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l'Église romaine, que nous avons vues les premières, sont celles des flêtes de Noël en 1819. Elles ont été annoncées dix jours avant par les mêmes symptômes qui précèdent la même, époque d'observance religieuse et de réjouissance mondaine en Angleterre. L'arrivée des, ménestrels Calabrois ou Pifferari, avec leurs instrumens champêtres ( zampogne ), fut le premier signal de la fête. Le costume et l'apparence de ces montagnards offrent la ressemblance parfaite de quelques groupes de la villa Albani; et leur instrument est sans doute de la plus haute antiquité : il ressemble à la cornemuse d'Irlande ou d'Ecosse, mais il est moins dur que cette dernière. Leur musique est sauvage et plaintive, et se rapproche beaucoup du caractère de notre mélodie nationale, ce qui tient probablement à la capacité limitée de l'instrument. Nous étions très -désireux de nous procurer quelques - uns de ces airs ; mais il nous fut impossible d'en obtenir une; copie. Les antiquaires pourrraient rechercher si la cornemuse indigène en Italie a été importée eh Angleterre à la conquête des Romains,, ou si l'invention est commune aux deux pays , et dérive de l'application du même esprit ingénieux à la même fin.
On rencontre ces ménestrels dans toutes les
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rues de Rome, où ils arrivent les derniers jours des Avens, pour jouerfdevant les châsses de la Vierge , et la saluer avec leur musique sauvage , suivant l'idée traditionnelle de charmer les douleurs de son enfantement. Nous remarquâmes qu'ils s'arrêtaient fréquemment devant la boutique d'un charpentier en face de nos fenêtres. Comme nous demandâmes aux ouvriers, qui se tenaient sur la porte , la raison de cette station , ils nous répondirent que c'était per politezza al messér san Giuseppe( par politesse pour monsieur saint Joseph ).
Cependant le bruit et le mouvement s'accroissent à mesure que les jours sacrés approchent. Les décorateurs sont tout affairés à draper les églises et les autels, à poser des guirlandes sur les façades des maisons. Les dames dévotes , les vierges sacrées préparent des robes, des couronnes, des colliers, des berceaux pour la madone et l'enfant de leurs églises respectives.
Les Cherici ( sorte de surnuméraires dans le service de l'Église qui , de même que le carattere du théâtre Italien et Yutilité du théâtre Français, se chargent de toutes sortes d'emplois ) s'occupent de la toilette de la Vierge ; et sous leurs mains, elle devient éclatante de diamans ou brillante d'étain , suivant les ri-
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chesses de la paroisse à qui elle appartient Dans l'église du Panthéon, elle était couronnée de papier doré> et parée de perles de verre ; et nous la vîmes le mênle jour à Santu- Maria - Pfùvetia * avtec sa face noire comme du charbon , ornée de t-ubis et de saphirs.
Pendant que les châsses et les églises se décorent, l'extérieur des boutiques offre les préparatifs les plus tentateurs et les mieux appropriés à la fête. Long-temps avant la fin du jeûne des Avens > les boutiques des iriarchands de volailles, des bouchers et surtout «elles dea piteticàroli ( magasins contenant les comestibles qui conviennent le mieux au pa*lais et à la bourse des Romains) prennent l'aspect le plus engageant; elles viennent aiguiser par la vue un appétit qui n'est déjà que trop bien disposé .à ces excès que l'Église permet alors au fcèlè de la dévotion et à la chaleur de l'estomac dans tous les pays chrétiens*
Les boutiques de ces pit&tcàtùU sont à latête de tous lêà sititels à la gloutonnerie établis par l'Eglise, sans en excépfefièa boutiques des gâteaux des rèià à Londres. Là, l'immortel pudding de Bolognéfïivalîàe avec le saumon mâtiné , et le thon savoureux dé Corse ; et l'Imagination suit en riant les dessins raphaèlesques formés par dés guirlandes de saucissons
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arrangées ayec gqût autour des saints et des madones qui servent à dçux fins , et sont en *mf me temps l'enseigne et l'objet de l'adoration de içurs pieux propriétaires.
Les buzzolari ou confiseurs montrent leur goût et leur piété en offrant dç$ moyens de §alut plus dou* encore. On peut voir à travers leurs brillantes fenêtres totu te Farm.ee de$ martyrs miraculeusement sauvée dans du sucre; et les ou^e mille viçrges çççservées à l'eau-de-vie. Là le rigide saint Thomajs d'Aquin
fond daçs la bouche; le* tentations, de saint Antoine sqx$ de facile digestion, et saint Athauape avec son crçdo poijrrait être avalé sans aucune difficulté dans une gioabiette dorée, par le disputeur 1^ plus sceptique» Tous les genres de comipejrcç contribuent à la solennité 4e la s#mainç de Noël ; et lç barbier même, si souvent obligé de fermer sa boutique dans d'autres saisons, préparc sa chaise et son bassin dans l'attente dune récolte annuelle.
Enfin , l'heure de l'attaque arrive , annoncée comme toutes lç$ autrçs attaques pap le bruit des taï#}x>nr$ et de l'artillerie. Les canons de Sai#£- Angç , que 4^ papçs belliqueux* ont si souvent dirigés contre leur troupeau rebelle , anqoupent tç.spir qui précèdç Noël le cornmencemsnt ckU, fê}^ I,es écboa du Capitole
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et du Palatin répètent les sons imposans; les boutiques se ferment, on déserte les salons , et chacun se retire pour prendre le repos dont il a besoin pour avoir la force de- supporter les fatigues de la nuit. La messe de minuit et les hymnes commencent les saintes réjouissances, et les augustes cérémonies, accomplies dans les églises du Quirinal , de Saint- Louis et de l'Ara-Cœli, sont suivies d'un bqnquet auquel le plus indigent cherche à participer.
Avec tous leurs péchés pardonnes et leur appétit satisfait, la conscience pure et l'es- «tomaç plein, les dévots tournent leurs pas vers l'église de Sainte -Marie -Majeure pour suivre la procession de la Culla ou Berceau de Jésus qu'on tire de sa châsse, et <ju'on expose pendant les fêtes de Noël à l'adoration des fidèles. Nous y arrivâmes à minuit, un peu plus tôt que la mode ne l'ordonnait, et nous vîmes une scène au-dessus de toute description.
En sortant de l'obscurité des rues, ce tempie surpassant probablement en beauté l'ancien temple de Junon-Lucine sur l'emplacement* duquel on dit qu'il est construit, ses trois vastes nefs,, illuminées briHamment et soutenues par des colonnes ioniennes de mar-
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bre blanc , offraient un spectacle magnifique. Mille cierges dessinaient leurs formes et contrastaient leurs ombres ; quelques - uns sortaient de flambeaux dorés sur les autels des chapelles latérales , et autour des statues des papes qui , dans tout l'appareil de la grandeur humaine, sont vues dans un jour qui ajoute encore à l'effet de leurs proportions gigantesques. Les draperies cramoisi et or ombrageaient le pavé de marbre dans les intervalles des colonnes (i) qu'elles décoraient.
Au milieu de cette magnificence ecclésiastique, on voyait errer ou se reposer une population, «dont les visages pâles et amaigris portaient les marques de la plus profonde misère. Les montagnards à la mine hagarde, les laboureurs , qui avaient abandonné leur cabine de paille dans la campagne, pour jouir de ces saturnales, en dormant sur. ces marbres prépieux, étaient mêlés avec toute la mendicité de la ville , mettant pour une nuit sous l'abri d'un toit , leur tête accoutumée à braver les injures de l'air sous des portiques ouverts. Plusieurs dé ces groupes d'aspect formidable étaient assis à terre , se rapprochant les uns des autres pour se garantir du froid; et quand
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(i) Ces colonnes appartenaient au temple de Junon.