‹ L'ItalieChapitre 13 sur 19 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

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Milan. — Édifices publics. — Forum Bonaparte. — Arc du Simplon. — Arène. — Jardins publics. — Villa Reale. — Manufactures royales. — Galerie du professeur Breislac. — Benvenuto Cellini. — École égyptienne. — Pensionnat impérial. — École de Lancastre. — Palais de particuliers , anciens et modernes. — Casa Trivulzio. — Bibliothèque. — Collection. — Heures de Léonard. — Casa porro Lambertenghi. — Collection Malaspini. — Casa Litta. — Villas. — Cinesello. — - Balsamo. — Casino Trivulzio. — Villa reale de Monza. — Cathédrale. — Couronne de fer de Lombardie. — Couronnement de Napoléon.

Deux tours antiques sont tout ce qui reste des anciennes forteresses de Milan , qui furent alternativement les citadelles ou les prisons des familles qui les ont fondées. On suppose que le château , érigé par Galéas Yisconti , a été commencé en 1 558. Ce château ayant été démoli , Jean Galéas en fit bâtir un autre; mais celui-ci excita de même la jalousie des citoyens répu^

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blicains, et il fut sacrifié à l’esprit de liberté qui dominait encore. Cependant, le despotisme ne pouvait exister dans le moyen âge sans l’appui des cachots et des forts; et François Sforce éleva , pour la troisième fois, des fortifications pour imposer au peuple de Milan. Les deux tours que nous venons de citer tenaient à ce dernier monument. Le reste a été abattu par les Français , et la caserne qui occupe la place de l’ancienne, conserve à ce terrain sa destination première. Le dernier gouvernement avait con sacré ce qui restait de l’emplacement à une promenade publique ; des allées régulières , des gazons y avaient été plantés sous la direction de Canonica, architecte célèbre. Cette promenade vraiment belle a été nommée, d’après le langage usuel du temps , Forum Bonaparte ; à présent elle a reçu le nom plus orthodoxe de place du Château , et, comme tous les autres ouvrages ou institutions qui n’ont pour objet que la santé, le bien être ou l’amusement du peuple, elle est négligée , et on la laisse se détériorer.

A la fin de cette promenade, à la place où la grande route du Simplon vient aboutir à Milan, un superbe arc de triomphe a été commencé d’après le dessin du marquis Luigi Cagnola. C’est un ouvrage qui répond bien, par sa grandeur et sa beauté, à l’ouvrage plus

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grand encore dont il était destiné à célébrer l’heureux accomplissement. Pour juger de ce noble monument, qui n’a pas été élevé à plus d’un tiers de sa hauteur, il faut voir les plans et les dessins de l’architecte. Les ornemens et les statues qui avaient été commandés pour compléter ce projet, digne de rivaliser avec les .meilleurs ouvrages que l’antiquité ait légués à notre admiration, ont formé une école de sculpture en Lombardie, où se sont développés de beaux talens avec une rapidité qui prouve l’énergie du système dont le monument lui-même est un résultat. Pacetti , Monti de Ravenne, Monti de Milan, Acquisti, Pizzi et Marchesi , qui tous seraient restés inconnus à la renommée sous le régime du siècle précédent, ont déployé, dans les bas-reliefs, les ornemens, les sculptures, une force de génie, une hardiesse de conception , qui démontrent que les productions méritantes ne manqueront point aussitôt que les occasions de les employer seront offertes.

A la restauration, l’ouvrage a été suspendu, et il est resté dans l’état où il était en 1814, entouré de blocs de marbre tels qu’ils ont été tirés de Carrare, et de masses de granit arrachées des flancs du Simplon; les piédestaux, les bas-reliefs, les statues, les trophées, sont dis-

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séminés de tous cotés autour du monument; la mousse et le lichen défigurent déjà leurs contours, et les ateliers environnans, pleins de travaux commencés, restent silencieux et abandonnés. Près de l’arc du Simplon, on voit X A relia, ou Cirque , dessiné par le même architecte, dont l’esprit semblait imbu des belles formes antiques. Cette arène, destinée par le gouvernement révolutionnaire à faire une place de divertissement pour le peuple, et pour y célébrer les fêtes nationales, peut contenir aisément trente mille spectateurs. Là on projetait de faire revivre les courses de chevaux et de chars, et les jeux athlétiques pratiqués dans les plus beaux jours de la Grèce. On a construit l’ Arena de manière à ce qu’elle puisse être couverte d’eau en une minute, et convertie en Naumachia. Sous tous les rapports , l’imitation de l’antiquité est complète. Le Pulvinare des Romains (la place destinée à l’empereur) est élevé sur de magnifiques colonnes de marbre rouge, et les portes triomphales sont ornées de bas-reliefs anaLogues à la destination de l’édifice.

Nous ne savions encore ce que nous devions aller voir, quand, après avoir dîne chez un noble milanais (i), quelqu’un nous proposa

(i) Le dîner des Milanais finit comme celui des Pari-

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de nous mener sur YJrena. En entrant dans son immense enceinte par ses magnifiques portes triomphales, je crus me trouver au milieu d’un de ces restes précieux de l’antiquité que je m’attendais à rencontrer en si grand nombre en Italie, et dont je n’avais encore vu aucun : la grandeur de l’arène et les nombreux sièges circulaires font un effet extraordinaire, même tels que nous les voyions; mais quand l’imagination les remplit de trente mille spectateurs, et place dans le centre des coureurs agiles, d’intrépides conducteurs de chars, le tableau qu’il présente, toutes les associations qu’il suggère, et l’effet qu’il produit, ne peuvent se comparer à rien de ce qui est inspiré par tout autre monument. De semblables spectacles ont eu lieu fréquemment sous le vice-roi Eugène, quand des fêtes étaient données par le gouvernement , qui , en offrant ainsi au peuple l’image de l’ancienne gloire de l’Italie, se montrait bien au-dessus de l’étroite et illibérale politique du temps actuel , où l’on ne connaît d’autres moyens de gouverner que la

siens, par^e dessert et le café , après lequel on se disperse pour aller au Cours, faire des visites , ou des promenades hors de la ville. Dans les villas, on passe une partie de l’après-dîner dans les jardins.

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division, où l’on n’emploie pour comprimer les esprits que la dégradation.

Comme nous entrions dans une pièce destinée à servir de repos au-dessus de la grande entrée, je crus apercevoir dans l’éloignement, à travers une porte ouverte, une bande d’hommes armés : la clarté du soleil couchant réfléchissant sur les casques et les hauberts , sur de larges boucliers et des lances brillantes, me convainquit de la réalité de ce que je voyais. Deux rangs de guerriers couverts de cottes de mailles montraient leurs visages rébarbatifs sous leur visière à demi levée, et rappelaient les châteaux enchantés de l’ancienne chevalerie. L’imagination encore frappée des chants de l’Arioste, et la mémoire pleine des antiquités militaires de Grose, nous étions prêts à évoquer le reste de l’aventurç, quand, en approchant davantage, ces Renauds, ces Astolphes, se réduisirent tout à coup à la misérable réalité de quelques mannequins habillés. Aux questions que nous fîmes sur ce singulier spectacle, on nous répondit que le gouvernement autrichien, résolu d’imiter, et les fêtes nationales de la république, et les jeux de l’antiquité , avait préparé ces formidables adversaires, qui devaient soutenir le choc d’un régiment de lanciers pour amuser l’empereur,

qu’on attendait incessamment. Le régiment choisi pour étaler ainsi ses prouesses, était le même dont le prince régent d’Angleterre a bien voulu accepter le commandement.

Les cours (corso), ou grandes avenues qui conduisent des portes au centre de la ville, sont parmi les plus spacieuses d’Italie. Le corso de la porte orientale est particulièrement frappant: plusieurs palais neufs, bâtis sur la place de couvens et d’églises démolis, s’élèvent des deux côtés; les façades sont presque toutes grecques, et contrastent avec celles des vieux monumens massifs et monastiques, qui sont ordinairement d’architecture espagnole. Sur la gauche sont les jardins publics, qui venaient seulement d’être terminés à la restauration. Ils ne sont séparés de la rue que par un rang de pilastres de granit avec une corniche surmontée de vases antiques, et par un léger grillage en fer orné d’armoiries. Le jardin est dessiné en allées irrégulières, diversifié par des groupes d’arbres et des pièces de gazon, et baigné par un canal. Les bâtimens sont en bon état; ils consistentenun amphithéâtre, un carrousel, ou grand pavillon, et un édifice dans le centre pour les divertissemens publics. Ce temple du plaisir était, il y a peu d’années, un couvent de religieuses d’un ordre très-sévère; et si l’es-

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prit de quelque vieille dame abbesse visite encore ce théâtre de sa puissance ou de ses regrets , il doit, tout esprit qu’il est, rester frappé d’étonnement.

Une rampe conduit de ces jardins à une autre promenade qui a été plantée sur les remparts, depuis la Porta clella Tenaglia jusqu’à la Porta Roman a , dans un espace trèsconsidérable. La Villa Reale , une des résidences du vice-roi , y est jointe, et ajoute beaucoup à la magnificence de la scène.

Une grande partie des taxes dont on se plaignait sous le régime français, a été employée en ouvrages de cette nature , par lesquels l’argent sorti de la bourse du petit nombre était distribué dans les mains industrieuses du plus grand nombre ; et l’on doit remarquer de plus que, malgré les sommes considérables ainsi versées, la noblesse milanaise est restée la plus riche de cet ordre en Italie. Le système qui accompagnait ses impôts ouvrait aux nobles de nouvelles sources de richesses, plus productives et plus légitimes que celles qui leur étaient fournies sous l’ancien régime (1). Ils sont maintenant agriculteurs, spécula-

(1) Voyez Appendix , n" 1.

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X0MBAJRD1È.

teurs; ils répandent leurs capitaux (anciennement enfouis dans leurs coffres) sur tout le pays, ressemblant en cela aux trois citoyens de l’ancienne Milan dont ils étaient descendus. Nous savons, d’après le témoignage des premiers de ces nobles, que leurs revenus ont été considérablement augmentés par l’abjuration des préjugés aristocratiques, qui leur a donné l’occasion de faire valoir des moyens pécuniaires très-étendus , et de déployer en même temps leur intelligence naturelle et nationale.

Les nombreux couvens qui ont été supprimés n’ont pas tous été démolis : quelques-uns sont devenus des habitations particulières, d’autres servent à des offices publics. Deux maisons de Carmélites sont actuellement occupées par les ateliers et les employés de la monnaie; et les suivans aux pieds nus, de Sainte - Thérèse, ont cédé leur réfectoire et leurs cellules à la manufacture royale de salpêtre. L’un et l’autre de ces établissemens méritent l’attention des étrangers. Nous les visitâmes principalement à cause de la connaissance personnelle que nous avions des directeurs; mais nous y avons passé une des journées les plus agréables et les plus instructives dont nous ayons joui à Milan.

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Nous étions accompagnés dans cette visite par le professeur Breislac (i), le plus savant minéralogiste d’Italie, qui est inspecteur-général des manufactures de poudre; parM. Primo, qui surveille la fabrication des salpêtres; et par M. Morosi (2), mécanicien royal de 1 hôtel des monnaies. Après avoir vu tout ce qui était intéressant à voir dans ces établissemens que leurs talens ont si considérablement améliorés, nous fûmes conduits à la collection minéralogique de M. Breislac, collection trèsremarquable par la beauté et la rareté des morceaux (qui y ont été rassemblés dans le cours d’une vie entièrement dévouée à la science), et qu’une correspondance extensive a beaucoup enrichie. Ce cabinet , agréable aux yeux même d’une femme , par l’ordre, l’élégance, la propreté de l’arrangement, et par

(1) Monsieur Breislac est avantageusement connu en Europe par ses ouvrages minéralogiques , estimés à juste titre. En conséquence , il n’a pas dii échapper à l’attention du gouvernement italien. Il est membre de l’Institut royal et impérial des sciences et des arts.

(2) Milan doit beaucoup à ce gentilhomme pour l’introduction de j>erfectionnemens importans dans les machines, objet sur lequel les Milanais étaient restés, sous l’ancien gouvernement, plus reculés que le reste de l’Europe.

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la beauté des objets, ne peut être contemplé avec indifférence par le voyageur scientifique. D’après ce que j’ai entendu, il paraît que depuis Milan jusqu’à Naples, il n’existe aucune collection de ce genre, comparable à celle-là, et la tête du savant professeur contient des richesses qui surpassent de beaucoup celles de son cabinet, et dont il fait part aux visiteurs, avec une politesse égale à son zèle pour la science. Dans les appartemens de M. Morosi, on nous permit d’examiner un vase et son bassin, du plus riche travail de Cellini. 11 est assez probable que ce sont les véritables bacino e bocaletto dont Cellini parle avec tant de délices dans sa vie : ils y sont en effet décrits tels que nous les avons vus. Si ce sont eux, ils avaient été terminés en France. Aussitôt qu’ils furent achevés, Cellini les porta à son soi • disant patron , le cardinal d’Est de Ferrare, qui sans lui dire un seul mot les emporta pour les présenter à François Ier. Le roi fut enchanté du présent, et prodigua les éloges à l’ingénieux artiste ( il re Vebbe molto caro e mi lodo più smisuramente che mai si lodasse uomo par mio{\). Pour reconnaître ce présent, le roi donna au cardinal une abbaye

(i) Vita di Cellini.

LOME AU DIE.

de sept mille écus de rente, et allait récompenser Cellini, quand le saint cardinal eut la bassesse de s’y opposer, en promettant de lui donner lui-même une pension de trois cents écus sur les revenus de l’abbaye , ce qu’il ne fit jamais : E troppo lungo sarebbe a voler dire la diavoleria di questo cardinale (1). Tel est au vrai le patronage des princes (2), qui n’ayant aucune sympathie, ni avec les besoins ni avec les sentimens des artistes, sont rarement conduits dans leur munificence par d’autres motifs que ceux de pure ostentation ou de caprice puéril. Au surplus, que ces objets soient ou ne soient point le vase et le bassin sur lesquels Cellini a raconté cette anecdote (qui ainsi que tout le reste de sa vie offre le tableau fidèle du temps où il vivait), ce sont des morceaux d’une valeur incontestable pour la perfection du travail. Ils sont en vermeil ; autour du bassin, les Saisons sont représentées par les diverses occupations rurales qui leur appartiennent. Le bûcheron au milieu d’une

(1) « Il serait trop long de dire toutes les diableries de ce cardinal ». Vie de Cellini.

(2) Pour trouver des preuves de la vérité de cette assertion , voyez dans les Mémoires d’ Évelin plusieurs exemples du patronage de Charles n après la restauration.

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foret, l’intérieur d’une chaumière avec un foyer d’hiver, sur lequel se penche un vieux paysan , me plaisent plus que le zodiaque supérieurement ciselé, qui occupe le milieu. Le vase est d’une forme svelte et élégante. La figure principale qui se détache de sa surface, est un héros entouré de toutes les vertus emblématiques, qu’011 attribue par courtoisie à ce caractère des plus douteux. Ces précieux monumens d’un art qu’on ne peut maintenant égaler, ont été trouvés, il y a quelques années, auMont-de-Piété^i), où ils avaient été mis en gage par une famille noble , dans les mains de laquelle ils étaient tombés. En conséquence , leur histoire antérieure ne peut être retracée.

Parmi les établissemens que nous visitâmes le même jour, il s’en trouva un singulièrement intéressant : c’est une école établie à Milan pour les sujets du pacha d’Égypte. Elle contient un grand nombre de jeunes gens de différens âges, et de toutes les parties de ses domaines. M. Morosi (directeur) et le professeur de chimie de l’établissement nous firent

(1) Monte di Fietü. Établissement de prêt sur nantissement, ordinairement dirigé par les autorités, dans les états du continent.

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parcourir toutes les salles, et dans l’un desdortoirs nous vîmes un jeune homme au teint basané, âgé d’environ dix-sept ans, courbé sur un manuscrit qui occupait toute son attention. C’était une traduction de l’italien en copte, qu’il devait envoyer dans son pays. Il était né au Mont-Liban. Je lui demandai s’il y avait long - temps qu’il n’avait reçu des nouvelles de chez lui; il branla sa tête et dit tristement : gran tempo fa (il y a très-long-temps), prouvant par ses regards , que même les cèdres sauvages du Liban peuvent être regrettés au milieu d’une des plus brillantes capitales de l’Europe. Pendant que nous lui parlions, une autre créature gracieuse et intelligente , quoiqu’à demi sauvage, nous suivait avec un dessin dont il paraissait vraiment fier : c’était une copie du portrait du roi de Sardaigne. Je ne conçois guère ce qu’il pouvait penser de cette figure. Comme il la tenait tout près de son propre visage, expressif et rembruni, le contraste excita un sourire général. Plusieurs sujets de grande espérance dans les mathématiques, la chimie et le dessin , sont déjà sortis de cette école. Outre les langues vivantes et les sciences naturelles , on y apprend à travailler dans plusieurs arts mécaniques , encore inconnus dans ces contrées. Il est curieux

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de voir cette race d’hommes venir après tant de siècles, chercher en Europe ces lumières que leurs ancêtres y ont apportées , pour les reporter dans leurs brûlantes régions. En nous en allant, nous trouvâmes dans la salle de récréation, plusieurs petits garçons qui vinrent à nous en courant pour nous baiser les mains. Ils n’avaient cependant pas encore appris à parler ni le français, ni l’italien.

La transition entre les états du roi de Sardaigne et la république de Genève n’est pas plus brusquement tranchée que le contraste de cet établissement et de celui où nous nous rendîmes ensuite, le pensionnat royal et impérial, superbe séininaire féminin fondé parle dernier gouvernement. Là tout était gentillesse, déférence polie, grâces de convention. De tous les bienfaits que la révolution a conférés à l’Italie , celui dont les favorables effets dureront le plus long-temps , est un système d’éducation pour les femmes, plus libéral, élevé sur les ruines de cette bigoterie dégradante qui était bien calculée pour faire des femmes galantes et des dévotes, mais qui ne pouvait produire des épouses et des mères de famille. Dans la plupart des grandes villes, Bonaparte ou le gouvernement italien qui agissait sous son influence avait formé des établissemens

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pour l’éducation des filles de tous rangs, et leur avait attribué des revenus suffisans; sachant combien les femmes contribuent puissamment à déterminer le caractère social, combien une génération de femmes bien élevées pouvait aider à tirer la société du gouffre d’immoralité où les vices et la faiblesse des anciens gouvernemens l’avaient plongée dans cette partie de l’Europe. L’Église, le couvent et les terrains de San Filippo Neri , appartenant à un ordre de religieuses, ont été appropriés avec un revenu considérable à cet établissement destiné à faire une école nationale où l’on admettait plus particulièrement les filles orphelines des officiers morts au service. 11 est de fait que, quand ce séminaire a été établi, il ne se trouva pas une dame italienne que son éducation ou son expérience rendît propre à en accepter la direction; et la baronne de Lor, femme d’un mérite distingué et d’une conduite irréprochable , quitta une institution semblable qu’elle dirigeait près de Paris, pour surveiller la nouvelle fondation de Milan.

Cette dame nous accompagna elle-même dans notre visite à ce séminaire, et depuis nous recherchâmes toujours l’occasion de jouir de sa société. Comme il n’existe aucune école de

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nbü

ce genre en Angleterre, il est impossible d’en donner l’idée par aucune comparaison : mais sous les rapports essentiels du bon air, de l’espace, de l’élégance, de la propreté, des soins et du bon ordre, il est impossible de surpasser cette établissement. Le couvent de saint Philipe-de-Neri ressemble à un château royal; ses arcades, surmontées de galeries ouvertes, entourent un jardin superbe et parfaitement cultivé. Les dortoirs sont très-grands et pourvus de cabinets de toilette abondamment fournis d’eau par de belles fontaines. Il y a aussi des appartemens chauffés scaldatoi , où l’on permet aux enfans de s’amuser avant d’aller se coucher. Les salles sont éclairées la nuit par des lampes suspendues, qui sont renfermées ' dans des cloches de verre, et qui brûlent jusqu’au jour; car il n’est pas permis d’avoir des chandelles ou des bougies. Les dortoirs de l’infirmerie sont à l’étage supérieur et surveillés par deux sœurs cle la Charité. Des bains chauds et froids y sont attenans. La lingerie est une grande pièce remplie de tout ce qui est nécessaire pour l’habillement d’une femme, fait par les élèves pour leur propre usage; mais les matériaux son t fournis par la maison. Une autre chambre contient les ouvrages d’agrément. Chaque classe a des appartemens séparés qui don-

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nent tous sur le jardin, et le désavantage d’un air chaud et renfermé, si commun même dans nos meilleures écoles, est ainsi réellement évité. Nous vîmes des groupes d’en fans courant d’une classe à l’autre à travers des orangers et des buissons couverts de fleurs, chacune avec son petit chapeau de paille et son panier au bras. Nous les vîmes ensuite rassemblées dans une belle salle, d’où elles se rendirent au réfectoire autour d’un excellent dîner. Quand madame de Lor entra, plusieurs des plus petites se pressèrent auprès d’elle , et toutes reçurent un nom de caresse ou quelque marque d’affection et de familiarité. Elle leur parla en français à toutes pour nous montrer leurs progrès, et les fit rire de bon cœur des méprises qu’elles faisaient. L’italien est soigneusement cultivé, et l’on permetlemoinspossible l’usage du milanais. Leurs études sont très-libérales, etdoivent choquer la plupart de leurs grand’mères qui apprenaient à peine à lire et à écrire, et qui voyent leurs illustres descendantes (que leur naissance devait condamner à l’insipidité et à l’indolence) occupées à couper des chemises ou à faire des corsets, à inventer des formes de robes , et à raccommoder des bas, instruites de tous les détails que doit connaître une maîtresse de maison, et combinant ses devoirs

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domestiques avec l’étude des langues, les arts, les sciences et la littérature, (i)

Cependant, depuis la restauration, cette institution a subi quelques changemens, comme toutes celles qui avaient été fondées sous le régime précédent. Ces changemens lui

(i) L’origine de ces établissemens en Italie est, je crois, due au duc de Melzi. Il a fondé une institution d’éducation pour les filles à Lodi , et la personne à laquelle il s’est adressé pour réclamer ses conseils et son assistance , est bien connue en Angleterre; c’est la célèbre Maria Cosway, distinguée par tous les talens , toutes les qualités qui peuvent rendre une femme accomplie. Sous son inspection , le pensionnat de Lodi devint ce qu’il est encore, une des meilleures maisons d’éducation qui existent en' Italie, et peut-être en Europe. Au bout de quelques années , des affaires domestiques la rappelèrent en Angleterre j et c’est une autre dame qui dirige à présent l’école. Les élèves sont au nombre de quarante-deux : leur costume est uniforme , simple et propre sans recherche. L’instruction est la même pour toutes , excepté la musique , la danse et le dessin , que l’on n’enseigne qu’à celles dont les parens sont de rang à nécessiter des talens de ce genre. Elles apprennent les ouvrages d’aiguille utiles et l’économie domestique, de manière à pouvoir, en rentrant dans leur famille à l’âge de quatorze ans , tenir des livres de commerce ou conduire une maison. L’écriture , l’arithmétique et le style épistolaire sont particulièrement soignés, et la géographie, la grammaire et l’histoire enseignées à fond.

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ont rendu quelque chose du caractère monastique, qui appartenait à la destination première de l’édifice. Les enfans ne peuvent plus voir leurs parens qu au parloir , suivant l’usage des anciens couvens, c’est-à-dire à travers des barreaux de fer. C’est en vain que leurs jeunes cœurs s’élancent vers les objets de leurs affections, elles ne pourront être pressées sur leur sein, portées sur leurs genoux! Elles peuvent poser leurs lèvres à travers les barreaux sur la main qui s’appuie contre la grille, mais tout finit là comme du temps des dames de Saint- Philippe.

La paix de 1 8 1 5 a fermé une longue carrière de sang, et levé les barrières qui séparaient les nations depuis tant d’années. Les chemins qui conduisent à un commerce d’améliorations réciproques, et que des préjugés et des arrangemens politiques avaient fermés, non moins que la guerre, furent encore une fois ouverts. Il se fit un mouvement général en Europe. Les royaumes échangèrent leur population; et si les Anglais s’empressèrent à parcourir l’Italie pour y chercher des souvenirs et raviver leurs associations classiques, les Italiens visitèrent l’Angleterre pour observer ce qui pouvait être applicable à leur belle contrée dans les mœurs et les institutions de notre pays. Mais

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les Anglais voyageaient en Italie par groupes: c’étaient des sociétés ou des familles composées de personnes de tous rangs et de tous âges , depuis l’enfance jusqu’à la vieillesse, depuis le marchand jusqu’au pair, et qui marchaient entourées des habitudes, des convenances, des préjugés de larichesse.LesItalieris qui passaient en Angleterre étaient, au contraire, généralement des hommes isolés, plusieurs dans la fleur de la jeunesse, d’autres dans la force de l’âge. Ils nes’attendaientpasàtrouverlesoleild’Italie(i); à manger des glaces à l’ombre des bosquets d’orangers; ils ne sc plaignaient point d’ëtre privés de leurs jouissances habituelles. Ils venaient contempler les effets d un gouvernement libre, d’une presse libre, sur les mœurs, les lettres, les sciences et le bonheur domestique ; et ils ne retournaient dans leur patrie qu’après avoir obtenu, par expérience, toutes les informations qu’il leur était possible de recueillir. Dès ce moment leur temps, leurs talens , leur fortune, ont été consacrés à introduire dans leur propre pays les lumières qu’ils avaient admirées dans les autres. Les noms historiques de Capponi , Gonfaloniere ,

(i) Un bel esprit napolitain de la vieille e'cole disait que les soleils d’Angleterre étaient les lunes d’Italie.

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Ginori, Pacci, Yelo, etc. sont trop bien connus dans les cercles du grand inonde en Angleterre, pour que ceux qui les portaient n’y fussent pas introduits; mais d’après l’apparence extérieure on ne se doutait peut-être pas que ces gentilshommes qu’on voyait tous les soirs dans les sociétés les plus exclusives , qui avaient même passé par la terrible épreuve de V almanach, assisté aux soupers d’opéra et aux représentations théâtrales privées, du suprême bon ion , avaient employé leur matinée à visiter les écoles , les manufactures, les ateliers et les laboratoires. « Dans mon premier voyage en Angleterre (dit le comte Gonfaloniere dans un discours qu’il a prononcé à Milan , comme président de la Société milanaise qu’il avait fondée pour l’introduction des écoles d’enseignement mutuel), une école de Londres, où je vis six cents enfans conduits par un seul, me frappa d’étonnement, et en examinant de plus près le mode d’instruction qui permettait d’effectuer une chose aussi extraordinaire, je fus bientôt convaincu qu’il serait d’une utilité incalculable si on l’adoptait en Italie. En 181G l’enseignement mutuel a été introduit à Paris, et en 1818 neuf cents écoles de ce genre existaient en France. Vers la fin de cette année, à mon retour de Paris, plus persuadé que jamais

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de l’excellence de ce système, d’après des progrès aussi rapides, je m’adressai pour la première fois au vice-roi , pour demander son introduction dans notre pays. »

La proposition avait à peine été écoutée, quand on forma une association pour la mettre à exécution; et les descendans des Yisconti Trivulzi, Vbaldi, Lambertenghi, Litta, Borromeo, et Caraffa, noms si fiers et si féodaux qu’on voit si souvent opposés les uns aux autres, dans l’histoire d’Italie, s’unirent pour répandre chez leurs concitoyens ces lumières , autrefois soigneusement écartées, et que leurs pères eux-mêmes auraient rejetées comme dangereuses pour l’ordre social.

En 1819, nous avons laissé le comte Gonfaloniere à Milan , occupé à fonder son école , et à former plusieurs autres plans d’améliorations nationales. A notre retour dans cette ville , en 1820, nous allâmes , avec le comte et la comtesse, visiter cet établissement, et nous y trouvâmes cinq cent cinquante enfans très-avancés dans l’instruction élémentaire , le système de Lancaster en pleine activité, l’ordre, la propreté, l’activité, aussi bien établis que dans les plus anciennes institutions de ce genre. C’est un spectacle nouveau pour l’Italie; les liens de vasselage échangés contre

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ceux de la reconnaissance et de l’affection, le pouvoir d’opprimer , remplacé par la volonté de faire du bien. Dans les efforts de ces vrais patriotes, on ne voit aucun dessein secret, aucune secte à favoriser, aucuns dogmes religieux à consolider. La porte de la science n’est pas ouverte pour mener aux divines clartés par le medium obscur d’une croyance exclusive ; l’enseignement donné n’est pas destiné à river les chaînes qui attachent le peuple à un ordre social , dont les bienfaits sont trop problématiques pour que la connaissance en puisse être confiée ( sans préparation ) au simple bon sens. Là tout est noble, tout peut se montrer au grand jour; et la seule intention est l’augmentation de la force populaire, et le bonheur universel qui doit nécessairement en dériver.

La bonté et l’hospitalité avec lesquelles on nous a reçus à Milan , nous ont donné le moyen de voir plusieurs des palais des nobles et des gentilshommes. Peu de ces édifices sont ouverts au public et se trouvent sur la liste des valets de place. Les plus splendides résidences de Milan portent toujours le nom républicain de Casa (maison ); elles ont aussi un caractère qui les distingue des palais des classes supérieures dans le midi de l’Italie. L’influence

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avilissante de l’Espagne sur les Milanais, les a retardés dans tons les arts utiles; et l’on retrouve encore dans le dix-neuvième siècle les incommodités, les dispositions mal entendues du seizième. En 1743, un voyageur français décrit le palais de l’archevêque et la maison du gouverneur, comme les seules habitations dont les fenêtres fussent entièrement vitrées. Les vitres étaient autrefois une grande marque de distinction; dans les villages des environs de Naples et de Rome, cela est encofe ainsi; et plusieurs beaux édifices de Lombardie ont leurs châssis couverts de papier huilé. De grands et utiles changemens ont été effectués à Milan, mais il reste encore beaucoup à faire. Les beaux-arts ont été dernièrement mieux cultivés; mais celui de poser une porte sur ses gonds , ou de clore une fenêtre est encore dans l’enfance. La France 11’était pas, au vrai, la meilleure école pour ces sortes de perfectionnemens ; et les palais milanais ne sont pas très-inférieurs, sous ces rapports essentiels, aux hôtels parisiens. Les défauts des uns et des autres sont ceux des anciens systèmes qui leur étaient communs, qui influaient sur les petites choses comme sur les grandes; et l’Angleterre a les meilleurs serrures et les meilleurs gonds , de même qu’elle a les meilleurs vaisseaux et

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Jes meilleures pompes à feu; parce qu’elle jouit depuis long-temps de la plus parfaite constitution politique connue.

Presque toutes les anciennes familles de Milan on été illustrées par les faits militaires et les vertus héroïques de leurs premiers fondateurs. Le magno Trivulzio , qui joua un rôle si important dans les guerres de François icret de Charles-Quint , fut un de ces chefs dont le courage et l’influence firent souvent changer la fortune des états. La belle et antique Casa Trivulzio , où le général ( condottiere ) reçu t François Ier pendant son séjour à Milan, reste toujours sans rivales dans la Contrada Rugabella. Elle a cependant été depuis long-temps abandonnée par la famille; et le marquis actuel occupe une maison aussi vaste, mais plus moderne , enrichie par la collection et la bibliothèque du célèbre Carlo Trivulzio , qui ajouta à un nom d’une illustration historique, l’épithète de philologus prœstantissim us. Les tableaux de la maison Trivulce sont en petit nombre, mais bons et précieux; et la bibliothèque est singulièrement riche en manuscrits et en éditions rares du quinzième siècle. Parmi les premiers on compte les plus anciens manuscrits du Dante, avec une date précise, et

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un Pétrarque imprimé quinze ans après sa mort , est au nombre des derniers.

Mais parmi ces trésors, ce qui m’intéressa le plus ( le marquis Trivulzio nous laissant toujours décider nous-mêmes des objets de notre prédilection, sans nous désigner ceux qu’il estimait davantage), ce fut une sorte d’Album de Léonard de Vinci, où une page de géométrie était suivie d’une page de caricatures prises peut-être dans le Borghetto, où il allait en recueillir les jours de marché; où un vocabulaire précède une esquisse qui porte l’empreinte de son divin génie.

Un autre objet encore plus curieux, est un livre d 'heures ou livre d’école, écrit et enluminé par Léonard de Vinci, pour l’usage du jeune Maximilien, fils de Sforce dit le More , usurpateur de la souveraineté de Milan. Les pages en vélin contiennent , après quelquesunes de ces maximes générales de conduite, qu’il peut être permis de mettre sous les yeux d’un prince , une suite de vignettes admirablement conservées et dans toute la fraîcheur et la richesse du coloris original , avec l’or, l’argent, les teintes d’outremer, aussi parfaitement brillans que s’ils sortaient des mains du peintre.

LOMBARDIE

La première est une vue du château de Milan. Un garde, sur un balcon, donne du cor pour annoncer l’heure de la retraite; au-dessous on voit dans la cour le petit prince et son précepteur; celui-ci montre l’étoile du soir pour indiquer qu’il est temps de se retirer. Un mauvais petit garçon est occupé à dénicher des oiseaux (on dit que cet enfant est Francesco, frère cadet de Maximilien; et l’on sait que les cadets sont toujours de mauvais garçojis ), tandis que le bon prince , distingué par son bel habit et son maintien discret, s’apprête à obéir aux ordres de son gouverneur.

Dans une autre peinture, le bon prince est vu allant à l’école publique, et reprenant avec beaucoup de dignité le méchant Francesco , qui, pour se battre avec un autre petit garçon, a jeté à terre son manteau et son livre. La pièce qui termine celte page est curieuse à trouver dans des heures royales : c’est une main armée dune verge. La vignette suivante montre l’intérieur de la salle d’école, qui ressemble à celles qu’on voit encore dans les anciennes sacristies des églises d’Italie. Le bon prince est toujours la figure principale : il est assis en face de son maître ; rien ne peut le distraire de ses études, pas même son nain, monstre d’une laideur risible, qui le tente par des gri-

LOME A R DTE.

maces et des contorsions comiques. Cependant deux autres enfans (qui ne sont pas des princes), endormis à ses côtés, laissent échapper leurs livres de leurs mains; et le malheureux Francesco s’occupe en cachette à étouffer, dans sa cage, l’oiseau qu’il a attrapé. L’école finie, le prince est ensuite représenté dînant avec sa bonne et un grand singe; ses camarades d’école et Francesco sont respectueusement debout autour de lui, et composent sa petite cour, où le singe est très-évidemment le premier favori.

Le prince Maximilien paraît ensuite monté sur un cheval barbe, superbement habillé, et sortant du château de son père pour aller à la guerre. Une belle dame le contemple du haut d’une tour avec une admiration marquée. Le titre de la vignette est : II principe contemplato dalle donne ( le prince attire l’attention des dames). La dernière de ces peintures de gloire et de bonnes fortunes à venir, et sur laquelle les yeux de l’adolescent ont du se fixer avec le plus de délices, est son Triomphe sur le monde subjugué. Ainsi finit ce système d’éducation royale, commencé par l’hypocrisie, et terminé par le despotisme. L’histoire de ce héros de son propre syllabaire ( prince faible et malheureux ) est bien connue. Il existe une lettre d’une de ses maîtresses, vrai modèle du style

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