il ne put jamais parvenir à se faire payer de ses ouvrages.