‹ L'ItalieChapitre 14 sur 19 · I.OMB A R DIE · texte numérisé non relu

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passionné de ce temps; et comme elle peut être curieuse pour les amateurs, nous l’avons transcrite ici. (1)

Un Lucain fait en France en 1 363 (où César est toujours représenté décoré de fleurs de lis, pour montrer que la m aison régnante de France tire son origine de lui), et surtout un petit livre donné par Henri iv à sa belle Gabrielle, contenant un sonnet de sa composition écrit de sa propre main, sont parmi les objets les plus curieux de cette intéressante bibliothèque. Dans les médailles et objets d’antiquité, on distingue quelques dyptiques consulaires (dont

(1) « Signore mio Sforza ed amoroso bello , ringrazio «< per mille volte la signoria vostra di quello che s’e de- « gnata operare per me con lo ill’ mo signore vostro *< padre , de la lettera che me ha facto avéré di miei de^ «< nari. E quello che non posso supplire di merito con il « refïerirne grazie supplirô quando saremo lï di lanli « dolci baxini. Me raccommando ad vuy signore Sforza « ed amoroso mio bello. L’amorosa vostra Nicolosa. »

« Monseigneur et bel ami , je remercie mille fois votre seigneurie de ce qu’elle a daigné faire pour moi , conjointement avec l’illustrissime seigneur son père, et de la lettre que j’ai reçue à l’égard de mon argent. Ce qui me manque pour exprimer dignement ici ma reconnaissance sera suppléé par autant de tendres baisers quand nous nous verrons. Je me recommande à vous , seigneur Sforza et mon bel ami. Votre amante, Nicolosa. »

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un du temps de Justinien ). Il n’existe que quinze de ces reliques : la collection Trivulce en possède trois , et deux sont dans l’église de Monza. On voit encore dans ce cabinet une partie du trône des exarques de Ravenne, un faune très-beau en rouge antique, et quantité de vases étrusques, de médailles, de camées, de pièces de monnaie, etc.

Mais la casa Trivulzio contient une chambre plus intéressante et plus rare en Italie que sa bibliothèque et son cabinet de médailles. C’est une petite pièce retirée qui termine l’appartement de la marquise : là, chaque fois que nous avons visité la maison Trivulce, nous y avons vu les jeunes dames de la famille, cultivant tous les arts avec zèle et succès, dirigées par leur institutrice et leurs maîtres, sous les yeux de leurs parens; en un mot une des plus douces scènes d’éducation et d’harmonie intérieure qu’on puisse espérer rencontrer en Angleterre, et qui très-certainement ne s’était jamais vue en Italie avant les dernières années. Le cabinet des dames Trivulce offrait l’antidote de la froide intrigue et de la dissipation frivole. Puisse cet exemple admirable être généralement suivi , et l’Italie pourrait encore se régénérer parles vertus de ses filles, comme le Dante et Pétrarque prouvent que cela arriva du temps

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des républiques, quand on y voyait des mères qui ,

Traendo alla rocca la chioma Favoleggiava con la sua famiglia De’ Trojani di Fiesole e di Roina.

Dante, (i)

Ma plume doit naturellement, comme mes pas l’ont fait si souvent, aller de la maison Trivulce à la maison Porro Lambertenglii, résidence du comte Porro; mais il nous eût été difficile de contempler avec une froide curiosité une habitation sous le toit de laquelle nous recevions presque tous les jours des marques de bonté et d’hospitalité (2). Nos observa* *

(1) « En arrangeant leur quenouille elles parlaient avec leur famille de Troie , de Fiesole et de Rome. »

(2) Le comte Porro donnait un diner par semaine où il réunissait toutes les personnes de talent et de mérite qui abondent à Milan , et plus particulièrement celles qui contribuaient à la rédaction ou au soutien du Conciliatore. Paris lui-même pourrait difficilement offrir une société plus aimable et plus intéressante. Là nous voyions entre autres l’auteur de Francesca da Rimini, Silvio Pellico(*) ; le marquis Pecchio, jeune seigneur trèsinstruit ; le professeur Breislac ; le signor Borsieri , petit—

(*) Silvio Pellico est le précepteur aussi affectionne' que méritant des deux fils du comte Porro. Nous e'tions à peine arrive's dans notre pays, quand nous apprîmes avec douleur et indignation que ce jeune et intéressant écrivain avait été incarcéré sous les prétextes les plus frivoles, par la police autrichienne.

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tions sur les appartemens et les jardins de la Casa Porro , étaient en effet bientôt détournées par la société que nous avions le bonheur d’y rencontrer. Il serait cependant impardonnable de passer sous silence sa collection de vases étrusques visitée par tous les étrangers, et qui renferme plusieurs des plus beaux morceaux qui nous restent de ces antiquités inimitables.

Un objet bien plus admirable et bien plus curieux pour les Milanais, est l’appareil de gaz que le comte Porro , conjointement avec le comte Gonfaloniere, a introduit en Italie, et avec lequel toute sa maison est magnifiquement éclairée. De quelque côté que nous portassions nos regards à Milan, nous voyions toujours des traces de ce patriotisme ardent,

filsdu célèbre médecin connu en Angleterre par son nom latin Burserius ; enfin celui que je nomme le dernier quoiqu’il fût un de ceux dont la présence nous était le plus chère ; l’ami que nous regretterons toujours , l’abbé de Brême, dans la société aimable duquel la gaîté, la bonne humeur, une simplicité enfantine, adoucissaient les réflexions du philosophe et les profonds regrets du patriote. C’est dans la même maison que nous avons aussi renouvelé connaissance avec l’historien de l’Italie , M. Sismondi , et rencontré plusieurs autres personnes distinguées de presque tous les pays , qui , en passant par Milan , se joignaient au cercle , et partageaient l’hospitalité de la maison Porro.

mais raisonné , avec lequel une petite société de nobles intimement liée avec les excellentes personnes dont nous venons de parler, s’occupe sans cesse à provoquer en même temps le perfectionnement physique et moral de leur pays, et le prépare à recevoir cette liberté en apparence encore si éloignée, mais qui, par l’état réel des choses, 11e peut long- temps être différée. /

Le comte Porro , avec la générosité qui caractérise toutes ses entreprises , est encore occupé à fonder une galerie où les ouvrages des artistes vivans et du pays seront exposés. Ce que j’ai trouvé de plus admirable dans ce projet, c’est l’encouragement donné aux peintres qui traitent des sujets nationaux, moyen propre à tirer le jeune étudiant de la routine de l’imitation servile, et à propager en même temps les souvenirs de gloire patriotique. Le signor Palaggi, un des premiers peintres de Lombardie, vient de finir pour ce seigneur un beau tableau, dont le sujet appartient à l’histoire de Milan. (1)

(1) Le sujet de ce tableau est la visite que Charles vin fit à Jean Galeas Marie Sforza, prisonnier dans le château de Pavie , et qui y mourut empoisonné par son oncle Louis-le-Maure , usurpateur de ses domaines. Charles,

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Nous avons dû à la complaisance polie du marquis Malaspina le plaisir d’admirer une collection de pierres précieuses vraiment curieuses , qui rend sa maison l’objet des recherches de tous les voyageurs scientifiques , antiquaires, géologues et lapidaires. On y voit réunies les plus singulières bizarreries de la nature. Du corail blanc, des perles noires, montrent combien le compliment banal de dents de perles et de lèvres de corail peut être équivoque. Là des diamens opaques brillent, pour nous servir de la comparaison d’Estefani, comme l’œil d’une vieille dame ; et le jais éblouissant

dont l’objet était de conquérir , craignait d’offenser son allié Louis , et refusa d’abord de voir le malheureux prisonnier ; mais les prières de la femme du pauvre moribond , qui implorait l’appui du roi pour sou enfant et son père Alphonse de Naples , réussirent à obtenir l’entrevue demandée. Ces efforts furent cependant inutiles. Le seul but du conquérant était de se maintenir dans l’amitié de ceux qui , trahissant l’Italie , l’appelaient à venir tyranniser leur malheureux pays, Voj. Sismondi, Rép. ital. Tom. XII, p. 1 36 j et Muratori.

La scène que représente le tableau est le lit de mort de Jean Galeas , et les principaux personnages sont : la duchesse, son enfant, le roi de France j un page, d’une figure charmante, occupe le fond. Les figures font porl rails , le costume est exact, et la peinture a beaucoup de mérite.

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renvoie des rayons lumineux. Là se trouvent encore des ressemblances frappantes avec des êtres animés ou des caractères d’écriture, qui, bien des siècles avant le déluge, étaient ensevelies dans le fond des mines; et des pierres d’une tendance tellement loyale , qu’elles offrent de fidèles portraits de rois régnans et légitimes. Le marquis Malaspina de Salazar ajoute à l’avantage de sa haute naissance , celui d’être un des plus sa vans antiquaires de Lombardie; et son Guida di Pavia, malgré son titre modeste , montre une très-profonde érudition dans l’histoire et les antiquités du pays.

La Casa Litta était autrefois remarquable comme la seule maison de Milan où la société se rassemblait , et où les étrangers étaient reçus : mais c’était une société qui se réglait sur les armoiries de ses membres. L’esprit avait bien peu de chances pour y être admis sans supports ; et aucun lion n’y était aussi bien venu qu’un lion rampant.

Lalande y fut cependant admis comme étranger et littérateur; et il dit de ce brillant palais qu il ny avait rien dans le reste de V Italie qui ressemblât davantage aux grandes maisons de Paris (i). Un tableau du Coll ège et quelques

(r) Un riche négociant milanais avait été anobli par

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autres objets d’art, rendent encore la maison Lilta digne d’attention. Le Guide milanais décrit un grand nombre d’autres palais, parmi lesquels sont ceux de Melzi, Settata, Borromeo, Visconti , etc. (i), tous ayant quelque point particulier d’attraction ; mais ces pages ne sont pas destinées à décrire ce qui ne peut se décrire . Les catalogues abondent dans tous les voyages en Italie , où le grand nombre d’objets à admirer nécessiterait un choix entre eux, mais le rend en même temps assez difficile. Sous ce rapport, il reste peu à glaner pour le voyageur futur;' mais sous celui des objets vivans, mouvans, respirans, ce pays peut offrir au

Marie-Thérèse. Le premier objet du noble marchand était d’obtenir son admission dans la Casa Litta, et comme il avait été présenté à la cour impériale , il obtint à la fin ce qu’il désirait : il fut reçu , mais quand il arriva , le noble cercle tourna le dos en masse au George Dandin italien. Une personne de la famille impériale reprocha , dit-on, à la duchesse son insolence aristocratique envers un homme qui avait eu l’honneur de baiser la main de l’impératrice , et la duchesse répliqua : « Tout le monde « peut aller à la cour ; mais pour être teçu dans la fnaison « Litta il faut être muni de preuves généalogiques. »

(i) Je n’ai vu aucun hôtel dans Paris plus parisien que la résidence de l’aimable duchesse \ isconti , à Milan .

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politique et au philosophe la plus abondante moisson.

Les environs de Milan sont remplis de villas 3 dont très-peu ont l’apparence des habitations champêtres de la noblesse anglaise. Ce sont des lieux de divertissement passager ou de courtes résidences périodiques. Les nobles vont régulièrement, à la Saint - Martin, s’établir dans leur campagne pour régler les comptes des fermiers, et ils y restent souvent jusqu’à Noël. Les autres séjours qu’ils y font sont rares et très-courts. Leur villégiatura ne dure que quelques jours , et presque toutes les fois que nous avons été invités à des déjeuners à la fourchette ou à des fêtes champêtres dans les villas , les propriétaires revenaient avec nous à la ville pour achever, comme à l’ ordinaire , leur soirée à l’Opéra.

Il n’y avait autrefois aucun lien local qui attachât les Italiens à la vie rurale. Ils n’avaient point le goût des jardins; ils n’avaient pas non plus celui de l’agriculture; ils bâtissaient, il est vrai, ils poussaient même jusqu’à l’extravagance la passion ruineuse des bâti— mens; mais ils n’achevaient rien, et leurs villas , vastes et désolées, offraient généralement l’aspect de la destruction et de l’abandon. Les terrasses , les balustrades, les pavillons, le^

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colonnades , les forts , les tours , les pavillons, les temples y abondent; mais les beautés fraîches et délicieuses de la nature sont exclues presque partout. Nous avons cependant trouvé quelques exceptions à cette apparence générale des villas italiennes, parmi les maisons de campagne nouvellement bâties. L’extension et la décoration des villas royales, sous le dernier gouvernement, ont réveillé le goût, par la force de la mode et de l’exemple (1) ; mais avant ce temps , le bon sens d’un individu avait déjà banni de Lombardie, les monstres taillés dans le buis, les images grotesques creusées dans la pierre, qui usurpaient la place des statues grecques, et grimaçaient sur tous les parapets, depuis Milan jusqu’à Venise. Un voyage en Angleterre, à l’époque de sa première jeunesse, avait inspiré au marquis de Sylva l’amour des beautés naturelles, et sont goût s’était assez épuré pour qu’il désirât les rappeler dans les sujets d'où l’on semblait les avoir totalement

(]) Ceux qui désirent comparer l’ancien et le nouveau style dans les villas , peuvent visiter la Simoneita décrite dans tous les Guides des vojageurs , à cause de son écho ; mais qui est bien plus intéressante comme exemple du goût de la génération précédente. Addison fait mention de cette villa . Elle n’est pas àplus d’un mille de Milan.

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bannies. A son retour de Milan , il développa ses opinions dans un ouvrage élégant qu’il publia sous le titre de Andes Jardins anglais ; et sur les terrains de la belle villa de Cinesello , il a réalisé la plupart de ses idées (i) : on y voit des massifs d’arbres de foret, de jeunes plantations, des vergers, des buissons, des parterres mêlés dans un désordre naturel, quoique artistement calculé. Là, des taillis, des bois épais entourent des monumens antiques couverts d’inscriptions classiques : les allées onduleuses du parc dominent les plaines de Lombardie; et les Alpes , s’élevant par intervalles au-dessus de l’horizon , terminent et embellissent les points de vue qui varient à

(i) Dans un vieux ouvrage intitulé le Jardin d’honneur, on voit que le style des jardins anglais actuel était en usage dans le quinzième siècle en Italie. Un peuple qui aime la nature doit la copier ; et les Vies et les OEuvres du Dante , de Pétrarque , de Boccace , abondent en exemples de l’amour des citoyens des républiques italiennes pour les villas qui devinrent des objets de grande dépense. Voyez dans la Vie du Dante, de Boccace, la description de la première entrevue du divin poète avec la petite Bice , la Béatrix qui devait plus tard inspirer ses chants. La nature et la vie champêtre furent négligées en France sous François 1er, et sous Louis xv tout-à-fait oubliées.

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chaque pas. Le Cineseîlo est le Lcasowes ou le Stow (lu Milanais. La maison est du meilleur style des anciennes villas; elle est spacieuse, mais lourde. Les fresques et sculptures de Montai to, Pamfilo et Negri sont estimées; et la galerie, enrichie de quelques beaux ouvrages de Guerchin, Schidone, Procaccini et Pérugin , tient une place distinguée parmi les collections milanaises.

Je remarquai particulièrement une aile de la maison, fort ancienne, qui était restée comme elle avait été arrangée il y a cent ans, pour quelque nouvelle épouse. C’était un appartement qui aurait jeté les belles dames du Spectateur dans un ravissement extatique, et qui aurait fait le désespoir d’Horace Walpole. Les pièces étaient nombreuses et petites; les chevrons couverts d’ornemens et richement dorés. Des consoles dans les formes les plus grotesques soutenaient des lions et des monstres de porcelaine. Les girandoles étaient semblables aux premières queChesterfield apporta de Sèvres en Angleterre ; et les armoires et les cabinets paraissaient faits pour contenir la garde-robe de quelqu’une des duchesses de la famille Sforza.

La bibliothèque renfermait de bons livres, plusieurs anciens manuscrits , quelques édi-

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bons rares, beaucoup d’ouvrages modernes, et de plus une petite collection de fossiles et de minéraux. Pour nous donner le temps de considérer à loisir les détails de cette délicieuse habitation , le marquis nous invita à un déjeuner ci la fourchette. Ce déjeuner fut cependant un dîner somptueux, servi à trois heures. La cuisine était excellemment française ; et je ne crois pas qu’aucun financier du temps de Louis xv ait jamais satisfait la haute science de ses gourmands habi tués , mieux que le sigrior Sylva n’était capable de le faire, si quelque adepte dans cet art respectable eût assisté à son festin.

Balsamo, résidence du marquis de Brême , ex-ministre de l’intérieur, est plutôt un élégant pavillon qu’une maison de campagne. Elle est placée au milieu d’un jardin qui ressemble au parterre d’un fleuriste anglais. Nous fûmes reçus, quand nous y allâmes, dans la bibliothèque, qui est intéressantepar les bustes des principaux écrivains piémontais quelle renferme. La bienveillante et noble figure de l’abbé Caluso, et la physionomie énergique d’Alfieri, étaient ceux que nous connaissions le mieux. Le dîner fut élégant et magnifique , mais rien n’y rappelait qu’ori était à la table d’un e.r-ministre. On se leva, suivant l’usage,

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avant que la nappe fût levée, pour aller dans lesjardins, où l’on servit le café et les liqueurs, et où des bouquets de fleurs furent présentés. La conversation était brillante et animée. Quelques personnes causaient en groupe, d’autres erraient dans les allées, et l’on ne songea au départ , que lorsque les lumières enchantées des luciole (1) furent effacées par la clarté de la lune. On jouait le dernier acte de la Vestale , quand toute la société arriva à minuit à l’Opéra.

Dans un très-joli casino du marquis Trivulzio, nous passâmes une véritable journée de campagne anglaise, et la maison avait tout-àfait l’apparence d’une maison de plaisance française. Les meubles, l’arrangement, tout était parisien; les murailles peintes à fresque, étaient seules italiennes. Les appartemens ouvraient sur un jardin entouré, dans toutes les directions, du plus magnifique paysage. Une belle et grande ferme tient à cette villa , et comme nous étions dans la saison des vers à soie, nous profitâmes de l’occasion que nous avions d’observer cette branche d’économie rurale, si in-

(x) Rien n’égale l’effet de ces mouclies brillantes pendant une soirée sombre et calme ; elles tombent comme une pluie de feu, et brillent sur les feuilles comme de* diamans.

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téressante pour des étrangers. L’arrangement ressemble assez en grand, à ce que nous voyons en petit dans les petites nourriceries de vers à soie des enfans anglais. Les vers sont disposés sur plusieurs rangs de tablettes , dans des pièces spacieuses , et on leur fournit constamment des feuilles de mûrier, dont ces arbres sont entièrement dépouillés pour cet usage. La chaleur, l’air renfermé et l’odeur fade de ces chambres sont tout-à-fait intolérables. Quand le temps de filer arrive, on place de petites branches de bruyère pour recevoir les insectes qui, suivant leur admirable instinct, montent le long des tiges pour chercher un emplacement où ils puissent commencer leur cocon. La culture des vers à soie est très - générale en Lombardie , et c’est une des branches d’industrie agricole les plus lucratives. Son grand avantage est de rapporter en quarante ou cinquante jours, un bénéfice souvent considérable , qu’on peut appliquer immédiatement au service général de la ferme. Les cocons sont échaudés dans le temps convenable, pour détruire la chrysalide; et dans les grands établissemens on les fait filer dans la maison. Les petits fermiers vendent ordinairement leurs cocons à ceux qui ont tout ce qu’il faut pour la filature. Ce travail emploie d’une manière

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lucrative un grand nombre de femmes qui viennent d’assez loin pour chercher de l’ouvrage dans les grandes filatures.

Dans l’année où nous visitâmes Milan , des banqueroutes considérables parmi les négocians avaient fait éprouver de grandes pertes aux cultivateurs. Quelquefois aussi, les vers ou les mûriers manquent, et cela occasionne une détresse momentanée; mais l’expérience de plusieurs années prouve que le gain est trèsfort en proportion du capital employé. (1)

(1) Le ver à soie a été apporté en Europe par Justinien , qui établit des manufactures de soie à Corinthe, Tlièbes et Athènes. Par un document conservé dans les archives de l’église d’Arbo , portant la date de 1018, il paraît que cette île était assujettie à payer un tribut de certaine quantité de livres de soie à Venise; et qu’en cas de manquement, la soie devait être remplacée par un pareil j>oids en or. Les Vénitiens , par leurs relations avec le Levant, tâchèrent de s’emparer du commerce de la soie : ils établirent des métiers dans leur ville , aidés dans ce projet par l’arrivée de trente-deux familles d’ouvriers bannies de Lucques pendant la guerre civile de 1 3 1 o. En cette occasion , Castruccio Castracani détruisit entièrement les manufactures naissantes de Lucques , commencées avant le treizième siècle. Il est curieux d’observer les mêmes crimes et les mêmes erreurs se retrouvant à diverses époques dans l’histoire du genre humain , et produisant toujours les mêmes mauvais effets, sans que

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Le Garnatto du comte Mellerio , l’ancienne <y*7/a de la famille Verri, où le comte Carlo Yerri s’est occupé si long- temps à perfectionner l’ancien système d’agriculture , rappelle un peu le Hawckstone du Shropshire. Il existe encore plusieurs villas dans le voisinage de Milan, qui prouvent la richesse et les progrès du goût milanais. Beaucoup de particuliers de la seconde classe, et un assez grand nombre de marchands ont leur casino. Une des plus jolies villas , sur le lac de Corne, a été fondée avec de la gaze et du linon; et les jardins de la modiste du bon ton, sont aussi admirés que ses bonnets et ses chapeaux.

La villa reale de Monza , et la célèbre cathédrale où l’on conserve la couronne de fer de Lombardie, sont des objets qui, étant vus ensemble, sont naturellement unis dans la mémoire. Des voyageurs récens ont parlé si légèrement d’avoir été à Monza voir la couronne de fer, que nous crûmes que la chose était extrêmement facile, et que l’église était

l’exemple serve à les éviter. Les Vénitiens, en profitant ainsi de la fausse politique des hahitans de Lucques , élevèrent leurs manufactures au point de produire à l’état 5oo,ooo ducats par an. De même l’Europe a tiré avantage de la fatale révocation de l’édit de Nantes par Louis xiv. Voyez V Histoire de Venise , par Darn.

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ouverte aux étrangers, comme tous les autres objets de curiosité. Nous trouvâmes, au contraire, que la permission d’examiner cette relique était une matière qui demandait beaucoup de temps et de démarches; et nous dûmes au comte Julien, grand-maître, par l’entremise du comte Gonfaloniere, l’ordre qui nous fut enfin délivré, pour voir cet objet de tant d’ambition, si souvent disputé par des empereurs, et dernièrement saisi par un homme qui n’a pas son égal parmi ses prédécesseurs impériaux. L’ordre était signé par le grandduc, et contre-signé par le gouverneur de Milan, et nous le reçûmes le soir qui précéda notre visite au chapitre de Monza.

La Porta nuova , le gran Naviglio et le joli village de Greco , avec ses belles fresques peintes par Luini, conduisent à la ville et à la cathédrale de Monza, l’une et l’autre trèsanciennes. Cette cathédrale était de grande importance dans le quatorzième siècle ; et la ville a été dernièrement décorée du titre de Cité par l’empereur actuel , en l’honneur de cette couronne qu’il a si récemment regagnée. Nonobstant sa nouvelle dignité et la manufacture de soie quelle contient , nous trouvâmes Monza silencieuse et déserte; et la grande place, devant le Duomo oû l’herbe croissait de tous

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côtés, montrait combien la châsse de la sainte et royale Théodelinde , cette fameuse et trèspopulaire reine de Lombardie, était maintenant négligée par les descendans de ses sujets. L’apparence extérieure du Duomo est gothique et vénérable, et l’intérieur paraît encore plus imposant et plus ancien. Des traces du mauvais goût des temps barbares ( bassi tempi ) étaient visibles dans les sculptures , les ornemens, les fresques, dont les murs, les piliers , les autels et les châsses étaient ornés.

Nous fûmes reçus à l’entrée par quelques membres du chapitre, appointés par l’arcliiduc pour faire les honneurs. Le chanoine qui nous conduisait nous laissa dans l’église, se retira pour se préparer à la cérémonie, et revint jpo/ztificalement vêtu , précédé d’un prêtre qui portait un cierge, et de plusieurs clercs en surplis blancs. Cette petite procession, sortant d’une porte latérale, paraissait le modèle vivant de quelques-uns des bas-reliefs environnans, surtout de celui qui représente un archevêque de Monza portant la couronne au second mari de la reine Théodelinde. Arrivés devant la châsse de la couronne de fer, qui est renfermée (i)

(1) La corona ferrea est ainsi nommée à cause d’un cercle de fer renfermé dans le bandeau d’or pur qui

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clans une croix énorme suspendue au-dessus de l’autel, les prêtres tombèrent à genoux; le sacristain posa une échelle contre la croix , y monta, ouvrit le reliquaire, et déploya le trésor à la lueur douteuse de la torche allumée; les prêtres, placés au-dessous, remplissaient l’air de la vapeur odorante de l’encens qui s’échappait en nuages épais des encensoirs d’argent; et rien n’était visible, excepté les diamans brillans éclairés par le cierge et la draperie blanche du sacristain qui paraissaitsuspendu dans les airs. L’effet était des plus singuliers. Enfin, la fumée de l’encens se dissipa, la croix se referma, le sacristain descendit, et les chanoines nous montrèrent une fausse couronne faite à l’imitation de la véritable , pour que nous puissions juger des détails, de la grosseur et du prix des diamans. Depuis que les mains usurpatrices de Bonaparte ont violé cette relique archi-légi-

forme sa base. Cet anneau de fer a été fait avec les clous de la croix de Christ.

Sainte Hélène , mère de l’empereur Constantin de sagro ardore (dit l’historiographe de cette relique), recueillit elle-même les clous à Jérusalem , et les envoya à son fils. On ignore comment ils sont descendus des empereurs grecs à la reine de Lombardie j mais le legs que Théodelinde en a fait à la cathédrale de JVlonza est un fait historique.

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time, aucun attouchement humain n’a souillé son lustre; car il est remarquable que l’empereur d’Autriche se soit abstenu de faire aucune répétition de la cérémonie du couronnement de 1’ usurpateur.

Quand Napoléon voulut se couronner luiinëme du diadème le plus ancien et le plus féodal de l’Europe, il donna à la cérémonie toute la splendeur et la majesté dont elle était susceptible. Son voyage à Milan fut semblable au triomphe d’un empereur romain; et la description des processions , des pompes de tous genres, préparées pour cette occasion, remplit un assez gros volume. Les décorations , depuis le Palais-Royal jusqu’à la cathédrale de Milan , tiennent plusieurs pages. Le cortège qui apporta la couronne deMonza, était singulier: il était conduit par une garde d’honneur à cheval , composée d’un corps de la garde italienne; une voiture contenait la municipalité de Monza ; une autre, les ouvriers employés à transporter la couronne; les chanoines, le syndic et l’archiprètre de Monza suivaient dans une autre; enfin venait celle dans laquelle le grand-maître des cérémonies de la cour impériale portait la couronne sur un coussin de velours. Vingt-cinq soldats de la vieille garde de Bonaparte entouraient l’honorable relique

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qui fut reçue à Milan au bruit des cloches et des salves d’artillerie, et à la porte de la cathédrale, par l’archevêque de Milan qui la porta à travers l’église, et vint la déposer sur un autel. Des gardes veillèrent autour d’elle pendant toute la nuit.

Les rois sont tous comédiens : ils aiment les représentations théâtrales; mais aucun n’en a mieux connu Y effet, que l’usurpateur; aucun ne les a plus fréquemment appliquées à la lolie, à la vanité, à la duperie de ses sujets. A l’époque de cette cérémonie, plusieurs des anciens amis républicains de Bonaparte vivaient à Milan ; mais ils ne furent pas invités à assister à son couronnement.

La Villa reale de Monza 11’est pas très-éloignée de la cité. On y arrive par une belle avenue bordée d’arbres. Les jardins, le parc et les serres chaudes , si rares et si nouvelles en Italie, et remplies de productions de la Nouvelle-Hollande , sont magnifiques , et sont l’ouvrage du précédent gouvernement; ainsi les Autrichiens ont retrouvé leur ancienne et triste villa tout-à-fait méconnaissable, et ne rappelant en rien la résidence où l’archiduchesse Béatrix faisait ses parties de Tarocco , et passait ses impériales villégiaturas. Le palais a été aussi embelli que les jardins : c’était

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l’habitation favorite du vice-roi Eugène; et l’on y retrouve toute l’élégance commode de Saint-Cloud. Le nouveau théâtre et la belle rotonde, peints par Appiani, contrastent fortement avec les restes massifs de l’ancien édifice. (1)

(1) Pour les hôpitaux et les prisons de Milan , voyez Y Appendix sur l’état de la médecine, dans lequel les établissemens de ce genre , dans les principales villes d’Italie, sont réunis sous un même point de vue.

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