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de la nation , et motivaient tout ce qui s'était passé précédemment, et tout ce qui manquait alors dans lès efforts qu'une partie faisait pour sauver le tout
La reine , dans son voyage en Allemagne à l'occasion du mariage de ses filles (j), a été, dit-on, la première à. provoquer. la ligue des' souverains de l'Europe contre la France; mais quand le roi de Naples et ses poltrons furent battus dans leur première expédition contre les Français, les conseils et la cour furent en proie à l'irrésolution et à la frayeur. La couardise et l'indécision prédominaient universellement; et, à la première invasion française, avant que le danger menaçât les frontières r avant que la nécessité obligeât à la retraite, le roi, entraîné par ses craintes ou par les représentations d'un ministre perfide etd'une femme qui avait depuis long-temps sacrifié tous ses •sentinjens à ses passions, s'enfuit (2). La Sicile
(1) Son neveu , l'empereur actuel d'Allemagne , avait épousé une de ses filles.
(2) Dans cette fuite, la cour, aidée par lady Ha mi) ton, emporta tout ce qui ayait quelque valeur dans les palais de Naples et de Caserte, les principaux objets du musée de Portici et de Capo di Monte , les joyaux de la couronne , et environ vingt millions d'or en lingots ou en monnaie.
NAPLES. ait
fut choisie comme un asile momentané pour laisser pa^er l'orage ; et la vieille cour , avec tous ses vices , se rassembla .à Palerme. Les Napolitains, abandonnés à eux-mêmes, délivrés d'un despotisme qui avait duré mille ans, portant encore les marques de leurs chaînes, et la bassesse de l'esclavage agissant encore puissamment sur leur caractère , sentirent seulement qu'ils étaient libres ; mais, peu accoutumés à jouir de la liberté, leurs vues étaient les résultats de l'instinct plutôt que des principes. Après la fuite du roi , un corps munici^ pal, appelé la cittày prit possession de l'autorité publique. Ce corps était composé de six noble» et d'un bourgeois, qui étaient élus par les cinq sedili dsktis lesquels la noblesse était divisée; ces sedili étaient un reste des fratriœ ou divisions de la ville sous le gouvernement Grec. Quand les parlemens avaient été supprimés, la città avait été le' dépositaire des privilèges nationaux, mais elle était graduellement tombée dans la nullité. Cependant, telle qu'elle se trouvait, la conduite des affaires lui fut confiée, et l'on forma une garde nationale qui se remplit rapidement des meilleurs citoyens de toutes les classes.
Les Français cependant avançaient sur Capoue , et Pignatelli traita avec eux , leur céda
âia icàples.
tout le royaume au nord de cette ville, et consentit à payer deux millions ciuq^cent mille francs pour deux mois d'armistice* Le peuple vola aux armes qu'il saisit dans les arsenaux. Pignatelli et le général autrichien, Mack, suivirent l'exemple du roi et s'enfuirent ; le dernier, en s'échappant, tomba entre les mains des Français. L'anarchie prévalut alors , et au milieu d'une confusion inexprimable, la populace criait : Vivp. la santafede ! vwa ilpopolo napolitano ! Moliterna et Rocca Romana , deux jeunes soldats , essayèrent de se faire reconnaître comme chefs, afin de contenir la fureur populaire , et ils réprimèrent les violences pendant deux jours ; mais une députation envoyée aux Français, alors aux portes de Naples, pour les conjurer de ne pas avancer , ayant été repoussée avec menace et insulte, le peuple devint enragé, une soif de pillage se joignit bientôt aux autres impulsions, et des prêtres fanatiques., bénissant leurs armes, les encouragèrent à se porter aux derniers excès. Dans cette confusion la municipalité cessa ses fonctions , et le peuple ainsi livré à lui-même , la ville devint le théâtre de toutes les horreurs imaginables. Le duca délia Torre et son frère Filomarino furent les premières victimes , parce qu'on les supposait anti-royalistes; d'au-
JUPLfcS. 2] 3
très partagèrent leur sort; enfin les républicains (c'est-à-dire ceux qui avaient de l'éducation ou de la fortune) se mêlant à la populace , en feignant d'adopter ses sentimens, vinrent à bout de modérer un peu sa furie, et Moliterna et Rocca Romana parvinrent à faire sortir les lazzaroni du château Sain t-El me. Cependant le peuple privé de chef continua à se défendre contre une armée triomphante, avec un courage digne d'une meilleure cause (i); et quand ils se virent chassés de la forteresse et placés entre deux feux, ils se retirèrent moins abattus par leurs pertes qu'enragés contre leurs concitoyens.
Les esprits à cette époque étaient complétementdésunis; les Napolitains, il est vrai, n'aimaient plus leur roi, mais ils étaient très-atta-
(i) Il y eut assurément beaucoup de courage déployé dans cette occasion. L'on dit que la reine comptaitî>eaucoup sur la réaction des lazzaroni, et elle avait laissé . des agens pour entretenir leur esprit de résistance et les pousser au désespoir. On fit courir le bruit que les jacobins visaient à la destruction de l'Église et de la dévotion à la Vierge; et la rage du peuple était portée à un tel point , qu'une éruption du Vésuve ayant eu lieu dans le moment oii les Français avaient obtenu quelques avantages , les lazzaroni s'écriaient: Ahil Fesuvio, tu sei giaçobino! « ah ! Vésuve , tu es jacobin ! »
2l4 WAPLES.
chés À leur pays, et plus encore à leur religion. Leur haine pour les Français était héréditaire, et la conduite du directoire les aliéna tout-àfait de cette nation dont ils avaient si souvent souffert les invasions. Le mépris du peuple pour les barons était peut-être plus grand encore que son aversion pour les Français; ainsi plusieurs causes s'opposèrent aux favorables résultats que pouvait avoir la révolution. D'autre côté, un parti nombreux composé de presque toutes les classes éclairées, croyait la présence des Français nécessaire pour l'établissement de la nouvelle république ; et la séparation , entre eux et la populace , devint tous les jours plus grande, (r)
lia nation se trouvant mal préparée pour
(i) L'absence de tout sentiment national était le résultat nécessaire du précédent gouvernement. Tout ce qui tendait à la civilisation et à l'instruction était français ou anglais; et de là les classes éclairées en vinrent à un mépris trop grand pour leurs compatriotes. Dans les sociétés naissantes, les progrès delà civilisation marchent de front avec le développement du sens moral , et un système de lois se forme spontanément par la force des choses. Mais chez les nations corrompues, les bonnes lois doivent précéder les bons sentimens, et elles ne peuvent résulter que d'une force morale étrangère à la population.
JVAPLES. 2l5
une révolution , aucun plan de gouvernement rfavait été arrêté. Les Français entrèrent à Naples,le 2% janvier, et vingt-cinq personnes formées en six comités , furent mises à la tête de l'administration. Les griefs, suites naturelles de cet ordre de choses , se multiplièrent rapidement, augmentèrent le nombre des mécontens,,et divisèrent le pays entre l'armée française et le peuple insurgé. Le corps de la nation, attaché aux formes et aux fêtes de sa religion, était indifférent à ses dogmes, ou les ignorait; et le clergé, déjà en guerre avec la cour de • Rome pour le recouvrement des libertés de l'Eglise nationale, n'était pas tout-à-fait a
(1) Immédiatement avant la révolution, les prétentions féodales du pape» sur le royaume de Naples avaient été vigoureusement repoussées, et la haquenée annuellement offerte avait été refusée. Parmi les écrivains les plus habiles qui ont écrit à celte époque contre les usurpations du saint-siége, était l'archevêque maintenant l'ex-àrchevéque de Tarante , homme d'état éclairé , qui joint la politesse du grand monde à un savoir dirigé par le goût. Son ouvrage lui attira la malveillance de la cour de Rome ; et le pape, pour lui montrer son m#onten lement, négligea de renvoyer quelques dispenses de formes que l'archevêque avait demandées ex officia» Âpres une seconde demande , l'indépendant théologien I déclara qu'ayant le droit canonique dé donner lui-même
2l6 WAPLE8.
fut confiée à des agens subalternes, et pour* suivie ayec une violence et des spoliations qui indisposèrent toutes les classes. La suppression des droits féodaux et des tribunaux provinciaux laissa huit ou dix mille personnes sans emploi (les arrnigeri attachés aux barons et à leurs cours ) ; et l'on nç pensa point à pourvoir à leur existence : ils se joignirent immédiatement aux insurgés. On fit une proclamation extravagante, par laquelle on déclarait que ceux qui avaient servi un tyran n'avaient rien à espérer d'une république; et cela ajouta encore un grand nombre de fa- ^^riilles aux partisans du roi.' Les deux millions ^^ft demi, levés par le général français Cham- ^^^onet, et les quinze raillions imposés sur les provinces , furent distribués entre les contribuables, en ayant égard aux opinions plutôt qu'à la fortune; et l'on prenait les diamans et les bijoux quand on ne trouvait point d'argent, Le territoire fut divisé en départements en contraste avec la géographie établie ; et des com* missions démocratiques errantes heurtaient tous les préjugés, et blessaient tous les int&*
ces actes, comme archevêque, il avait l'intention d'user de ce droit; et les papiers demandés 3rrivèrent par le rd~ Jour du courrier,
naples. * ai 7
rets. Cependant la république effectua quelques change mens avantageux. Dans l'espace de cinq mois les revenus de deux provinces seules servirent à .éteindre un million cinq cent mille ducats de dettes ; mais le malheureux état auquel le peuple avait été réduit par l'effet d'un si long despotisme se montra pendant tout le progrès de leur révolution.
Le petit nombre de Français occupant Na<* pies, et la multiplicité des causes de mécon-< lentement, donnèrent naissance aux insurrecT tions dans les Abruzzes, Sora et Castel Forte. Cette révolte instituée par la cour de Palerme, fut mise sous la direction d'un prêtre calabrois le trop fameux cardinal Ruffo, qui, cormaissan le caractère et le dialecte des habitans de la Ca? labre, parcourut leurs montagnes et sonna le tocsin de cette réaction terrible, sans parallèle dana lés annales de l'humanité. Mais jusque dans ces solitudes reculées, ce prêtre guerrier trouva les sauvages habitans divisés eu roya» listes et en républicains, et capables de se former des opinions et de les défendre .*Le succès finit cependant par couronner ses efforts* Altamura, une yille tenue par les républicains , fut prise et saccagée ; et les morts et les meurans étaient jetés dans le feu et brûlés en présence du cardinal. Les Français se retiré*
2l8 NAPLES.
rent à la fin , et les forts de Naples (après que les patriotes eurent été défaits par Ruffo et sa bande de brigands sur le pont Maddelena) furent rendus d'après la fameuse capitulation, à Ruffo, à Micheroux, et aux commandant des flottes turque et anglaise.
Ce traité (comme on ne le sait que trop bien) a été indignement violé par lord Nelson , sous l'influence de lad y Hamilton et à la prière de la reine. Trente mille personnes furent arrêtées (i); et la junte formée pour les juger n'étant pas trouvée assez sévère dans les punitions qu'elle infligeait à ceux qui avaient adéré à la république , fut éliminée. Guido* aldo, pour épargner le trésor public, prit de nouveaux arrangemens avec le bourreau, qui ne fut plus payé comme auparavant, à six ducats par tête (2) , mais à tant par mois. Par
(1) En parlant de cette ' affreuse époque, le comte Orloff dît dans son admirable ouvrage sur Naples : « Il approcke le dénouaient de l'un des plus déplorables drames joH tiques dont l'Italie ait été le théâtre. » {Mémoires historiques, etc. du comte Grégoire Orloff.)
(2) Il n'y avait plus dans cette grande cité que deux classes d'habitans , des bourreaux et des victimes. Ceuxci étaient déchirés en lambeaux par une foule de cannibales qui dévoraient leurs chairs palpitantes. D'autres, après avoir été traînés dans les rues, étaient jetés, ou
«ne loi ex post facto ; tous ceux qui avaient occupé des places sous la république, ceux qui avaient chassé les lazzarotii du fort Saint- Elme, ou combattu à Capoue, ceux, qui s'étaient opposés au cardinal Ruffo , ou qui avaient aidé (au nombre dç i5,ooo) à élever le pavillon national sur le largo Santo-Spirito , à la vue des vaisseaux anglais, quand la statue <Ie Charles 111 fut renversée; ceux qui avaient contribué à la fête nationale, où les drapeaux anglais et ceux du roi furent déchirés; ceux qui, en parlant ou en écrivant, avaient offensé la famille royale ou moutré par des actes quelr conques leur attachement à Ja république, fur > rent tous condamnés à mort. Par cet acte,* madame San*Felice fut exécutée au bout d'un an , pour avoir empêché les massacres, en révélant une conspiration royaliste. Les listes de proscription étaient envoyées de Palerme , par la reine. Toutes les formes judiciaires étaient
morts, ou mourans , dans les bûchers allumés sur les places publiques. (Mémoires historiques, etc. du comte Grégoire Orloff.)*
Ces horreurs presque incroyables relatées par le comte Orloff, sont si loin d'être* exagérées, qu'on nous a assuré qu'elles étaient encore au-desspus de la vérité; et que cent mille personnes actuellement existant à Naples en ont été témoins.
violées, tous les moyens de défense étaient refusés : des enfans de douze ans furent mis à mort par cette loi, et ceux qui étaient acquittés par la junte, étaient souvent exécutés par ordre du roi. (i)
(i) Plusieurs traits héroïques ont été remarqués pendant cette violation détestable de la foi publique. Cerillo, quand on lui demanda sa profession , répondit « médecin.— Qu'avez-vous été sous la république? — Représentant du peuple. — Et maintenant en ma présence qu'est-ce que vous êtes (lui dit Speziale, le féroce ministre de la police)? — In facciopa te (dit Cerillo), un eroe. «Devant toi, je suis un héros. » Manthone répondait * à toutes les questions , J'ai capitulé , et si cette défense ne 1 suffit pas , je rougirais d'en offrir une autre. On trouva ^ le jeune Vitagliani jouant de la guitare dans son cachot , quand on alla lui annoncer sa condamnation ; et il continua de jouer jusqu'au moment où on le conduisit au supplice. Carlomagna et Granali s'arrêtèrent sur les marches de l'échafaud pour reprocher au peuple sa joie féroce. Gomme Nicolo Palomba était prêt à être exécuté, on lui offrit la vie s'il voulait révéler ses complices. « Vil esclave ( répondit-il ) , je n'ai jamais appris à racheter ma vie par l'infamie. » Je vous condamnerai à mort, dit Speziale à Velasco dans la salle de jugement.. Je mourrai ( répondit-il) , mais non par votre ordre; et il se précipita de la fenêtre près de laquelle il était placé. Éléonora Pimentale était une jeune personne célèbre par ses talens, «es grâces et son patriotisme. Elle fut accusée d'avoir écrit quelques effusions patriotiques dans le Moniteur
Ï&APLES. 211
Un autfe changement dans là fortune des Français les ramena à Naples; et Napoléon
napolitain, et condamnée à mort; elle supporta son sort avec un courage héroïque Elle prît du café quelques minutes avant son exécution , et disait en souriant à ceux qui exposaient leur vie en témoignant de la pitié pour, sa fin prématurée : Forsan et hœc alius meminisse juvabit! Rosso Vincenzo, fameux orateur patriote , auteur d'un ouvrage politique de quelque célébrité ( Pensieri politici), pendant qu'il était sur l'écjiafaud, attendant que l'exécuteur eût préparé les instrumens de mort , causait avec tant d'esprit et d'éloquence , que l'officier qui l'accompagnait ne prononçait jamais son nom, même plusieurs années après sa mort, sans répandre clés larmes. Pendant cette horrible période de vengeance, les plus nobles familles de Naples , celles de Car a fa , Torilla , Pignatelli, Néri , etc. etc. etc. perdirent leurs membres les pi us méritans (*). Le sort de l'amiral Caraccioli est bien connu. La reine était impatiente de voir la destruction de ce brave marin , qui , comme les Napolitains avaient coutume de le dire f valait à lui seul une flotte; et la jalousie de Thurn , et la faiblesse de Nelson '{la villa di Nelson , disent les Napolitains ), signèrent sa condamna-
(*) Le jeune prince Carafa mourut avec une gàité et un courage qui sont encore rappelés souvent et avec larmes par «es amis. Nous avons eu l'honneur de connaître ses plus proches parens, et nous ayons pu juger de son mérite d'après le leur. Outre ces nobles patriotes , trente ou quarante évéques, vingt magistrats, et un grand nombre de médecins , de jurisconsultes et de littérateurs , succomber» nt dans cette réaction, et 80,000,000 de capitaux sortirent du royaume avec les familles qu'\ l'abandonnèrent à cette époque pour te réfugier dans les autres parties de l'Italie du dans l'étranger,
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cherchant à pourvoir sa famille , assigna le trône de ce pays à son frère Joseph. Le roi se
tion , quoiqu'il eût été solennellement absous par le roi lui-même y qui 1 ui avait permis de rentrer à Naples. L'amiral se promenait sur le pont de son vaisseau , raisonnaut sur la construction d'un vaisseau anglais qui était placé près du sien , quand on lui apporta sa sentence de mort. 11 l'écputa , puis finit le discours qu'il avait commencé. Les matelots à qui l'on avait commandé de fixer la corde pour le pendre , pleuraient et tardaient toujours à remplir leur triste tâche : alors il leur dît d'un air serein, sbrigatevi, sbrigatevi, dépêchez, dépêchez; puis après une pause il ajouta : Pendant que je dois souffrir, il faut encore que je vous voie pleurer. Il fut pendu à la vergue d'un vaisseau sicilien, et sa mort a entaché pour toujours la mémoire de Nelson . L'anecdote de son corps }
flottant siir les eaux pendant que le roi et lord Nelson étaient sur le pont du vaisseau de l'amiral anglais est très* vraie. Dans le temps où l'auteur de ces pages était trop jeune et trop ignorante pour s'intéresser aux transactions politiques d'aucun pays , elle a souvent écouté avec ravissement lady Ha mil ton décrivant les beautés des rivages de Naples, et la position où elle se trouvait quand elle était assise pendant le calme d'une belle nuit éclairée par la lune, à la droite du héros-du Nil sur le vaisseau amiral, chantant sur les vagues de la Méditerranée l'hymne national de lîule Britannia, répété en chœur par tout l'équipage ; mais si elle avait su alors que tandis que la sirène chantait, des milliers de personnes périssaient, et que ces nuits de fêtes terminaient des jours de sang , elle aurait fui la présence de l'enchanteresse , et
NAPLES. *a 3
réfugia encore en Sicile , où, sous la protection de l'Angleterre (protection telle que le plus fort Taccorde toujours au plus faible), il conserva l'ombre de la royauté, pendant que le pouvoir était exercé parles agens diplomatiques et militaires du gouvernement anglais. Napoléon épousa une princesse «autrichienne ; et la reine, perdant alors ses anciens préjugés, commença à coqueter avec le vainqueur, jusqu'à ce qu'elle fût enfin obligée d'abandonner son trône et de quitter l'île. On créa, un parlement, on donna une constitution modelée sur celle d'Angleterre, et les barons furent dé-» possédés de leurs privilèges féodaux ; le peuple ayant été presque poussé à la rébellion contre son roi légitime , par les agens anglais qui voulaient effectuer la révolution. Dans cette occasion Ferdinand déploya une fermeté et une dignité qu'on attendait peu du laissez aller de son caractère; et il protesta au ministre anglais que la force seule pourrait l'obliger k descendre de son trône, (i )
l'aurait abhorrée comme elle abhorre maintenant sa mémoire ( surtout depuis son séjour à Naples) : ceux qui se réjouissent de la défaite des Napolitains en i8ai , de-? vraientse rappeler le sort de ceux qui ont été livrés à la clémence royale en 1799.
(1) Le roi, persécuté par l'intervention injuste dessin-
2 ^4 ïfÀPLES.
tîn nouveau changement dans les combinaisons politiques produisit d'auttes vues dans le catinet britannique ; et ce roi, que nos
glais ( qui avaient voulu l'obliger à accepter leur constitution ), s'était retiré dans un vieux château (la Zisa)i pour éviter leurs importunités. Apprenant qu'un corps armé marchait pour le forcer de retourner à Païenne , il fit élever un dais dans une des salles , et là , entouré du peu de courtisans qui l'avaient suivi , il attendit sur sou trône l'arrivée du commandant anglais. Dans l'entrevue qui suivit, l'obstination lui tint lieu de courage et de politique. Il refusa positivement de retourner ; et quand ses amis anglais lui insinuèrent de céder la couronne à son fils, il répliqua : Montrez-moi votre autorisation pour me faire cette demande ; si le gouvernement an* glais' exige ce sacrifice , je n'ai aucune force à lui opposer et j'obéirai. La réponse du diplomate fut parfaitement caractéristique ; on n'entendait point user d'aucune force , et la mesure n'était suggérée que comme l'avis personnel d'un individu. Alors , dit le roi , je n'abdiquerai pointi
À là restauration, plusieurs nobles Siciliens qui avaient pris part aux changemens provoqués par les Anglais f réclamèrent la médiation et la protection de notre ministre. J'ai peine à croire ce que je suis obligée d'écrire d'après des autorités respectables. La note officielle a été remise au roi , et la vie et la liberté de ces amis et alliés de la nation anglaise ont été ainsi trahies et livrées entre ses mains. C'est une justice à rendre au roi Ferdinand 1 que de dire qu'il n'a fait aucun mauvais usage de ces informations..
WAPLES.
ministres* ne roulaient pas laisser régner dans son royaume de Sicile, pendant le temps de Ja puissance de Napoléon, fut choisi par eux après sa chute f pour être rétabli avec tous les anciens abus despotiques , à Naples qui l'avait rejeté. Alors la constitution anglaise, que des hypocrites et des jongleurs s'étaient vantés d'avoir donnée à la Sicile , s'évanouit dans les airs. Les nobles, privés de leurs anciens droits, et le peuple, replongé dans son esclavage primitif,, laissèrent le roi plus absolu qu'il ne l'avait jamais été; et ces malheureux Siciliens qui, se confiant aux promesses des ministres et à l'honneur des nations, s'étaient prêtés à la politique anglaise, furent abandonnés pour être perdus ou sauvés , suivant que la bonté habituelle de Ferdinand ou les craintes du roi domineraient en lui. Partout également, les mêmes vues courtes de la politique du cabinet anglais; qui va toujours d'expédient en expédient, a nécessité de pareils manquemens de foi , de pareilles violations des engagemens solennels; et il est maintenant impossible à. un Anglais de sortir de son pays sans être exposé aux /reproches et à l'exécration des nations déçues et enchaînées, qui se dispensent de remplir envers lui les rites de l'hospitalité iv. 1 5
22& NâPLES.
quand des liens personnels ne surmontent pas les antipathies nationales.
Le règne de Joseph Bonaparte à Naples a été cpurt et troublé par les intrigues de Saliceti , minisire qui régnait, en abusant de la crédulité de son maître , par une succession de conspirations imaginaires , et qui l'engageait à faire des injustices et des persécutions.
. Le règne de Murât qui succéda à Joseph , quand celui-ci fut appelé au trône d'Espagne , est assez récent pour être très-connu du public. Le bien et le mal qu'il a fait. appartiennent également au système qui l'avait élevé à la puissance souveraine. Hardi, franc et gai y son courage brillant sur le champ de bataille, n'était pas soutenu de talens capables de donner de l'éclat à un homme d'état Formé pour plaire plutôt que pour gouverner, il était plus propre à représenter dans sa cour qu'à diriger son conseil. Le système , cependant , travail* lait de lui-même; il faisait respecter le roi et donnait de la confiance au peuple. La civilisation française opérant sur la sauvagerie comparative que des siècles de mauvais gouvernement avaient imprégnée dans le caractère napolitain , ne pouvait être que très-avantageuse. L'activité des conseils révolutionnaires agissant
NAPLfiS. «2^7
sur l'indolence et l'inertie des agens de l'ancien despotisme, ranimait et renforçait les institutions usées de ce pays. Toutes les branches de l'administration, les finances, la guerre, l'éducation, la justice, reçurent des développemens «t des améliorations. La société se forma sur le modèle de celle de Paris; la littérature française fut importée, le Code français fut établi à la place de la jurisprudence embrouillée et vicieuse de l'ancienne Naples ; et la nation, quoique subordonnée à la politique impériale «et forcée^Je participer aux guerres de Napoléon^ sortait rapidement de son état de barbarie, et prenait sa place parmi les nations européennes, quand la chute de Bonaparte la rejeta dans les institutions des princes d'Anjou et d'Aragon, et dans le mauvais gouvernement du seizième siècle.
Murât qui avait apporté avec lui une itamense fortune personnelle, la dépensa tout entière dans son nouveau royaume; et les taxes qu'il leva, quoique très-fortes, pesaient moins sur le peuple, à cause de l'accroissement de leurs moyens : les dépenses, d'ailleurs, portèrent sur un grand nombre d'améliorations, sur l'ameublement splendide des palais, les fouilles de Pompeii, des routes ouvertes pour les communications intérieures, des écoles, ëtc;, et
228 JfAPLES.
la propagation des arts et des lumières dans tout le pays* Parmi tous ces bienfaits, le plus grand manquait encore; Murât négligea de donner la constitution qu'il avait promise, qui pouvait seule consolider la civilisation qu'il affectait de vouloir avancer; et la presse resta toujours complètement enchaînée.
Quand les revers des Français et les succès de l'armée d'Autriche renversèrent le gouvernement de Murât, la ville de Naples se trouva encore sur le point de tomber, dans l'anarchie, le pillage et les massacres qui avaient signalé la première révolution. Les lazzaroni montrèrent ces dispositions à la révolte , inhérentes à des castes qui vivent au milieu de la société, sans propriétés, sans participer à aucun de ses avantages. Si les Napolitains ont échappé aux malheurs qui les menaçaient, ils avouent avec reconnaissance qu'ils le doivent à la reine , épouse de Murât (i), qui, avec une énergie
(i) Il restait une force armée très-peu considérable pour garder la ville et la protéger contre les lazzaroni qui s'ameutaient déjà pour piller et dévaster. Les maisons des banquiers et des négocians anglais étaient particuliè- / rement marquées pour le pillage , quoique les lazzaroni aussi-bien que le peuple des Abruzzes et de la Calabre affectent toujours de se considérer comme les alliés de l'Angleterre. Madame Murât assembla elle-même 1*
digne de son frère , resta tout le jour à cheval, et visita tous les postes, s'assurant par ellemême de la vigilance des autorités , jusqu'au moment où les Autrichiens approchant, elle monta dans son vaisseau. Il ne reste plus rien à dire de la misérable fin de, Murât, de son expédition fatale, de sa punition sommaire; un seul fait peut être ajouté à cette singulière histoire, c'est que Ferdinand s'était préparé à unç troisième fuite avant de faire partir l'ordre de l'exécution de Murât, et qu il était dé terminé à se sauver encore, si cet ordre rencontrait la moindre opposition.
La restauration du souverain légitime (1) fut extrêmement coûteuse : l'Autriche reçut une année entière du revenu de l'état. Metternich et d'autres ministres reçurent, dit-on,
garde nationale , prit leur uniforme , et leur adressa un discours plein d'esprit et d'éloquence. Sa vie était en danger dans le moment ou elle capitula avec le capitaine Campbell du Tremendous , qui la reçut sur son bord avec ses enfans ; et les lazzaroni l'y suivirent en l'insultant et en blessant ses oreilles par des chants licencieux, en dépit de l'intervention du capitaine Campbell , qui se conduisit dans cette occasion comme un brave et galant homme.
(1) La reine Caroline n'a pas vécu assez pour partager ce triomphe. On sait qu'elle est morte errante , détestée, et n'inspirant aucune pitié.
23o HAPLES.
des sommes considérables. L'armée d'occupation fut maintenue pendant trois ans. On pour* vut à l'existence de la femme du roi, et d'un grand nombre de ses suivans qui revinrent de Sicile dans une extrême pauvreté. Les revenus des Deux-Siciles avaient été de sept millions de ducats. Murât éleva ceux deNaples seuls à vingt et un. Cependant, ces sommes furent bientôt absorbées. Murât avait vendu des biens nationaux , dont les payemens avaient été reculés, et l'argent se trouva accidentellement tomber dans les coffres du roi, qui obtint ainsi environ dix millions. Sept ou huit millions furent encore gagnés par la révocation des concessions accordées par Murât, qui furent reprises* quoique la propriété eût été souvent transférée plusieurs fois. À ces causes de mécontentemens se joignirent les lois prohibitives qui affectaient les intérêts du commerce et des droits disproportionnés sur les importations et les exportations. Ces abus et la perte totale de toute espérance de liberté constitutionnelle (i), ont déjà disposé les es-
(i) Au retour du roi on balança quelques instans entre le système français , ou celui qu'on avait adopté en Sicile ; mais les avantages financiers du premier lui firent donner la préférence.
prits à de -nouveaux changçmeus; et ils airxai^qt probablement donné à Feupéditioa de Mural un auJtre résultat* si elle avait eu lieu à une autre époque, (j)
La malheureuse révolution qu'on appellera maintenant révolte, se préparait évidemment pendant notre séjour à Naples , quoiqu'il fût impossihle de prévoir le temps de son explosion. . * . î
Si cette révolution ri avait pas été dérangée par l'intervention injuste des nations étrao* gères,, elle aurait conduit au* plus heureuses
(î) La justice oblige Rajouter que le ministre Medici était bien éloigné de pousser le despotisme jusqu'à ses dernières limites , et que le roi ( instruit par l'expérience des mauvais effets des proscriptions de sa femme , et trop heureux d'être délivré de son esclavage pour penser à adopter ses plans) avait montré beaucoup d'indulgence aux partisans de Murât. En 1816 le prince Canosa, napolitain et ministre du roi d'Espagne , fut rappelé et mis à la tête de la police. Il se lia avec une bande de misérables , le rebut du peuple , et il commença ses fonctions en persécutant et emprisonnant les Murattites* Son système fut découvert et il fut exilé. Toutes les fois que les choses vont mal dans les provinces , et qu'il arrive quelques tumultes , le roi les attribue toujours à ses anciens suivans qui y remplissent des emplois , et il a coutume de dire t Ci sono i miei fedeli! « C'est l'ouvrage de mes fidèles. »
conséquences; on peut expliquer aisément sa déplorable catastrophe. La révolution (comme toutes celles qui arrivent chez un peuple dont la civilisation est concentrée dans les classes supérieures d'une capitale) a été effectuée par un nombre de personnes comparativement petit, et elle ressemblait sur ce point à la révolution anglaise de 1 688 , qui ne causa aucune effusion de sang. Dans celle-ci , tous les talens du pays étaient mis en action , et les connaissances tirées de la France et de l'Angleterre auraient été appliquées au bien de tout le royaume. Cette révolution ne pouvait admettre ni égalité théorique , ni mépris pour les droits de propriétés, ni proscriptions; c'eût été une simple communication des lumières intellectuelles de quelques individus à la masse de la nation.
Mais quand une invasion étrangère rendit nécessaire l'appel de la force physique du pays, le sort de la nation dépendit de la discrétion , du courage , de la bonne volonté d'une populace corrompue , avilie , superstitieuse, et brutalement ignorante, qui ne pouvait, ni apercevoir les objets qu'elle était appelée à défendre, ni concevoir même la nécessité de combattre. Les esprits généreux et intrépides qui se sont hasardés dans cette révolution , avaient à tra-
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Tailler avec de mauvais outils , et conséquemment leurs opérations ont manqué. L'Autriche est encore une fois maîtresse du pays; les progrès des lumières sont arrêtés, le patriotisme est mis à prix, le commerce est chassé des rivages par la terreur, et le peuple est rejeté dans la barbarie , renvoyé à ses vierges et à ses sages de bois , livré aux turbulens lazzaroni et aux brigands des montagnes.
C'est unjç calomnie contre la Providence que d'affirmer qu'il existe des nations marquées pour le mal par leur tendance physique, et si inévitablement dévouées à des vices particuliers qu'il soit impossible de les en corriger par de bonnes lois et de bonnes institutions. Presque toutes les nations, civilisées se sont montrées sous différentes phases morales, suivant la direction que leur ont donnée leurs institutions politiques. Les héros des Thermopiles ont été dans un autre siècle les esclaves des barbares , et un moine gouverne dans le même lieu où César tremblait de se décorer de la moindre marque extérieure de pouvoir. Le véritable instrument de la dégradation de rhomine , est son ignorance; la nature qui lui permet trop fréquemment d'errer , ne lui apprend jamais à s'avilir , et l'histoire de tous les
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pays démontre la philosophie de cette obse ryation du Dante, que,
Se'l inondo laggiù, ponesse mente ^
Al fondamento che uatura pone, Seguendo lui avria buona la génie.
Paradiso, canto ottavo. (i)
Il a été de mode d'accuser les Napolitains d'une perversité inhérente, sur laquelle les circonstances extérieures ne pouvaient rien 5 mais ce préjugé ne s'est répandu en, Europe que depuis le temps où ce pays devint l'esclave de l'Espagne. Les nations conquises sont toujours en butte aux calomnies de leurs maîtres étrangers, qui cherchent à colorer leur injustice en proclamant l'indignité de leurs vietimes. Les faibles et superstitieux descendans de Charles-Quint, après avoir dégradé et désespéré les Napolitains par un odieux gouvernement délégué, bien calculé pour produire un tel effet, assignèrent les résultats de leur despotisme au caractère particulier du peuple. Cependant, ces Napolitains accusés de lâcheté et d'incapacité , avaient dans les siècles passés aidé les Romains à chasser Annibal de l'Italie*
(i) «Si les hommes voulaient examiner les dispositions que la nature a mises en eux , et suivre ses impulsions , ils deviendraient meilleurs. »
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et maintenu leur indépendance à une époquç où le reste de la péninsule ne jouissait plus de la. sienne. Le royaume de Naples a donné à l'ancienne Rome Ennius, Gicéron, Horace, Ovide et Stace; et à l'Europe moderne, le Tasse, Sannazar et Salvator Bosa (i). Naples, dans les temps barbares, a été l'asile du peu de sa* voir qui restait, et la plus grande partie des classiques conservés à la postérité, sont dus à la docte industrie des bénédictins du mont Cassin et d'Otrante, La flamme de la science se ralluma dans l'école de Salerne; les Pandectes de Justinien (le code de la légitimité), ont été trouvées à Amalfi , et dans le seizième siècle (suivant A postolo Zeno) les lettres y étaient tellement cultivées, que les littérateurs de tous les pays auraient pu choisir cette terre pour asile, comme elle avait été sous Auguste la retraite favorite de Virgile, de Senèque, de Tite-Live et de Ciaudien. Mais ce qui élève Naples au-dessus de tous les autres états de l'Europe , c'est sa résistance à la puissance papale dès le temps de sa fondation , c'est d'avoir disputé dans tous les siècles les pré-
(i) Salvator Bosa est cité ici comme élégant poète satirique; il était de plus excellent auteur comique , et 1$ meilleur improvisateur de son temps.
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rogati ves que le saint-siége voulait s'arroger , et surtout d'avoir invariablement refusé, et refusé avec succès, d'admettre le plus puissant de tous les instrumens de dégradation et de terreur, l'inquisition.
La première impression donnée par la nation napolitaine, après un coup-d'œil rapide jeté .sur toutes les classes , vues dans les rues , dans les vignes , sur le largo diCastello , ou dans le salon d'un palais , est celle d'un peuple formé des élémens de leur région brûlante et splendide, pour lequel le mot de génie (i) semble avoir été inventé; d'un peuple dont le caractère est aussi volcanique que leur sol. Les feux du Vésuve semblent circuler dans leurs veines , et le brillant de leur ciel se réfléchir sur leur imagination; leurs organes sont plus fins, leurs impressions plus vives que celles des autres nations; et leur surabondance de vie, que des institutions inertes laissent sans emploi , se répand en sons perçans , en mouvemens rapides, en gestes animés qui rendent inutile le langage qu'ils sont appelés à aider et à seconder.
(i) Veux-tu donc savoir si quelque étincelle de ce feu dévorant t'anime? cours, vole a Naples, etc. (Dictionnaire de musique de Rousseau. Génie.)
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Une sage législature, en travaillant sur de tels matériaux, pourrait créer le plus no]jle caractère national. Quand ces qualités sont détériorées par des institutions pernicieuses, elles sont calculées en effet pour rendre la barbarie plus barbare, pour donner au crime sa dernière nuance d'atrocité ; mais sous un ordre de choses bienveillant et bien entendu, elles peuven t aller avec une force égale dans la direction contraire. Un caractère ardent est le sol des grandes vertus et des grands talens; et des sentiînens profonds , une imagination inflammable, n'ont jamais été l'étoffe de la médiocrité.
Cette grande portion de la population du royaume de Naples, appelée le peuple, se présente plutôt à l'observation de l'étranger, que toute autre classe des autres nations civilisées. Leur pauvreté leur laisse à peine un toit pour s'abriter ; et leur climat rend un domicile , un luxe plutôt qu'une nécessité : ils ne cherchent un abri que contre les inclémences de la nuit. Le rebut du peuple , sous le nom de lazzaroniy n'en a même pas besoin; un banc ou un bateau leur servent de lit, et le ciel est leur seul pavillon, excepté pendant ces orages violens et passagers si fréquens à Naples : alors le portique d'un palais ou la colonnade d'une église
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leur offre la retraite momentanée qui leur est nécessaire. ( i )
La lumière du jour, qui, suivant la philosophie de Cornus , fait seule de péché , n'est jamais évitée sous aucuns prétextes par les Napolitains des dernières classes. Tous les devoirs, tous les offices de la vie sont remplis k la face du soleil et sous les yeux du public. Des groupes, assis à tous les coins des rues , et iur le seuil des plus pauvres maisons , sur les rives du Scogtio, de Mare-Chiano , sur le Mole ou le Largo, riant, causant, menaçant ou chantant, sont tous domestiqtiement (sinon sentimentalement ) occupés : les besoins sont
(i) Le temps a été quelquefois très-mauvais pendant notre séjour « Naples , et il arrivait souvent qu'en revenant tard de l'opéra ou des soirées, nous trouvions le sale portique de notre vieux palais rempli de lazzaronî. Les uns étaient couchés à terre, les autres montés sur des coffres, ou rassemblés autour d'un brasier dont les tisons donnaient juste assez de clarté pour éclairer leurs figures grotesques et marquées. Bien de plus courtois et de plus cordial que leurs manières : ils se levaient tous pour nous faire place, nous souhaitaient la bien-venue au logis et une bonne nuit , et même un ou deux qui avaient appris quelques phrases anglaises, s'en servaient au hasard pour se montrer plus particulièrement polis. Une des phrases les plus populaires su rie môle , c'est want a boat, sir « ayez-vous besoin d'un bateau, monsieur? »
satisfaits , les professions sont exercées ; on lit le Tasse à haute voix, on se nettoie la tête, on se fait la barbe , le tout an bénéfice du public (i). Un polichinelle et un prédicateur, l'un à côté de l'autre , appellent au même in-* stant les dissipés et les dévots, et se partagent la multitude toujours prête à rire, à prier, à
(1) Dans toutes les rues de Naples, on voit une ou plusieurs toilettes publiques à l'usage des dernières classes. L'arrangement en est toufc-à>*fait classique et antique. Un trépied qui pourrait avoir été modelé sur un de ceux du temple d'Isis , est surmonté d'un petit brasier de cendres chaudes , et un ministre officiant se tient auprès : son seul habit est une tunique de canevas attachée autour du corps par une ceinture. La saleté de ce grotesque personnage fait un contraste curieux avec les rites de purification qu'il remplit pour les autres. Les dévots de tout âge et de tout sexe se succèdent à son autel , et approchent leur tête du feu du sacrifice. La célébration d'un acte accompli, en Angleterre, avec moins de solennité , mais plus de célérité , par des peignes de corne, est suivie d'une ablution partielle; on verse sur les mains de l'eau chauffée sur le brasier , et les cheveux sont tressés ou la barbe rasée , suivant le sexe des parties. De tels spectacles sont , ainsi que plusieurs autres , dés indécences morales ; mais la police n'intervient jamais dans ces matières, et le gouvernement ne fait rien pour tirer cette immense population ( encore i>elle malgré tous ses vices) des habitudes les plus révoltantes, les plus brutalement immorales.
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s'émouvoir , qui cherche les sensations en proportion de son manque d'idées , et qui, livrée sans contrôle à l'influence de ses passions véhémentes par l'absence ou la faible administration des lois , est aussi dénuée de principes moraux , qu'éloignée des causes dont ils dérivent, la propriété et l'éducation. La dissimulation et la friponnerie , attribuées aux Napolitains et toujours exagérées, sont les résultats inévitables de leurposition sociale. Ils sont nécessairement étrangers à la beauté abstraite de la vérité , par les effets d'un système religieux et politique , qui leur défend toute recherche et les prive de toute connaissance; et l'avantage de la dissimulation leur est enseigné journellement par la sécurité qu'elle leur donne dans leurs petites fraudes envers les étrangers crédules ou leurs compatriotes insoucians. Leur friponnerie, qui produit rarement des actes de violence, excepté dans les temps de commotions politiques, et qui est généralement accompagnée d'esprit et entretenue par la pauvreté, est le vice naturel d'un peuple privé de principes de conscience par un gouvernement dont les lois ont toujours été esclaves du pouvoir et des privilèges, et dont la religion a une absolution toute prête, avec un prix établi pour chaque péché. L'honnêteté et la
probité dérivent de la propriété; ceux qui connaissent la valeur de la possession torespectent dans les autres par un principe d'intérêt personnel. Prendre ce qui nous est nécessaire est un instinct; et quand on résiste à son impulsion d'après un principe, c'est le résultat de réflexions renforcées par la crainte de l'o- . pinion , et par la connaissance de l'existence de lois justes , également bienfaisantes et protectrices pour tous .les membres du pacte social. .
La grande masse de la population du .royaume de Naples ( en y comprenant les Àbruzzes (1) et la Calabre ) (2) est arabe par
(1) Il y a vingt ans , les gentilshommes qui avaient des fermes et des villas dans les Abruzzes vivaient d4hs un état de siège, leurs maisons fortifiées et leurs domestiques armés; cependant c'est là que Virgile naquit et reçut sa première éducation; Sulmone , sa ville natale , existe encoçe.
(a) Masséna ayant à envoyer un courrier en Calabre , fut obligé de lui donner une escorte de cent cinquante hommes. On trouve là peu de chemins publics et d'auberges , grande preuve du manque de civilisation. Les classes distinguées sont hospitalières et généreuses; elles vivent comme les chefs arabes. Les bandes de voleurs de cette province , qui ont servi si utilement le cardinal Ruffo , sont très-souvent fortes de cinq cents hommes. On nous a conté une anecdote qui montre leur férocité