‹ L'Italie mystiqueChapitre 10 sur 53 · De Civit. Dei., XX et XXll. Jn Joan. Evangel. Tract.yZQ · texte numérisé non relu

De Civit. Dei., XX et XXll. Jn Joan. Evangel. Tract.yZQ

JOACIIIM UE FI, OHE. M

Le x" siècle altondail-il encore le millénaire aii^usliiiien? Pcul-ùlre crut-il que son dernier soir verrait l'a^^onie du monde. Scot Érigène ne parlagea pas, au ix% la terreur de ses contemporains à la pensée de l'an mille. Mais l'Eglise lui parut chanceler déjà, et la méditation du quatrième Évangile lui fit apercevoir, avec une netteté singulière, le passé, le présent et l'avenir des choses religieuses. S'il reproduit à peu près la succession des époques, telles que son maître les avait supputées, il les classe en trois grandes divisions, marquées chacune par un sacerdoce, donnant ainsi à entendre que, pour les deux premières, le prêtre lui-même, comme la doctrine dont il était le gardien, ne répond qu'à un moment transitoire de la pensée divine. Le premier sacerdoce, celui de l'Ancien Testament, n'entrevit la vérité qu'à travers les ténèbres de mystères inintelligibles; le second sacerdoce, celui du Nouveau Testament, a éclairé de quelques rayons de vérité d'obscurs symboles; le troisième sacerdoce, celui de la vie future, laissera voir Dieu face à face. Au premier correspond la loi naturelle, au second la loi de la grâce, le troisième sera le royaume de Dieu. Le premier a redressé la nature humaine corrompue, le second l'a ennoblie par la foi, la charité et l'espérance, le troisième l'illuminera par la contemplation. Le premier, figuré par l'arche matérielle, a été donné à un peuple charnel, que la

lettre seule toucnait; le second, par les symboles langibics des sacrements, achemme les âmes à la vie spirituelle qu'elles ne goûteront pleinement qu'au paradis. Ainsi, les apparences de l'Église présente se dissiperont dans la lumière de l'Église future. L'âme ne possédera véritablement Dieu que par sa communion avec le Saint-Esprit. Scot Érigène, dans son homélie sur le premier chapitre de saint Jean, ne craint même pas d'avancer que le Saint-Esprit fut, en Jésus-Christ, sous une figure humaine, le principe de la vie divine. L'Église du Nouveau Testament n'est donc que l'image symbolique de l'Église éternelle. Et déjà, dès leur vie terrestre, les chrétiens de l'ordre contemplatif ont pénétré dans cette Église supérieure et participent à la spiritualité idéale de la vie céleste*.

Toute une évolution religieuse était contenue en ces dernières vues. Scot Érigène y fondait l'une avec l'autre les deux théories johannites, l'Apocalypse et l'Évangile. La troisième révélation, celle du Paraclet, est donnée d'avance sur la terre aux âmes les plus pures, in primitiis contemplationis. Les promesses de l'apôtre n'étaient point vaines : Dieu ouvre aux contemplatifs, dès ici-bas, l'accès

1. Comment, in Evangel. Joan., ap. Migne, 308. Exposit., sitp. Hierarch. Ecoles. S' Dyonisii, lib. II, in Prol. Le manuscrit de la Bibliotiièque d'Alençon décrit par M. Uavaisson, Rapp. sur ies biblioth., Append., 334.

Page 1