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ration naissante un nouveau caractère, et tiré entre les pères et les enfans une ligne de démarcation qu’il est impossible d’effacer.
Dans les vastes appartenons de la noble Casa milanaise, avec ses plafonds de stuc et ses murs peints à fresque, une anti-chambre en désordre conduit aux pièces imposantes et dégarnies, occupées par les chefs de quelque illustre et ancienne famille, dont le nom, dégradé par les titres reçus sous les vice rois espagnols ou les gouverneurs autrichiens, a probablement brillé autrefois sans titre dans les pages de l’histoire de la république. Là, le cercle de cérémonie est composé d’un petit nombre de douairières des deux sexes qui viennent faire la partie de tarocco , discuter les mérites des dames des Biscotini (i), et parler des beaux jours de la Béatrice. Quelquefois un noble autrichien occupant une charge impor-
(i) La plupart des nobles âgés de l’un et l’autre sexe appartiennent à des confréries religieuses : celle des dames de' JBiscolini est une des plus en vogue. C’est une société de femmes qui fondent l’espérance de sauver les âmes sur de petites douceurs propres à llatter le corps , et parcourent les maisons des pauvres avec des paniers de biscuits et de gâteaux , que leurs pénitens avalent volontiers avec leurs doctrines. Le padre da T^ecchi , barnabite , était le plaisant de cette coterie.
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tante, ou un ex- militaire , qui a été le joli garçon de la garnison dans le temps où le prince Belgioso était l’arbitre de la mode, se joint à la société. Les habitués de la maison sont ordinairement l’ancien cavalière servente , le chapelain (qui peigne le petit chien (i), et accompagne la com tesse à la messe et à vêpres) , et quelque prédicateur de l’ordre des Oblati ou un ex -prieur de l’ordre de saint Pierre, martyr, qui se rétablit maintenant : l’un et l’autre de ces derniers, sûrs de trouver tous les
(x) Tels sont les devoirs attribués au directeur domestique dans le Chapelain , pièce satirique d’une gaîté piquante, écrite en dialecte milanais, et qui était fort à la mode lors de notre séjour à Milan : c’est une annonce poétique pour un de ces animaux; et l’on y décrit, avec la plus plaisante ii'onie, les qualités ordinairement exigées de ce vrai souffre-douleurs dans une noble famille. Les Milanais assurent que les poésies légères écrites dans leur dialecte ont un charme indéfinissable , tout-à-fait impossible à traduire. Le Fuggilivo, par lesignor Grasso, est cité comme plein de mérite poétique; et certains petits poèmes se composent tous les jours dans ce dialecte, qu’il serait difficile d’oser imprimer , ni même faire circuler. Un jeune homme fut arrêté , pendant que nous étions à Milan , pour avoir fait courir un sonnet : on le mit en liberté après quelques semaines de prison ; mais il n’avait pas été prouvé qu’il fût coupable du fait, le soupçon avait suffi.
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jours leurs couverts à la table des maîtres du logis, pour prix de leurs imprécations contre le sacrilège, l’impiété, la déloyauté d’un siècle où les privilèges ont été abrogés, et les moines défroqués; où les chapelains domestiques et les cavaliers servans ne dominent plus exclusivement dans chaque ménage.
La journée de ces véritables vieilleries , restes d’un système usé, commence par la visite en forme du signore Sposo à la signora Sposa , pendant qu’elle prend son chocolat à sa toilette: leurs enfans mariés ou d’âge à l’etre, ont alors la permission de baiser les mains de leur mère; et ils se retirent après avoir accompli cette cérémonie (i). Les dévotions viennent
(i) L’ancienne noblesse est obligée par la loi que les Français ont établie , et qui n’est pas encore abrogée , de faire une égale distribution de biens entre les enfans. Cependant leur malveillance contre ceux de leurs fils qu’ils soupçonnent ou savent être opposés au gouvernement actuel , les induit souvent à éluder la loi en laissant des sommes considérables aux directeurs de leurs consciences pour dire ou pour avoir dit certain nombre de messes pour le repos de leurs âmes. Un de nos amis fut rayé du testament d’une riche parente , pour avoir fait un voyage en Angleterre; parce qu’un des signes qui annoncent le plus décidément des principes révolutionnaires, c’est la passion de voyager et de s’instruire, f .
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ensuite , et la noble dévote passe le reste de sa matinée à l’église ou dans les devoirs de quelque confrérie. Le dîner, servi de bonne heure, est suivi d’une promenade en voiture, vraie marche funèbre, dirigée vers une des portes les moins fréquentées; une visite d’étiquette remplit la première partie de la soirée, qui s’achève par les cartes et les prières , et la journée est finie.
Cependant, il est probable que dans un autre appartement du même palais, le jeune et actif héritier et sa famille commencent leur journée comme les personnes les plus distinguées en Angleterre. Le mari, dans sa bibliothèque ou dans son cabinet, s’occupe à répondre aux lettres des manufacturiers anglais , des instituteurs des écoles de Lancaster, ou des mécaniciens célèbres qui doivent lui envoyer un bateau à vapeur ou un appareil de gaz.
De là il va visiter ses chevaux (souvent amenés d’Angleterre), et il fait une promenade en boguey ou à cheval , en prenant grand soin de ne pas manquer l’heure du dîner de l’autre côté de la maison; à moins qu’il ne soit engagé au dîner de cinq heures d’un ami qui vit hors de la contrainte de la servitude paternelle et des habitudes antiques. La dame , après avoir fait ses dévotions à l’église la plus voisine, cul-
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tive clans son boudoir français les talens qu’elle a commencé à acquérir dans le pensionnat de madame de Lor; elle reçoit des amis, ou va visiter dans leur hôtel des voyageurs étrangers qui lui ont été recommandés. Après dîner, la prima sera (i) est employée à faire quelques visites de famille obligées; alors arrive l’heure du corso , ensuite celle de la loge à l’Opéra, le véritable siège de son empire, le trône où elle exerce son pouvoir.
Dans cette disposition du temps, il ne reste pas une heure pour le rout du soir de Londres, ou pour la réunion bien plus agréable de Paris : l’une et l’autre sont inconnues à Milan. Les Milanais craindraient que leurs maisons, une fois
(i) Le temps regardé comme le plus convenable pour faire ou rendre les visites est entre le dîner et l’opéra. La voiture des visiteurs arrivée au pied de l’escalier qui donne toujours sur la cour, le portier, à qui l’on demande simplement la signora marche se , oucomtessa, répond: Jn casa (à la maison), ou littéralement, en maison. A la porte de l’antichambre , un des camerieri vient audevant des étrangers , et les conduit à travers une longue suite de pièces ( dont chacune est obscurément éclairée par une seule lampe), jusqu’à celle où se tient la maîtresse de la maison ; et celle-ci est en général élégante et bien éclairée. La visite est nécessairement très-courte : un domestique portant de grands flambeaux reconduit les visiteurs jusqu'à leur voiture.
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ouvertes à une société assez étendue pour former de nombreuses assemblées, ne fussent exposées à cet espionnage terrible qui était déjà effrayant sous les bonapartistes, mais qui est devenu maintenant la bête noire de la Lombardie. De plus, ces habitudes ne cadreraient point avec la sévère parcimonie pour laquelle les Milanais ont toujours été cités, et qui domine toujours chez les nobles les plus âgés; et comme les plus jeunes ne se rassemblent que pour fare alV arnore ou parler politique, le crocchio ristretto des loges et le Café , suffisent pour remplir ces deux objets, (i)
(i) Après l’opéra , les dames retournent chez elles, et les hommes se rendent au café , où ils forment des groupes pour jouer ou causer. Il existe une maison de ce genre qui reste ouverte toute la nuit , et qui n’a pas été fermée depuis vingt ans. Les Autrichiens ont leurs cafés séparés; et quand ils s’avisent de fréquenter les autres, il est rare qu’il n’arrive pas quelque dispute entr’eux et les officiers licenciés de l’armée italienne. Des duels suivent fréquemment ces querelles , et les Autrichiens sont prompts à faire les provocations qui rendent de tels événemens inévitables. J’ai été moi-même témoin d’une provocation semblable. Un très -jeune noble milanais s’était posé une paire de moustaches , avec lesquelles il se pavanait très-innocemment au Corso , quand un Autrichien l’attaqua , et ep lui déclarant qu’il n’avait pas le droit de portier une distiuction pareille, le saisit par
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En remarquant les distinctions qui séparent la noblesse, autant par les différences d’opinion que par celles d’âge, il serait injuste de ne point parler d’une grande qualité devenue commune à tous les âges et à toutes les classes ; c’est l'indépendance politique. Les branches les plus âgées de l’aristocratie, qui s’opposèrent à la révolution par attachement à la royauté légitime, ne se tinrent pas à l’écart seulement sous les divers gouvernemens républicains qui avaient nivelé leur rang et amoindri leur for-
le fatal ornement. Le jeune homme , dont l’extrême timidité était notoire , courut se plaindre de cette insulte à l’archiduc , qui venait de descendre de voiture , et se promenait avec sa suite : l’archiduc parut aussi effrayé que le jeune homme , regagna sa voiture , et quitta la promenade à l’instant. Le comte Bubna , obligé par le rang et la parenté de la partie offensée de prendre connaissance de l’affaire, mit l’officier aux arrêts dans l’hôtel même du gouvernement , où il reçut les visites de tout le parti autrichien. Quand il en sortit, il attaqua encore les moustaches; et un cousin du jeune homme qu’il avait insulté le défia : quand ils furent en présence, l’Autrichien demanda à se battre au sabre , arme à laquelle son adversaire n’était pas accoutumé. La conséquence doit être prévue ; il le blessa gravement au premier coup, et continua de couper et de hacher ce malheureux , qui eu t grand’ peine à sauver sa vie, et qui restera estropié pour le reste de ses jours.
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tune ; ils restèrent également étrangers à la brillante cour du vice-roi du royaume d’Italie; et quoique dévoués à la maison d’Autriche, on les a vus en plusieurs occasions refuser d’accepter, à la cour restaurée d’un prince de cette famille, les mêmes charges qu’ils tenaient dans le temps de leurs favoris , Ferdinand et Beatrix. Ils se sont en général excusés sur leurs infirmités ou sur vingt ans d’habitude de retraite et d’indolence, et n’ont point voulu reprendre des honneurs et des offices dans lesquels ils ne pouvaient rendre aucun service positif.
Les membres de l’aristocratie italienne qui avaient embrassé la cause de la révolution, et les jeunes nobles à qui leurs pères avaient permis d’accepter des places sous le précédent gouvernement, ou qui ont été élevés dans ses institutions militaires et scientifiques, n’ont recherché ni obtenu aucune faveur de la cour depuis la restauration. On compterait à peine une charge ou un emploi du nouveau gouvernement occupés par un Italien de quelque considération; et le manque de confiance des gouvernans est justifié par l’aversion franche et ouverte des gouvernés, pour ceux qui ont violé toutes leurs promesses et rompu tous leurs engagemens. Cette noble adhésion à un principe ou à un préjugé contraire aux inté-
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rets temporaires n’est point particulière aux Milanais; on la retrouve clans tous les états d'Italie, et elle fait la gloire de cette nation si long-temps opprimée. Toutes les fois qu’il se présente une occasion favorable, elle justifie la réputation dont elle a joui une fois, et montre combien de grandes qualités naturelles ont été négligées, et se sont rouillées par la malveillance des gouvernemens et la fausse politique de la sottise, (i)
Il est curieux et pénible d’opposer à cette loyauté désintéressée, quelle que soit la cause qu’elle embrasse, les métamorphoses notoires de cette classe privilégiée, en France, pour laquelle on y a inventé le mot de girouettisme. Combien de ducs et pairs , de marquis, de ba-
(i) Les Italiens sont accusés d’être rusés, et ils devraient l’être , car la ruse est le seul vice que puisse exercer en sûreté un peuple opprimé. Mais ceux qui ont vécu dans leur société, au milieu de leurs capitales, ont pu remarquer qu’ils sont le peuple le moins servile de l’Europe , sans en excepter les Anglais. Toutes leurs manières extérieures sont nobles et sans aucune teinte de flatterie. Nous avons vu l’archiduc presque tous les soirs à Milan , se promenant au cours à pied ou en voiture , accompagné de sa cour , et pas un chapeau levé , pas la plus légère marque de respect à son passage. La même observation s’applique à toutes les villes d’Italie , excepté Rome.
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rons qui désertèrent leur pays au moment où leurs secours auraient pu lui être le plus nécessaire, sous le prétexte de leur fidélité à une dynastie, se sont servis ensuite de la radiation qui permettait leur retour pour rechercher les faveurs d’une autre! Ce sont eux dont les noms résonnaient dans les cercles de Marie- Antoinette, dont les personnes tapissaient les antichambres de Napoléon, et dont les yeux mendient un regard de Louis-le-Désiré : ce sont eux qui, dédaignant fièrement l’indépendance, élevés dans l’esclavage, veulent mourir sous le harnais, et qui, traînant leur platitude et leurs infirmités dans les salons des Tuileries, pour y accrocher un ruban ou la restauration d’un titre , sont trop heureux s’il leur est permis de se remparer dans les greniers du palais avec l’épithète de servitude , par laquelle le pouvoir veut bien désigner leur bassesse. Ce sont là les vraies girouettes, qui, comme le Dante les décrit:
. . . Non furono rebelli
Ni pur fideli a Dio , ma per se stessi. (i)
La classe qui vient immédiatement après la haute aristocratie est celle des cittadini. Sous cette dénomination de citoyens (qui autrefois
(i) « Ne furent point rebelles ni fidèles à Dieu, mais à eux-incmes. >»
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à Milan était une noble distinction que des princes féodaux recherchèrent avec empressement) sont comprises toutes les professions libérales; les petits propriétaires et même line sorte de petite noblesse, qui, par le titre de don et donna, prouve que son origine date de l'établissement de la puissance espagnole en Lombardie. Entre cette classe et l’aristocratie il existait autrefois une barrière que personne ne pouvait passer, sous peine de perte de caste. Le dernier gouvernement républicain rompit hardiment cette barrière, et l’empereur Napoléon traita les préjugés italiens, sous ce rapport, avec un mépris ineffable. 11 attira à la cour du vice-roi tous ceux que leur fortune mettait en état d’y représenter convenablement, ou qui possédaient un mérite et des talens propres à leur donner des droits à la considération. Il y avait, dit-on, dans ses règleraens de nivellement une arrière-pensée conforme à certaines idées vulgaires, favorables à la beauté féminine, quel que soit le rang où elle se montre. La plupart des belles femmes de Lombardie se trouvent dans cette classe où la beauté physique et morale doit être mieux développée par l’exercice de corps et d’esprit qu’exige l’accomplissement des devoirs naturels, indispensables dans une situa-
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tion moyenne; et Bonaparte ne demandait jamais la généalogie de celle dont les yeux brillans et le doux sourire embellissaient son cercle, et dont la fraîcheur et l’éclat effaçaient les diamans héréditaires qui ornaient le front de la noble douairière. Il est cependant assez difficile pour les étrangers d’avoir des occasions de connaître cette caste très-nombreuse , très-éclairée et très-respectable. La noblesse italienne fait presque exclusivement les honneurs du pays. Les cittaclini se renferment dans une réserve digne , sentant bien que la restauration a renouvelé les restrictions qui les éloignaient de la haute société ; et il faudrait les rechercher long- temps pour être admis dans leur intimité. J’espère donc que l’on me pardonnerasi j e n’ai pu faire connaissance avec plusieurs personnes qui , si elles ne peuvent point
. Boast a blood
That crept througli scoundrels ever since tlie flood. (1) réunissent en elles ces grandes qualités individuelles, ces dons séduisans, les marques indélébiles de la noblesse naturelle; 'noblesse reconnue même dans les régions où les sons vénérables de hautes et premières , transparen-
(1) «Se vanter d’un sang qui leur a été transmis de eoquins en coquins depuis le déluge. »
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ces, excellences , éminences et notlazomahu.it ztespixcatzin (i), n'ont jamais été entendus.
Depuis la nouvelle restauration de l ancien ordre de choses, les diverses classes de la société sont retombées dans leur situation primitive. La cour a fermé ses portes à tout ce qui n’est pas de la première noblesse , pure et sans mélange , et dont les quartiers pourraient lui obtenir Ventrée de l’Escurial. La noblesse exclue, justement offensée de ce caprice de la toutepuissance , s’est retirée du Casino nobile, lieu de réunion pour les nobles , dont elle ne croit plus devoir faire partie d’après les distinctions nouvellement rétablies. La cour est intervenue dans cette affaire qui est maintenant devant les tribunaux; et l’on veut obliger les directeurs de recevoir la résignation des abonnés qui désirent se séparer de l’association. (2)
(1) Titre d’honneur des prêtres mexicains, suivant Humbolt.
(2) Nous eûmes l’honneur d’être présentés au Casino à notre arrivée à Milan , par une personne qui en est le plus bel ornement. L’urbanité et la politesse attentive avec laquelle les étrangers y sont reçus , quels que soient leurs pays et leurs opinions politiques reconnues , nous frappèrent agréablement. Le Casino est soutenu par souscriptions, et il est particulièrement suivi les vendredis (qui sont les dimanches de l’Italie) , et les seuls jours où
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Une femme non titrée qui épouse un noble ne prend point maintenant le rang de sou mari; et la noble dame qui condescend à partager la fortune d’un citoyen, perd sa caste. Par un édit d’un vice-roi espagnol, en i63o, il était défendu à tout autre qu’à un noble, de faire passer sa voiture sur le cours : quoiqu’un trèspetit nombre d’ignobles équipages y paraissent à présent, aucune dame de haut rang ne voudrait contaminer sa dignité en se promenant au milieu de groupes qui n’ont aucune place dans les archives héraldiques de Lombardie.
Le gouvernement qui a trouvé la noblesse
il n’y ait pas opéra. Les salles sont nombreuses , mais très-mal éclairées ; à tout prendre, c’est cependant une ressource dans une ville où aucune maison particulière n’est ouverte à la société ; et chacun a l’air de se dire comme le voyageur Anglais : On s’ennuie très-bien ici. Quand nous avons laissé Milan, on décorait un beau palais pour en faire le Casino dei signori , ou de la classe moyenne. Les citoyens ont de plus une société musicale , dont on m’a assuré qu’un certain membre de la commission de Milan , d’exécrable mémoire , avait été exclu à l’unanimité des boules noires. On doit dire à l’honneur des Milanais, que dès l’instant où la nature de sa commission transpira , cette personne ne fut plus admise que dans les maisons connues pour leur attachement aux intérêts de l’Autriche.
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milanaise si adverse à d’autres mesures de res tauration, n’a pas rencontré une résistance aussi obstinée à l’égard du renouvellement des distinctions de rang. La noblesse féminine forme la garde prétorienne des prétentions ravivées à la considération héréditaire; et tout en riant des formalités allemandes et des étiquettes espagnoles, elles se conforment sans peine aux règles établies par la cour. Plusieurs des beautés qui brillaient dans celle du précédent vice-roi, ayant été atteintes et convaincues de bourgeoisie, ont été bannies de la présence impériale; et les marquises et les comtesses disent, en secouant leurs nobles chefs ornés de coronets , que les Autrichiens n’ont pas toujours tort, puisque la possession d’assez beaux jeux pour des jeux de province ne sont pas des titres suffisans pour aller à la cour. En plusieurs occasions cependant , la noblesse masculine, quoiqu’elle affecte mainte^ nant d’appeler les cittadini i signori (les messieurs), ne s’est pas montré éloignée de perpétuer des liaisons formées sous d’autres principes de gouvernement. Tels jeux de la seconde classe ont fait oublier d’un seul de leurs regards des ordres impériaux ; et des cœurs de trente-six quartiers ont déserté la loge de la duchesse pour se réfugier dans un palco du
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troisième rang , où tout appartient à la classe inférieure , hors la beauté et l’esprit des personnes qui l’occupent.
Il est juste de dire, à la louange des dames de Milan, de tous les rangs, qu’elles sont éminemment distinguées par la nature: leur beauté est pleine de grâce et d’expression, et leurs manières vives et spirituelles montrent à quel point leur excellente organisation a répondu aux institutions libérales qui ont perfectionné leur éducation. La naïveté de leurs idiomes milanais donne à leur français (i) (qu’elles parlent généralement), et à leur italien (qu’elles parlent occasionnellement), un charme sin-
(i) «Les différentes nations qui vinrent successivements’établir en Italie, conservaient toutes quelque chose de leurs langages. De là vient cette diversité de dialectes qu’on y remarque. » Muller , Yol. II , p. 220.
Le français est parlé très-purement par les Milanais; ils prononcent Vu comme les Français , et c’est la pierre d’achoppement des Italiens méridionaux dans la prononciation française. L’italien n’est parlé à Milan qu’en présence de voyageurs du midi de l’Italie , et le dialecte national est le langage familier de toutes les classes. Parler avec l’accent toscan est le suprême mauvais ton , et sent l’affectation vulgaire. On dit techniquement de la jeune dame fraîchement arrivée de Florence , qui se permet l’accent italien , quelle parle in punto di forchetia « sur la pointe d’une fourchette. »
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gulier et piquant, qu’on peut souvent prendre pour de l’esprit, et qui est toujours caractérisé par l’originalité. Les affaires publiques et nationales qui concernent leurs intérêts comme Italiennes, et leurs sentimens comme femmes, comme mères, comme maîtresses, sont leurs sujets favoris de conversation : elles discutent les rapports de leur pays avec la position générale de l’Europe avec beaucoup de feu et de patriotisme, quelquefois avec un tact fin et juste qui résulte d'un instinct qui tend invariablement à la vérité, et toujours avec une énergie qui approche peut-être de la véhémence. Mais cette véhémence prouve leur franchise et leur enthousiasme, et montre que les formes d’une société long-temps établie ne les ont pas encore accoutumées à une quiétude de bon ton , à donner à leur voix le diapason conventionnel d’une douceur modulée. En effet, la voix italienne ne soupire point, aux oreilles des étrangers , cette fondante mélodie attribuée à Vidioma gentd, sortante e puro. La langue italienne hurlée en Lombardie , braillée à Florence, et criée à Naples, n’offre nulle part cette musique de l’imagination dont les délicieuses cadences de Pétrarque et de Métastase donnent l’idée, excepté quand elle est parlée
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par les Romains, ou qu’elle s’échappe des lèvres vénitiennes.
Les dames de Milan qui connaissent bien les poètes classiques italiens, et quelques productions modernes à la mode, ou qui traitent d’intérêt politique, n’ont pas à cela près fait de grands progrès en littérature. Obligées, comme bonnes catholiques, d’obtenir la permission du pape pour lire autre chose que des missels ou des légendes (i), elles ont en même
(1) Une dame mariée du plus haut rangmedit « qu’elle avait obtenu la permission du pape pour lire tous les livres qu’elle voudrait , pourvu qu’elle ne lût rien de contraire aux intérêts de l’Église ou du gouvernement. » Une jeune dame de la classe bourgeoise m’apprit qu’elle aimait passionnément la lecture, mais qu’elle manquait de livres. Je lui offris un roman de madame Cotin : après l’avoir parcouru avec attention , elle me dit « qu’elle ferait mieux de le laisser, parce que son confesseur, ou comme elle l’appelait, nostro vicario, était très-difficile sur les livres qu’elle lisait , ajoutant qu’un officier autrichien lui avait prêté la vie d'un certain signore Mahomet , et que son vicaire n’avait pas voulu la lui laisser lire, perche credeva nostro vicario che non era cristiano quello, « parce que notre vicaire pensait que ce n’était pas un chrétien. » Cela ressemble au certificat apposé par le censeur royal à la traduction de Mahomet publiée à Paris : « Nous, etc. « certifionsque le présent ouvrage ne contientriencontre « la religion chrétienne, le gouvernement de France, etc. •*
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temps à combattre les restrictions imposées par la censure ecclésiastique autorisée , et la crainte d’ètre accusées de faccendo la literata (de faire la savante); ces deux raisons induisent le plus souvent celles qui lisent beaucoup, à cacher ce qu’elles apprennent par la lecture. Cependant il résulte un bien de cette absence apparente de culture littéraire; c’est l’absence des prétentions littéraires, les plus insupportables et les plus insipides de toutes les prétentions. A Milan, on ne voit point la médiocrité se traîner dans les routes tracées par les critiques périodiques ; on ne voit point la sibylle bourgeoise singer la sensiblerie de la qualité, avec les rebuts des albums et des almanachs; ni la petite maîtresse étourdie et présomptueuse, s’appuyant sur quelque coryphée de coterie, dicter des arrêts d’approbalion ou de mépris, qui prouvent qu’une sotte savante est plus sotte qu’une sotte ignorante.
Cependant s’il existait jadis un code pénal (à présent rigoureusement rétabli) contre la* culture de l’esprit féminin, les impulsions qui ont été données au goût et aux talens des dames de Lombardie n’ont pas été sans effet; et j’ai eu trop de preuves de leur esprit dans leurs compositions épistolaires , pour douter que celles à qui l’on défend maintenant de lire
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des livres , ne fussent très-capables d’en écrire, et d’enrichir cette branche de littérature qui convient plus particulièrement à la sensibilité etàladélicatesse desfemmes. Mais des entraves arrêtent maintenant la marche de l’esprit, et le génie, quel que soit son sexe ou sa tendance , aura toujours à les combattre. L’ordre du jour n’est point d’avancer, mais de reculer. La politique actuelle est plus obscure que brillante:
And sure if dulness sees a grateful day ’Tis in tlie shade of arbitrary sway. (1)
(1) « Et sans doute le jour le plus agréable à la sottise est l’ombre du pouvoir arbitraire. »
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