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un trésor de l’art. 4 la restauration du pape, cette académie a été une seconde fois détruite, et si elle a été réinstituée et maintenue, on le doit aux soins et à la libéralité du marquis Canova, qui a non-seulement obtenu de S. S. la permission de rouvrir l’académie , mais assigné une partie des revenus de son marquisat d'Lschia pour le soutien de cette institution. ( i )
L’Église a ses’ fictions aussi-bien que la loi; par une de ces équivoques singulières, le gouvernement papal est censé croire que la ville ne contient pas un seul théâtre : ils sont, en conséquence, bâtis en bois, au grand danger de la vie des spectateurs et de la propriété des directeurs, parce qu'ils peuvent être regardés , d’après cela, comme temporaires. Le trésor public, tire cependant d’assez amples sommes de ces tabernacles profanes , et les dames étrangères qui résident à Rome ont grand soin de ne pas recevoir les jours d’opéra, dans la crainte de déplaire au gouvernement, en déto -.•ruant les compagnies des spectacles. Anciennement les rôles de femmes étaient joués
(i) Outre ces académies, on a encore V Académie française , ou conservatoire des jeunes artistes, à la villa Medici ; et des conservatoires semblables pour les élèves d’Autriche et de Naples.
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par de jeunes garçons; mais maintenant les troupes des théâtres romains sont composées comme celles des autres capitales.
Les théâtres romains n’existant que par une tolérance conditionnelle, sont, en conséquence, obscurs, mal tenus, et misérables dans leurs décorations (i); mais ce qui est pis encore, c’est qu’ils sont tellement révoltans par la malpropreté, les détails de leurs arrangemens sont si dégoûtans, qu’il serait impossible d’en citer les particularités ; il suffit de dire que les corridors de X Argentine) sont des exemples de la saleté des habitudes romaines, trop marqués pour qu’ils puissent être décrits ici. C’est dans cet unmondezzaio qu’on aperçoit, de la manière la plus incontestable, l'étroite connexion qui existe jentre la pureté morale et la pureté physique, et qu’on apprend que des esclaves entourés des plus belles productions des arts, ne sont pas plus éloignés de l’animalité brutale que ceux qui vivent sous l’oppression des despotismes les plus grossiers et les plus bar-
(i) Le théâtre d’Alibert, qui, comme son nom l’indique, a été construit par un Français, est intérieurement spacieux, élégant et noble, quoiqu’il soit comme les autres, bâti en bois. Mais par des raisons qui ne me sont pas connues, on ne se sert de cette salle que pour les bals masqués en carnaval.
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bares. La propreté et les soins de convenance ont été introduits depuis la révolution, nonseulement en France, mais dans tous les pays où les Français se sont établis; cependant les effets de leur influence, sous ce rapport, sont moins visibles à Rome que dans tous les autres états qui ont été soumis à leurs armes.
L’état vraiment révoltant où se trouve ce théâtre, quoique supporté fort patiemment par les princes et par le peuple, a inspiré de la honte et du dégoût aux citadini, qui ont adressé des pétitions au gouvernement, pour obtenir la permission de réparer et nettoyer ce malheureux édifice, et d’élever un portique devant son entrée. La réponse qu ils ont reçue était laconique; on leur a dit que Rome était pour les églises, et non pour les théâtre^, et que le pape ne reconnaissait point ces sortes d’établissemens.
L’opéra de Rome est assez bien entretenu; David était le premier acteur, et la belle Dardanelli la prima dona. La seule pièce qu’on joua pendant notre séjour était YOtello de Rossini, opéra tellement goûté, qu’on n’avait pas besoin de penser à en monter un autre; mais quand les passifs Romains eussent été disposés à demander un changement ou à murmurer quelques mots de désapprobation, ces mar-
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ques d'indépendance, même en fait de critique musicale, auraient été récompensées par le cavaleto, dont la discipline est mise en usage quand un des spectateurs s’avise de siffler, en contravention à l’ordre exprès de ne donner au spectacle aucun signe d'improbation, (t)
I-e théâtre Valle est un édifice petit", bas et malpropre; il est cependant très suivi, à cause de ses excellens opéras-comiques, et de ses comédies, qui sont nombreuses, et jouées par des acteurs dont le comique, un peu plus fort que la mode ne l’admettrait sur la scène de
(0 Au preuner murmure, le délinquant est saisi par la police ou les gardes, dont la salle est remplie ( car le gouvernement le plus militaire de l’Europe est celui du pape), et on le conduit sur la place Navone, où il est place sur une espèce d’échafaud , et fouetté; on le ra-
rr enSUile.à Sa p,ace dans Ia sal,e> P°ur jouir du reste e °Pera , s il est disposé à y prendre plaisir. Le i3 janvier 1820, le rétablissement de cette peine, dans toute sa vigueur, a été prôné dans les Nolizie del giorno One diront à cela les O’ P’s de Londres? Au reste , les Anglais qui ont contribué au rétablissement de l’inquisition , ont aussi leur part dans celle du cavaleto. Dans les théâtres de Copenhague , on accorde dix minutes au public pour exprimer son mécontentement, à la première représentaüon d’une pièce ; ce temps écoulé , le tambour bat trois
5 > et quoique ose siffler après cela, est puni comme perturbateur du repos de l’assemblée.
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Paris ou de Londres, n’est pas dépourvu de naturel, de touches qui, quoique grossières, peignent les passions humaines. La prima donna Monbelli est une charmante actrice et une excellente cantatrice; et ses manières nobles, et sa conduite respectable , la font admettre avec empressement dans tous les salons de Rome. Nous l’entendions toujours , aux concerts des vendredis , chez la princesse Borghèse, et toujours avec le meme plaisir.
Une affiche collée sur le tronc brisé de Pasquin nous séduisit par son programme, et nous engagea à visiter le teatro délia P ace , fréquenté exclusivement par le peuple, et dans la salle enfumée duquel nous sommes peutêtre les seuls Anglais qui aient pénétré. L affiche promettait pour le soir Moïse , qu on assurait être cosa sagra e stupenda, et une farce a morire da ridere ( à faire mourir de rire ). Je crois que notre loge nous coûta deux paoli , et avec quelques baiocclii nous fîmes placer notre domestique dans le parterre. Pour ce prix modique, nous vîmes les Juifs nourris par la manne dans le désert, un intermède fort bien joué, et une farce qui remplissait parfaitement la promesse de l’annonce; car Polichinelle était le héros très-comique de la pièce , et dans quelques-unes des scènes il tournait en ridicule
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les académies. La gravité parfaite avec laquelle Polichinelle prenait place au milieu du cercle poétiqùe, son habit extravagant, sa vivacité à saisir chaque moment de silence avec un adesso tocca a me (c’est mon tour à présent) , pour lire une canzone dont la longueur était «ne contre-partie du dialogue de Leporello; tout cela était d’une bouffonnerie vraiment irrésistible; mais ceux qui en avaient vu l’original, qui avaient été témoins de la gravité emphatique avec laquelle les lecteurs de sonnets académiques débitent leurs suites de platitudes, pouvaient seuls en concevoir l’extrême plaisanterie. La partie la plus curieuse du spectacle était l’assemblée, composé de ce qui serait appelé par les journaux du gouvernement anglais, des misérables, le rebut, l’écume de la société, le peuple. Toutes les loges étaient pleines, et chaque groupe était un tableau digne de Wouvermans ou de Teniers. Les truster erini étaient nombreux, et aussi remarquables par leurs habits que par leurs visages bruns et hardis, et leurs beaux traits. Parmi les femmes, on distinguait les différens costumes des divers quartiers de Rome, et leurs ligures mobiles exprimant la joie, et leurs vives et bruyantes démonstrations d’approbation et de plaisir étaient encore plus remarquables.
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Elles applaudissaient et criaient leurs bravo et bravissimo mêlés de gran bella cosa , cosa superba , cosa stupenda ! Cependant on voyait régner la plus aimable familiarité entre les acteurs et les spectateurs qui se trouvaient le plus près du théâtre. Le souffleur, avançant la tête sur la rampe , causait avec les jeunes filles du parterre ; le violoncelle coquetait dans les loges avec une belle trasteverina; et une dame placée dans la loge, sur le théâtre, soufflait la bougie de l’allumeur aussi souvent qu’il essayait de l’allumer, au grand amusement de l’auditoire, qui applaudit avec transport à sa dextérité. Par une économie très-généralement adoptée à Rome dans toutes les classes, les musiciens , après avoir fini de jouer dans les entractes, éteignaient leurs bougies, les mettaient dans leurs poches, et se joignaient aux auditeurs. Mais, pour l’honneur du théâtre de la Paix, il est bon d’avouer que cet usage économique est admis dans plusieurs théâtres du second ordre en Italie.
A la fin du spectacle, l’acteur favori vint annoncer une représentation à son bénéfice; et jamais Cicéron ou Démosthène n’ont mis dans leurs harangues plus d’adresse pour ménager les préj ugés de leur auditoire. Il chercha d abord à exciter leur sensibilité, et il s’étendit assez
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longuement sur leurs dispositions à la charité fondées sur la religion ; de là , il passa par une transition de maître à sa réputation comme acteur , et il termina sa péripétie par une analyse de la pièce qu’il avait choisie pour sa représentation. Les détails qu’il en donna étaient d’une exactitude qui aurait fait honneur aux plus célèbres critiques périodiques, s’ils avaient été dirigés vers le blâme, au lieu de tendre à la louange. Dans tout son discours très -étudié, il faisait de fréquentes allusions à la dignité et à l’importance de questci città cintichissirna j capo del mondo , et aux vertus héroïques des anciens Romains, dont il parlait avec une telle onction que nous restâmes presque convaincus que i nobili Romani étaient le seul peuple existant maintenant, qui eût un pays à vanter et du patriotisme pour l’aimer et le défendre.
Les théâtres de marionnettes à Rome sont excellens et constamment suivis. Celui de la Palicoj'da était particulièrement en vogue, à cause de l’esprit satirique d’un nouveau caractère qu’on appelle cassandrino , qui, dans le personnage d’un digne gentilhomme , lance des sarcasmes contre le gouvernement que lui seul peut se risquer à proférer.
ESSAIS
CïIAPITRE XX.
Essais historiques. — Fondation du gouvernement ecclésiastique. — Grégoire m. — Barons ecclésiastiques. — Grégoire vu et la comtesse Matilde. — Chute progressive de la tyrannie papale. — Evénemens de la révolution. — Restauration et situation actuelle de l’Église. — Opposition à l’autorité papale à Rome. — Antipapes. — Cola di Rienzi. — Révolution. — Mort de Rasseville. — Société. — Princes , cardinaux , prélats , laquais. — Presse. — Littérature. — Caractères littéraires.
Quand l’empereur Tibère eut ôté aux Romains le droit d’élire et de déposer les magistrats ; quand ses barbares successeurs rompirent ce corps de naturalisation universelle, auquel tous les talens du monde connu venaient se réunir, Rome devenant le siège d’une tyrannie sanguinaire, cessa d’ètre un objet d’ambition pour les états qui en dépendaient. Chaque cité, en se séparant de l’empire, forma en
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elle-même un gouvernement civique, et imita dans son administration intérieure les institutions de Rome sous la république, jusqu’à ce qu’enfin, vers le milieu du cinquième siècle, le nom même de l’empire s’évanouit, et cette ville à laquelle l’épithète d 'éternelle a été si souvent donnée, fut livrée à la ruine et à la désolation pendant les conquêtes successives d’Alaric, d’Attila et d’Odoacre. Dans le milieu du sixième siècle , les lois et le dialecte des Lombards succédèrent aux institutions et à la langue des Romains. C’est alors que le gouvernement ecclésiastique de Rome commença à prendre une existence palpable. Alors commença la puissance des évêques, et 1 influence, la domination de la hiérarchie de l’Église. Les ténèbres profondes de ces temps favorisaient toutes les illusions. On n avait encore rien recouvré des trésors intellectuels de l’antiquité perdus dans les irruptions des barbares; et l’anarchie, qui prédominait dans ce temps , est sans parallèle à aucune autre époque de l’histoire (i). Le pouvoir sacerdotal
( r ) Tout ce quel’ histoire a conserve sur les temps féodaux qui ont précédé en Italie la formation des républiques, offre l’aspect terrible d’une société désorganisée. Le peuple était esclave et abruti; les premières classes vivaient
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cîes augures romains était soumis à l’autorité ci vile; ils étaient personnelle ment responsables
dans une guerre continuelle entre elles; et les papes et les princes, tant réguliers que séculiers, se poignardaient, s’étranglaient, s’aveuglaient, se torturaient les uns les autres dans les courts intervalles de paix. Les meurtres horribles commis dans la famille de l’empereur Maurice par l’empereur Phocas , ont été rappelés avec approbation par Grégoire vn , qui (selon un historien impartial) parlait des felicissimi lempi del regno di Foca. Plusieurs des premiers papes montèrent sur le trône à la manière des sultans , en assassinant leurs prédécesseurs. Benoît vi a été étranglé par son successeur. Les assassinats de Benoît ix l’obligèrent à abdiquer. Les crimes qui se commettaient dans les couvens ont été franchement relatés par les historiens italiens anciens et modernes, tels que Muratori et Pignolti. Parmi des milliers d’anecdotes sur les atrocités monastiques, on peut citer celle d’un jeune abbé qui fit arracher les yeux à quatre de ses moines qui avaient voulu résister àson despotisme (*).• Dans le même temps les princes féodaux, et en France , et en Italie, commettaient toute espèce de violences, vivant de pillage et régnant par le meurtre , ils vendaient leurs prisonniers de guerre comme des esclaves. Il n’y avait aucune loi écrite : l’épreuve appelée le jugement de Dieu était le seul témoignage d’innocence reçu, et la malheureuse princesse accusée qui ne pouvait pas souffrir sans se plaindre d’être brûlée ou échaudée, était déclarée coupable et condamnée à mort. Le sang était répandu avec une telle activité , que pour empêcher une (*) Pignotti.
devant la loi pour leurs transgressions comme les autres citoyens ; et les prêtres chrétiens , qu i les remplacèrent à la conversion de Constantin, dépendaient également des municipalités. Mais bientôt la doctrine qui enseigne que le royaume de Christ n’est pas de ce monde , se perdit dans une masse de corruption. La puissance ecclésiastique , accrue par l’ignorance où la société était plongée , fut encore augmentée par la distance ou se trouvait le siège romain ou centre du gouvernement, par la jalousie avec laquelle les prêtres gardèrent le peu de connaissances auxquelles on pouvait atteindre (i), et par les hérésies qui divisèrent 1É-
dépopulation totale on établit la trêve de Dieu , qui défendait tout combat depuis un jeudi jusqu’au lundi suivant. lels étaient les résultats de cette ignorance , encore protégée par les héritiers des princes féodaux de ces bons vieux temps.
(i) Un laïque qui aurait eu la prétention de savoir lire, aurait passé pour un pédagogue indigne de porter une epée. Les rois faisaient une croix au bas des traités écrits par les moines, parce qu’ils ne savaient pas écrire. Dans le neuvième siècle le comte palatin , juge suprême de 1 empire , ne pouvait pas signer son nom ; et l’orthographe des nobles féodaux de France a été le sujet des plaisanteries, jusqu’au temps du galant Richelieu , dont les billets doux ont déconcerté la gravité d’un tribunal. Le clergé inférieur était maintenu dans une profonde
glise et détruisirent l’influence du vrai christianisme. Alors tous les âges et tous les sexes se plongèrent dans des analyses polémiques de mystères qui sont hors des limites de la raison humaine (i) : on prit les armes pour
ignorance; et Grégoire n se plaint par ses légats de 1 ignorance du concile œcuménique , qui était telle que ses membres non-seulement n’étaient pas instruits dans les lettres , mais ne connaissaient point les écritures. Le mauvais latin du pape Adrien 11 , et de son secrétaire , a été la dérision des savans de différens siècles ( voyez Mabillon). Jusqu’au sixième siècle la guerre a été ouvertement déclarée à l’instruction des laïques; et le pape Zacharie, à l’instigation de l’évêque de Magonza, fit dépouiller de sa robe un moine nomme Yirgilio , pour avoir soutenu la doctrine des antipodes, qui, quoique maintenue par Cicéron et Macrobe , avait été déclarée hérétique et blasphématoire par saint Augustin. On défendit au peuple , sous peine de prison et d’amende , de croire à la doctrine des antipodes , et cette défense fut très-religieusement observée. Tels sont les temps dont les institutions doivent être ravivées pour compléter l’ordre social de notre siècle.
(i) Les histoires de ce temps sont pleines d’anecdotes curieuses sur ce sujet. La théologie scolastique était si fort à la mode dans les cours des empereurs , que Justinien avait des disputes perpétuelles avec sa femme f liéodora (qu’il avait- élevée du théâtre sur le trône), sur la validité d’un concile, la- divinité du verbe, et ies deux natures et les deux volontés du Christ. On vit souvent des
soutenir les dogmes, des nations hérétiques furent converties à la pointe de la lance ; et les non-conformistes baptisés dans le sang. Alors des guerres sanglantes furent allumées contre les sectes des samaritains, des juifs et des chrétiens; et l’épée, une fois tirée dans cette cause, ne rentra plus dans le fourreau (1). À ces horreurs sacrées du Bas-Empire succédèrent les croisades , les dragonnades contre les
généraux entreprendre un siège , ou saccager une ville , pour recouvrer une relique ou rétablir une châsse. À la prise de Constantinople on trouva l’empereur Jean , et l’impératrice Anne , débattant dans leur conseil les attaques qu’ils méditaient contre les ennemis des moines ; et quand Mahomet 11 et son armée victorieuse étaient auit portes de la ville , tout le peuple était occupé à combattre dans un concile.
(1) Voltaire a calculé que, dans les guerres appelées religieuses, il a péri sept cent dix-huit mille huit cents personnes. Les persécutions de l’Église étaient aussi terribles dans les punitions qu’elles infligeaient que dans leur esprit. Le fanatisme torturant les écritures pour les faire servir à son but, laissa de côté la divine miséricorde du nouveau Testament, et chercha à sanctionner ses actes par 1 exemple des guerriers israélites. Les croisés citaient et prêchaient le sort de Piabbah , et la manière dont le roi David faisait la guerre aux idolâtres. Le peuple ignorant ne comprenait pas l’absurdité de persécuter line nation dont les exemples étaient regardés comme des lois.
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protestans de France, les lois pénales contre les catholiques d’Irlande, et la persécution des juifs en Allemagne.
Bélisaire et Narsès furent les derniers gouverneurs militaires de l’empire grec qui exercèrent aucune autorité à Rome ; et l’habitude, plutôt que la puissance, y maintenait l’ombre d’une domination étrangère, quand, au commencement du huitième siècle, la fameuse dispute qui fît donner à Léon l’Isaurien le surnom d’iconoclaste ( destructeur d’images ) donna une existence visible, et développa la véritable influence de ce corps qui, depuis si long-temps, minait secrètement et efficacement le trône des Césars. L’empereur grec ordonna la destruction dçs images dans toutes les églises, sous prétexte qu’elles favorisaient l’idolâtrie. Les prêtres et le peuple leur esclave s’opposèrent ouvertement à ce décret; et le pontife de Rome, aidé par son troupeau fanatique, et par la distance du pouvoir suprême, bannit l’agent chargé de cette intervention impériale dans leur Église, et secoua pour jamais le joug d’un maître étranger et d’un sénat dégénéré; mais le peuple, incapable et indigne de se servir de cette chance d’indépendance, ne fit que changer de despotes, et au lieu de recouvrer sa liberté, et de rétablir les
anciennes formes du gouvernement républicain, il remit ses destinées dans les mains des prêtres, et choisit pour chef l’évêque de Rome. Ainsi un de ces hasards qui déjouent les calculs de probabilités, réalisa pour Grégoire m les visions qui avaient si long-temps flatté l’imagination et nourri l’ambition de ses prédécesseurs. Les donations temporelles des souverains contribuèrent à élever le pouvoir spirituel du vicaire de Dieu sur la terre (i); et quand tous les
(i) Les pêcheurs couronnés ont souvent donné un royaume à un pape en expiation de leurs fautes. Sous le roi Jean, l’Angleterre devint un fief de Rome; et Innocent iv apjîelle le roi d’Angleterre notre esclave. Voyez Matthieu Paris.
Les prêtres s’appuyant sur l’autorité des écritures pour soutenir l’elïicace des offrandes à l’Église, démontraient que tous les trésors pris par David sur les Püilistins, les vases d’or, d’argent et d’airain , furent tous consacrés à Dieu : ils consentirent à remettre les péchés à tout prix, depuis une oie jusqu’à un royaume ; et l’on offrit nonseulement à saint Pierre , mais à tous les saints du calendrier (dont chacun avait son objet de protection spéciale), des villes , des villages , des chiens , des cochons , etc. etc. Saint Antoine était le patron des animaux, et en lui offrant une vache , on sauvait fréquemment un troupeau entier. Saint Hubert était invoqué avec succès contre la morsure des chiens enragés; la Madonna incoronala de l oggia s’enrichit par la protection qu’elle accordait aux moutons, aux cochons et aux dindons, protection qui
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crimes trouvaient des acheteurs , depuis le péché véniel, dont on se procurait l’absolution pour une petite médaille d’argent, jusqu’à l’iniquité mortelle rachetée au prix d’un royaume (1) , des sources de bien et de puissance s’ouvrirent pour le chef de l’Église , qui ne commencèrent à se tarir un peu qu après plusieurs siècles.
La puissance des évêques et leur influence sur le peuple avaient précédé de beaucoup celles des papes ; et long-temps après que celles-ci furent établies, les premières contribuèrent à les traverser, et à s’opposer à leurs
lui était payée en dons analogues^ c’était en effet Notre- Dame de la Lardoire. Ce qui était dans l’origine offert volontairement pour se rendre le ciel propice, devint avec le temps un tribut. Tel était le denier de Pierre, en Angleterre, que Grégoire vu réclama de Guillaume le Conquérant. Le denier fut paye par le peuple , mais le roi refusa de prêter le serment dont l’envoyé du pape voulait qu’il fût accompagné. Si la nation anglaise ne paye plus de tribut au pape , ce n’est pas la faute de ceux qui regardent l’ignorance du peuple comme un dogme fondamental.
(1) La plupart des anciens domaines ecclesiastiques étaient tenus en Italie par droit de donations qui existent encore, et qui commencent toutes ainsi : « Je donne et lègue comme un prix pour le rachat de mes péchés et la rédemption de mon âme, etc. etc. >>
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progrès. Les archevêques de Milan disposèrent souvent de la couronne de Lombardie. D’autres évêques prirent les armes contre l’empereur leur seigneur féodal ; et presque tous les ministres légats et ambassadeurs des diverses cours avaient un crédit égal sur les princes barbares dont ils conduisaient les conseils , et sur les sujets par lesquels ils étaient considérés comme la loi et les prophètes : prélats, hommes d’état et guerriers, suivant les besoins du moment, ils célébraient alternativement un mystère , dictaient une loi, ou ceignaient une épée, quittant la mitre pour le casque , et l’autel pour le champ de bataille. Dans l’intérieur , ils encourageaient l’art de l’architecture militaire, élevaient des citadelles, fortifiaient leurs villes épiscopales, et adoptant le système féodal de leurs envahisseurs , ils changeaient leurs diocèses en seigneuries , et régnaient par une juridiction baroniale avec toutes ses conséquences de vasselage.
Le triple pouvoir, ainsi acquis par les membres du clergé, dérivait de la possession exclusive qu’ils avaient du peu de connaissances qui existât alors. Les connaissances, quand elles sont bornées à un petit nombre , produisent la tyrannie et l’oppression , avec tout les crimes et tous les maux qui les accompagnent;
et quand, elles sont généralement répandues, elles donnent naissance à l’indépendance politique et sociale, avec toutes ses heureuses conséquences. Pendant un certain temps , tous les fiefs de Naples étaient possédés par ses évêques , ses moines et ses abbés ; Modène , Reggio et Parme ne pouvaient rivaliser en pouvoir temporel avec leurs évêques ; et même long-temps après que l’étoile papale eut pris l’ascendant, les évêques étaient encore si puissans que les rois et les empereurs, dans leurs guerres avec les papes , recherchaient l’assistance des barons ecclésiastiques, et les riches donations par lesquelles ils les récompensaient de leurs secours, augmentèrent leur influence spirituelle en accroissant leurs biens temporels. Après des siècles de pouvoir non disputé , sur
des nations barbares et ignorantes, ces prêtres souverains étaient destinés à voir dans le onzième siècle leur puissance attaquée dans son centre ; et à se prosterner, avec le représentant des Césars, aux pieds du fils d’un charpentier toscan, qui sortit de l’atelier grossier de son père pour devenir l’arbitre des rois et des empereurs, et le véritable fondateur de la grandeur papale. C’était l’impérieux despote , le politique habile , l’ambitieux moine de Clugny, le pape Grégoire vu, ce fauteur de la
rébellion dans tous les états de l’Europe, et le premierpontifequi aitconçu l’idéedela monarchie universelle. Les papes, qui avaient si longtemps affirmé qu’ils gouvernaient par l’inspiration du Saint-Esprit , et qui étaient les chefs suprêmes de l'Église, avaient toujours pour eux l’opinion publique; et depuis le temps de Grégoire vii jusqu’au seizième . siècle , toute la politique européenne a été en leur faveur.
Le pape Nicolas n, a le premier, troublé le repos domestique des ecclésiastiques qui, jusqu à la moitié du onzième siècle, étaient mariés; mais il était réservé à l’amant de la comtesse Mathilde, à Grégoire vu, dont la passion illicite pour cette belle et puissante despote avait causé tant de scandale, de porter le dernier coup à la liberté naturelle du clergé, en lui interdisant le mariage. L’étendue du pouvoir de ce pontife et le déclin de celui des évêques ne saurait être mieux prouvé que par la facilité qu’il a eue de déposséder par son concile de Rome, en 1075, tous les prélats mariés ou vivant en concubinage ( les concubi ■ noires , comme les appelle Moréri), et tous ceux qui avaient été installés par des souverains séculiers (1). A cette occasion, il déposa
(i) Cet acte despotique de Grégoire vu a été la source III. 2$
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les évêques de Bremen , de Saltzbourg, de Bamberg, de Strasbourg, et plusieurs autres prélats, dont le pouvoir temporel et spirituel n’avait jamais été contesté. Jusque-là les pontifes romains n’avaient exercé leur adresse qu’en couronnant et en sacrant les rois , en leur conférant ce droit divin auquel les vues étroites des princes barbares se prêtaient volontairement (i) ; mais il était réservé à Gré-
de la démoralisation qui se fait encore sentir dans les pays catholiques. Le clergé, à qui le mariage était défendu, adopta d’abord une coutume conservée dans le nouveau code lombard ; c’était ce qu’on nommait semi-malrimonio , l’union d’un homme et d’une femme libre régularisée par les lois civiles. Les conciles tonnèrent contre le demi-mariage comme ils l’avaient fait contre le mariage entier; et les prêtres, privés même de leurs demi-femmes, se vengèrent en portant le désordre dans les familles de leur troupeau. Les tribunaux ecclésiastiques retentissaient d’accusations contre les prêtres ; et c’est peut-être alors que commença cette licence des ordres religieux, qui attira ensuite les satires de Boccace et de tous ceux qui osaient dénoncer de tels abus à l’opinion publique. Les canons de l’Église primitive pourvoyaient à l’existence des femmes de ses ministres.
( î ) Ce droit était , comme le reste , fondé sur l’autorité de l’ancien Testament. Les prophètes de la hiérarchie juive, agissant d’après l’inspiration immédiate du ciel , nommaient des rois, les élus du Dieu des armées . Les
goire vu de pouvoir non-seulement donner des couronnes, mais les ôter; non-seulement conférer le droit divin pour régner, mais l’annuler. Alors arriva l’instant mémorable où
pontifes , comme les représentans des apôtres et les successeurs des prophètes, s’arrogèrent à la première occasion le pouvoir de donner l’investiture royale. Constantin, le premier empereur chrétien , désira s’attribuer ce droit divin pour régner sur des nations conquises ; mais comme )1 avait été souverain avant d’être chrétien , il y avait un obstacle a vaincre, et il déclara que la Divinité ellemême avait signalé son élection par l’apparition d’une croix dans les deux. Comme il faisait cette déclaration à la tète d’une armée victorieuse, personne n’éleva le moindre doute sur le fait, pas même les pontifes. D’autres princes aussi envieux que Constantin de se donner l’avantage du droit divin , mais qui ne pouvaient pas faire paraître une croix dans les deux, recoururent à la consécration des évêques ou des papes, pour les. confirmer dans leurs royaumes conquis; et comme le peuple était persuadé que les pontifes étaient les dépositaires de la volonté divine , il révérait bien plus un souverain consacre par la sainte onction. La grande source du pouvoir des papes était de convertir les royaumes en fiefs du saint-siège. A une certaine époque, tous les rois de l’Europe, et celui de Jérusalem, étaient réduits à cet état d’esclavage; et les papes les traitant en conséquence, affectaient la dignité du sénat romain, créaient et dépossédaient des monarques suivant les seules suggestions de leur intérêt ou de leur caprice.
ESSAIS
l’Église et l’Etat , divisés par leurs intérêts respectifs (1), combattirent violemment pour la
(j) Grégoire vu ayant détrôné l’empereur Henri 11 , envoya sa couronne à Rodolphe duc de Souabe. Frédéric Ier, empereur d’Allemagne, voyant le danger tierce droit divin entre les mains des papes, envoya la couronne de sa propre autorité à plusieurs princes de l’empire. Alors l’Église rassembla ses conciles et ouvrit ses discussions j alors s’éleva entre les docteurs la question célèbre sur l’autorité des papes ou des empereurs , pour créer des rois : la décision fut comme cela devait être, que les rois venaient de Dieu, comme dans le temps de David et de Salomon , les deux parties oubliant également que le seul droit par lequel ils régnent est celui de la force brutale, qui s’appelle droit de conquête , ou la libre volonté du peuple. Telles sont du moins les puissances qui semblent avoir été reconnues par le divin fondateur du christianisme , en opposition avec les doctrines judaïques; car il disait : rendez à César ce qui est à César. César n’avait cependant pas de droit divin , son autorité était usurpée dans tous les sens. Il est curieux de lire la cérémonie du couronnement et du sacie de Charles 11 , faite par les évêques protestans (*). Elle est strictement judaïque et catholique romaine, et aurait pu convenir aussi-bien à Jérusalem ou a Saint-Pieiie de Rome, qu’à l’abbàye de Westminster à Londres. On peut
(*) Tous les couronnemens de ses successeurs sont aussi curieux; mais une pompe semblable empruntée des temps les plus pervers de la puissance papale . est au-dessous du souverain d un peuple hbi e , titre bien plus glorieux que ceux qui peuvent être conférés par les papes catholiques ou protestans , les Grégoire ou les Cantoibery.
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suprématie ; et avant que la querelle ait été décidée entre le dogme et l’épée, le sainj-siége et l’empire, des millions d’hommes ont été sacrifiés, et la civilisation a été retardée pour des siècles. La lutte continua pendant cinq cents ans; alors les pontifes, appauvris par leurs expéditions extravagantes ou leurs folles dépenses privées , servirent alternativement 1 ambition de la France ou de l’Allemagne, jusqu au temps où Charles-Quint compta le sceptre de saint Pierre parmi ceux qui étaient tributaires du sien. Alors l’imprimerie existait, la réforme était commencée , le premier coup était porté, le charme perdait sa force, et l’Italie était aussi disposée que le Nord à 1 admission des vérités dont les progrès des
dire à cela que Charles n était un papiste , et que dans ce moment meme le roi de France lui faisait une pension de deux cent mille livres pour l’aider à exterminer le protestantisme, ce qu il tachait de faire en effet; mais le bon peuple anglais ne s’en dôutait pas , il croyait avoir un roi protestant. On peut voir, à l’égard de la duplicité de ce prince et de son frère sur ce point , un ouvrage nouvéllement publié , intitulé Mémoires de Jacques n, par lui-meme. Les Whigs d’Angleterre devraient élever des statues aux éditeurs de cet ouvrage, Father Innés, et le docteur Clarke , bibliothécaire royal ; car ce livre justifie tout ce qui a été dit ou fait contre les Stuarts.
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lumières amenaient nécessairement la connaissance ; mais les rois se coalisèrent pour arrêter ces progrès.
L’inquisition devint puissante en Espagne sous Philippe n, et les livres et leurs auteurs étaient brûlés ensemble dans tous les domaines du pape et des princes italiens ; cependant les lumières ainsi étouffées ne furent jamais entièrement éteintes. L’Église romaine montra peu de sagesse en adhérant avec une politique erronée à des usages qui appartenaient à d’autres temps. Le clergé et ses soutiens, les rois féodaux de l’Europe, ne voulaient admettre aucune réforme dans les anciens systèmes qui ne convenaient qu’aux siècles d’ignorance dans lesquels ils avaient été créés; ils cherchèrent tous à perpétuer avec leurs privilèges des formes et des cérémonies avec lesquelles ils les croyaient invariablement liés. Ces formes étaient méprisées depuis long -temps par les gens éclairés, et ne servaient qu’à l’amusement designoransou des superstitieux. A l’époque de la révolu lion, l’Europe catholique offrait le singulier spectacle de deux classes: l’une plongée dans la bigoterie, l’autre approchant de 1 extrémité opposée , du scepticisme et de 1 impiété. Il fallait, pour paraître de bon ton dans jes cercles élégans et philosophiques de France,
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se moquer de l’Église, de son influence, de ses croyances; tandis qu’en Italie l’Église et 1 opéra allaient de pair. Les hautes classes y recouraient également pour s’aider à supporter 1 ennui de leur vie, dévouée par leurs institutions politiques à l’oisiveté la plus funeste.
Les crimes des neveux des papes, et surtout leurs exactions avaient depuis long-temps contribué à réveiller le peuple sur ses intérêts. Il s opérait une révolution dans les opinions religieuses qui précéda (même en Italie) la marche des changemens politiques. La suppression des jésuites avait révélé plusieurs des corruptions de l’Église, et la suprématie réelle des papes sur tous les trônes de la chrétienté catholique. Les jansénistes, protégés par l’empereur Joseph n (i), prêchaient ouvertement contre le pouvoir temporel de tous les ecclésiastiques, et nièrent que le successeur de saint
(i) Quel sujet pour le pinceau d’un Raphaël ou d’un Titien , que l’entrevue du pape Pie vi, et de l’empereur Joseph ii! Le pape rappelant doucement l’exemple de Barberousse , de Frédéric , de Henri , qui baissèrent leurs cous pour recevoir le pied du pape, et tinrent la bride de son palefroi; l’empereur s’indignant à l’idée de la dégradation de ses prédécesseurs , et déclarant que l’Église ne regagnerait, son influence que quand les prêtres reviendraient h la simplicité des apôtres.
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Pierre eût aucun droit à gouverner comme souverain temporel. La cour la plus catholique d’Italie, secouant ce joug du saint-siège, refusa son tribut de vasselage , et la blanche haquenée ne traversa plus les marais pontins pour aller prendre sa place aux râteliers sacrés du Vatican. '
Dès l’année 1 7 68, lesNapolitains, qui avaient toujours supporté impatiemment le joug du pape , se mirent ouvertement en guerre avec I Eglise romaine. Les chaires de leur université étaient remplies par de jeunes et arclens orateurs qui professaient les opinions les plus hétérodoxes , et condamnaient ouvertement la bulle que Clément xm avait fulminée contre le duc de Parme. Il devint à la mode parmi les étudians de Naples de s’instruire des lois ecclésiastiques, dans le but de s’opposer aux corruptions de l’Église; et l’on écrivit dans le dix-huitième siècle des pamphlets contre le pape et son conclave qui auraien t conduit leurs auteurs au bûcher dans le seizième. Ces brochures, écrites avec la plus grande hardiesse, étaient dévorées par le public, et les écrits hérétiques du marquis Spiritti et d’Andrea Serrao se trouvaient dans presque toutes les maisons italiennes, quoiqu’ils fussent prohibés.
La révolution qui renversa les états, entraîna dans leur chute leur ancienne alliée, l’Église. Le fameux concordat par lequel François icr et Léon x se donnèrent réciproquement ce qui ne leur appartenait pas (le pape usurpant les droits de l’Église, et le roi ceux de la nation), ce fameux concordat fut réduit en poudre par les révolutionnaires, contempteurs de tous les traités entre les papes et les rois; et le catholicisme, formellement aboli en France, trembla même pour son trône de Rome, (i)
Dans le cours des événemens , le pontife , dépouillé de son pouvoir temporel , dépossédé de son influence spirituelle, se trouva prisonnier dans une terre étrangère, et la tente d’un préfet militaire fut plantée sur le site où le trône du Vatican s’était élevé au-dessus de
(i) En 1 797, le pape Pie vi envoya le marquis Massimi au directoire de France, avec une mission ostensible pour négocier quelques affaires civiles avec ce corps. La lettre du saint-père à ces hérétiques républicains , commence ainsi : Carissimis in Christo filiis noslris, civibus Directorii executivi reipublicœ Franciœ , etc., et il y ajouta même sa bénédiction. C’est dans le même temps que l’évêque d’Imola (le pape actuel) prêcha son sermon républicain , dont l’auteur de cet ouvrage a déjà fait mention dans une autre publication.
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tous les troues du monde. Mais la scène de ce grand drame devait changer bien des fois avant que la catastrophe fût amenée. Bonaparte prit la résolution de relever l’Église déchue, pour soutenir sa nouvelle dynastie. La restauration du catholicisme fut proclamée en i8ot, dans la métropole de Paris, et l’on fit un code de foi qu’on imposa par un acte législatif (i). Le chef militaire, et le pontife qui lui était soumis, signèrent un nouveau concordat. On devait donner des bénéfices, rétablir des sièges; la fortune devait encore chercher un clergé depuis long-temps appauvri , et aucune épithète ne sembla trop flatteuse, aucun éloge trop exagéré pour ce nouveau Constantin qui , ayant renversé les trônes de l’Europe , relevait celui de saint Pierre. Même les dignitaires du clergé de France émigré, qui avaient tenu des synodes à Londres pour frapper de réproba-
(i) Les nouveaux évêques acceptèrent avec acclamation un catéchisme impérial , qu’on assure avoir été dicté par Bonaparte lui-même, et (dit l’ancien évêque de Blois , dans son ouvrage sur V Église gallicane ) ce catéchisme à l’usage de toutes les églises de l’empire de t rance, avait été rédigé exprès en faveur d’un individu et de sa famille. Mais n’avons-nous pas entendu dernièrement un évêque de Londres déclarer que son roi ne pouvait faillir? César rougit! n’a-t-il pas vu Pharsale. ?
tion l’empereur et fulminer des bulles contre son usurpation (i), vinrent assister à son cou-
(i) Ce concile d'ecclésiastiques français émigrés a été tenu dans la maison de M. de D.... cx-évêque de N — , et il sortit de ce divan secrçt des bulles contre Bonaparte. Le pape lui-même a été menacé d’excommunication par un ci-devant évêque , qui déclara, dans une lettre adressée à sa sainteté, au il avait disposé de l’Eglise de France sans consulter ceux que le Saint-Esprit avait établis pour la gouverner. Cependant , les plus furieux de ces fulminateurs de bulles contre l’usurpateur, se radoucirent et consentirent à rentrer en France et à accepter des bénéfices et des évêchés sous le nouveau régime. Le plus remarquable parmi ces prêtres non implacables, était l’abbé de B.... qui , prêchant dans sa chapelle de Portman Square devant une congrégation composée de vieux gentilshommes émigrés , s’écriait avec enthousiasme , plutôt mourir que violer le pacte de la religion et de, la monarchie . Cependant, quand il lui eut été permis de revenir en France , il oublia ce pacte sous un chapeau de cardinal qu’il obtint par la faveur de l’usurpateur, qui à son retour l’avait nomfijé à l’archevêché de
T Un autre de ces docteurs fidèles était l’abbé du V —
qui avait dit dans sa défense de l’ordre social , quon place sur le trône de France celui que la loi y appelle ; lui seul n a pas besoin d’élection pour régner, il est élu depuis neuf cents ans. Ainsi prêchait cet abbé jusqu’au moment où il put retourner en France; alors oubliant l’ élection de neuf cents ans de son roi légitime, il accepta une mitre des mains de l’usurpateur. Mais l’envoyé du Très-Haut n’eut pas plutôt senti les coups de l’adversité,
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ronnement, et lui prodiguèrent les épithètes de celui qui a rouvert les temples et relevé les autels , l envoyé du Très-Haut , l’homme de la droite de Dieu ; le Constantin , le Théodose , le Charlemagne du temps. Telles étaient les formules techniques employées en l’honneur du despote , dans tous les mandemens épiscopaux, et dans le concordat même, par ces évêques qui chantaient des Te Deum à Notre-Dame et à Saint-Denis, pour les victoires de l’usurpateur sur les rois de droit divin, qui tenaient cependant leur sceptre et leur couronne de la main de l’Église de Dieu.
On a souvent entendu le dernier pape, Pie vi , dire : Je crains que l'Église n ait plus de pape quand je n’y serai plus. La bataille de Waterloo a empêché l’accomplissement de cette prophétie; et les preux du dix-neuvième siècle ont aidé à relever la barque du pêcheur (il navicello del pescatore), à replacer le pontife sur le trône des Césars. Les jours des Innocens, des Grégoires, des Urbains, des Cléments, semblèrent alors prêts à renaître ; le chef de l’Église voyait encore, en parcou¬
rue laissant de cote le catéchisme de Cyrus , on substitua au sobriquet de nouveau Charlemagne celui de despote du jour.
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rant les rues de sa capitale , une multitude prosternée qui, à son approche, baissait le front dans la poussière, par dévotion à sa sainteté, ou par crainte des épées de ses gardes (i). Le peuple romain sembla être revenu
(i) Peu de temps apres notre arrivée à Rome , un jeune noble romain sortit de la forteresse du château Saintü était incarcéré, pour epouser une dame d’un rang très-élevé, dont la famille avait obtenu sa déli— viance. Il avait ete prive de sa liberté pour avoir refusé de descendre de cheval et de s’agenouiller au milieu de la boue quand le pape passait dans les faubourgs de Rome. Il eut beau s arrêter et ôter son chapeau , cela ne suflit point. Pendant que nous étions à Rome , les gardes du pape insistèrent pour qu’une dame et un gentilhomme anglais descendissent de voiture dans une occasion semblable. Comme la dame était relevee de couches depuis peu , son mari ne voulut pas lui permettre de descendre , et un des janissaires romains le frappa de son épée. Une plainte formelle a ete adressée au pape à ce sujet; mais à 1 époque de notre départ on n’y avait pas encore fait droit. Un tel événement n’était même pas capable de scandaliser les Anglais ultra qui se trouvaient alors à Rome. KotoU à Rome appartient au système social de. la Sainte-Alliance ) c’est un tout autre individu que KotoU en Chine. Plus d’un lord tory qui se hâterait de rentier danssa patrie pour voter coutre les catholiques irlandais , taxera 1 auteur de ces pages de jacobinisme pour avoir mis au jour les systèmes des cabinets catholiques de l’étranger.
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au seizième siècle par l’effet d’une baguette magique. Le costume civil et militaire adopté pendant les vingt dernières années, a disparu, et l’on ne voit plus dans les rues que des moines et des ermites. On tient des conciles, les couvens sont rouverts, les cérémonies rétablies, et les langes de l’enfance sont immédiatement remplacés par l’habit monacal (i). La jeunesse
( i) Rien de plus triste que de voir des troupes de petits enfans pâles et maigres, habillés en moines , et conduits à quelques cérémonies par les supérieurs du couvent où ils sont consignés. On ne retrouve aucune trace de la gaîté et de la vivacité de l’enfance dans leurs regards et leurs mouvemens. Les écoles des jésuites ont été rouvertes , et à la restauration de cet ordre tous les nobles romains se sont hâtés d’envoyer leurs enfans dans les séminaires de ces pères. Les jésuites étant regardés , et par les premières, et par les dernières classes du peuple de Rome, comme les gardes prétoriennes de l’Eglise, chaque famille espère avoir un cardinal dans le conclave, ou un pape sur le trône, en plaçant ses fils dans leurs couvens. Le prince de .... , mort dernièrement à Rome , ôtait toujours son chapeau quand il passait à côté de ces bandes de petits pretres. Quand on lui demandait pourquoi il faisait cela , il répondait « l’étoffe de l’infaillibilité future est là. Quelqu’un de ces marmots peut être un jour le souverain de mes enfans j je vois déjà la vie et la mort dans leurs petites mains sales, et je tâche d’obtenir d’avance leur faveur pour ceux qui doivent me suivre. »
L Église de Rome la plus à la mode, est le superbe
est destinée à servir, non plus son pays, mais 1 Église, et l’état de la presse est modelé sur celui du dernier siècle, où l’on était obligé de faire circuler secrètement, et en manuscrit, une gazette, quand elle n’était pas exclusivement consacrée à 1 annonce des cérémonies de 1 Eglise; où les insignifiantes plaisanteries de Pasquin conduisaient leurs auteurs à l’échafaud, sous le pontificat bénin du pape Lambertini. Si tous les bons résultats de la politique révolutionnaire n’ont pas été aussi promptement annulés que les faibles lumières de la philosophie ont été éteintes (i); si les rues de
temple des jésuites, la Chie s a del Gèsu , où la châsse de saint Ignace, soutenue par des colonnes de lapis, paraît brillante au milieu des flambeaux et des offrandes précieuses. Les couvens del Gesu et de S. Andrea sont remplis; et l’on dit que cet ordre fait de grands efforts pour obtenir la conduite du Collcgio romano , établissement civil où la jeunesse de la moyenne classe est élevée. Depuis la restauration on a cherché vainement à établir à Rome le système d’instruction mutuelle , si bien reçu en Lombardie et en Toscane.
(i) Un des meilleurs actes du gouvernement français à Rome, a été la formation d’un institut. Il consistait en \ingl-quatre professeurs, parmi lesquels se trouvaient Monge et JBerthollet. A l’arrivée de Pie vu à Rome , après son exaltation, le parti ultra employa tous ses efforts pour faire supprimer cette société, et deux Italiens
Rome ne sont pas encore à minuit plongées dans les ténèbres (i); si la torture n’a pas été restaurée, et le stylet remis dans les mains d’un
furent obligés de recourir à la protection personnelle du pape, pour se défendre des persécutions qu’ils éprouvaient pour avoir été membres de cette institution. «(Comment (dit le pape), est-ce un crime d’appartenir à une société littéraire? Mais si le grand turc m avait élu membre d’un corps de ce genre à Constantinople , je ne me croirais point criminel d’en accepter le diplôme? » Il est de fait que sa sainteté, outre qu’elle a eu des sentimens extrêmement démocratiques fondés sur les Écritures, possède de vastes connaissances dans la philosophie ancienne et la littérature.
(i) Avant la révolution il n’était pas permis d’éclairer les rues de Rome ; même les lanternes portées par les laquais étaient considérées comme nuisibles dans ces rues destinées la nuit à servir aux intrigues et aux assassinats ; et l’on criait bientôt à ceux qui se permettaient cette infraction à l’ordre établi, volti la lanterna (tourne la lanterne). A la restauration du pape, les ultrà-éteignoirs espéraient qu’il éteindrait complètement les lampes révolutionnaires , mais il se contenta d’en réformer l’excès. Les rues de Rome sont à présent suffisamment obscures pour que le libre exercice du stylet puisse être restauré. Leur principale lumière vient des madones dont elles abondent. Les horloges aussi ont été toutes rétablies suivant l’ordre ancien ; et compter les heures à la française est un usage qui sent le jacobinisme, et qu’on désapprouve généralement.
peuple impétueux, on le doit, en partie, à la modération du cardinal Gonsalvi (dont le caractère semble balancer entre l’habit qu’il porte et le siècle dans lequel il vit), et la sagesse acquise par le saint père pendant ses voyages et ses adversités.
Le parti ultra de Rome est pour la restauration totale de l’édifice social, comme il existait avant cette terrible révolution qui a banni la roue et le stylet, et privé les ambassadeurs de France du droit de donner asile à des meurtriers de profession (i). Mais quoique tous' les
(1) Les ambassadeurs étrangers à Rome avaient le privilège de donner asile aux meurtriers, avant la révolution française. En 1.687, ce privilège entraîna de si terribles conséquences , que le pape Innocent 11 tâcha d’abroger cette coutume par une bulle, et induisit les rois d’Espagne, de Portugal et d’Angleterre, à renoncer à leur privilège. Louis xiv refusa absolument de les imiter, et il envoya le marquis de Lavardin à Rome , qui y entra en dépit des ordres du pape , escorté par quatre cents gardes marines, quatre ceuts volontaires, et deux cents hommes de livrée; il prit possession du palais et de l’église de France , et il ouvrit sa maison de refuge pour les bandits poursuivis par la loi , en se moquant de la menace de l’excommunication du pape. En même temps le roi de France s’emparait d’Avignon pour montrer son ressentiment au pape; et à la mort de ce pontife, en 1689, les asiles royaux pour les héros du stylet furent rouverts.
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souverains légitimes, proteslans ou catholiques, soutiennent l’ancien système papal, et s’empressent egalement à lui rendre sa première splendeur, tous leurs efforts sont vains, et l’influence spirituelle des évêques de Rome s’est dissipée avec la foi à leur infaillibilité. A mesure que les progrès des lumières ont ré’ pandu plus généralement les connaissances historiques, les vies des Grégoires, des Innocens, des Borgias et des Barberini, ont trahi le secret de ce trône, si long-temps la terreur de l’Europe, et dont les possesseurs successifs (quel que fût leur caractère personnel) se trouvèrent obligés d’encourager des vices auxquels ils devaient leur élévation.
Le respect pour le saint-siège est presque entièrement éteint en Italie, où le trône pontifical est regardé comme la première cause de la dégradation politique du pays. Dans presque toutes les églises catholiques , même celle. d’Espagne et de Portugal (1), des efforts ont été faits pour secouer le joug de l’autorité papale. Les Irlandais catholiques sont peut-être les seuls qui aient conservé leur attachement pour le saint-siège, attachement qui tient en
(0 Voyez les Libertés de V Église gallicane , par Grégoire.
eux aux plus nobles sentimens, au point d’honneur, a la haine de l’oppression. Ainsi donc s il existe dans toute l’Europe un sentiment religieux, de nature à inspirer de l’inquiétude aux souverains jaloux de leur autorité, la faute doit en être attribuée à la bigoterie et à la po- , litique mal entendue des protestans intolérans qui n’osent pas laisser les opinions à 1 éducation de la raison , et qui perpétuent une croyance qu’ils craignent, par ces mêmes mesures qu’ils prennent pour la supprimer. C’est donc en vain que les couvens se remplissent j), que les cérémonies sont renouvelées à l’aide des monarques de toutes les communions : les fondemens réels de toutes les illusions sur lesquelles reposait l’influence de l’Église romaine,
(i) Nous parlions un jour à un cardinal de la multitude de moines dont Rome fourmille ; il répliqua : Us paraissent très-nombreux ; mais on ne songe pas quil nous faut dix mille hommes effectifs pour la seule mission de la Propaganda fide. Il n’y avait rien à répondre a cela, surtout pour des protestans anglais, dont la Propaganda envoie ses membres sous les bannières de diverses sociétés, telles que celle qui travaille maintenant a Dublin sous le nom de Société pour la conversion des Juifs (quoiqu’il n’y ait qu’un seul Juif résidant en cette ville) , la Société biblique , etc. etc. Plus on considéré les Églises de Rome et d’Angleterre, plus on trouve de ressemblance entre elles.
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l’ignorance du peuple et la richesse du clergé, sont détruits pour toujours. Le clergé de Rome est dans un état de pauvreté , en comparaison de l’opulence de la hiérarchie protestante en Angleterre : le pape dispose de propriétés moins considérables qu’un archevêque de Cantorbery (1), et le revenu d’un cardinal parai-, trait fort médiocre à plus d’un cumulateur de bénéfices anglais. (2)
Le gouvernement romain actuel n’a pas osé
(1) Quand Henri vm divisa les dépouilles des abbayes et des monastères qu’il avait supprimés entre la couronne et l’aristocratie , les biens du clergé catholique-régulier passèrent tout entiers au clergé protestant. Les grands évêchés d’Angleterre et d’Irlande sont peut-être les plus riches de toute la chrétienté.
(2) Les cardinaux , à l’époque de la révolution , n’avaient jamais, indépendamment des autres bénéfices, plus de quatre mille piastres par an ; et maintenant leur revenu n’excède pas deux cents piastres , somme qui suffirait à peine pour payer le cuisinier et le cocher d’un prélat anglais. Leur principale dépense est leur beau carrosse doré , leurs sales laquais et leurs vieux chevaux : ils ne donnent point de dîners , et en demandent autant qu’ils peuvent; plusieurs d’entre eux cependant ont des biens patrimoniaux assez considérables. On dit que le cardinal Gonsalvi est fort riche : il possède les grandes propriétés de l’abbaye de Grollo Ferrato ; et il est secrétaire des brefs , emploi qu’on dit très-lucratif.
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annuler les confiscations du dernier régime (i); et les couvens, une fois le premier feu de la réaction amorti, déclineront inévitablement, manquant de moyens pour se soutenir. Rome, comme tout le reste du continent, est maintenant dans une fausse position, et les anciennes institutions qu’on voudra y rétablir, partageront le sort de toutes celles qui ne se trouvent plus en harmonie avec l’esprit du temps.
Tandis que l’Église, sous l’influence de ces chefs puissans, régna sans opposition pendant des siècles presque sur toute l’Europe, le peuple romain , quoique souvent écrasé par son poids, et forcé à une sujétion momentanée, a été le plus prompt à se révolter contre ces usurpations, et peut-être le dernier à se soumettre à son empire. Plus factieux et plus libres sous les tyrans qui excommuniaient les rois (2), qu’ils ne l’avaient jamais été sous les
(1) La dette nationale a été acquittée pai’ les Français sur la vente des biens de l’Église, qui a rapporté quarante millions. Quand le pape est rentré dans ses états , il a trouve qu’il ne devait pas un paolo.
(2) Les rois de France , depuis Philippe Ier jusqu’à Louis vin , ainsi que les empereurs , depuis Henri iv jusqu à Louis de Bavière, ont été do temps à autre excommuniés Robert de France a été puni de cette manière
r.ss a i s
empereurs de Fancienne Rome, les Romains du moyen âge opposaient alternativement l’une à l’autre la domination étrangère des souverains d’Allemagne et le despotisme domestique des pontifes; ils déposaient des papes, créaient des antipapes, élevaient des schismes dans l'Eglise, enchaînaient ou faisaient mourir par la faim ou par le poison , dans les cachots du châteauSaint-Ange ( r), ces vicaires de Dieu sur
pour avoir épousé sa cousine; et il fut tellement abandonné de tout le inonde , que ses domestiques même lui donnaient sa nourriture au bout d’un bâton. Le concile de Saint-Jean-de-Latran interdit à Frédéric n l’usage de l’eau et du feu.
(x) Boniface vi a été élu par le peuple (8q5). Jean xm a été chassé de Rome par le peuple et le préfet (g65). Jean xiy mourut de faim ou de poison dans un cachot du château Saint-Ange , où les citoyens romains l’avaient incarcéré pour sa tyrannie (g84)- Jean xv , remarquable par ses vices (même suivant Platina) , a été persécuté. et détrôné par le patricien Crescentius, qui s’empara du château Saint-Ange à la tête du peuple romain , et résista à l’empereur Othon comme il avait déposé le pontife. Grégoire xy , accusé et poursuivi par le peuple, a été forcé de s’enfuir, et de chercher la protection de son cousin l’empereur Othon. Benoît a été déposé par les citoyens, qui mirent à sa place un anti-pape (1082) qu’ils déposèrent lui-même à son tour. L’histoir.e de ces temps barbares abonde en exemples de la résistance du peuple et des patriciens de Rome au saint-siège , pendant
HISTORIQUES. 3g5
îa terre, qui fulminaient sur toute la chrétienté les bulles dans lesquelles ils établissaient leur suprématie, (i)
fjue les autres états chrétiens étaient enchaînés au pied du trône pontifical.
(i) Boniface vin ayant excité les Allemands à la révolte contre leur empereur, engagé Charles de Valois à prendre les armes contre son frère Philippe-le-Bel , et donné le royaume de France à Albert, pour l’induire à faire la guerre à ce roi , publia une bulle pour prouver cjue Dieu avait établi les papes au-dessus des rois et de leurs royaumes !! Nier cette doctrine était le jacobinism# du temps, et personne n’osa contredire des argumeris publiés par le pape lui-même. « La plupart des docteurs, les princes mêmes , et ceux qui les défendaient contre les papes , ne réfutaient pas les argumens. » Boniface lança une bulle d’excommunication contre la France et son roi, qui, n’osant pas s’opposer ouvertement au saint père , envoya des partisans conduits par Nogaret pour s’emparer de sa personne ; et l’union du patricien romain Sciarra Colonna , capitaine d’urie bande de corsaires, avec le ministre français, assura le succès de ce complot. Le pape fut saisi dans sa ville patrimoniale d’Agnano ; Colonna le frappa au visage avec son gant, pour avoir résisté à ses bandits j et on voulut le conduire à Lyon sous la garde des Français. L’intrépide vieillard (qui avait toujours regardé l’ordre du Christ à saint Pierre, remettez votre épée, dans le fourreau , comme une marque qu’il devait avoir une épée) se revêtit de ses plus riches habits, saisit ses clefs d’une main
Dans le quatorzième siècle, sous le pontificat de Jean xxn (dont le ego sum papa étonna à son élection le conclave anarchique) (i)y l’Église fut attaquée , dans ses pouvoirs spirituels et temporels, par le peuple romain et l’ordre philosophique des frères mineurs (2).
et le crucifix de l’autre, et s’écria : Je mourrai pape! Avant qu’ils pussent l’emmener en France, il mourut dans sa prison à Rome ; quelques-uns disent que ce fut de rage. C’était cependant le pape qui avait canonisé Saint- Jjouis. Quand Napoléon a été exécré par les ultras, pour avoir profané le saint-siège et logé le pape à Fontainebleau , ils oubliaient cette anecdote qui se passa dans le treizième siècle , le siècle du Dante.
(1) Villani, Platina.
(2) Les minoriti (dit Pignolli, p. 35, vol. 3) avaient prêché avec plus de candeur que de prudence la doctrine dangereuse de la pauvreté évangélique, soutenant que le Christ et ses apôtres n’avaient point de biens. Les dominicains , ces sybarites de l’Église, favorisés par la cour de Rome, s’opposèrent à cette doctrine, en affirmant que notre Seigneur et ses disciples avaient l’usage de tous les biens de la terre ; que Judas Iscariote était l’intendant du Christ, et distribuait également les revenus, etc. etc. Le pape, du milieu de son sérail d’Avignon, approuva cette défense, et les frères mineurs furent maudits, comme de raison. Outre ces schismes, il y avait des disputes dans l’Église sur des points jugés aussi iinportans. Les franciscains élevèrent la question de savoir si leur potage leur appartenait pendant qu’ils le man-
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Le pape fut accusé d’hérésie par les derniers, et déposé, avec le consentement des premiers, en faveur d'un frère mineur, l’anti-pape Nicolas v, qui prêchait la simplicité apostolique en opposition au luxe et à la splendeur des pontifes. Ce fut alors que, sous la conduite de l’un des plus grands capitaines et des plus grands génies du siècle, Castruccio (citoyen de Lucques), les Romains, qu’Arnoldo et Brancaleone avaient déjà trouvés mûrs pour la réforme, créèrent un anti-pape et un anti-empereur, pour s’opposer au parti germanique ou gibelin, à la tête duquel étaient Colonne et le pontife, et qui était soutenu par tous les princes despotiques de l’Europe. L’esprit des Romains se montrant, de siècle en siècle comme la fleur de l aloès américain, produisit encore
geaient : les uns disaient que oui , et les autres que non ; enfin un chapitre général décida pour la non propriété du potage. D’autres disputes occupèrent les docteurs, pour savoir si les robes longues ou courtes, grises ou noires, de drap ou de serge, convenaient le mieux aux moines. Des chapitres et des conciles s’assemblèrent pour débattre ces questions , qui furent enfin décidées par des bulles et des manifestes, et tournées en ridicule par des épigrammes et des satires. Tels étaient les temps dont on suppose que les doctrines doivent être maintenant révérées, sous peine d’être regardé comme perturbateur de l’ordre social.