CHAPITRE YIII
LOMBARDIE
Société et mœurs. — Avant la révolution. — Vendant V occupation des Français. — Depuis la révolution. — Indépendance italienne. — Cittadini. — Casino nolnle. — Corso. — Dialecte milanais. — Dames de Milan.
La société de Milan , avant la révolution française, était bornée aux palais royaux ( où les archiducs déployaient un luxe bourgeois , plutôt qu’une magnificence de princes ) , et aux salons d’une ou deux dames du plus haut rang. La grande rupture d’intérêts, d’habitudes, d’opinions, qui fut la conséquence de cet événement, détacha tous les liens des anciens usages. Les divisions de principes produisirent des séparations dans les familles ; ou si l’on continuait d’habiter sous le même toit , les cercles comme les idées politiques étaient différens, et devinrent plus circonscrits, à mesure qu’on y chercha des convenances jusqu’alors inconnues. Les assemblées furent remplacées par de petites coteries de
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personnes que la ressemblance d'opinion unissait en dépit de la disparité de naissance.
Quelle que fût la société qui resta alors , elle ne fut plus bornée à l’aristocratie. La vente des biens nationaux et l’activité que le mouvement civil et militaire de la révolution avait donnée au commerce et aux manufactures, contribuait à élever les classes moyennes. L’on voyait au cours des équipages qui n’étaient pas ornés d 'armoiries, mais qui éclipsaient, par leur élégance et leur richesse, ceux de la fière et immuable aristocratie, qui, peu propres à soutenir le parallèle avec leurs nouveaux et brillans rivaux , se retirèrent presque tous du champ de bataille.
Le nouveau système d’éducation pour les deux sexes , et les nouvelles doctrines répandues dans une si grande partie de la société multiplièrent encore ces premières sources de divisions. Anciennement les jeunes filles, en sortant des mains de nourrices mercenaires, étaient enfermées dans des couvens où la somme totale des connaissances qui leur
étaient enseignées consistait à savoir leur ca-
téchisme, et à représenter Adam et Eve en broderie ; heureuses si plus d’une dans chaque famille revoyaient le monde dans lequel une alliance convenable, arrangée par des parens
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intéressés, pouvait seule les faire rentrer. Les fils étaient mis, dès leur enfance, sous la direction du chapelain de la maison , dans un collège de moines où l’on éteignait leur esprit par la bigoterie, comme l’on défigurait leur personne par l’habit monacal; où la pédanterie et les prêtres ,
Placed at the door of learning , youth to guide ,
Hâve never sufferd it to stand too wide. (i)
Pope.
La plupart des cadets restaient pour remplir les rangs de Y Église militante ; le reste sortait du cloître pour végéter dans la paresse et dans la dépendance du premier né, ou pour se procurer une existence encore plus dégradante comme cavalière servente de quelque dame riche que le déclin de ses charmes for cait à se contenter des attentions dû noble et
dénué cadet de famille.
L’abolition de toutes les institutions monastiques, la réforme des universités, l’établissement des écoles pour les filles , la conscription et les grandes convulsions politiques des derniers vingt-cinq ans ont donné à la géné-
(i) « Placés à la porte de la science pour y introduire la jeunesse , avaient soin qu’on n’y pût jamais entrer en foule. »
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