‹ L'Italie (volume 5)Chapitre 7 sur 15 · ROSI E · texte numérisé non relu

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jouées en ce lieu: la dernière a été le couronnement de Corilla. (i)

Nous revenions un jour de visiter les galeries du palais des Conservateurs, quand, en sortant de ses portiques, nous rencontrâmes un sale palefrenier qui portai t un picotin d’avoine d’une main et un paquet de clefs de l’autre, et qui nous demanda en passant, si nous voulions voir la roche Tarpéienne , ou, comme il l’appelait familièrement, nostra rupe Tarpeia , qui se trouve derrière le palais de Conservatori, au-dessus de la place délia Consolazione. Quoique je n’eusse pas plus d’envie de voir le Tyburn ou la place de Grève de l’antiquité, que je n’en aurais eu devoir toute autre place d’exécution, cependant nous trouvâmes plaisant de nous laisser conduire par ce ciceron e palefrenier & cette châsse, objet de tant d’hommages classiques, et nous acceptâmes son invitation. Pendant qu’il nous conduisait à travers une cour malpropre, marchant sur des piles de

(x) Ceux qui ont déjà lu les pages intéressantes écrites j>ar Gibbon et Sismondi, sur. la vie de Rïenzi , peuvent s’en rafraîchir la mémoire dans les Historical Illustrations y et ceux qui n’ont jamais lu les premiers ouvrages, trouveront dans le dernier une source d’intérêt additionnel dans leur contemplation du Campidoglio.

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gravois et des monceaux de fumier, j’avais peine à ne pas faire la même exclamation que le Manlius d’une tragédie irlandaise, qui s’écrie au bord de ce même précipice : O Jasus ! où me conduis-tu? Nous nous appuyâmes sur une muraille ruinée, et notre antiquaire nous désignant une masse de rochers qui se projetait sur la place, dit avec emphase : Ecco nostrci rupe Tarpeia ! Il tendit alors la main pour recevoir un paolo, et nous reconduisit en sifflant l’air: Fr a tanti palpiti.

Dans de telles circonstances, on aurait en vain cherché des associations classiques capables d’exciter ces frémissemens que doit éprouver une véritable Corinne , quand le seul nom d e roche Tarpéienne résonne à son oreille \ mais ce lieu, même vu sous les auspices de ces archi-mystagogues des légendes classiques, les signori Fea et Nebbi , n’aurait fait naître dans le cœur d’une femme ignorante aucune émotion agréable : son aspect ne peut assurément rien ajouter à 1 intérêt et au respect que les héros du Capitole inspirent invariablement aux savans. Une des marques les plus évidentes de la civilisation humaine, c’est le mode de supplice ordonné par la loi. Les exécutions publiques ne sont pas des actes de vengeance; elles ne sont (prises dans leur meilleur sens)

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que de fatales nécessités , et leur but doit être de ser vir d’avertissement aux spectateurs, plutôt que de torturer le criminel. En général, ce sont des restes d’une grande barbarie qui n’ont pas encore été réformés; et on a éprouvé, même dans ce pays où elles sont le plus fréquentes ( l’Angleterre ) , qu’elles deviennent des sources de crimes, au lieu d’en être les préservatifs. L’âme de celui qui vient d’assister à une • exécution est rarement améliorée par ce spectacle. Cependant le gibet anglais , tout horrible qu’il est ( et bien plus inhumain que la guillotine française), est un raffinement de clémence, comparé à la roue, à la fosse dans laquelle on enterrait des êtres vivans, à toutes ces effroyables tortures que les gouvernemens chrétiens et les sectes chrétiennes (1) ont inventées et employées pour détruire dans les tourmens cette dupe et cette victime de tous les systèmes, l’homme !

Malgré ces perfectionnemens modernes, la

(1) Telle fut la mort horrible de Damiens (tiré à quatre chevaux) sous le règne doux et paternel de Louis xv. Le malheureux n’avait pas accompli le crime qu’il méditait,, l’assassinat du roi. Les horreurs de cette exécution appartenaient bien à ce siècle de corruption , de légéreté cruelle. Voltaire a nommé les Français de ce temps des singes-tigres. C’était alors que les évêques et les cardi—

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roche Tarpéienne des Romains tient une place distinguée dans les fastes des punitions atroces ; et l’horreur qu’elle inspire augmente par l’idée que ce supplice n’était pas réservé aux coupables, mais à ceux dont les vertus étaient les plus éminentes : tel fut Marcus Manlius. Le peuple était chargé de chaînes par les patriciens , ses créanciers inexorables. Manlius proposa de distribuer aux citoyens quelques-unes des dépouilles qui se détruisaient inutilement dans les temples du Capitole. Ce fut assez : il fut précipité de la roche Tarpéienne, à la vue de ce même Capitole qu’il avait sauvé. Le peuple, pour la cause duquel il était condamné, le peuple romain, toujours lâche et vil, prit des habits de deuil, mais livra son défenseur à leurs ennemis communs, qui le firent jeter dans ce précipice, de la hauteur de cent pieds, tandis que la multitude passive voyait rouler de rocher en rocher le héros qui avait gagné tant de batailles, jusqu’à ce que cette forme, naguère si noble et si animée , vînt tomber de-

naux assistaient ouvertement à la toilette des maîtresses du roi , et que deux jeunes gens furent condamnés à être brûlés vifs , pour n’avoir pas ôté leur chapeau en passant devant une procession de capucins. L’un d’eux souffrit cet épouvantable supplice, l’autre n’y échappa que par la fuite.

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vaut eux comme une masse informe et sanglante. Tels sont les souvenirs classiques de la roche Tarpéienne ! Ah ! qu’un coeur vraiment féminin ne palpite jamais de plaisir à la vue de cet objet! Laissons ces émotions à celle chez qui la prétention de paraître savante efface ces nobles sentimens gravés en nous par la nature. Mais si le goût des reliques de 1 antiquité induisait une Anglaise à visiter ce théâtre de malheurs et de crimes, quelle se félicite au moins, en le contemplant, d’être née dans une contrée où de braves fils, des époux généreux, ont pu plaider avec succès la cause du peuple; quelle apprenne à regarder comme le plus mortel ennemi de ses enfans et des enfans de ses enfans, l’homme qui, décoré d’un pouvoir judiciaire ou administratif, voudrait faire des lois de son pays les instrumens de la puissance politique, et corrompre ces sources de justice qui, pendant cent années , ont coulé pures et sans mélange; celui qui, égaré par l’appât des mesures arbitraires, voudrait apprendre au patriote anglais , à craindre une condamnation illégale et une roche Tarpéienne.

Le Panthéon d’Agrippa, maintenant l’église de Santa - Maria - ad - Martyres , appar tien tau rogne d’Auguste. C’est un monument impé-

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rial, comme tous les restes de l’antiquité qui se voient à Rome. C’est de plus le seul qui soit complet; mais quoiqu’il ait été le temple de tous les dieux, il paraît bien petit en comparaison de celui qui a été élevé dans les temps modernes , par la piété moderne , en l’honneur de saint Pierre : cependant la vue du premier fait éprouver un sentiment qui n’est jamais inspiré par le dernier, malgré son immensité imposante, auprès de laquelle la merveille d’Ephèse n’aurait été qu’une cellule. Ce sentiment naît de la parfaite simplicité, de cette grande source du sublime dans les arts que les Grecs ont sitôt découverte. Placé dans le centre du Panthéon , I on saisit d’un coup d’œil la beauté et 1 harmonie de l’ensemble , éclairé par une seule ouverture, qui ne laisse apercevoir aucun objet extérieur , excepté l’azur brillant des cieux : tel est le mérite antique de ce sanctuaire des arts et de la piété , le Panthéon , l’orgueil de Rome.

Les difformités modernes qui le déparent sont hors de son enceinte sacrée sur la place de la Rotonde. On y chercherait vainement un seul pouce de terre où la malpropreté excessive ne révolte point tous les sens. Le pavé est souillé de sang et de boue, d’entrailles d animaux, de piles de poissons gâtés,

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résidus de la vente qu’on en fait presque sur le seuil de ce miracle du génie humain , que Phidias se serait glorifié d’avoir érigé , et que Michel-Ange a été fier de copier. Sur la corniche du portique on lit encore l’inscription qui arrêta les yeux (i) des empereurs romains ; et près d’elle , on voit celles qui appartiennent à Rome moderne et aux temps modernes , immondezzaio (2). Rome elle -même paraît en effet Y immonde z z aio de ce monde , dont elle était autrefois la maîtresse.

La place qui entoure le Panthéon a été jusqu’au temps du pape Eugène 1 v , une réunion de ruines, dont la beauté approchait peut-être de celle de ce temple qui s’élevait au milieu d’elles dans sa simplicité sublime, comme ces esprits supérieurs, qui restent calmes dans l’adversité qui renverse des êtres d’une nature moins noble. En déblayant ces vénérables ruines , parmi lesquelles se trouvaient les thermes d’Agrippa, la rapine des papes et des cardi-

(1) M. Agrippa L. F. Terlium fecit.

(2) On lit ce mot dans les endroits non passagers des vues de Rome , et il signifie qu’on peut légalement y laisser des immondices à perpétuité. Cependant les Romains ne sont pas très-scrupuleux sur ce point, et ils suivent plutôt leurs convenances que ces invitations murales.

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