‹ L'Italie (volume 5)Chapitre 4 sur 15 · IJ · texte numérisé non relu

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petit cheval , le fusil en bandoulière , enveloppé jusqu’aux yeux dans son manteau noir , et portant une pique de chasseur avec laquelle il gouverne son troupeau de buffles. De telles images conviennent bien à des paysages de ce caractère; mais elles sont très-peu fréquentes , et cette continuité de solitude finit par attrister le coeur, au point que la fabrique isolée de Baccano , le caravansérail du désert, quiparaît comme une tache sur l’horizon, est contemplée avec une sorte de plaisir. Là, le voyageur abattu peut, pendant les mois d’hiver, se reposer et dormir sûrement , sinon commodément (i), car tout y est pauvre et grossier, ou prendre des chevaux de poste pour aller jusqu’à Rome. On s’épargne , en marchant

(0 Quand la saison de la mal-aria arrive, l’aubergiste de Laccano et sa famille ferment leur maison , et » ont passer 1 été et 1 automne dans quelque ville voisine. On ne trouve plus alors en ce lieu que deux ou tro^s misérables, que leur extrême pauvreté oblige de rester pour servir les voyageurs que la nécessité force à traverser la Campagne de Rome pendant cette mortelle saison. Dormir une seule nuit à Baccano peut causer la mort, comme l’a éprouvé un médecin anglais , qui , contre 1 avis de ses amis romains , voulut s’y arrêter imprudemment. Il mourut en peu de jours , bientôt après son arriv ée ù Florence; et sa femme eut beaucoup de peine à échapper au même mal.

ROUTE DE FLORENCE

ainsi de nuit, la vue d’une partie de ces campagnes désolées qui s’étendent jusqu’aux portes de la ville impériale; mais on perd des impressions qui appartiennent spécialement à ce voyage, et le$ réflexions qu’elles font naître , sont des commentaires de l’histoire de l’homme qui méritent bien d’être conservés. Depuis Baccano, l’uniformité de la vue se change en diversité non moins triste; on distingue quelque chose qui ressemble à une population , dans les figures blêmes, défaites, bouffies qui se traînent sous leurs abris de paille, ou semblent travailler dans les marais pestilentiels. Plusieurs avaient plutôt 1 air de fantômes que d’êtres vivans ; et ils ne conservaient des expressions humaines que celle de la souffrance. Leur vie est une maladie , et les fièvres aiguës ou continues composent toutes leurs passions.

Aucuns de ces mouvemens qui appartiennent au voisinage d’une grande ville , ne distinguent l’approche de celle qui a été la plus grande de toutes; et la barozza , sorte de brancard pour les mourans , qui passa près de nous, transportant une victime de la contagion à un hôpital de Rome , fut la seule voiture que nous rencontrâmes en arrivant près de la Ville des sept collines , dont les avenues étaient

A ROMK.

autrefois comblées de chars de triomphe et de litières consulaires. Un gibet auquel des membres humains étaient encore attachés, l’hôtellerie ruinée de Fossaccio ( ainsi nommée à cause du voisinage d’un fossé putride), la poste solitaire de la Storta, la villa Giustiniani (r) isolée et tombant de vétusté, et la tombe grossière qu’on nomme le tombeau de Néron , se succèdent jusqu’aux murs des villas des faubourgs qui sont devenues des ruines inhabitées, et qui bornent la vue de la route étroite. On passe le Tibre sur le ponte Milvio. On arrive à la porta ciel Popolo qui termine la via Fia minia , et l’on entre dans Rome. Le cœur du voyageur classique bondit de joie , le cœur de l’ami de l’humanité bat vivement aussi, mais c’est par une émotion bien différente.

(i) A son retour à Rome après la restauration , le pape se reposa à cette villa , et bénit la terre. Il s’arrêta sur les degrés de marbre, et, tendant les mains , bénit le sol pestilentiel , qui a continué de l’être comme avant d’avoir été consacré par ses prières.

ROME

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