‹ L'ItalieChapitre 3 sur 19 · I SS VIS HISTORIQI KS · texte numérisé non relu

I SS VIS HISTORIQI KS

siégées, ravagées, et souffraient les horreurs accumulées de la guerre, de la famine et de la peste, qu'avaient amenées les armées autrichiennes et espagnoles; ses meilleurs citoyens, ses écrivains immortels étaient mis à la torture et entachés du nom de conspirateurs (i), pour avoir défendu leur pays contre la tyrannie domestique, soutenue par l'intervention étrangère; une profonde démoralisation avait infecté ses sociétés par la licence des troupes étrangères et des bandes déprédatrices; et des murs de Milan au sanctuaire du Vatican, la plus délicieuse contrée de l’Europe était désolée par les actes d'une sauvage atrocité, dont l’humanité frémit encore après un si long espace de temps, (a)

(l) Dan* l'affaire des Orti Oricellari, Agostino Capponi et Pietro Paulo, un Roscoli , homme de lettres, fut décapite sous le prétexte vrai ou faux d’une conspiration contre Julien et Laurent de Médicis. Machiavel fut emprisonné , ruiné et torturé, et son noble génie alxaissé ;» la composition de son Prince , qui doit être considéré comme une rétractation formelle des principes qu’il avait pratiqué* pendant sa vie. Fcy. Guichardin, cl les Lettre» de Machiavel.

(a) • Era veramente la Lotnhardia ridotta «elle mag- « giori augustie : desoiala dalla peste in baiiâ allaliccuza • mihlare , doveva obbedire al capriccio ed alla sfrcua-

En iûai, l’étoile de la maison d’Autriche pris l’ascendant sur l'hémisphère politique du monde (i); et Charles-Quint avançait rapidement vers la monarchie universelle, si souvent et si ardemment désirée par l’ambition royale, quand une petite ville s’opposa avec ses libres citoyens aux vues du plus puissant souverain qui eût paru en Europe depuis Charlemagne. La gloire de cette résistance était réservée à Florence; Milan était tombée, victime de ses petits souverains et des intrigues de la France; elle était ravagée par les troupes impériales, et dans une situation plus

« tezza d’un esercito , à chi la vittoria parea che rendesse « tutto lecito , e a chi i commandant! istessi doveano « permettere corne un indennizazione aile paghe che « non ricevevano gli assassini, gli stupri i saccheggi. » Pignotti , Vol. g, p. 72.

«La Lombardie était véritablement réduite aux dernières extrémités : désolée par la peste, en proie à la licence militaire , soumise au caprice d’une soldatesque effrénée qui pensait que la victoire lui rendait tout permis , et à qui ses généraux étaient en effet obligés de permettre le pillage , les assassinats et les violences , comme 1ndemnité de la paye qui lui était due. »

(1) « Cioch’ è stato dagli storici chiamato la propizia « Stella délia casa d’Austria. » Pigivotti , Vol. g, p. 38.

Charles-Quint était petit-fils de Maximilien d’Autriche , surnommé Sans -Denier. Les historiens l’ont nommé 1 étoile propice de la maison d’Autriche.

essais historique^.

terribles que celle où elle s’était trouvée quand Barberousse fit passer la charrue sur ses ruines. Mais Florence, malgré les crimes et les usurpations fréquentes des Médicis, toujours si détestés, et si souvent déposés, luttait encore pour la liberté , et se défendait contre la tyrannie d'une famille long-temps soutenue par les plus grands potentats. Les Médicis avaient jusque-là été unis à la pnaison de France avec laquelle ils avaient contracté des alliances; mais le pouvoir croissant de Cbarles-Quint réduisit le pape Léon x à prendre des engagemens avec l'empereur, qui promit de soutenir les prétentions de la famille Médicis à la souveraineté de Florence, et de prendre le saintsiège sous sa protection spéciale. Cette alliance fut renouvelée depuis par Clément vii.

François t*r, ce preux dont la vie a été un tissu de faussetés ( i), s'était d'abord uni avec

(i) François i", prisonnier en Espagne, fatigué de sa captivité, promit, sur son honneur, à l’empereur, de retourner à Madrid s’il lui permettait de visiter ses états. Quand il eut atteint les frontières de France, il se mit k rire de la crédulité de Charles, et arrivé à Pari* il fit bâtir un jx*tit pavillon à qui il donna le nom de Madrid , et il en prit poMCsaion en disant : « Me voici à Madrid. » Cetf ain*i qu’il justifiait ses paroles : « Tout est perdu ■ fors l bonneur. •

les Florentins contre l’empereur et le pape ; mais il abandonna bientôt ses alliés, et par le malheureux traité de Cambrai (i), il livra Florence à ses tyrans héréditaires et à ses implacables ennemis, les Médicis et Charles v.

Seule pour se défendre contre tous, sa fatale prééminence la destinait à offrir le dernier acte de l’asservissement de l’Italie. Le premier article du traité entre l’empereur et le pape stipulait la restauration des pouvoirs de la maison de Médicis dans la personne d’Alexandre, mari d’une fille naturelle de Charles. La république florentine, qui avait si souvent, et même si récemment chassé hors de ses murs la faction des Médicis, refusa un despote de cette famille, quoiqu’il lui fût présenté par celui qui était devenu l’arbitre de l’Europe. Les négociations entamées sur cet objet avaient été infructueuses; l’empereur ne voulait rien entendre de la part des Florentins, tant qu’ils affecteraient de se maintenir comme état indépendant; le pape ne

(i) Ce traité , véritable ouvrage de commères , a été arrangé par deux vieilles dames : l’une était la fameuse Louise , reine-mère de France (celle qui , ayant volé le trésor par une supercherie manifeste, fit pendre, en forme de réparation, le plus fidèle ministre de son fils)j l’autre était Marguerite, tante de l’empereur Charles v-

ESSAIS llJ.MOniQUES.

voulait prêter l’oreille à aucun accommodement , à moins que sa famille ne remontât sur le trône de Toscane. Les ambassadeurs rejetèrent avec dédain , et refusèrent d insulter le peuple en lui répétant les propositions qui leur étaient faites. La guerre fut déclarée, et les citoyens de Florence entreprirent de se défendre contre les troupes des puissances com* binées. L’armée du pape se composait des mêmes soldats qui naguère l’avaient assiégé dans le château Saint-Ange; on y voyait tous les Espagnols et Autrichiens qui n'étaient point tombés victimes de leurs propres excès dans l’effroyable sac de Rome, et à ceux-ci se joignait le rebut de la population italienne, les bandits, les gens sans aveu, et les Masnadieri , plus redoutables et mieux organisés. Telles étaient les forces conduites par le prince d’Orange, et dirigées par Clément vu, avec une parricide impiété contre sa ville natale, pendant que l’empereur et lui - même étaient occupés à préparer les pompes du couronnement impérial à Bologne.

Arrivée à la vue de Florence, cette armée formidable s’arrêta, contemplant dans une admiration silencieuse son aimable situation, ses rians jardins, toutes ces marques d’opulence élégante dont l’industrie et la liberté

l’avaient embellie. Puis tout à coup, frappant leurs lances et vociférant des menaces insultantes, ces farouches soldats dévoilèrent et leur mépris pour un peuple commerçant, et le véritable (1) objet de leurs exploits mercenaires.

Comparée à ce tableau, la préparation intérieure du siège de Florence offre des scènes bien consolantes ; mais des pages consacrées à elle seule en retracent les sublimes détails, et nous ne les rappelons ici que comme dates dans l’histoire de la vertu humaine. La mort patriotique de Niccolo Capponi (2). — Michel Ange se hâtant d’achever son grand ouvrage pour aller s’enfermer dans sa ville natale, pour partager ses dangers, et, versant dans les coffres publics ses glorieuses épargnes, élever des murs de défense de ces mêmes mains qui avaient peint la Divinité, et sculpté

(1) « Apparecchia 6 Firenze i tuoi brocali d’oro che « noi venghiamo a comprarli a misura di pîcche. >» Varchi , Istor. I,io.

« Florence , apprête tes brocards d’or j nous venons les acheter en les mesurant avec nos lances. »

(2) Prévoyant l’impossibilité de sauver Florence , malgré tous les efforts de ses citoyens, son cœur se brisa , et ses dernières paroles furent des lamentations sur le sort de sa patrie. ( VUa di Niccolo Capponi).

1 immortel Moïse , l’admiration de la postérité. — Savonarole (i) s’exposant à un martyre certain dans les prisons de Rome, en prêchant la résistance à cette croisade sacrée , et en réveillant l'amour de l’ancienne liberté; — trois mille jeunes Florentins du plus haut rang, qui s’étaient armés eux-mêmes, marchant à l’autel pour y jurer sur les saintes Écritures de défendre les libertés de Florence jusqu'à la dernière goutte de leur sang; — deux mille citoyens plus âgés (de quarante à cinquantecinq ans ), armés comme leurs (ils, et prenant le même engagement en présence de leurs femmes et de leurs enfans ; — les hommes les plus fastueux , les plus accoutumés aux jouissances que donne la richesse excessive, consentant avec joie à la destruction de leurs somptueuses villtv , pour la défense de la cité; — les sacrifices les plus tragiques d’amis et de parens, que le peuple demandait pour victimes, comme ayant évidemment trahi leur patrie et servi d'émissaires ou d’espions au

(1) flenve nulo Olliui, qui fut incarcéré dan» la même pruon ou Savonarole mourut »i héroïquement , a fait une allunon bien pathétique aux *ouffrauce» île von prédéceueur , et» décrit aut le* iicnuo propre*. ( Vaactu , 1» I , II.)

pape et à l’empereur ; — les vigoureuses sorties contre un ennemi si redoutable , les attaques désespérées des Espagnols et des Autrichiens dans leur propre camp : — tous ces traits de patriotisme et d’esprit public ne purent sauver la cité dévouée , où la liberté conservait son dernier autel.

Florence tomba ; mais dans son agonie , avec la peste dans ses murs, un ennemi féroce à ses portes , et ses soldats périssant d’épuisement et de besoin, le peuple demandait encore à être conduit sur les remparts pour y mourir en combattant. La famine acheva ce qu’une force supérieure n’avait pu faire; les Florentins capitulèrent; mais, même à l’instant de rendre les armes , ils stipulèrent des conditions pour leurs libertés, et proposèrent une constitution définie au vainqueur. L’empereur leur donna un souverain despotique; et ce souverain fut un Médicis.

L’Italie tomba avec Florence. Depuis cette époque, divisée, morcelée, la plus grande partie de ses domaines reconnut le pouvoir illimité de l’Autriche et de l’Espagne, jusqu’à ce que la séparation des états de Charles - Quint laissâtla plus grande portion de ce pays fertile, appelé par les Lombards royaume d’Italie, sous l’obéissance de l’Espagne.

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La chaîne du despotisme étranger et domestique fut graduellement tirée jusqu à sa tension la plus extrême. Sixte-Quint suivit le système de ses prédécesseurs immédiats , augmenta le pouvoir pontifical, et établit dans Home une politique qui tendait à exterminer les faibles restes de liberté qui de temps à autres se montraient dans la turbulence des patriciens romains, jusqu’au moment où rabaissement total de cet ordre les fit rentrer avec lui dans la poussière.

Les républiques maritimes se vantaient encore de letir indépendance, mais leurs libertés n’exista ie nt plus ; et les principautés d’Italie étaient tombées au dernier degré de la dégradation et du bigotisme. Vers la fin du seizième siècle une forte tendance à la concentration du pouvoir se manifestait dans tous les gouvernemens européens. Les républiques avaient appris à devenir aristocratiques, les monarchies, absolues; les pontifes, plus indépendans du conclave Philippe n d’Espagne, ce monstre dans l’ordre de ( humanité, niais qui offrait la perfection abstraite du despotisme, fit adopter sa politique à tous les cabinets de l’Europe. Des ce moment les effets les plus funestes furent produits sur l’existence morale de la société. Les guerres cessèrent d’être nationales,

et devinrent les affaires des gouverncmens pour l’intérêt de certaines familles; l’esprit public disparut, l’opinion publique perdit son influence, les hommes ne furent plus considérés comme citoyens , mais comme sujets. Ce système domina généralement sur le continent; et s’il n’eut pas le même succès en Angleterre, malgré les efforts continus des quatre Stuarts, ce fut grâce à ces deux glorieuses révolutions (i). Depuis cette époque la galanterie moresque de l’Espagne , la généreuse indépendance de l’ancien caractère castillan, s’éteignirent sous l'influence de ses rois et de son inquisition.Quelquespoètesépigrammatiques, quelques écrivains dramatiques (2) , ne purent relever la France de la plus vile corruption dans les mœurs, et du plus sombre despotisme dans le gouvernement. L’Allemagne pouvait difficilement rétrograder, et elle resta aussi peu libre que dans le temps de Barberousse;

(1) La première révolution, quoique sans succès et par conséquent stigmatisée du nom. de rébellion , a été la mère de la liberté anglaise , et montra dans le caractère du peuple une vigueur, une générosité, une force d’intelligence, bien supérieures auxmouvemens plus calculés de 1688.

(2) Siècle de grands talens , bien plus que de lumières.

Voltaire.

mais plus éclairée quand la réforme rompit partiellement les voiles d'ignorance et de préjugés qui l’enveloppaient Les états du nord étaient presque sauvages; on voyait seulement par intervalles briller quelques étincelles de liberté en Suède. La Prusse était à peine connue comme un district d’Allemagne, et la Hussie sortant lentement de la barbarie absolue au commencement du dix -septième siècle , sans Icis, sans gouvernement, sans mœurs, sans lettres, montrait dans ce sauvage plein d’énergie et de génie, son c/ar Pierre: la tête et le front de sa civilisation nationale.

Mais l'Italie . l’Italie qui avait si long¬

temps traité les septentrionaux de barbares ultramontains, qui avait trois fois donné à l'Europe les lettres, les arts et les sciences, sous les Etrusques, les Romains, et ses républiques; l’Italie qui ne pouvait pas être décivtlisée, souffrit bien plus cruellement; elle fut dégradée, elle perdit son esprit de vie, elle devint une lettre morte parmi les nations. Le voyageur visita ses capitales encore existantes, rom me les antiquaires descendent dans les ci té» ensevelies, pour y retrouver des restes «le leur ancienne splendeur. Les seuls symptômes tic vie qui animèrent ce repos fatal ,

furent les batailles que se livrèrent dans ses campagnes des maîtres et des ennemis étrangers.

Jusqu’au milieu du dix-huitième siècle, l’Espagne gouverna lesDeux-Siciles par des vice-rois, qui, à force de cruautés et d’exactions, poussèrent quelquefois le peuple à des insurrections extravagantes; et elle établit des princes par des conquêtes, des traités et des alliances, dans les domaines féodaux de l’intérieur, tandis que la Toscane et la Lombardie restaient engourdies dans une mortelle torpeur, sous la domination de l’Autriche. A des causes qui avaient opéré par une longue continuité sur lesélémens primitifs du caractère italien, et qui les avaient presque dénaturés, il faut en ajouter une nécessairement très-influente, cinquante ans de paix. Le despotisme, après avoir tout dépravé, cessait alors d’être violent; les sujets sybarites des souverains d’Italie végétaient sous des chaînes qui étaient devenues légères, à mesure qu’elles avaient trouvé moins de résistance. Privé de tout principe de réaction dans l’intérieur, sans inquiétude à l’extérieur, également exclus de toute collision d’intérêts, et de toutes communications intellectuelles, les descendans des héros, des poètes, des patriotes, des sages, étaient perdus dans une

ESSAIS HISTOTIQTJES.

voluptueuse tranquillité, qui tendait à une licence stupide; superstitieux dans leur religion , déréglés dans leurs mœurs, puérils dans les productions de Pesprit, et nuis dans la balance des nations. Au milieu de ce sommeil léthargique, l’éclat d’un tonnerre lointain, plus terrible que ceux du Jupiter Capitolin, ou du chef chrétien du Vatican , se lit entendre sur les sommets éternels des Alpes protectrices. J/étincclle électrique dont la commotion suivit toute la chaine politique de l'Europe, s’étendit aux plaines de la Lombardie, le choc se lit sentir dans les bosquets voluptueux de l’Arno, dans les riches palais du Quirinal ; et, du Simplon au Vésuve, l’Italie répondit par une vibration terrible. Une révolution dans l’opinion publique manifesta son existence par de terrible symptômes, eu France, où tous les abus qui peuvent opprimer [ humanité avaient été poussés au degré où iis ne sont plus supportables. Alors commença une tic ces époques de 1 histoire du genre humain, qui se renouvellent à des intervalles éloignés, comme les phénomènes astronomiques. Grandes, étonnantes, terribles, elles sont les résultats de 1 instinct moral de l homuie, qui le conduit à chercher l’allégement des maux et l'augmentation des biens: véritable but de la société,

vers qui tou test dirigé, et le présent et l’avenir, et le bœuf offert à Isis, et la lumière analysée par Newton. L’histoire a consigné ces époques de bouleversement et de réorganisation morale à mesure qu’elles ont apparu en Egypte , en Grèce , en Italie , en Angleterre; elle a consigné aussi le choc des intérêts temporaires qui se sont opposés successivement à la durée de leur influence. Mais quoique le pouvoir et l’esprit de système aient de siècle en siècle forcé la société à rétrograder , ils n’ont jamais entièrement oblitéré la trace de l’impression que ces grands événemens avaient laissée. C’est ainsi que le flux marque le cercle de chaque vague successive, sur le sable dont elle se retire, jusqu’à ce qu’en fin , accomplissant son immuable progression, il couvre toute la rive dont les rochers et les bas-fonds se sont vainement opposés à ses incursions. Les pages suivantes rappelleront quels ont été en Italie les effets de cette révolution européenne qui a détruit pour toujours les institutions féodales et la puissance ecclésiastique. Le court sommaire qui les précède a été jugé nécessaire; car si les annales classiques de l’Italie, avec tous les vices et les crimes qui les déshonorent, font partie de l’éducation généralement établie en Angleterre, l’histoire bien plus

exemplaire vies républiques italiennes, des siècles des mérites ignorés , y est bien peu connue, malgré l’analogie de leurs libres institutions politiques avec les nôtres, et quoique nous leur devions le renouvellement des lumières en Europe.

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