CHAPITRE IY
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État de la société avant la révolution. — Changemens opérés par les Français. — Retour du roi. — Constitution du comte Cerutti. — État présent de la société.
L’obscurité dans laquelle se perd l’origine de la maison de Savoie, prouve, dit-on, son antiquité. Ses historiographes n’ont pas encore pu décider si S. M. sarde actuelle, roi de Cypre et de Jérusalem , duc de Savoie, de Piémont et de Gênes , est un descendant direct du grand Witikind, ou d Humbert aux blanches mains (sobriquet qui prouve la rareté de cette qualité dans les anciens temps, soit que nous la prenions dans le sens littéral ou figuré); ce qui est certain , c’est que la petite contrée agreste et volcanique de la Savoie, quoique dépendante accidentellement de la France ou de la Bourgogne , et gouvernée par les comtes de Maurienne, qui avaient pris le nom du canton le plus romantique de ce pays, fut presque toujours sous l’influence de l’Allemagne. L’empereur Charles ier l’érigea en duché, dans la
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personne d’Amédée vu, petit-fils du comte Yert. La principale source de grandeur de la maison de Savoie, était la position de ses petits domaines qui faisait de leur souverain le gardien ou geôlier des Alpes, et en lui donnant le moyen de fermer ou d’ouvrir ce passage important, rendait son alliance considérable aux Guelfes et aux Gibelins, aux Français et aux Bourguignons avec lesquels il se liguait suivant ce qu’exigeait son intérêt.
Avec cette source géographique de richesses et d’alliances utiles, les princes de Savoie, tantôt par des brigandages, tantôt par des entreprises valeureuses , étendirent leurs possessions dans la Tarentaise et le Piémont, où ils plantèrent définitivement leurs tentes dans une situation plus riante que celle de leur ancienne ville de Chambéri. Cette augmentation progressive des domaines des comtes de Maurienne est consacrée par ce dicton d’un de leurs descendans, savoir : « Que V Italie serait « mangée feuille à feuille comme un artichaut. » Elle l’a été en effet, et il est probablement réservé à l’Autriche d’éprouver à quel point sera amer ce dernier morceau qui reste à dévorer.
Par la quadruple alliance signée à Londres en 17 18 , les ducs de Savoie et de Piémont furent faits rois de Sardaigne, et cette île leur
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fut cédée par l'interposition de notre reine Anne : de même que les Anglais ont depuis conféré à S. M. sarde le duché de Gênes, et livré également, au mépris des droits des nations, les chrétiens de Parga au musulman Ali-Pacha. Il est bien humiliant de trouver ainsi l’Angleterre mêlée dans les affaires politiques les plus honteuses, accomplissant, des œuvres dont les cabinets les plus perfides rougiraient de s’avouer les inventeurs. Mais la folie et la perversité de semblables actes ne sont rien au prix de l’hypocrisie qui les accompagne. Les crimes, comme produits d’une volonté forte, s’allient quelquefois à l’énergie, à la fermeté, tandis que ceux qui prennent de faux prétextes de vertu et de piété, qui affectent la modération et la justice pour remplir des vues iniques, joignant la lâcheté à la méchanceté, se rendent aussi méprisables aux yeux des hommes que coupables devant la Divinité. C’est d’après des transactions aussi criminelles que le roi de Sardaigne prend le titre de roi de Cypre et de Jérusalem; mais il est plus généralement connu en Italie sous le nom de roi des sardines, (i)
( i ) Les sardines font le principal article du commerce de la Sardaigne.
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En i8ou , sur l’abdication de Charles-Emmanuel ( qui mourut dernièrement à Rome sous l’habit de moine ), son frère Victor-Emmanuel, actuellement régnant , monta sur le trône. Le mariage de ce prince avec Marie-Thérèse, archiduchesse d’Autriche ( digne fille de cette impériale maison ), l’a confirmé dans tous les principes qui ont armé si souvent leurs familles pour le soutien d’une cause que leurs ancêtres respectifs, les comtes Verts et les Barberousses de différens âges , leur ont léguée avec leurs états.
A l’époque de la révolution, la cour, le royaume , l’aspect général de la société, en Piémont, étaient précisément ce qu’ils avaient été pendant des siècles; et les formes anciennes, lés institutions gothiques y étaient semblables à celles qu’offrait l’Europe féodale des temps barbares. Le souverain était purement despotique, la noblesse jouissait des privilèges les plus exclusifs; le clergé, d’une influence directe et indirecte, extrêmement puissante, et le peuple, vassal plongé dans l’ignorance la plus dégradante, était soumis à une obéissance passive. La population entière était militaire, depuis le prince jusqu’au paysan; et le fier courage de cette nation, toujours brave, était considéré comme une marchandise courante
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de l’élat, et loué au dehors dans toutes les occasions où son service pouvait être payé. Tel était le système général, qui cependant a eu différens degrés d'abus et de désordres.
De tous les petits despotismes d’Italie , le Piémont semble avoir été le plus complet, le plus parfait, le plus serré; en un mot c’était un despotisme de poche. Le noble était là plus puissant sur ses vassaux, et le roi sur ses nobles, et la chaîne de dépendance tellement entrelacée, qu'il était difficile de découvrir son commencement et sa fin (i). Les ducs de Savoie
(i) Les divers motifs qu’ Alfieri a eu d’abandonner sa patrie, développés dans plusieurs endroits de ses intéressans Mémoires, donnent l’histoire entière du despotisme du plus petit de tous les rois de l’Europe. «Les chaînes de ma servitude native, dit-il, m’ont toujours été odieuses et pesantes , surtout ce précieux privilège des nobles feudataires, qui les obligeait à demander le consentement du roi pour quitter ses domaines, même pour un trèscourt espace de temps : permission souvent obtenue avec beaucoup de difficultés, et toujours limitée. » {J^ila d’ Aljîeri , p. 2.5o. )
Il appelle Turin : « Il mio malsortito nido natio , « quello nobile carcere , » il despotico governo sotto cui « mi era toccato di nascere ».
« Le lieu infortuné de ma naissance, — «cette noble prison » — le gouvernement despotique, sous lequel le sort a voulu que je naquisse. »
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et les rois de Sardaigne, obligés de maintenir leur existence précaire par un état de guerre perpétuel et des alliances ménagées avec adresse , étaient constamment en campagne, et n'avaient ni loisir ni goût pour la culture des arts et des sciences : d'autre part leurs moyens étaient si bornés , ils étaient si dépendans de leurs puissans voisins, que toutes leurs institutions se sont ressenties de cette servitude. La vivacité et l'intelligence naturelle de leurs sujets ont pu seules les empêcher de tomber dans un état d'ignorance honteuse, qui les aurait mis audessous même des pirates barbaresques , pour les lumières et la civilisation.
La haute noblesse qui composait exclusivement la cour, quoique esclave du roi, était, dans la petite sphère de son existence, la plus puissante de cette classe en Europe. Toutes les places honorifiques ou lucratives étaient réservées aux nobles; eux seuls pouvaient avoir des loges à l'Opéra , ou danser dans les bals publics, distinctions frivoles pour ceux qui en jouissent, mais très- vexato ires pour ceux qui en sont exclus. Beaucoup d'autres privilèges de ce genre étaient ajoutés à ceux-ci : le noble qui aurait perdu sa caste en admettant un citoyen dans son palais, avait le droit d'entrer dans les maisons bourgeoises toutes les fois qu’on y
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célébrait des fêtes, et que des instrumens de musique y étaient entendus. Ce droit allait même jusqu’à s'y faire recevoir d'autorité, en cas que leur société ne fût pas agréable aux maîtres du logis. Nés soldats, ils étaient assujettis à une espèce de conscription qui les em pêchait de se livrer à aucun projet d’existence domestique. Toute l'éducation qu’ils recevaient à l'Académie royale se bornait en général à savoir danser, faire des armes, et monter à cheval ; et tandis qu’ils étaient ainsi dévoués à l'ignorance et à la paresse, leurs principes moraux étaient sapés par les fondemens; car il existait une loi qui, en leur défendant de vendre une seule acre de leurs terres sans l’assentiment du roi, leur permettait de refuser de payer leurs dettes quand ils manquaient d’argent, ou de -probité.
Le jeu était le vice qui dominait depuis le souverain jusqu’au moindre de ses courtisans. Des banques de pharaon étaient tenues ouvertement ; les diamans , les effets précieux étaient mis en gage, quand tout le reste était perdu; et les sommes énormes, gagnées par les nobles piémontais sur les jeunes Anglais qui visitaient la cour de Turin , ne pouvaient sauver les premiers de lamine causée tôt ou tard par cette funeste passion etlanégligence deleursaffaires.
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Le lien du mariage n'était plus qu'une convention de pur intérêt. La coutume ( d'abord établie par la mode, ensuite consacrée par l’ancien usage) de négliger sa femme pour entrer au service de celle de son voisin , en détruisant la morale , ôtait à l’amour ses charmes les plus doux : cette -galanterie autorisée n’avait plus rien dépiquant; et les amans étaient aussi stupidement constans, que les maris étaient ouvertement infidèles. « Chacun se contente de la dame qu’il sert, » dit le libéral Lalande; mais il n’est pas question de l&àamequon aitne. Le vice se trouvait ainsi soumis aux restrictions de la vertu , et supportait ses privations sans obtenir ses récompenses. L’orgueil, l'ignorance, les préjugés devaient naturellement distinguer un tel état social; et la satiété, la pauvreté, le mécontentement en étaient les résultats inévitables. Cependant c’est cet état social , dont un Anglais, un ecclésiastique, trouve la perte irréparable pour la jeunesse anglaise (i), dans le cours de ses voyages. Les hom mes éclairés de ce
(i) « L’académie de Turin, où les étudians étaient considérés comme partie de la cour , et admis à tous ses bals et divertissemens , mettait cet avantage ( l'admission dans la société) entièrement à leur portée ; et sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, elle était très-
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pays se séparaient volontairement de ces compagnies vaines et dépravées. Les Salluzzi tenaient leur petite académie dans l’intérieur de leur palais ; les Ricolvi , les Ravautelli restaient ensevelis dans leurs ruines classiques; les Cignas, les Lagrange, les Allioni ne quittaient guère leurs cabinets ou leurs jardins botaniques : Beccaria, le sublime Beccaria , dégoûté de tout ce qui le rattachait au misérable coin de terre qu’il avait le malheur d habiter, n’avait de communications qu’avec les astres , dont la lumière et la pureté se réfléchissaient dans son esprit brillant et noble; et Alfiéri , dans la chaleur d’une indignation trop bien fondée , cédant aux inspirations d’un génie vraiment indépendant , fuyait sa terre natale pour n’y jamais rentrer, léguant à la postérité l’expression de sa haine , de sa pitié , de son mépris pour un gouvernement et une cour dont l’existence était incompatible avec la liberté qu’il adorait , et la vocation qu’il avait embrassée, (i)
supérieure à Genève , ou les jeunes Anglais de distinction étaient trop souvent envoyés pour y apprendre le français et le scepticisme. Eustace, vol. 4-
(i) Alfiéri a créé un grand nombre de mots pour exprimer ses sentimens sur le système piémonlais. Il dit
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Les Piémontais formèrent l’avant-garde de la coalition continentale. Ils avaient été les premiers à entrer en France. Chassés de la Savoie , ils continuèrent à résister dans les Alpes italiennes ; et il est généralement reçu que l’armée piémontaise a été le plus ferme boulevard contre les forces foudroyantes des légions françaises. Tandis que les petites principautés d’Italie se séparèrent de l’intérêt commun, et firent leur paix , comme Parme , Modène , Florence, le Piémont maintint son intégrité; et quand il céda, ce fut par l’effet d’une ancienne déférence pour la France , et surtout parce que les maux quil 7ie connaissait pas ne pouvaient pas surpasser ceux qu’il éprouvait. Le roi s’enfuit ; Turin capitula sans la formalité d’un siège, et les Français ayant
qu’il s’efforcait de se dépiémontiser (spiedmontizzarmi); de se dévassaliser (disvassalarmi). Il laissa son bien à sa sœur, et s’établit à Florence, se résolvant à écrire des tragédies et à dompter des chevaux pour subsister, plutôt que de jouir de son rang élevé et de sa fortune sous un tel ordre de choses. Un de ses motifs pour prendre ce parti, était la nécessité de cacher ses ouvrages, qui ont fait tant d’honneur à l’Italie; car il existait une loi qui défendait de publier des livres sans licence , même dans l’étranger, sous peine d’amende, et même de punition corporelle, quand le cas le requérait. ( Vita , 252.)
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pris possession du royaume, le Piémont fut organisé en république, et toutes ses anciennes institutions tombèrent en un instant.
La réforme accompagnait la conquête ; et les mesures les plus judicieuses guérissaient les plaies que l’épée de la victoire avait infligées à l’amour-propre national. Bonaparte était encore, ou affectait d’être, un général républicain; et la révolution s’acheva avec sagesse et modération. L’archevêque de Turin, del Signori, fut appelé pour donner ses conseils sur la nouvelle organisation ecclésiastique. Ce fut lui qui donna le pouvoir au clergé régulier, après la suppression des ordres , de vivre séculièrement; qui le dispensa des voeux, et le réunit à la masse de la société, en lui rendant tous les droits dont il avait été privé. Sa Lettre pastorale aux religieux des deux sexes est encore admirée à Turin, comme un chefd’œuvre de simplicité et d’éloquence; et les observations qu’il y fait sur les distinctions fantastiques d’habillement qui marquaient avec ostentation la séparation d’avec le reste du monde, sont aussi philosophiques que bienveillantes (i). Il abolit les vœux de pau-
(i) « Abito secolare di colore e di forma modesta è edi— ««liante, siete dispensato del yoto di povertà per quanto
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vreté et de mendicité , et encouragea les moines à ajouter par leur travail à la modique somme qui leur était allouée par le nouveau gouvernement, en les exhortant à éviter les dettes et à se procurer l’indépendance par une sage économie.
Le peuple vit cette réforme avec joie, quels que pussent être les regrets du clergé. La suppression des riches couvens des jésuites et des capucins , la vente de leurs biens comme propriétés nationales, la cessation de ces aumônes extorquées à la crédulité ou à l’obéissance , firent rentrer dans leurs canaux naturels des sommes considérables, et remplacèrent des êtres voués à la fainéantise par la classe plus utile et plus heureuse des petits propriétaires ruraux. On réconciliait ainsi le grand nombre
*< riguarda il poter maneggiare denari , spendere e comT « prare , e ritenere in propria mano quanto vi potra « bisognare pel sostentamento vostro , ed anche in ajuto « e servizio delle case e famiglie nelle qnale vi troverete « a convivere. »
« Portez des habits séculiers de couleurs et de formes modestes et décentes. Vous êtes dispensés du vœu de pauvreté dans ce qui regarde le pouvoir de faire valoir l’argent , de dépenser , d’acheter et de retenir dans vos mains ce qui sera nécessaire pour votre subsistance , ou pour aider les familles avec lesquelles vous vivrez. »
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avec le nouvel ordre de choses , de manière que nuis n’avaient intérêt d’y être adverses , hors ceux qui avaient perdu des privilèges , à mesure que leurs concitoyens avaient recouvré des droits. Une carrière vaste et nouvelle s’ouvrait au talent national. Les agens et les ministres du nouveau gouvernement étaient presque tous Piémontais, et le chef de la république, comme le préfet de l’empire, reçurent également l’ordre d’amalgamer dans les fêtes publiques et dans leurs salons toutes les personnes de diverses classes que leurs talens et leur éducation rendaient propres à figurer dans les mêmes cercles.
Cependant le premier choc d’un changement qui avait été aussi prompt qu’avantageux, fut suivi de ses maux concomittans. L’émigration d’une grande partie de la noblesse, et les frais d’une guerre ruineuse avaient beaucoup appauvri la capitale; et l’aristocratie privée de ses droits féodaux, le moine défroqué, le clergé sans bénéfice, l’avocat de la couronne déplacé, formaient une masse considérable de mécontens qui répandaient la méfiance et les alarmes dans toute la sphère de leur influence. Mais peu de regrets sont éternels. La prospérité générale adoucit graduellement la désapprobation individuelle ;
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les dieux pénates de Turin se relevèrent; les fils se trouvèrent succéder aux charges que leurs pères n’étaient plus capables de remplir; et l’un des écrivains politiques le plus habiles que lTtalie ait produits (i), a prouvé qu’en dépit des faux raisonnemens qu’on a fait circuler avec tant de soin depuis la restauration , les états de S. M. sarde avaient été florissans , s’étaient améliorés sous le système révolutionnaire; et il a justifié ainsi les intentions de la Providence, en faveur d’un peuple doué de qualités élevées et d’un mérite éminent.
Des siècles de tyrannie n’étaient pas propres à donner aux Piémontais de justes notions de la liberté politique; mais leur esprit naturellement pénétrant se prêta bientôt à concevoir les principes et les théories sur lesquels se fondait leur régénération comparative. Tous les jeunes gens et plusieurs des légistes les plus habiles et des savans les plus distingués embrassèrent le nouvel ordre de choses avec enthousiasme, et en le considérant comme
(i) Opuscoli di un avocato milanese originario Piedmontese, sopra varie questioni politico-legali. Milano,
«Opuscules d’un avocat milanais originaire de Piémont, sur plusieurs questions politico-légales. Milan, 1819.»
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un pas fait vers un système plus parfait , ils avançaient rapidement dans la carrière de la liberté constitutionnelle, quand l’élévation soudaine de Bonaparte au trône impérial , sans étouffer leur amour pour l’indépendance, comprima leurs espérances, et retarda l’accomplissement de leur objet. Ils n’avaient pas de forces numériques à opposer à des systèmes soutenus par les armées qui avaient conquis l’Europe , et auxquels les souverains de Russie, de Prusse, d’Autriche, de Rome avaient accédé. Le monarque consacré par Pie vu, le gendre de François, le modèle d’Alexandre, et le maître de la destinée de Frédéric, aurait été bien vainement combattu par la petite république de Piémont, (i)
(i) Le Piémont a été reconnu province de France par la bulle du pape du ier juin i8o3. Le 3 janvier 1806, le roi de Bavière donna sa fille à Eugène Beauharnais ; le 17 avril, même année, le prince héréditaire de Bade épousa une parente de Joséphine , adoptée par Napoléon. En août 1807 , la fille du roi de Wirtemberg fut mariée à Jérome Bonaparte , qui avait une autre femme existante ; et en avril 1810 , l’empereur Napoléon épousa la fille de l’empereur d’Autriche. Il est difficile de décider ce qui offre le plus d’ignominie, ou de contracter de telles alliances en dépit de toutes les raisons d'opinion qui s’y opposaient, ou d’en rompre bassement les nœuds après les avoir librement formés.
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Bonaparte empereur employa les memes moyens de conciliation dont il s’était servi quand il était général de la république. Les Piémontais les plus distingués restèrent dans les places. Leur gouverneur , le prince Borghèse, était Italien, et assez riche pour acheter, s il l’eût voulu, une douzaine de statkoudérats en Allemagne : il était jeune, brillant, beaufrère de l’empereur; et il lui fut ordonné de conserver, dans sa vice-royauté, toutes les formes établies sous le gouvernement républicain. Ainsi toutes les personnes bien élevées étaient admises dans cette cour, sans distinction de rang, et la seule gène imposée aux botes du prince était, pour les maris, l’obligation d accompagner leurs femmes. Les ventes de biens nationaux furent confirmées; on ne rétablit pas un seul couvent, et le stylet continua d’être défendu comme du temps de la république (i). En 1 8 1 5 la France tomba, et î Europe reprit son assiette ancienne. Les rois sortirent de leurs retraites, et les institutions du quinzième siècle regagnèrent par degrés
(i) Rolland porte le nombre des assassinats commis de son temps, pour la Sardaigne seule , à huit ou neuf cents par année. A présent ce crime est aussi rare en Italie qu’en Angleterre.
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leur pouvoir et leur influence. S. M. de Cypre et de Jérusalem , après une retraite de quinze ans dans son île de Sardaigne , retourna de ce gouvernement de sardines , accompagné d’un assez mauvais poisson (le comte Cérutti , son grand-visir), de son confesseur, de sa madone, de sa cour, et d’une petite armée de soldats d’étain , qu’il faisait manœuvrer tous les jours sur la toilette de la reine. Il rentra dans sa bonne ville de Turin, avec le même habit, la même perruque, les mêmes préjugés qu’il avait en la quittant. Le peuple voyait cependant en lui, malgré cette perruque légitime, ce costume redoutable, le gage de cette liberté que la sainte alliance avait promise à l’Europe, quand l’ogre impérial aurait été abattu. Toutes les reliques féodales qui avaient été enfouies dans les vieux châteaux des Alpes , les défilés du Pas-de-Suze, et les vallées de Savoie, reparurent avec des accoutrera ens qui n’avaient pas été vus depuis la révolution. Le roi, en se revoyant dans la galerie de son Pallazzo reale , entouré des mêmes figures, dans les mêmes habillemens, que lorsque, en des temps moins heureux, il avait laissé cette résidence, ne put se défendre d’exprimer sa joie de ce que rien ri était changé , et d’avoir trouvé toute chose comme il l’avait
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laissée. C’était en vain que les vieux professeurs de droit romain, en soutane de soie ; les vieux nobles, V épée au côté ; les vieux magistrats, en robe d'hermine ; et les vieux ecclésiastiques , dans leurs anciens habits pontificaux , s’écriaient autour de lui : Prostrata banalitày — feodalità , — il tempo di lutto , — i quindici anni sventurati. ... (r); il se passa bien du temps avant qu’ils pussent lui faire comprendre ce qu’ils voulaient dire , et lui faire croire qu’une seule innovation eût été faite dans les lois des descendans du grand Witikind.
A la fin cependant, convaincu par des dé tails réitérés qu’il n’y avait plus ni féodalité, ni corvée, ni gabelle, ni couvens,ni stylets, ni asiles; que les nobles étaient obligés de payer leurs dettes et n’avaient plus besoin de sa permission pour aller à Milan ; que rien ne resta i t des anciennes institutions, sinon de lourds impôts, une conscription militaire, et une presse restreinte; il prit tous les saints du calendrier à témoin de son indignation , et appela le conseiller selon son cœur, cet autre
( 1 ) «> Banalités abolies , — féodalité abaissée , — temp s de deuil , — les quinze malheureuses années. >*
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lui-même et meilleur que lui même, Cérutti, pour voir ce qu’il y avait à faire ; comment et par qui les fragmens de l’ancien édifice poliraient être rassemblés et réparés. La consternation royale fit rire Cérutti; il assura le roi que pour six sous de l’ancienne monnaie piémontaise il remettrait à neuf l’ancien gouvernement. (j)
Les six sous avancés, le ministre sort, et rentre en moins d'une heure, avec un almanach royal de 1790. « Voilà, sire, dit-il, votre gouvernement tout fait. Replacez toutes les personnes que vous trouvez ici , et qui sont encore vivantes, et remplissez les vacances d’une manière analogue; vous voyez que pour le prix de ce livre que je viens d’acheter dans une échoppe près du palais de V. M. , vous rétablissez votre gouvernement sans aucune peine. » Le roi fut enchanté, le ministère actif du régime précédent fut immédiatement banni; et en peu de jours il ne resta de traces de ce système, que les abus qui convenaient au nouvel ordre de choses. Les couvens furent rétablis ; des moines (9.), des processions , des
(1) « Tutto di bel nuovo. »
(2) Un recensement pris à Turin dans le milieu du dernier siècle , prouve que dans une population de
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soldats remplirent les rues ; les églises , les forteresses, les châsses, les garnisons se relevèrent de tous côtés ; le Code Napoléon fut abandonné, la ligne de démarcation entre la noblesse et le peuple fut tirée plus exactement que jamais , la reine distribua encore les loges à l’Opéra d’après le nombre de quartiers, et le roi , devant toute sa cour ( sur ce qu’on lui disait que le souverain de Bavière était libéral, et que le monarque prussien avait promis une constitution à son peuple ), dit : lo solo , sono veramente re. Pour couronner tant de félicités, l’Angleterre , faussant ses promesses , remit Gènes entre ses mains ; — Gènes , l’objet de sa haine , de sa rivalité , de son ambition ; quand tout à coup l’on vient à découvrir, au milieu de tous ces triomphes, que la vieille machine, quoique replâtrée , raccommodée, ne pouvait pas marcher. Les ressorts en étaient rouillés, les principes d’action en étaient oubliés; en un mot, la constitution de six sous ne valait pas un denier. Tout était erreur, confusion, mécontentement, inconvenance ; le peuple appartenait à un siècle , le gouvernement à un
76,000 âmes , il y avait 14,000 ecclésiastiques , et i5,ooo moines et religieuses.
(1) «Moi seul je suis vraiment roi. »
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autre. En vain l’armée fut augmentée, quoique l’on fût dans un état de profonde paix; en vain les citadelles se fortifièrent , les armoiries reparurent, les capucins se multiplièrent, des prières sans nombre furent offertes; en vain le roi habilla et déshabilla ses troupes , fit manœuvrer ses soldats d’étain comme dans les heureux jours de sa retraite, et la reine reçut des inspirations journalières du conseil aulique de son cousin ; tout fut inutile. Le peuple de Savoie mourait de faim (i), les Piémontais supportaient impatiemment le poids des impôts, les nobles qui se retrouvaient encore vassaux du roi, sans avoir regagné tout leur ancien pouvoir sur le peuple, se plaignaient amèrement; les moines à qui l'on avait rendu leurs couvens , en redemandaient les revenus; les libéraux et les bonapartistes, également indignés, seréunissaientdans lesentimentdel’oppression de l’Italie, et minaient par les armes du ridicule et de l’opposition le système qu’ils ne pouvaient pas abroger. Gènes, la malheureuse Gènes , étai t prête à tous les sacrifices qui
(i) Dans ce temps-là, des lois fiscales empêchaient le passage des grains envoyés du Piémont pour secourir les Savoyards j et les souffrances qu’ils éprouvèrent pendant cette disette , rempliraient un volume.
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auraient pu la tirer d’un honteux esclavage. Cypre et Jérusalem restaient, il est vrai, calmes et tranquilles; mais tout le reste était dans le désordre et la consternation. Le roi, tâchant d'arranger un ordre de choses plus supportable, reprit quelques-uns des ex-ministres du régime impérial. Ils ne pouvaient pas faire beaucoup, avec un système qui, bien qu’il soit celui de tous les états du continent, ne saurait cependant subsister qu’à l'aide de nom breuses armées permanentes; maisleurstalens, leur mérite reconnus, inspirèrent h la nation une sorte de confiance, et calmèrent momentanément l'irritation des esprits.
Les nobles institutions qui avaient fleuri pendant quinze ans en Piémont et en Savoie, avaient répandu parmi les habitans de ces pays des lumières qui ne pouvaient pas ètreéteintes, et réveillé en eux une énergie qui ne pouvait plus se réduire à la stupidité de leur ancienne existence. Une éducation européenne s’étend maintenant à tous les rangs; le noble, le bourgeois , le soldat participent également à ses bienfaits; et les effets qu’elle a produits se reconnaissent dans la société privée de Turin, et dans les efforts individuels pour fonder des établissemens utiles au bien commun. Ces établissemens ranimeront l’industrie, propage-
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ront les connaissances et enrichiront le pays, en dépit des ignorantins , des partisans de la féodalité et des erreurs des gouvernemens légitimes (i). Alfiéri considère Comme un desmal-
(i) Parmi les plus distingués de ces vrais patriotes, on remarque son excellence le marquis de Brême , dernier ministre de l’intérieur du royaume d’Italie. Ce seigneur , est le chef d’une des plus anciennes familles , et il possède une des plus grandes fortunes du Piémont. Pendant son ministère il a puissamment concouru à la propagation de deux choses bien essentielles au bien de la société ; la vaccine et les écoles lancastriennes , qu’il a d’abord introduites dans ses terres en Piémont. 270,000 personnes furent vaccinées en Lombardie d’après ses expériences domestiques , et ses écoles excitèrent une émulation semblable; renvoyé du ministère à la restauration, par la maison d’Autriche , qui n’avait que faire ni des écoles de Lancastre , ni des ministres qui les protégeaient , le marquis de Brême réside actuellement dans son vieux château de Sartirani , où il est regardé comme le protecteur de tout le canton. Il est auteur d’un ouvrage intitulé : Des Systèmes actuels d' éducation du peuple.
Quand nous le visitâmes dans sa villa près de Milan , ou il se trouvait momentanément en 181g, il nous invita à venir à Sartirani , à notre retour du midi de l’Italie , pour y juger des progrès de ces écoles. Dans l’intervalle, la mort l’a ailligé deux fois des plus cruelles peines qui puissent déchirer un cœur paternel, et avec les circonstances les plus aggravantes. Son fils aîné a péri en traversant le Ticino , comme il accompagnait un mé-
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heurs de sa vie, auquel il n’avait point contribué, celui d’ëtre né dans ce qu'il appelle un pays amphibie (i). Cette observation fait allusion
decin qu’il avait été chercher pour son père. Peu de temps après ce malheur , monseigneur l’abbé de Brême , second fils de son excellence , ex-grand-aumônier du royaume d’Italie, succomba dans une maladie, aigrie par les persécutions et les calomnies qui suivaient, depuis la restauration , tous ceux qui s’étaient distingués sous le régime précédent, et qui avaient été trop vivement ressenties par un être dont la constitution était délicate, et l’esprit disposé à une mélancolie morbide. L’abbé de Brême était le principal rédacteur d’un journal littéraire composé dans des principes libéraux , et supprimé depuis peu , intitulé le Conciliateur. Il unissait une vaste érudition à de rares talens , et ses affections vives et profondes se concentraient sur la régénération de l’Italie , et sa réunion en un corps de nation. A la politesse de l’ancienne cour, il joignait la franchise des manières modernes ; et il a emporté dans la tombe l’estime , l’amitié et les regrets de tout ce qui est aimable et méritant dans la société italienne. Monseigneur de Brême était bien connu de nos voyageurs les plus distingués. Ses attentions pour nous, comme étrangers, s’étaient bientôt changées en une liaison d’amitié qui n’a fini qu’avec sa vie , comme son souvenir ne s’effacera qu’avec la nôtre.
(i) « Disgrazia primitiva del nascere in un paese an- « fibio. » J^ita , p. 76.
Il avoue qu’il ne savait le français que par routine • mais il ajoute qu’il connaissait encore moins l’italien :
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à la prédominance de la langue française en Piémont, qui faisait quil ignorait encore les beautés de son idiome natal , à l’âge où l’esprit a pris]son entier développement. Avant qu’il se fût dévoué avec tant d’ardeur à l’étude de cette belle langue , sa conversation , ses lettres , ses compositions étaient en français; et quand il arriva en Toscane il fut obligé d’étudier l’italien comme un langage étranger. Le français a été depuis plus d’un siècle la langue de la
Eustace , dans ses lamentations sur la perte de la cour et de l’Académie de Turin , observe qu’elles servaient d’introduction aux manières et à la langue d’Italie. Cet exemple , et plusieurs autres , dans son emphatique et superficiel ouvrage , prouvent son entière ignorance de l’Italie , ou son intention préméditée d’altérer la vérité des faits. Les détails historiques et topographiques, même les citations classiques d’Eustace , sont généralement copiés de Lalande, dont le Voyage en Italie est trop volumineux pour être lu par beaucoup de gens. Mais le projet de rétablir le latin comme langue commune en Europe , et celui de la restauration de l’ancienne suprématie du pape , lui appartiennent en propre. Le vrai caractère de cette production (qu’il est moins pénible de censurer à présent que l’auteur ne peut plus être affecté des éloges ou des censures ) , est bien exprimé dans le quatrième chant de Childe Harold ; le long séjour de lord Byron en Italie rend son témoignage irrécusable en cette occasion.
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cour et de la bonne compagnie de Turin; le piémontais est employé dans les relations domestiques; mais l’italien n’est parlé que par les personnes instruites , et seulement quand elles se trouvent avec des étrangers de quelque autre partie de lTtalie.
L’habitude de copier servilement la cour de France, les fréquentes alliances entre les maisons de Bourbon et de Savoie, et la proximité et l’union momentanée des deux pays, a produit une conformité d’usages qui maintenant, plus que jamais, frappe le voyageur à sa première entrée dans les salons de Turin. Cependant l’on découvre ensuite quelques légères différences. Les hommes dans leurs vêtemens, leur contenance, leur manière de se présenter, se rapprochent des Anglais; du moins ils se piquent de leur ressembler. Ils ont la passion des chevaux , ou ils affectent de l’avoir ; ils se rassemblent en club dans les cafés, parlent politique, font des paris, galopent le soir au cours, et conduisent le matin des bogueysy en costume de dandy. Dans leurs loges à l’Opéra , ils sont vraiment Italiens; dans leurs salons, ils sont Français; mais à tout prendre, ils sont parfaitement Européens. Les femmes adoptent généralement les modes et la langue françaises; elles ont un peu de ce tour élégant
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et fin , de ce léger persiflage qui constitue le cliarme principal de la conversation française. Mais elles ont une grâce qui n’est pas française, une grâce purement italienne, la grâce de la simplicité. Rien de maniéré , point de formes banales de convention, aucune affectation cérémonieuse. C’est peut-être ce qui fait que malgré les désavantages d’une mauvaise éducation, d’un mauvais gouvernement, d’une religion superstitieuse, elles ont encore pour ceux qui sont admis dans leur intimité, un charme que l’art ne pourrait jamais imiter.
Le spectacle, le casino, la cour, les sociétés privées remplissent le temps à Turin , comme dans le reste de l’Italie. Nous avons dû à la politesse de madame la comtesse Valperga Masino (i), et de la princesse Hohenzol-
(i) Cette dame me pardonnera peut-être si, en rappelant ses attentions aimables , j’avoue qu’elles m’ont été doublement précieuses comme venant de la nièce de la pupille de l’amie de l’illustre abbé Valperga di Caluso , nom sacré en Italie , qui n’est jamais prononcé sans exciter un soupir de regret, ou un sentiment de triomphe national. L’abbé mourut dans les bras de sa nièce , et c’est à sa piété filiale que monseigneur de Brême fait allusion dans la vie qu’il a écrite de son docte parent, en disant : Che avesse Vonorando veccliio domestico
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lern ( 1 ), de pouvoir, malgré la langueur que l’absence de la cour avait jetée dans les amusemens, juger des grâces et des talens qui embellissent les cercles de cette capitale. Nous fûmes présentés dans leurs salons à tous les littérateurs, les diplomates , les personnes distinguées qui se trouvaient alors à Turin, et nous pûmes observer que le mérite était là pleinement substitué aux quartiers de noblesse et aux crachats , en voyant les Carénas, les Planas, les Borsons , associés dans le palais Masino aux comtes féodaux et aux barons gothiques. C’est là que nous entendîmes discuter, de la manière la plus aimable , sur des points de poésie et de littérature, le ministre libéral et philosophique Balbo, et Y ultra, mais très-agréable de Maistre.
La danse à la française , les cartes et la con-
compagno , il senno , sotlo le ridente forme di femminil gioventh.
« Le digne vieillard avait pour société intime et domestique , le bon sens , sous la forme riante d’une jeune femme. »
L’abbé Caluso était professeur de langues orientales, directeur de l’observatoire, membre du grand conseil de l’université , membre de la légion d’honneur, etc. etc. Il est mort à Turin, en i8i5, âgé de soixante-dix-sept ans.
( i) Femme de son excellence le comte Trucksess , ministre de Prusse.
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versation occupent la société comme à Paris ; mais la conversation prédomine, et nous fûmes surpris de trouver chez plusieurs jeunes personnes une connaissance générale de notre littérature. Le jour qui précéda notre départ de Turin , on nous présenta des traductions italiennes de Childe Harold et de Lallah , Rookh.
Je plains ceux qui traversent le Piémont sans s’arrêter dans sa capitale. L’impression que nous reçûmes sur le seuil de l’Italie , répandit un jour favorable sur tout le reste de notre voyage. Les localités de Turin offrent beaucoup d’intérêt, et ses actifs et spirituels citoyens méritent bien d'ètre étudiés avec attention. De plus, les étrangers trouvent dans peu de villes d'Italie, un accueil aussi franc, aussi hospitalier, auquel une gaîté aimable, des connaissances solides, et des sentimens bienveillans donnent un prix inestimable.