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Comme il y avait anciennement une confrérie cl artistes attachée à cette église, des monumens à la mémoire du génie et des talens qui ne sont plus ont été élevés autour de ses murailles de marbre. Le Panthéon, successivement dédié à tous les dieux et à tous les saints (1), par les patriciens et les pontifes romains, est maintenant consacré à tous les arts, qui semblent en effet avoir contribué à l’enrichir. Là sont les bustes de Raphaël et d’Ann ibal Carrache, érigés par l’enthousiasme de Carie Maratte; et ceux du Corrège et de Palladio, ouvrage et don de Canova. Des poètes et des mathématiciens trouvent leur place parmi les saints, les peintres, les musiciens et les compositeurs ; et les bustes de Métastase et de Pessuti , de Sacchini et de Corelli, partagent les hommages qui ont été offerts en ce heu à Jupiter Ultor et à Notre-Dame-des-Martyrs. (2)
(x) Grégoire iv dédia le Panthéon à tous les saints , en l’honneur desquels il institua une fête, 83o.
(2) L’image de Notre-Dame-des-Martyrs a usurpé la place de la statue colossale de Jupiter Ultor, à qui le temple était originairement dédié. Nous l’avons vue un jour de Noël , parée d’une ceinture rose et d’une guirlande de roses , surmontée d’une couronne d’étain , coiffure qu’elle semble affectionner particulièrement. L’enfant avait une robe de soie rouge toute neuve , et boi'dée
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E11 descendant le mont Capitolin , du côté de l’ancien Clivus Asili, à droite du palais Sénatorial, les antiquités romaines paraissent rassemblées comme dans un cabinet; le Forum , dans toute sa désolation majestueuse, se déploie à la vue, et l’esprit suffit à peine aux idées et aux images qui y sont excitées. L’arc triomphal de Septime Sévère est à l’une des extrémités, avec les colonnes brisées de temples qui ont été consacrés à des déités incertaines (1); à sa droite est la terrible prison Mamertine; à sa gauche et à l’extrémité oppo-
d une frange d’argent. Cettevierge opère plus de miracles a elle seule que toutes les vierges de Home unies ensemble. Nous avons observé dans cette occasion, et dans plusieurs autres, que les catholiques irlandais et anglais, qui se trouvaient avec nous, se détournaient avec dégoût de ces objets; et je suis bien convaincue que les plus sévères calvinistes de Genève ou d’Édimbourg n’auraient pas eu pour ces momeries moins de considération.
(1) Si Evelyn , Addison , et mein^jalande , visitaient encore à présent ces théâtres de leurs recherches classiques , ils trouveraient que la nomenclature de la chimie moderne n’est pas plus variable que celle des antiquités romaines ; que le temple de Jupiter et ceux de la Concoide et de la Paix n’étaient ainsi nommés que d’après des erreurs vulgaires (vulgarmente deUo) , et ils s’en
iraient confus, comme des écoliers qu’on envoie repasser leur leçon.
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sée (1) sont les ruines du Colisée. Des fragmens d’une ancienne grandeur remplissent les intervalles des portiques, des colonnades , des temples païens convertis en églises chrétiennes , avec leurs dieux transformés en saints catholiques; le site du palais des Césars, du camp deGenseric, du pavillon Farnèse, marque les triomphes successifs d’un pouvoir illégal et d’une force anti sociale. Là, tout est calculé pour charmer l’œil de l’antiquaire et enflammer l’imagination du poète; mais ces combinaisons ne sont pas moins propres à déchirer le cœur de l’étre purement humain, à dissiper les rêves d’une bienveillante philosophie. Ce lieu n’offre pas une place sur laquelle l’esprit puisse se reposer, espérer l’amélioration de l’homme, la diminution de ses erreurs et de ses souffrances; tout rappelle sa
(1) J’aurais lu nm$ F a&i et mon Fea , et j’aurais profité de la société de jeunes dames aussi communicatives et presque aussi savantes qu’eux , si je n’avais j>as été jîarfaitement sûre que le Colisée ne fait poin t partie du Forum , quoiqu’il en termine magnifiquement la vue. Mais si je n’entre point dans les détails des légendes des antiquaires , c’est que je suis persuadée que mes travaux seraient anticipés , et que plus d’un journal classique en aurait offert le contenu au public avant que ces pages fussent prêtes à solliciter son attention.
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folie, ses crimes, sa crédulité, ses impostures. Les temples de Romulus et de Remus sont maintenant consacrés à saint Cosme et saint Théodore; et les jeux autrefois célébrés dans le Colisée pour ramener le peuple à sa férocité primitive , ont été suivis dans un autre âge
par des rites institués pour l’affaiblir et le dégrader.
Quand il ne resterait point d’autres monumens des supplices barbares des Romains que la prison Mamertine, elle seule suffirait pour en donner l’idée. Les cachots de l’inquisition ne sont pas plus terribles que ces antres de pierre;, le pont des Soupirs à Venise ne porte pas à 1 esprit des images plus attristantes que les souvenirs rappelés par V escalier des Gèmissemens (1). Ce terrible instrument du pouvoir est maintenant consacré à l’apôtre saint Pierre, comme ayant été sa prison pendant la visite ( quelque peu apocryphe ) qu’il a faite à Rome. Ou prétend qu’il y baptisa ses geôliers Processus et Martinianus ( dont le nom est un anachronisme) avec de l’eau à laquelle il corn-
(1) Les corps des criminels mis à mort dans les prisons étaient jetés du haut de cet escalier au peuple rassemblé dans le Forum. Cette pratique avait été sans doute adoptée pour lui inspirer de l’effroi , mais elle devait aussi l’accoutumer à la cruauté.
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manda de sortir de ces murailles de pierre: Ce cacliot profond et obscur, décoré maintenant de châsses et d’offrandes , éclairé artificiellement par de brillans flambeaux, est toujours encombré de dévots ; mais la combinaison du présent et du passé fait une impression qui donne l’envie de s’en éloigner à tous ceux qui osent penser et sentir d’après eux-mêmes dans ces murs classiques et sacrés.
Au-dessus de ces prisons s’élève l’église de Saint- Joseph des Charpentiers , image familière, mais consolante après les cachots de Tullius et de saint Pierre.
Les trois belles colonnes qui ( pour le présent ) portent le nom de Jupiter tonnant, sont un monument de la superstition ou de la duplicité d’Auguste. Dans son voyage en Espagne pendant les guerres des Cantabres, le tonnerre tomba sur sa litière, et tua plusieurs de ses suivans. Il voulut perpétuer la mémoire de ce miracle en fondant ce temple. Les autres édifices et colonnes qui l’entourent ( que les casuistes antiquaires leur donnent les noms qu’il leur plaira) ont tous une origine semblable et tendaient à une même fin.
L’arc de Sep lime Sévère rappelle les triomphes de l’ambition impériale, et l’existence
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de cette race monstrueuse à laquelle ce conquérant de l’Orient donna naissance. Ce fut le peuple romain qui fit placer les noms de Caracalla et de Geta sur la frise de marbre, en 1 honneur de leurs vertus; et ce fut Caracalla qui en fit effacer le nom de son frère, après lavoir assassiné. Près de ce. monument on voit une colonne isolée, que les antiquaires un peu grossiers des siècles précédens , avaient prise pour un fragment du temple de Jupiter, ou du pont de Caligula, car ils n étaient pas extrêmement précis. En 1 8 1 3 , les Français, toujours remuans et actifs, découvrirent dans les fouilles qu ils avaient fait faire, que cette colonne avait été érigée par Smaragdus, exarque italien et. préfet du sacré palais, en l’honneur du sanguinaire usurpateur Phocas. Cet empereur était originairement un centurion, et ses faits les plus notables sont le meurtre de l’empereur Maurice, de sa femme, ses trois filles et ses cinq fils , dont il fit jeter les corps dans la mer. Tous les jours de son règne ont été marqués par des massacres, et des bandes de misérables enchaînés étaient amenées chaque semaine à Constantinople, où on les immolait pour son amusement. Ayant ainsi exaspéré le peuple, il fut abondonné à ses ennemis les Perses i dont il avait fait brûler vif
l’ambassadeur , et il fut pris et mis à mort par eux. Pendant qu’il était sur le trône, cette colonne fut érigée à sa gloire ; elle était consacrée comme le dit son inscription : Au trèsclément et très-fortuné prince Phocas , empereur , le conquérant , toujours adoré et couronné par la victoire , toujours auguste , etc. C’est ainsi qu’on doit en croire les arcs de triomphe et les colonnes adulatrices. (1)
L’arc de Tite est une véritable anomalie dans la capitale du monde chrétien , puisqu'il est érigé à la mémoire de la destruction de la
(1) Les Français ont commencé l’excavation autour de la colonne de Phocas , mais elle a été complétée , et plusieurs faits concernant son histoire ont été retrouvés par le goût éclairé et la libéralité de la duchesse de Devonsliire. Tandis que les ciceroni disputent , et que les amateurs s’étonnent que les princes et les cardinaux romains se vantent de la gloire passée de la ville éternelle , la duchesse fait plus efficacement les honneurs de Rome ancienne et moderne en commentant Horace (*) , en réimprimant Virgile, en faisant faire des fouilles pour découvrir des mon umens, en protégeant les talens vivans, et en introduisant le mérite modeste dans ses cercles brilla ri s et distingués.
(*) Sa Grâce est l’e'diteur d’un Voyage a Brundusium, avec une. suite d’estampes représentant les sites tel? qu’ils sont décrits et tels qu’ils existent maintenant. Cet ouvrage, entièrement fait à ses fiais, et son édition de Virgile, sont magnifiques.
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cité du Dieu des chrétiens par les armes des païens. Les bas-reliefs représentent l’apothéose de l’empereur, la canonisation de ce temps. Tout y indique la vanité du chef déifié, et la bassesse du peuple asservi. La procession triomphale est composée de soldats ivres de sang et de gloire, et de Juifs conquis et enchaînés. Les dépouilles sont la table cî’or , la trompette d’argent, le chandelier d’or du temple de Jérusalem; enfin, l’on y voit les adorateurs de Jupiter triompher des disciples de Moïse.
Un peu plus loin paraît l’arc de Constantin, avec ses. triomphes chrétiens et sur les Juifs et sur les Gentils. Il avait aussi un sénat et un peuple romain pour élever des arcs en son honneur et déifier sa personne , quoique dans ce siècle dégénéré les flatteurs aient été forcés de piller 1 arc de Trajan pour établir leur monument adulateur, lel est 1 état de la triste humanité, les grands édifices ne s’élèvent que pour perpétuer le souvenir des fautes ou des folies des hommes , de leurs guerres ou de leurs erreurs.
Il existe cependant au milieu de cet amas de ruines splendides, un monument surpassant tous les autres par sa grandeur, dont la beauté l’emporte encore sur son immensité,
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et qu’on serait heureux de pouvoir attribuer à d’autres causes qu’aux turpitudes et aux égaremens humains. Même à présent qu’il tombe en ruines, il a l’air d’une fabrique fantastique, sortant de terre aux sons magiques de la lyre d’un Amphion , et retombant en harmonie. Il est si beau dans sa dévastation, que le goût et le sentiment ne regrettent point son premier état de perfection : c’est le Colisée, le dernier, le plus noble monument de la grandeur et des crimes de Rome , érigé par le travail et les sueurs d’un million de captifs, pour compléter la dégradation d’un peuple chez lequel la politique cherchait à remplacer le courage énervé par une férocité brutale. Les premiers jeux donnés dans cette somptueuse boucherie coûtèrent à la nation onze millions; le sang de cinq mille animaux baigna son arène. L’homme et son ennemi naturel, la bête féroce, le conquérant et l’esclave, se roulèrent ensemble dans les tourmens de l’agonie sur son sol ensanglanté , et quatre-vingt-sept mille spectateurs applaudissaient avec d'horribles transports de joie à la mort des malheureux guerriers captifs (i). Telles étaient les fêtes ro-
(i) On peut parler du sentiment qu?on a éprouvé à la vue d xi Colisée; mais comme monument antique, il ne
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•inaines. Là, on déclarait la guerre à la vie et à la sensibilité humaine, et des hommes étaient abrutis par le spectacle du meurtre de leurs semblables. Tous les souvenirs éveillés par cet édifice unique sont terribles, et sa beauté et sa destination rappellent ces urnes précieuses qui renferment les restes infects de l’humanité. Nous avons vu le Colisée à diverses heures du jour et de la nuit; nous le vîmes d’abord baigné dans la lumière dorée du soleil couchant, quand toutes les ruines du Forum paraissaient construites en bronze. C’est alors que le Colisée offrait le plus de beauté; il semblait qu'un Claude Lorrain avait saisi, pour le peindre, l’instant qui s’accorde avec la décadence produite parle temps. Toutes les nuances des anciens débris ou de la végétation actuelle étaient fortement marquées, le lichen grisâtre, les taches noires des exhalaisons vaporeuses , le brun luisant dont les soleils de tant de
reste plus rien à dire sur lui , même pour ceux que leur savoir rendrait capables de dire ou de répéter beaucoup à ce sujet. La philosophie , la poésie de ces ruines , après des siècles de descriptions sèches, ont enfin été touchées par une main de maître (*). Espérons que lo Colisée pourra maintenant reposer en paix dans sa sublimité, aj^ant été doublement consacré par le temps et le génie (*) Voyez Childe Harold, Can. , p. 67.
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siècles ont teint les arcades et les frises, et les guirlandes de feuillage frais qui serpentent sur cette masse, se distinguaient par les teintes les plus riches et les plus variées. Pendant que nous étions comme des atomes au milieu de son imposante immensité, un groupe de pèlerins remplissait la Via Crucis , en suivant ses autels (i),et V ermite du Colisée se tenait devant sa chapelle, épiant nos regards errans et éblouis, et sollicitant notre attention par le son de sa boîte d’aumônes. Nous l’avons vu aussi dans une nuit profonde, privée de la clarté de la lune, quand on ne voyait pas une seule étoile scintiller au milieu des ténèbres, ses masses colossales se dessinant à peine dans le vague de l’air; tout était sombre et tran-
(i) Cette bande de pèlerins était composée de deux dames avec leur femme de chambre , et un petit garçon qui, les yeux tournés sur nous tandis que leurs doigts parcouraient les grains de leurs chapelets, marchaient d autel en autel , jusqu’à ce qu’ils eussent complété la ronde de ces stations consacrées , qui ressemblent aux buffets de ces salles de bal parisiennes, dont la joyeuse inscription dit : Ici Von danse tous les jours. Il est presque inutile de répéter que ces autels ont été érigés par Clément ii , en 1714 , pour bannir les voleurs et les meurtriers qui (avant leur consécration) cherchaient un refuge dans ces ruines.
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quille, et les sons qui se faisaient entendre ajoutaient encore à la tristesse solennelle de la scène. Pendant que nous étions dans cette vaste enceinte, un oiseau de proie, en s’élançant d’une des arcades les plus élevées, entraîna d’énormes pierres qui avaient jusque-là résisté au choc des élémens; le bruit de leur chute , répété par les échos de galerie en galerie, réveilla les galériens qui dorment sous leur abri ; ils secouèrent leurs chaînes ; la sentinelle sortit de sa guérite; et pensant aux saints martyrisés en' ce lieu , joignit les mains, fit le signe de la croix, et murmura un ave protecteur. Une autre fois nous avons parcouru ces ruines, quand la lune répandait sa clarté sur les cieux , et que le sol argenté par sa douce lumière était couvert d’esprits dansans que le nécromancien de Cellini n’aurait pas pu évoquer dans son cercle magique (i); c’étaient des petits maîtres anglais, des gladiateurs dont les efforts n’allaient pas plus loin qu’à former une
(i) Nous avons quelquefois accompagne' au Colisée, dans de belles nuits à clair de lune, les joyeuses sociétés des salons de la princesse Borghèse , de la duchesse de Devonshire et du comte de Cliarlemont ( don t les maisons sont les plus hospitalières de Rome ) , et nous y avons vu un quadrille commencé sous les toits dorés d’un palais illuminé, s’achever sous la voùle azurée du ciel, an
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pirouette ou une chaîne des dames. Là, nous avons vu long-temps après minuit, le pied léger de la beauté, parcourant cette enceinte où le sang des martyrs avait coulé, où des héros étaient tombés; nous avons vu les vestales antiques remplacées par les grandes prêtresses de la mode, aussi pures et aussi belles que les premières, mais qui probablement n’avaient pas l’ambition de devenir d’anciennes vestales.
Le Colisée, depuis sa destination primitive, a été le théâtre de plusieurs événemens singuliers : il a été la forteresse des hommes libres, la citadelle des despotes , l’échafaud des martyrs , la scène des bouffonneries , l’asile des assassins, le pèlerinage des dévots, et le rendez-vous de la gaîté et de la dissipation de toutes les parties du monde. Les Français, qui
milieu de ces ruines sacrées devant lesquelles la pompe des édifices de nos jours doit s’ abaisser.
Le contraste du passé et du présent produisait l’effet le plus frappant ; et un incident plaisant d’une de ces parties nocturnes , c’est que les danseurs furent applaudis tout à coup par des spectateurs placés dans les galeries , qui les avaient précédés en ce lieu. La vie que mènent les étrangers pendant leur séjour à Rome , est vraiment délicieuse , et le senza suggezzione des Italiens est insensiblement adopté, en dépit des habitudes mesurées des Anglais les plus formalistes.
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n'ont rien laissé comme ils l’ont trouvé, pas meme le Colisée, voulant raviver l’admiration des Romains pour ses ruines sublimes , et leur inspirer en même temps le goût de l’air frais et de l’exercice, ouvrirent près de ces antiques murs un beau jardin public; mais ils ne réussirent ni dans l’une ni dans l’autre de ces intentions. Les Romains modernes ne visitent jamais les ruines; ils ne se promènent jamais dans les jardins, et ils paraissent avoir aussi peu de goût pour le Colisée que pour le bon air. Ces jardins tombent en ruine; et pendant notre séjour à Rome, on cherchait à les réparer par la munificence du pontife régnant, qui emploie une centaine de galériens et d’ouvriers surveillant le travail des premiers, pour sauver tout ce qui peut être sauvé de l’amphithéâtre , tout ce qui a échappé à la spoliation du temps et des Rarberini.
Les restes bien incontestables de l'antiquité, ceux qui portent des marques tangibles de leur destination , sont en petit nombre à Rome, et sont très- précieux ; mais ou y trouve des sites innombrables, consacrés par les recherches classiques : ce sont des monticules couvrant d’anciennes habitations (i). D’obscures
(i) Hilloks heap’cl o'er rrhat were chambers.
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retraites, des cellules mystérieuses enterrées profondément sous des monceaux de leurs propres débris, s’offrent de tous côtés. Tous ceux qui visitent Rome descendent dans ces labyrinthes souterrains ; et chancelant sur des amas de terre et de pavés brisés, à la lueur d’un flambeau lugubre, l’antiquaire zélé suit les grands prêtres de sa secte à travers des vallées de ruines: là, il décide d’après la peinture à fresque d’un Bacchus ou d’une nymphe à demi effacés, l’endroit où Titus donnait ses festins, et celui où Néron se baignait; car ce qui est douteux pour le savant est article de foi pour l’ignorant, et les hippodromes et les sudatoj'ies sont vus clairement par le disciple où le maître n’a trouvé que des murs et des débris.
Les plus intéressantes, et je crois les plus parfaites de ces ruines souterraines sont les bains de Titus, qui occupent une partie de ce mont Esquilin où Néron jouait de la lyre pendant que Rome brûlait. Plusieurs des chambres montrent sur leurs murailles peintesdes formes de dieux, de nymphes, de vases d’une beauté exquise; mais à mesure que l’air pénétré et que l’humidité augmente, elles dépérissent rapidement. C’est là que le Laocoon a été découvert dans le temps de Jules u, et c’est là aussi que Raphaël a, dit- on, pris des modèles pour ses.
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ôrnemens arabesques du Vatican. Il avait proposé à Léon x l’excavation complète de toute l’ancienne Rome; brillante entreprise, digne du génie de celui qui la conseillait; mais que le pontife était si éloigné d’accomplir, que bientôt après les bains de Tite furent fermés.
Les Français firent commencer une nouvelle excavation en 1812 et 181 3, et l'on découvrit un corridor orné de fresques qui n’avait jamais été connu. Bonaparte avait l’intention de suivre, jusqu’à un certain point, la proposition de Raphaël rejetée par Léon; et chacun s’accorde à dire maintenant que Rome ancienne et moderne a perdu beaucoup à ces derniers changemens, qui la privent du seul homme et du seul gouvernement qui auraient pu la tirer de sa vile paresse, de son inertie absolue, et qui l’auraient préparée à la liberté et à la civilisation. Le site des bains de Titus inspire un intérêt plus grand que celui qu’ils pourraient exciter par eux-mêmes; ils étaient dans le voisinage des habitations d’Horace , de Virgile , de Properce et de Mécène , cet élégant voluptueux qui introduisit à Rome l’usage des bains et plusieurs autres raffinemens inconnus jusqu’alors aux Romains. Mais il ne reste plus rien de ces asiles des Muses et des Grâces ! Le mont Lsquilin est triste et inhabité. Un moine
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retournant à son couvent de San Pietro in Vincoli, un malheureux gonflé et jauni par le mauvais air, mendiant sur le chemin, sont les seuls êtres qui animent ce désert, où Lydie errait avec Horace dans des bosquets qui promettaient d’être aussi immortels que leurs amours.
Parmi les autres restes de l’antiquité les plus remarquables, soit par leur solidité, soit par leur beauté, on remarque des fragmens du temple d’Antonin ( formant la façade de l’hôtel des douanes); les termes de Dioclétien (maintenant l’église de Sainte-Marie-des-Anges), la colonnade du temple d’Antonin et deFaustine dans le Forum, les deux colonnes Trajane(i)
(x) La colonne de Trajan est le site d’une des fouilles les plus considérables des Français , qui ont démoli , pour la faire , plusieurs édifices , et découvert le pavé du forum Trajani, jusqu’à plus de moitié de son entière surface. Dans le cours de cette opération , on a trouvé plusieurs restes d’architecture , et les fûts des colonnes brisées , dont les restes sont encore debout , couvrent une grande j3artie de l’espace. Le pavé est en compartimens de. jaune antique et de marbre blanc. L’excavation est murée et clause ; et les inscriptions, les chapiteaux, les frises sont rangés le long de ses murailles. On avait le projet d’abattre les bâti— mens qui couvrent l’autre moitié du Forum, et de le découvrir en entier ; mais comme cela exigerait le sacrifice
et Automne , le théâtre de Marcellus , la pyramide de Cestius, le tombeau ds Gecilia Metella, etc. Pour l’antiquaire de profession, chaque muraille ruinée, chaque monceau de fragmens informe, est une source de délices et de disputes; mais pour l’observateur général , qui n est pas atteint de la meme manie, qui n’éprouve pas un enthousiasme factice , la quantité de reliques réellement dignes d’examen, est extrêmement bornée à Rome. La plupart des masses sans nom et sans formes que 1 on décore de cette épithète ne sont, dans le fait , que des ruines de ruines, produites par des dévastations réitérées et une destruction continue (i). La plupart des expéditions des antiquaires se terminent par le désappointement le plus mortifiant. Le Cicerone décrit avec emphase, le valet de place harangue, le visiteur s’étonne et admire; mais les doutes et les difficultés se multiplient à mesure qu’il continue ses recherches , et le dilettante retourne
deux églises, il n est pas probable cjue ce projet soit effectué sous le régime actuel.
(i) Some felt tlie silent slroke of mouldering âge Some hostile fury some religious rage Barbarian blindness , Christian zeal conspire And papal piety , and gothic fire.
Pope.
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chez lui, après une journée pénible, fatigué, de mauvaise humeur, la tête farcie de lambeaux confus et mal liés, de savantes inutilités; obligé, pour se défendre du ridicule, de vanter l’importance de ses travaux aux novices qu’il rencontre dans la soirée.
Les catalogues de ces monumens et de plusieurs autres reliques plus imposantes , sont nombreux et se trouvent partout. Il eût été aussi peu édifiant pour le lecteur, que fastidieux pour l’auteur de cet ouvrage, de les copier ici; d’autant plus que ses remarques sur l’Italie ont toujours porté plus sur les objets moraux que sur les objets matériels.
En suivant les séries de la topographie chronologique, aux ruines antiques doivent succéder les palais des papes, ces véritables héritiers des Césars. Saint-Jean-de-Latran vient après les fragmens du palatin et les alcôves enterrées des termes de Tite. C’est là que se développa le noyau de ce pouvoir fondé par Constantin, dont il voulait se servir seulement comme agent de sa propre grandeur (i); c’est
(i) Ahi! Constantino, di qiianto mal fu matre IVon la tua conversion , ma qnella dote Che da te prese il primo ricco padre.
Dante.
« Ah! Constantin, que de maux a produits, non ta
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là que les eveques de Rome commencèrent à ajouter une puissance temporelle à leur domination spirituelle; et sur ce coin de terre dévasté, on peut retracer l’origine des biens ecclésiastiques et de toute la hiérarchie gagée de la chrétienté.
conversion , mais le don que reçut de toi le premier pontife riche et puissant. »
11 y avait du courage à écrire cela dans le temps où les papes étaient de puissans seigneurs au spirituel et au temporel. Mais la haine du Dante pour le pouvoir de 1 Église était supérieure a tous deguisemens , comme celle de Pétrarque, quoique l’un et l’autre fussent des hommes d’une piété éminente. Dans ce neuvième chant, le Dante attaque ouvertement Nicolas iii , dont Jes intrigues produisirent l’horrible réaction des vêpres siciliennes. Il ne trouvait pas de place assez brûlante dans son Enfer pour le cardinal übaldino et l’empereur Frédéric n. On peut observer eti passant que plusieurs formes présentes de la religion, parmi celles que les protestans ont conservées, sont dues au demi-païen et demi-catholique, niais très-peu chrétien Constantin. Ce fut par un deciet impérial , en 32 1 , que le dimanche commença à etre consacre par l’abstinence des occupations civiles (*). Les Écritures ne commandent point du tout cette abstinence ; et la manière dont les Juifs observent leur sabbat ( le samedi ) , a été jugee si réellement superflue par celui qui considérait plutôt l’esprit que la lettre , qu’il l’a publiquement iinprouvée.
(*) Ei ie cle Constantin , vol.
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Les avenues qui conduisent à Saint-Jeande-Latran n’ont point d’égales dans l’histoire de la désolation. On aperçoit d’abord une longue rue inhabitée (1), où, si l’on voit cà et là quelque visage pâle et amaigri s’avancer à travers une fenêtre sans châssis , sa vue ne fait qu’ajouter un trait de plus à l image de dégradation morale et de misère matérielle qu’on a sous les yeux, en prouvant que ces édifices ruinés, autrefois la demeure du luxe et de la puissance, ne sont plus que des refuges pour les êtres les plus infortunés ou les plus abjects.
La mal-aria règne en ce lieu sans que la population humaine, sa plus grande ennemie, s’oppose à ses progrès, les institutions ecclésiastiques la diminuant journellement. Cependant, ce lieu avait été choisi il y a quelques centaines d’années, à cause de sa réputation de salubrité, pour la résidence des papes et des cardinaux, qui avaient en effet plus de raisons que d’autres pour désirer la prolongation de leur vie. Ce désert de murailles vient aboutir à une grande place , silencieuse et toute
(1) « En parlant d’une ville, l’on se représente des rues , des maisons , des familles ; mais à Rome, il faut se dépouiller de toutes ces idées vulgaires, u (Z<e Latium. Bonstetten).
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couverte de mousse, au centre de laquelle se déploie la massive et somptueuse architecture de l’église et du palais de Saint-J ean-de-Latran. On voit, un peu avant, une autre marque des limites de la puissance, l’obélisque de Thèbes, étagé il y a environ trente siècles, en l’honneur du soleil. Il a été tiré des ruines de cette cité autrefois si puissante, et qui n’est plus maintenant qu’un nom, par Cambise , le Oésar de son temps; il a depuis successivement servi de trophée à la grandeur de Constantin et de son fils dans le Circus maximus a Home : ayant été enterré sous des ruines pendant une longue suite. d’années , il a été encore remis au jour et relevé, par la vanité humaine, et le pape Sixte-Quint l’a fait mettre sur la place de San-Giovanni-Laterano.
Ce palais pontifical, maintenant dévasté et inhabité (i), est imposant et vaste. Quoiqu’il reste fort peu du bâtiment original, il a un cachet d antiquité suffisant pour rappeler son ancienne destination. Il a été le théâtre des divertissemens licencieux et des querelles violentes des papes et des anti papes des siècles
(i) Le palais des premiers papes a été consumé par le feu. Sixte-Quint a rebâti le palais actuel sur les dessins de Fontana.
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féroces de l’Église; mais les premiers pontifes , quoique coupables de beaucoup de crimes , avaient plus de force de caractère, plus d’énergie, et infiniment plus de génie, malgré leurs habitudes barbares, que ces vieillards faibles et rusés qui leur ont succédé dans les âges suivans. Depuis le temps des papes de la maison deMédicis, la politique du cabinet pontifical changea; et la faiblesse , la caducité et la corruption devinrent les qualités requises pour une place autrefois remplie par l’activité et les talens d’un Grégoire, d’un Nicolas, d’un Jules et d’un Léon. (1)
Le palais de Latran commande la vue la
(1) Ni la piété, ni les talens, n’étaient exigés pour occuper le trône pontifical depuis le temps des Médicis. A la mort de l’infaillible amant de donna Olimpia, la Pompadour du Vatican , le cardinal Trivulzio s’opposa ouvertement à l’élection du cardinal Chigi; « parce que (disait-il ) Chigi était un bigot qui voudrait trouver à redire à la façon de vivre des princes du conclave , qui , à la vérité ( dit le cardinal de Retz), était scandaleuse ; et l’on ne supposera pas que l’amant universel de toutes les dames de la Fronde fut scrupuleux outre mesure. Chigi fut cependant élu pape (dit l’auteur que nous venons de nommer) pour son petit génie et son unie basse : le cardinal français donne comme une preuve suffisante du premier, qu’il avait écrit pendant deux ans avec la même plume. » {Mémoires du cardinal de Retz).
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plus sublime, clans le désert créé par ses seigneurs ; on découvre de là toute la Campagne de Rome jusqu’à la base des montagnes bleues d Albano , et la solitude n’est interrompue que par les ruines des tombeaux des héros, et des aqueducs impériaux, les murs des villas ou les restes des monumens qui bordaient la noble route conduisant de la porte de Saint-Jeande Latran jusqu’aux faubourgs de Naples.
L’église ou basilique de San-Giovanni-Laterano est la principale, et je crois la plus ancienne de Rome. On dit qu’elle a été achevée par Constantin-le-Grand. Le nombre et la variété des épithètes qu’on lui a prodiguées attestent sa sainteté et son antiquité; et dans le fait les noms (V Or bis mater et cap ut, et de Basilica aurea , sont des images qui conviennent à la puissance, à la richesse, au génie du système auquel elle appartient. Cédant à la main destructivedu temps, elle tombait en ruines; mais c’était une image trop imposante de l’influence pontificale pour 11e pas réclamer les soins des papes. La cathédrale del sommo pontifice , comme les Romains l’appellent, a donc été réparée, rebâtie, ornée, enrichie, par tous les pontifes , depuis saint Silvestre qui l’a consacrée, jusqu’à nos jours. Elle porte maintenant un caractère de magnificence gothique, de sombre majesté, bien
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plus imposant que tout l’éclat et toute la splendeur de Saint-Pierre. Les chapelles somptueuses , mais dégradées , paraissent ornées de dépouilles consacrées par des Huns nouvellement convertis. Les chanoines officiaient dans le moment où nous visitâmes ce monument pour la première fois; mais leur voix se perdait dans cette vaste nef, presque entièrement vide. C’est le sort de toutes les grandes églises de Rome; elles sont toutes abandonnées, et quelques paroisses dans le centre de la ville, et l’église des Jésuites, sont les seules qui soient fréquentées par les habitans.
Le baptistère de Saint-Jean-de-Latran , qui touche à l’église, a été bâti par Constantin , et l’on dit qu’il y a été baptisé par le pape saint Silvestre.
Tous les usurpateurs ont adopté les religions populaires, ou celles qui promettaient de le devenir. Constantin, incapablede connaître la vérité et de sentir la beauté de la doctrine miséricordieuse du christianisme, en fit un instrument de son ambition. C’est ainsi qu’en ont agi depuis, Clovis, Pépin, Charlemagne. JM3 code pénal établi par Guillaume et Anne, contre leurs sujets catholiques, la conversion soudaine d’Henri iv , et la protection accordée à l’Eglise par Bonaparte, 11e sont point des
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actes inspirés par la religion ; tous les souverains ont suivi la route battue d’une politique maintenant usée, tandis que dans la réalité chacun d eux trouvait , comme l’Argant du Tasse, *
Nella spada sua legge e sua ragione.
« Sa loi et sa raison dans son épée. »
Le reste n’était qu’une déférence politique pour les opinions populaires.
Le baptistère de Saint- Jean-de-Latran a été souvent ravagé par des envahisseurs, et il est resté long-temps pendant les bassi tempi dans un état de ruine et de dévastation absolue. Enfin l’attention des pontifes se tourna sur lui, et par les soins de Grégoire xm et d’Urbain viii, il prit ce caractère de lourde magnificence qui le distingue maintenant. Une ancienne urne de basalte , ornée d’or et de bronze, formait les fonts baptismaux, et dispense encore les eaux de la vie aux Juifs qui viennent une fois par an chercher la régénération à tant par tête (1). Cet édifice, si l’on en
(1) Les mauvais plaisans'de Rome prétendent qu’on a toujours un catéchumène en réserve , dans le cas où le marché extérieur n’en fournirait pas le nombre suffisant ; et qu’un de ces doubles a joué son rôle assez souvent pour avoir été généralement reconnu. Ces conversions se font le jour de Pâques.
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excepte sa grande ancienneté, ses superbes colonnes de porphyre, et ses belles corniches qui ont été enlevées aux monumens antiques de Rome, n’a rien qui puisse exciter l’admiration. Deux de ses tableaux méritent cependant d’être remarqués comme rappelant des faits historiques fort curieux. L’un représente le concile de Trente, brûlant les livres écrits contre les évêques , qui sont tous présens au sacrifice en habits pontificaux , respirant les fumées de l’encens offert à leur inviolabilité. Les arts étaient alors depuis long-temps tombés sous la protection de l’Église, les statues païennes étaient converties en saints chrétiens, la brûlure des livres florissait, et la doctrine de la liberté de la presse n’était pas même connue de nom. Les lois répressives ont été le résultat d’une politique plus raffinée, et ont été précédées par la censure brutale du feu dévorateur (i). Les évêques d’Angleterre ont été de grands brûleurs de livres, particulièrement en i52g. L’évêque de Londres brûla la Bible de Tyndale, considérée alors comme aussi dan-
(1 ) Dans la vingt-cinquième année de l’ère chre'fierme, les ouvrages de Cremutius Cordus furent brûlés publiquement par les édiles, parce qu’il avait loué Brutus, et nommé Cassius le dernier des romains. Tacite , 1. 4.
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gereuse pour la religion du peuple anglais , qu’une Bible publiée par le présent évêque de Londres le paraîtrait pour la population romaine actuelle. Sous Henri viu, la Bible était brûlée, et par les catholiques et par les protestans, pour prouver leur orthodoxie ! Sous son fils, toute production catholique était dévouée au bûcher ! Sous sa fille Marie , les livres protestans et leurs écrivains étaient condamnés au même supplice. Élisabeth, dont la religion était le pouvoir , fit brûler tout ce qui était hétérodoxe à son système ; et les œuvres de Cambden, considérées comme trop hardies pour le méridien d’Angleterre, passèrent en contrebande sous le nom du président de Thou , et furent apportées de France. L’Angleterre n’a joui des bienfaits d’une presse libre qu’à l’époque de sa glorieuse révolution , qui obtint pour elle ce droit précieux, que ses communes établirent en 1694.(1)
L’autre tableau représente les statues brisées dans les temples romains , des statues peut-être les rivales de l’Apollon et de l’Antinoüs. Un évêque, qui a l’air d’un sorcier de village , agite un encensoir doré, et purifie le sol qu’on vient
(1) On n’a réellement joui de cette liberté dans tonte sa plénitude , qu’après la promulgation du bill de Fox.
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de débarrasser des ouvrages de Phidias et de Praxitèle. C’était avant la bulle qui a été fulminée (mais trop tard) pour empêcher de convertir les statues de marbre en chaux poui? bâtir des maisons, (i)
En face de la grande entrée du palais de Latran, s’élève la vénérable chapelle de la Scala-Santa , qui faisait autrefois partie de l’ancien édifice. Cette chapelle attire journellement une foule de pèlerins de la campagne, dont nous voyions plusieurs monter ses degrés sacrés, sur leurs genoux, toutes les fois que nous passions auprès de cet édifice. La vénération qu’inspirent ces marches consacrées, tient aux cinq degrés du centre qu’on prétend tirés de l’escalier de la maison de Ponce Pilate, et qui ont été sanctifiés par le sang du Christ. II n’est pas permis de les monter autrement qu’à genoux; et des montées latérales servent aux personnes dont la piété n’est pas assez puissante pour les engager à ce pénible exercice.
Les belles arches de l’aqueduc érigé par Néron , pour conduire les eaux elaudiennes au mont Clelio, terminent cette scène de désola-
(i) Sous le pontificat de Martin v, un grand nombre de statues antiques ont été pilées pour servir de ciment dans les palais qu’on bâtissait.
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tion splendide; elles antiques portesde San-Gioyanni , et les murs de Rome élevés sur ceux de l’empereur Aurélien , donnent le dernier trait à ce tableau de dévastation et de ruines. Quand l’influence du mauvais air eut coopéré avec le despotisme et les institutions qu’il soutenait, à dépeupler le mont Clélien, l’infection commença à se répandre jusqu’au palais des pontifes, qui se retirèrent alors au Vatican, ancien édifice que plusieurs supposent avoir été bâti par Constantin, près de la basilique de Saint- Pierre, pour des papes à venir, et qu’on prétend avoir été habité par Charlemagne. C’est alors que commencèrent les pompeuses merveilles de Saint-Pierre et du palais du Vatican; et les fictions brillantes des poètes arabes n’ont rien qui puisse se comparer aux effets produits par l’opulence ecclésiastique et le génie italien. Depuis le treizième siècle, chaque pape a ambitionné de surpasser son prédécesseur en magnificence; les autels, les pavillons, se succédaient à l’envi; les trésors étaient ajoutés à des trésors ; enfin la demeure du serviteur des serviteurs de Dieu couvrit plus d’espace qu’il n’en fallait pourbâtir une capitale(i),
(i) Le Vatican occupe , dit-on , un espace égal à celui sur lequel la ville de Turin est bâtie.
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et la coupole de son église offre la circonférence du plus majestueux des temples païens.
Des siècles ont passé sans voir terminer un ouvrage qui. semblait appartenir à l’éternité; et le museo Chiaramonti , actuellement sous la direction de Canova, prouve que la magnificence pontificale, et le talent italien, n’ont pas été entièrement éteints par le temps et la révolution.
On 11e devrait pas, la première fois qu’on va visiter Saint-Pierre, s’y rendre en voiture, comme il est d'usage de le faire quand on entreprend une tournée pour voir les édifices romains. O11 devrait s’en approcher en pèlerins par un chemin lent et difficile, et chercher ce temple immense où la majesté, la puissance, la gloire, la force et la beauté se déploient à l’envi l’une de l’autre, en parcourant à pied les divers détails de misère, de désordre et de dégradation qui distinguent toutes ses avenues , et qui sont les élémens dont sa splendeur est composée. Il règne autour de toutes les autres grandes basiliques de Rome une région de désolation ; et Saint-Paul et Saint-Jean-de Latran s’élevant sur les horribles frontières des déserts infectés qu elles dominent, sont comme des temples dédiés. à la mal - aria ; mais les approches de Saint-
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Pierre ont un autre caractère. Chaque avenue étroite offre une population pressée , marquée de tous les traits de l’indigence et de la démoralisation. Chaque habitation obscure et dilapidée est encombrée de tenanciers qui ne devraient pas se trouver aussi près d’un édifice religieux. C’est ainsi qu’on aborde ces autels de Saint-Pierre, qui ont été érigés en écrasant le peuple. Là, sont les rues les plus sales de la plus sale cité de 1 Europe. Là, des visages que l’amour a marqué de son sceau, paraissent également défigurés par la malpropreté, et par une parure indécente ! et de jeunes beautés plébéiennes, assises sur le seuil de quelque fabrique ruinée, ôtant le poinçon qui retient des tresses qu il est dangereux de détacher, confient leur belle tète à l’inspection d’une vieille servante, et sourient à l'étranger avec toute la complaisance d’une du Barry, quand elle fait sa toilette pour le bien public, entourée des dignitaires de 1 Église qui se disputent l’honneur de lui rendre quelques services (1). Les rues qui
(1) Le nonce du pape et le cardinal de La Roche Aymon assistaient souvent à la toilette de madame du Barry, et on les a vus lui présenter ses pantoufles , pendant que le i'oi parlait d’affaires avec le lieutenant de police , dans son alcôve. Telles étaient les mœurs du clergé et des hommes d’état en France , sous Louis xy.
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conduisent directement à Saint-Pierre offrent de loin en loin un palais dévasté, mêlé à des bâtimens ignobles; mais la façade de marbre en est toujours défigurée par les étendages des blanchisseuses; et une forte odeur d’eau de savon indique une tension à la propreté , dont les effets ne se montrent que par la vapeur savonneuse qui sort des fenêtres des blanchisseurs dans les plus belles rues, (i)
Quand ces décourageantes avenues ont été traversées, la piazza di San-Pietro in Yaticano se déploie à l’œil étonné, et paraît plus frappante par le contraste de sa beauté et de sa magnificence avec les images qui l’ont précédée.
Tout ce que le savoir ou le bon sens peuvent dicter, tout ce que la critique ou la prétention peuvent prononcer, a été dit sur ce grand objet d’une admiration universelle. Les plus profonds connaisseurs du dernier siècle l’ont commenté; les plus grands poètes de nos jours l’ont chanté; et depuis les in-folio de Piranesi jusqu’au portefeuille du voyageur imberbe, on trouve partout des vues de son architecture.
(i) Napoléon avait l’intention de déblayer ces rues , jusqu’au pont et château Saint-Ange, comme il avait debarrassé les alentours des Tuileries.
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Tout ce qu’on a laissé à faire aux visiteurs futurs, c’est de jouir en silence de leur propre sentiment (si tant est qu’ils aient un sentiment qui leur appartienne), ou tout au plus d’exprimer l’impression qu’ils on reçue à la première vue de ce prétendu miracle de l’art.
La première impression que la façade de Saint-Pierre a faite Sur l’auteur de ces pages , a été un désappointement total. Sa grandeur ne l’a point frappée; et, par son manque de simplicité et d’ensemble , interrompue comme "ell.e l’est par des pilastres, des loges, des niches, des balustrades, elle ne lui a fait éprouver aucune émotion agréable. Comme personne n’était là pour diriger son jugement ou lui faire honte de son ignorance, elle se détourna involontairement après quelques minutes d’observation, pour contempler des objets beaucoup plus attrayans pour son goût inculte. Ces objets étaient ces belles colonnades demi-circulaires, ces nobles fontaines, lançant leurs eaux brillantes et limpides , à travers lesquelles brillent les rayons du soleil , et rafraîchissant l’atmosphère ; et cet obélisque apporté d’Héliopolis , où Sésostris l’avait érigé, dans le cirque de Néron, où Caligula le fit placer (1). Cet obélisque renferme
( i ) Saint-Pierre et les bâtimens adjacens occupent l’era-
l’histoire de plusieurs empires tombés , et d’un pouvoir qui n’est pas détruit , mais étrangement transformé. La première impression de la façade de Saint-Pierre ne s’est jamais effacée; le dessin original de Michel- Ange, qui nous a été montré dans la bibliothèque du Vatican, n’a servi qu’à la confirmer; et l’opinion d’un homme dont le jugement pouvait être mis à côté de celui de Michel-Ange luimème, a sanctionné la décision de l’ignorance. (r)
Mais la grandeur de Saint-Pierre n’est jamais* estimée avec justesse à une première inspection, ni même après plusieurs visites réité-
placement du cirque et des jardins de Néron, dans le Campo-Vaticano ; l’obélisque était resté à la place où Caligula l’avait fait élever jusqu’en i586 , où Sixte-Quint le fit transporter au milieu de la Piazza, où il est encore maintenant.
( 1 ) Pendant des siècles , le plan de Saint-Pierre a varié ; tantôt latin, tantôt grec, il a changé une douzaine de fois sous divers artistes et divers pontifes. Le beau dessin de Michel-Ange, une croix grecque avec une façade semblable à celle du Panthéon , porte le caractère de ce ge'nie sublime et simple. On le montre dans la bibliothèque du Vatican , et il n’est jamais contemplé sans faire éprouver au spectateur le regret qu’il n’ait pas été exécuté. Le principal architecte de Saint-Pierre ,, tel qu’il existe maintenant, est Carlo Maderno , qui a travaillé pour le pape Paul v-
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rées; et c est 1 effet de la perfection de ses proportions. Outre que ce monument est hors des limites des objets connus, que les témoignages de l’expérience ne peuvent servir à l’apprécier,
J harmonie de toutes ses parties est si parfaite, quelle ne laisse aucun objet de comparaison, d apres lequel on puisse juger de son immensité. Des colombes colossales volent sur des corniches plus hautes que l’aire de l’aigle des
montagnes, des saints gigantesques, les Briarées
du martyrologe, des chérubins grands comme des Typhons, des lettres qui se lisent, malgré leur extrême élévation (i), diminuent la hauteur de cette coupole, véritable Ossa empilé sur le Pélion, et amoindrissent l’immensité de ces nefs interminables, dont les chapelles votives pourraient servir de métropoles. Cependant le temple de Saint-Pierre, avec ses 1 ichesses sans pareilles, qui surpassent les ouvrages clés rois de Memphis , n’est après tout qu’un jouet gigantesque (2) ; et la puérile et
(0 Bans 1 inscription autour de la coupole intérieure , les lettres ont plusieurs pieds de haut; je ne me rappelle pas exactement combien. Cette inscription porte les mots bien connus de notre Seigneur : Tu es Petrus , et super
hanc Pelram œdificabo Ecclesiam mecim. , et tibi dabo claves regni cœlorum.
(2) En i659, un modèle de Saint-Pierre , en minia-
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incalculable profusion de ses diamans , de ses pierres précieuses , de ses statues et tableaux, de ses dorures , de ses mosaïques, de ses bronzes et de ses marbres empêche qu’il ne réveille dans l’imagination les associations solennelles qui sont attachées à de tels édifices, par le souvenir du passé mystérieux, et qui leur donnent un intérêt bien supérieur à celui qui peut être inspiré par les objets de la vue.
Parmi les mausolées magnifiques élevés dans ce temple à la mémoire des pontifes et des princes de l’Église, où pour couvrir des cendres royales il en est un qui fournit un commentaire frappant sur le texte de ce majestueux édifice, c’est la tombe de la fameuse comtesse Mathilde , la plus puissante alliée que le saint siège ait jamais eue : sa défense des papes et de leur système, et son patrimoine considérable légué à l’Église, lui ont mérité un monument dans Saint-Pierre , où ses os furent transportés de Mantoue par l’ordre d’Urbain vïii : son effigie représente une femme grave et sévère, une personne dont la forte volonté a pu passer pour du génie : elle tient d’une main la tiare et le sceptre papal , et de
tare , a été fait pour Louis xiv. On dit qu’il s’est amusé pendant des heures entières avec ce brillant jouet.
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l’autre les clefs de l’Église. Son sarcophage est placé à ses pieds, et les bas-reliefs qui le couvrent sont la partie la plus précieuse du monument; ils représentent l’empereur Henri ier, aux pieds de Grégoire vn où Mathilde avait contribué à le conduire. L’abject empereur, prosterné et demi-nu, entouré de princes italiens et de barons ecclésiastiques, témoins de sa honte et de sa dégradation, forme un contraste marqué avec le pape hautain et impérieux qui semble prêt à poser le pied sur le col impérial de l’infortuné souverain, qui, ainsi abaissé dans la poussière, représentait les Césars. Telle a été l’Église dans ses beaux jours ! Quand Joseph n visita Saint-Pierre, et qu’on le conduisit à ce monument, on dit qu’il se détourna avec un dédaigneux sourire , et qu’il rougit d’indignation. Peut-être , en cet instant, un sentiment personnel le confirma dans ses intentions de réformes philosophiques, et décida le sort des capuchons , des voiles et de ceux qui les portaient , et depuis ce temps il peut avoir considéré : .
Relie , beads
Indulgences, dispenses, pardons, bulls ,
The sport of winds. (i)
Milton.
(i) « Les reliques , les chapelets, les indulgences , les
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Il existe un autre monument dans Saint- Pierre , qui arrête souvent les pas du voyageur anglais, quelles que soient leurs opinions politiques ; car les Whigs et les Torys peuvent également trouver des sujets de méditation sur le tombeau du dernier des Stuarts. Ce beau mausolée, ouvrage de Canova, est élevé à la mémoire de Jacques ni , roi d’Angleterre, de la reine sa femme et de ses deux fils. L’existence du dernier représentant de ces princes, qui n’ayant été remarquables que par leur manque de mérite et. leurs infortunes, exciteront long-temps la pitié et le mépris de la postérité ; qui cessèrent d’être rois, parce qu’ils ne pouvaient pas être despotes; cette existence est rappelée avec tous les titres pompeux attribués à la royauté dans sa plus grande gloire; et le monument et les titres sont dus à la munificence du prince régent d’Angleterre, qui l’a fait ériger pour les Stuarts. La libéralité avec laquelle il a accordé ces titres à la tombe de celui à qui sa naissance donnait le droit de se les arroger pendant sa vie , honore également son esprit et son coeur. Les inscriptions de ce monument ne portent aucune atteinte à la
bulles , les dispenses , les pardons, comme les vains jouets des vents. «
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dignité d’un trône qui, fondé sur le suffrage d’une nation libre, peut fournir à. celui qui l’occupe le moyen d’étre généreux envers la tyrannie tombée; mais on doit regretter que des considérations politiques ( que la postérité traitera de fausses si elles ne les condamnent pas comme viles) aient fait suivre une autre ligne de conduite à l’égard d’un autre monarque tombé , et que l’histoire puisse établir un contraste entre la royale pitié d’un prince anglais envers Jacques Stuart, et la timide vengeance de la sévérité ministérielle envers Napoléon Bonaparte.
A gauche de la basilique, ou église de Saint- Pierre, est un autre monde de merveilles dans sa sacristie , c’est le trésor du temple , la cave des quarante voleurs. C’est là que se font les diverses transactions de l’Église, où l’on célèbre les conciles et les dîners des chanoines. Des corridors et des pièces se succèdent à l’infini , tous comblés de richesses qui se dégradent (1). Pour élever cette aile du bâtiment,
(1) Les corridors de cette sacristie sont ornés de colonnes et de pilastres de marbre antique (gris antique et vert antique), avec des inscriptions \ des bustes , des statues , etc. La sagrestia commune est une superbe salie octogone soutenue par des colonnes de jaune antique , et la sacristie des chanoines est entourée de coiï'res de bois des
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on a dépensé des sommes qui auraient suffi pour bâtir une ville ou restaurer une province.
A droite de la basilique, une de ses longues et belles colonnades mène à des églises empilées sur des églises , à la chapelle Paoline , avec sa magnificence ternie (1), et à la chapelle Sixtine, dont les murs, plus riches que tout le reste, représentent la Divinité esquissée par la main de sa créature la plus noblement douée : tout ce que l’œil contemple en ce lieu est consacré par le génie ou le pinceau de
Indes, tous remplis de trésors. Une autre pièce magnifique, appelée sagrestia de ’ bénéficiait , est pleine d’armoires de la même matière précieuse . qui contiennent les superbes habits des chanoines , et d’autres objets du magasin ecclésiastique. Chaque pièce a une petite chapelle splendide , dans laquelle se voient des tableaux des grands maîtres : toutes ces richesses confondent l’imagination. Les sommes employées à l’érection de cette inutile sacristie , et à d’autres entreprises semblables par le dernier pape Pie vi , ont rendu l’état et le peuple banqueroutiers. Le mauvais goût de ce pontife égalait sa prodigalité, quoiqu’il se crût bon architecte; car il fit démolir un temple de 'Vénus que Michel-Ange avait respecté , pour bâtir cette lourde et insignifiante sacristie.
(1 ) Les ornemens d’or de la chapelle Paoline sont noircis par la profusion de cierges qui y sont allumés pendant la semaine sainte.
Michel-Ange. Les corridors de ces temples suspendus dans les airs, conduisent au palais du pontife, le somptueux Vatican, avec ses treize mille chambres , ses corridors remplis d’orangers , sortant de vases de marbre faits pour les délices des Césars ; tandis qu’audelà de ce palais magique s’étend cette plaine triste } déserte et sauvage , le siège de la désolation , la Campagne de Rome : éloquent commentaire !
En contemplant la puissante masse qui porte le nom du plus humble des apôtres, son immensité, sa splendeur, sa beauté, sa richesse produit une impression qui diffère suivant le caractère d’esprit du spectateur, et les sentimens dont il est dominé. Le pèlerin dévot et crédule, dans l’imagination duquel l’Église l’emporte sur la Divinité, croit voir saint Pierre prêt à lui ouvrir la porte des cieux; il voit la croix triomphante s’élever au-dessus des trônes , des dominations , des principautés , des vertus , des puissances. 11 révère le temple des saints martyrs, le trône des pontifes infaillibles, la châsse et le sépulcre de celui dont le nom prophétique devint la pierre angulaire de l’Église ; il touche la porte sacrée (i); il baise les pieds
(i) La porta sauta , l’une des principales entrées de
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de la douteuse statue de saint Pierre (1 j, assuré par la foi que cet acte l’absout d’une multitude de péchés.
Pour le philanthrope qui considère tout sous l’influence de ses sympathies avec l’état de l’homme , ce temple inimitable paraît une des causes qui ont perpétué la peste dans les plaines désolées du Latium, et porté la misère avec l’erreur à des myriades d’êtres sur toute la surface du monde. A l’œil du philosophe, dont le jugement calme apprécie les événemens, ce moment rappelle une des grandes époques de l’histoire du genre humain , la réforme. C’est un argument tacite, mais bien puissant, qui prouve que l’homme, rarement conduit à la vérité par de pures abstractions , est bientôt persuadé par son intérêt direct.
Saint-Pierre , n’est ouverte que le jour du grand jubile'; hors ce temps , elle est toujours murée. Les gens du peuple s’arrêtent ordinairement devan t cette porte pour la baiser ou enlever un morceau du mortier qui la couvx'e.
(1) Une statue de Jupiter Capitolin ligure maintenant comme l’effigie du prince des apôtres, et elle a opéré autant de miracles depuis sa conversion qu’elle avait pu en faire auparavant. A toutes les heures du jour , on voit autour de celte statue , des groupes de paysans frottant leurs fronts contre ses pieds, qui sont devenus brillans et polis par la friction continuelle.
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Les sommes exigées pour finir ce glorieux édifice par le magnifique banqueroutier Léon x , ont donné lieu à ce honteux trafic des indulgences, à ces diverses exactions ecclésiastiques qui parlaient un langage intelligible pour les esprits les plus grossiers; et quand saint Pierre parvint au faîte de sa splendeur, l’Église, dont il était le symbole, reçut le coup dont elle ne devait jamais se relever. Quel monument s’élèvera pour rappeler le souvenir de la réforme d’une autre Église? prélats de Canterbury , d’York et de Durham, pontifes aussi puissans , aussi riches que les pontifes romains, sinon aussi infaillibles, c’est à vous qu’il faut le demander !
Le palais papal , ou palazzo pontéficio ciel J^aticano , qui communique avec Saint-Pierre, est plutôt un assemblage de palais qu’un simple édifice, et son architecture est aussi variée que les siècles et les talens qui ont contribué à son érection. Le génie de Bramante, de B.aphaèl, de San-Gallo, de Fontana, de Bernin et de plusieurs autres artistes presque aussi recommandables, s’est concentré pour produire cet ouvrage. Les talens de divers temps et de diverses nations ont rempli ses labyrinthes de marbre , el en font actuellement, à F égard des arts, un dépôt plus précieux que tout ce qui
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existe dans le reste du monde. L’édifice est divisé en trois étages, chacun desquels est entouré par une loggia ou corridor ouvert richement peint. Sessalles innombrables, sesgaleries sans fin, ses belles chapelles , sa vénérable bibliothèque, ses vingt cours , et ses deux cents escaliers, présentent une campagne de bâtimens ; et l’étranger, malgré des visitesréitérées, a peine à se rappeler ces pièces variées, hors celles qui sont particulièrement distinguées par quelque miracle des arts, dont elles tirent leur nom. On ne connaît jamais parfaitement la carte du pays , mais il est impossible d oublier la loggia di Rafaello (i), l’appartement
(i) Cette loggia a été construite par Léon x, sous la direction de Raphaël. Le second étage a été peint pai* ce grand homme et ses élèves , et les compartimens représentent les principaux faits des Écritures. Ces fresques ont toute la délicatesse et le fini des miniatures , avec toute la grandeur de dessin dfes ouvrages historiques. C’est là que Raphaël travaillait au milieu de ses jeunes disciples , pleins d’ardeur, Jule Romain , Perrin del Vaga, Pellegrino , Caravage , etc. Cependant ni la sainteté des sujets, ni les traces d’un pinceau divin , ne purent sauver ces chefs-d’œuvre de la plus vile profanation pendant 1 occupation de Rome par les Autrichiens. Ces barbares Germains , non moins grossiers que ceux qui spolièrent les pavillons du Vatican , et le grand autel de Saint-Pierre , sous le connétable de Bourbon , firent une caserne de
homë.
Borgia ( j) , le portique du Corlile, le belvédère et les cabinets successifs, dédiés à divers ouvrages de l’antiquité, qui offrent les productions
cette aile du palais pontifical ; et les murs consacrés par l’image de la Divinité et les efforts d’un art sublime , ont été enfumés par les feux qu’allumaient de sauvages soldats pour apprêter leur nourriture. Quand Murat arriva à Rome avec son armée , sa première visite fut pour la loge de Raphaël , et voyant combien les peintures avaient été endommagées par leur exposition aux injures de l’air , depuis tant de siècles ( car ainsi que toutes les loggie italiennes, c’était une colonnade ouverte ) , il ordonna que les ouvertures fussent fermées , et y fit pratiquer de belles fenêtres. Cet ouvrage a été achevé en quatorze jours ; et s’il n’avait pas été terminé pendant son occupation , il ne l’aurait pi'obablement jamais été. La postérité aura donc l’obligation de la conservation d’un des plus précieux monumens des arts, à cet homme brave , sensible et malheureux. Les salles qui sont adjacentes à la loggia sont nommées ca/nere di Rafiaello ; il y en a quatre , et elles contiennent les sujets de ces fameux cartons , etc. etc. Chaque chambre porte le nom du sujet représenté sur ses murailles.
(1) L’appartement Borgia a été bâti par Alexandre vi , d’infâme mémoire; les salles en sont belles, mais sombres, et renferment actuellement la collection de tableaux la mieux choisie et la plus précieuse du monde. Ou y admire la célèbre Transfiguration de Raphaël, la Vierge de Foliguo , et des chefs-d’œuvre du Dominiquin , du Guide , et de presque tous les gr.ands maîtres.