‹ L'Italie (volume 5)Chapitre 8 sur 15 · R03ÏE · texte numérisé non relu

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naux n'épargna que les murs du Panthéon. Ce furent là les véritables Goths qui déplacèrent les monumens et pillèrent les temples de Rome. Le superbe bronze du portique fut pris par Urbain vin , pour le baldacchino de Saint- Pierre; les lions de basalte, qui gardaient son entrée , furent transportés pour décorer la fontaine d’Acqua Felice du pape Sixte v ; la belle urne de porphyre, qui ornait le portique, a été saisie par les Corsini, et placée dans leur somptueuse chapelle à Saint-Jean de Latran, où elle contient les cendres de l'insignifiant Clément xii (ï). Tous les autres trophées des arts et du génie, soit en marbre, soit en bronze, ont été successivement enlevés par d autres spoliateurs sacrés pour remémorier

(i) Guichardin accuse les troupes de Charles -Quint d avoir grandement contribué à la destruction des monumens de Rome ; et il compare les ravages barbares qu elles y avaient faits à ceux des Turcs en Hongrie. La spoliation sacrilège du Panthéon a commencé à cet imposteur à qui le Dante attribue toutes les fraudes qui ont suivi son règne, Constantin-le-Grand ; c’est lui qui a dérobé son toit de bronze. Le monstre Phocas , ami intime du pape Boniface iv , fit présent de ce temple au pontife romain en 6op. II y ajouta les os et les reliques de plusieurs martyrs, comme un léger poids pour faire pencher la balance.

ROME

leur grandeur, et parer leurs magnifiques salons ou leurs monumens fantastiques ; tandis que d’autres sites de l’antiquité, non moins précieux que celui où existe le Panthéon luiméme, étaient pillés à leur tour pour remplacer ces déprédations. Les dépouilles d’Isis et de Sérapis étaient arrachées du sol où les conquérans romains les avaient placées , pour venir servir d’ornement à la piazza délia Rotonda , où elles se mêlent actuellement avec les échoppes des savetiers et les étalages des fruitières.

Un goût factice pour les arts devint l’ennemi le plus mortel de la conservation des monumens romains (i); et ceux qui se servaient des statues du môle d’Adrien pour les lancer contre leurs ennemis, furent suivis par des hommes moins féroces peut-être, mais non moins barbares à l’égard des arts. Le Panthéon , en exceptant sa structure parfaite, ses

(i) Ce ne furent ni Genseric, ni Bourbon, ni Massena , qui détruisirent les édifices de Rome , mais les Romains , plus barbares que les Vandales. Les ruines modernes de cette ville ne sont point l’ouvrage des Français, mais celui des habitans de Rome, qui, tantôt par avarice, et tantôt par fanatisme , ont , dans tous les siècles , détruit ou défiguré les monumens qu’avaient respectés les envahisseurs. Latium, p. 77 j par Bonstetten.

no me.

colonnes corinthiennes, ses pilastres de marbre précieux , sa frise de porphyre , ses corniches de marbre de Paros , le Panthéon est maintenant le comble du mauvais goût La superstition la plus avilissante se montre dans tous ses ornemens ; et le temple de tous les dieux a l’air , au premier coup d’œil , d’un magasin de friperie. Les six chapelles brillantées, avec leurs vierges colossales et leurs saints patagons , qui s élèvent entre leurs beaux pilastres, sont couvertes d’offrandes qui indiquent de la manière la plus dégoûtante, les infirmité^ physiques et morales de ceux qui les ont présentées. Des nez d’étain, des jambes de bois, de vieilles perruques, des cotillons de laine, en défigurant les plus belles proportions de l’architecture , prouvent un état social totalement dégradé par l’ignorance et la bigoterie, et démontrent la fausseté de cette assertion que Rome moderne a toujours été le canal par lequel ont été répandus en Europe les plus grands biens dont l’humanité est susceptible, la civilisation, les connaissances et la religion (i). Ceux qui ont visité son Panthéon le soir de Noël, ou qui ont lu son index , peuvent juger de la vérité de ce fait.

(i) Ihistace.

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