‹ L'Italie mystiqueChapitre 2 sur 53 · VI AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AVANT-PROPOS

sans réserve de sa raison et l'incrédulité discrète des dévots politiques, entre la piété douloureuse des simples qui noient dans le surnaturel leur vie entière, et la piété aimable des gens du monde qui font servir le surnaturel au bon renom et à la grâce de leur vie. L'Italie avait traversé une trop longue période de culture rationnelle pour s'assoupir dans une sorte d'enfance religieuse. Privée de la liberté de croire, elle a gardé, d'une façon inconsciente, de la liberté de penser, la mesure de scepticisme qui, tout en permettant l'observance, préserve de la passion mystique. Mais le christianisme, que l'intérêt politique ne soutient plus, et dont les mystères et la discipline n'ont plus de sens pour la foule, s'y éteint lentement, comme une lampe perdue au fond du sanctuaire.

Ainsi, dans cette histoire de la religion italienne, nous distinguons trois éléments principaux ou, si l'on veut, trois personnages qui mènent le drame : l'Église de Rome, la conscience chrétienne et le rationalisme, incrédulité ironique ou libre examen, esprit d'indépendance laïque, résistance séculière ou indifférence scientifique. Je me propose, dans ce volume, de raconter la période héroïque de cette histoire. Les premières velléités d'hérésie ou de schisme, Arnauld de Brescia, Joachim de Flore, saint François et sa création religieuse, Frédéric II et la civilisation de l'Italie méridionale, la renaissance du joachimisme au sein de l'institut d'Assise, l'œuvre militante du Saint Siège entre Innocent III et Boniface VIII, nous occuperont tour à tour. En même temps j'indiquerai quelle part la

AVANT-PROPOS. vu

loi italienne a eue dans la rénovation des arts et de la poésie, et quel rayon, parti des grands chrétiens du XII* et du xiii" siècle, s'est reposé sur le berceau de Nicolas et de Jean de Pise, de Giotto, de Jacopoue de Todi et de Dante.

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