D'Argentré, CoUectio judicior.j l. I, p. 165 etsuiv
de Paris, de ne point inquiéter, par des enquêtes dans les bibliothèques monacales, l'ordre franciscain. Il ordonna que l'on brûlât secrète^ sine fratum scandalo, dit Malhieu Paris, les exemplaires du « nouveau livre ». Mais il ne semble pas que Rome elle-même ait été bien sévère pour la personne de Gérard; il fut seulement, à la première heure, privé des fonctions sacerdotales, de la prédication et de la confession; les peines plus dures qui le frappèrent dans la suite, le cachot, le pain et l'eau d'angoisse, la privation de sépulture ecclésiastique, furent, selon Salimbene et Angelo Clareno, le fait des frères mineurs irrités de l'obstination que Gérard mettait à ne point abjurer la croyance joachimite. Guillaume de Saint-Amour paya très cher le scandale dont il s'était fait le héraut: il se vit, pour son livre dePericulis, dépossédé de sa chaire, exilé hors de France et dépouillé pour toujours du droit de prêcher et d'enseigner. (Du Boulay, Ilistor, Univ. Paris. , t. III, 342.) Jean de Parme fut atteint, à son tour, par le contrecoup de celte grave affaire. « Il avait reçu, dit VHistoire des Tribulations^ de saint François luimême le calice plein de l'esprit de vie, et l'ayant bu dévotement, il devint lumineux comme le soleil. » (Archiv^ t. II, fascic. 11, p. 280.) Mais il devait boire jusqu'à la lie. Les franciscains fidèles au Saint-Siège le citèrent devant un premier chapitre restreint, à Castello délia Pieve; il dut se
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clclendrc du soupçon d'hérésie, lui, dil Frà Angclo, « que le Saint-Esprit remplissait », contre les calomnies « des chrétiens les moins fervents ». Aux frères furieux qui chéissaient à la direction de saint Bonaventure, il répondait d'une voix haute : « Credo in iinum Deum, Palrem omnipotentem ». Le cardinal Otloboni, le futur Adrien V, obtint que le général des mineurs ne fût point jeté en prison. En 1257, au chapitre général de l'Ara- Cœli, il se démit de sa dignité, et se retira au petit couvent de la Greccia, près de Rieti, dans la vallée alpestre où François d'Assise avait célébré les mystères de la nuit de Noël. Il y passa trente-deux ans, «dans une vie angélique», écrit Angelo, honoré et caressé par les papes, qui lui offrirent à plusieurs reprises le chapeau de cardinal. En 1288, à l'âge de quatre-vingts ans, il obtint de Nicolas IV la grâce d'aller en Grèce pour y convertir les schismatiques et rétablir l'unité de la chrétienté. Aux environs de Camerino il eut le pressentiment de sa fin prochaine et dit à ses compagnons : « Voici mon repos éternel, ici j'habiterai à tout jamais ». Quelques jours plus tard il mourait, dans la paix de l'Eglise.
11 nous est facile d'apprécier les rôles, parfois inattendus, que l'Université et le Saint Siège ont tenus dans cette crise singulière. La première fut certairjement déconcertée par l'attitude équivoque de l'Église; Rome dut s'étonner du zèle biuyant de nos docteurs qui semblaient se charger à eux seuls du salut delà chrétienté et de l'intégrité du dogme. Je crois cependant que Paris et Rome prirent le procès de l'Évangile éternel de la iaçon la plus confurme à leurs intérêts et à leui s traditions.
Pour l'Université, l'entieprise du frère Gérard fut une occasion excellente de compiomettre les ordres mendiants et de se débarrasser jiour longtemps de ses rivaux. En les accusant d'iurésie, c'était bien pro domo sua qu'elle travaillait. Mais ne voyons pas en tout ceci l'œuvre d'un égoïsme médiocre. 11 s'agissait pour elle d'un privilège plus noble que la possession des chaires convoitées par les mineurs et les prêcheurs. Le joachimisme, qu'on le prenne dans les écrits auiheniujues de Joachim ou les pseudo-prophéties qui lui furent attribuées après sa mort, était la contradiction de
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la scolasliquc. Au raison iicnicnl dédurlif, fondé parfois sur un sophisme, la secle nouvelle opposait rinluilion dircclc des choses élerndhîs, la conversai ion inliine avec Dieu. Tout le travail de l'esprit humain, dont l'Université était le foyer depuis le temps d'Ahélard, n'étail donc que vanité et mensonge; la science tout entière, dépossédée desa méthode séculaire, élait à recommencer; hien plus, elle devenait inutile. Le rnysli< isme n'a besoin ni de syllogismes, ni (i'ex[)érience. il lit, sans aucun effort dedémonslralion, dans les sei rets de Dieu et déda'gne, comme <le pures illusions des sens, les choses réelles. Les myslicpies vivent de rêve et d'extase, à une dislance infinie de la nature, de la sociélé et de l'hisloire; pareils à saint François, il leur suffit, pour se nourrir, du chant d'une cigale.
Or rUniversilé de Paris représentait, d'une certaine façon, l'esprit pralicpie et mesuré de la Fiance, je dirai môme l'esprit laùjuc, (|ui «rran lira sans cesse jusqu'à l'époque de Philippe le Bel. Elle se défiait des mystiques et n'aimail point l'idéalisme. De plus en plus elle s'assimilait le génie raisonnable de la philosophie d'Aristote. Elle usai! ses forces à é( arier de sa voie les chimères métai hysiques de Scol Erigène et de Guillaume dr Champeaux, cette doctrine des universaux qui revenait toujours à elle, comme un rocher de Sis}phe. Elle vit dans V Introductorius de Gérard une nouveauté
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plus dangereuse encore que n'avait été, cinquante années auparavant, Thérésie d'Amauryde Chartres. La prophétie joachimite semblait, en effet, à demi réalisée déjà, et la foule des moines, qui attendait impatiemment une rénovation religieuse, ne commençait-elle pas l'ère définitive des spirituales viri? La prédication de l'Évangile nouveau allait fermer d'un triple sceau les deux Testaments, la révélation de Moïse comme celle de Jésus. L'Écriture sainte, lumière de la vieille science, dont les textes éclairaient perpétuellement la raison des docteurs, pour les recherches de physique comme pour les théories politiques, allait-elle défaillir et priver l'esprit humain d'une collaboration auguste? Si donc ce groupe d'illuminés réussissait à s'imposer au monde, que deviendrait le Trivium et le Quatrivium, le labeur méthodique de la raison, la culture de l'École et l'École elle-même ?
Tout autre était, dans cette affaire, l'intérêt de l'Eglise et du Saint-Siège. Rome n'avait point d'inquiétude sur Torthodoxie du père de la secte, Joachim; elle tenait assez fermement dans sa main l'immense famille des mendiants pour ne point s'inquiéter beaucoup du crédit dont jouissait Jean de Parme dans l'ordre des mineurs. Le règne des spirituels^ l'ascendant du monachisme n'étaient point pour elle une nouveauté historique. L'Église de Grégoire VII n'avait-elle pas été déjà l'Égh'se des moines? N'avait-elle point elle-même favorisé
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jadis la Palaria lombarde, c'csl-à-diic l'iiisiirreclion des réguliers contre le clergé séculier de Milan? Le Saint-Siège se trouvait depuis Innocent ni dans une période ascendante de giandeur. La témérité de rÉvangilc élernel lui parut sans doute atténuée par son excès même. Que pouvaitil craindre des prophéties de quelques visionnaires fixant à une date si prochaine la chute du christianisme traditionnel? La terreur de Tan 12G0 passerait, comme avait passé la terreur de l'an 1000. L'Italie mesurait donc d'un regard tranquille la valeur de celle étrange héi ésie Rome n'ignorait point que, parmi les franciscains de la péninsule, beaucoup, sans attendre l'issue de l'année falale, traitaient avec ironie le rêve des joachimites. Dès 1248, Pierre de Fouille disait à Hugues de Digne, en présence des principaux affiliés de la secte : « J'ai bien lu les livres de Joachim, et je n'y crois pas ». Il disait aussi à Jean de Naples : « Je me soucie de Joachim comme de la cinquième roue d'un carrosse, quantum de quintarotaplaustri.^^ (Salimbene, Cron., p. 104.) En réalité, la théorie de la pauvreté absolue, qui, dès la seconde moitié du xiii^ siècle, visa directement la puissance temporelle de l'Église, causa au Saint-Siège une angoisse autrement plus grande que ne fit la prédication de l'Évangile éternel.
Rome enfin, à ce moment du moyen âge, avait beaucoup à demander aux moines; dans la crise
qu'elle traversait depuis la révolte de Frédéric II, elle se trouvait étroitement liée au monachisme. L'empereur était mort, mais le nid de vipères, la famille des Hohenslaufen, n'était pas encore écrasé. Ce qui subsistait de l'œuvre de Frédéric, la civilisation toute rationnelle, l'indifférence religieuse, l'esprit de tolérance ou d'ironie, tout cela obli'^^eait le Saint-Siège à grouper autour de soi la mili< e des réguliers et, par conséquent, à fermer les yeux sur les écarts de leur exégèse et les entraînements (le leur mysticisme. Des théologiens exacts eussent alors servi l'Église d'une façon moins eflicait^ Un ne répond |)as aux incrédules ou aux railleurs par la discussion scolaslique, mais par rentliousiasme et la glorification de l'i léal. I^es mendiants, c'est à-dire le monacliisme actif, démocratique, comptaient alors beaucoup trop dans 'a vie morale des communes italiennes pour (jue Rome, dont ils étaient le bouclier, ne leur pardoi. il point (juelque licence lliéologi(|ue. Le parti gibelin et im[)érial, Frédéric H, Pierre de la Vigne, le roi Maiifred, qui prétendaient renouveler la société civile en dehors de l'Église ou contre l'Église, n'eurent pas d'adversaires plus consta; ts ipie ces pii^ux vagabonds (|ui piochaient aux l'oiiles (hns les cairelour's des villes, sous les arbres des champs, et les entn t naieni des libertés |'ubti(iues tout autant que du royaume de Dieu. Quant aux descendants directs de l'abbé
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Joacliim, aux cislercioiis réformf'S de Flore, dont les couvcnls remplissaient l'Ilalie méridionale, la p()lili(|ue de Home avait encore de bonnes raisons pour les ména^'^er. De tout temps, le Saint Siè^^e avait convoité la suzeraineté, au moins nominale, des provinces napolitaines. Il l'avait sollicitée des Normands; il allait l'imposer aux Angevins. Pouvait-il alors se brouiller avec des moines dont le fondateur avait le renom d'uL prophète et d'un saint, qui étaient pour lui de sûrs alliés politi(|ues et qui, au point de vue de la primauté de l'É^ilise latine, paraissaient seuils capables de balancer dans celte région, isolée du reste de l'Italie, et ratlacliée par mille liens à l'Orient, l'influence encore très forte de la communion grecque?
L'Université de Paris avait cru voir dans le joachimisme excessif de Gérard de San-Donnino une invention d'autant plus inquiétante qu'elle se manifestait, de ce côté-ci des Alpes, comme un phénomène isolé et inattendu. Mais, pour le Saint- Siège, cette secte n'était qu'un témoignage de l'esprit de liberté religieuse que l'Église accordait
à 1 Ilalie, et dont elle arrêtait seulement les plus fâcheux écarts. Jamais, depuis l'époque alexandrine et le temps du concile de Nicée, on n'avait assisté à une telle fermentation de la foi, à une plus riche floraison du mysticisme. La précieuse Chronique de Frà Salimbene de Parme nous permet d'entrevoir à quel point l'Italie était alors vivante et quels germes féconds saint François avait jetés dans toutes les consciences.
Certes nos scolastiques eussent été déconcertés par un speclacle si nouveau; ils n'eussent rien entendu à la notion très particulière d'orthodoxie qui, au milieu du xiii« siècle, animait la chrétienté italienne. Ici, sous l'œil maternel de l'Église, il était convenu que les fidèles, individuellement ou réunis en communautés libres, pouvaient chercher à leur gré la voie du salut. Et chacun, selon son humeur, allait de son côté. Celui-ci, un laïque de Parme, s'enferme en un couvent cistercien pour y écrire des prophéties; cet autre, un ami des mineurs, fonde une religion « pour lui tout seul, sibi ipsi vivebat ». Il rappelait la figure de saint Jean-Baptiste, avec sa longue barbe, sa cape arménienne, sa tunique de peau, sa ceinture de cuir et « une terrible trompette de cuivre ». Il prêchait dans les églises et sur les places, entouré d'une foule d'enfants portant des branches d'arbres et des cierges allumés. Le texte de ses sermons était toujours le même el en langue vulgaire.: « Lav-
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data e benedetlo e glorifîcoto sia lo Paire », et les enfants répétaient ces paroles; puis il ^^lorifiait le Tifs cl l'Esprit saint, et tout le monde criait alléluia!
Les ermites pullulent, ermites de saint Augustin, de saint Guillaume, de Jean le Bon. Les confréries sont des plus variées. En 1260, la grande année joachimite, les flagellants se montrent dans rilalie du Nord. «Tous, petits et grands, nobles, soldais, gens du peuple, nus jusqu'à la ceinture, allaient en procession à travers les villes et se fouettaient, précédés des évêques et des religieux. » La panique mystique fit de grands ravage», tout le monde perdait la tête, on se confessait, on restituait le bien volé, on embrassait ses ennemis, on composait des cantiques. La fin de toutes choses semblait proche. Celui qui ne se fouettait point était réputé «pire que le diable », on le montrait du doigt, on le maltraitait. Le jour de la Toussaint, ils vinrent de Modène à Reggio, puis marchèrent sur Parme et Crémone. Le podestat de cette dernière ville refusa l'entrée et dressa des fourches au bord du Pô à l'usage des flagellants qui forceraient le passage; aucun ne se présenta. A Pérouse, à Rome, les habitants se flagellaient nus dans les rues*. Avec les gaudentes, le tableau change. Ceux-ci ne se fouettaient point, mais
1. Cron,, p. 32, 238. Cron. di Bologna, Muratoiu, ScrUlor. xvni, 271.
vivaient paiement en confrérie chevaleresque; ils avai<>ni clé inslilués par Barlolomeo de Vicence, qui fut évêcjue. Ils man^^ent leurs richesses » cum hystriunibus », écrit Salimbene. Ils ne font amais l'aumône, ne coniribuent à aucune œuvre pie; ils enlèvent par rapine le plus qu'ils peuvent. Une fois ruinés, ils ont l'audace de demander au pape de leur assigner les plus riches couvents de l'Ilalie. Danle les aborde dans la procession des hypocrites aux chapes de plomb doré et converse avec Lod. ringo, l'un des fondateurs désigt)és par Salimbene.
Certes, l'ivraie était abondamment mêlée aux bons épis. Les rihaldi^ les trulani, les trufatoreSf ribauds, truands et fourbes, sont déiioncés par Salimbene. Voici les saccati ou boscarioli, hommes vêtus de sacs, hommes des bois. C'est une secte de faux mineurs, sortis du groupe joachimite de Hugues de Digne et qui ont usurpé le costume franciscain. Hugues leur avait dit : « Allez dans les forêts, nourrissez- vous de racines, car les tribulations sont proches » Ils fourmilleni dans les bois, sur les grands chemins, dans les villes, prêchant, confessant, mendiant, car ce sont de furieux quêteurs, i)lus alertes que les vrais et qui ne leur laissent que les miettes. L'un d'eux devint archevêque d'Arles. Voici les apostoh, faux apôtres, vagabonds, tota die otiod, qui volunl vivere de labore et sudore aliorum. Ils vivent dans l'anarchie, ne
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Iravaillcni ni ne prient, ne prôclieiil ni ne confessent; ils ne clicrchent « qu'à voir les femmes». Getle bande attire à elle les enfants, qu'ils font prôcher, et les femmes, mulierculaSy qui, vêtues de longs inanleaux, s'attachent aux aposloli, se disant leurs sœurs. Là on pratique le communisme à oulrance. Leur chef, Gherardino Segalello, que les mineurs avaient chassé de leur ordre, se fait passer pour le fils de Dieu; autour de lui on chante: Pater! pater ! paterf Mais il a des aventures galantes, renouvelées de Robert d'Arbrissel, qui révoltent la pudeur de Salimbene. Ce scandale émut l'évêque de Parme, qui fit emprisonner tous les apôtres qu'il put prendre. Puis Grégoire X condamna la secte, qui refusa de se soumettre. Les saccati, plus humbles, s'étaient soumis.
Tout se rencontre dans la Chronique de Salimbene : l'enthousiasme de toute une contrée qui bâtit à Reggio d'Emilie une église pour les prêcheurs; soldats, femmes, paysans, citadins portent sur leurs épaules les pierres et la chaux ; la pieuse industrie des franciscains et des domininicains qui, à Parme, « s'entendirent sur les miracles qu'il convenait de faire cette année-là pour les fêtes de Pâques »; les miracles joyeux de frère Nicolas de Monlefeltro, qui guérit un novice dont le sommeil trop sonore troublait tout un couvent, en lui tirant simplement le nez derrière l'autel à
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l'issue de la messe; la fausse relique de saint Albert de Crémone, que les curés de Parme faisaient adorer dans leurs églises et honoraient de peintures édifiantes, ut melius oblationes a populo oblinerenl) la chanson testamentaire d'un chanoine épicurien, qui jure de finir le verre en main une vie fort égayée par tous les péchés capitaux. Dans cette étonnante chrétienté, les bons vivants coudoient les ascètes, les charlatans honorent les saints de leur familiarité, et l'Église laisse tout ce monde se jouer à son aise dans la maison du Seigneur. N'a-t-elle pas des paroles qui arrêteront, à l'heure qu'il lui plaira, l'indiscipline religieuse, et ne tient- elle pas fortement les plus indociles de ses enfants par le mystère de la. mort*?
Yll
Mais le plus curieux personnage de cette chrétienté est encore son historien, le frère Salimbene. Il était né à Parme en 1221. A dix-sepc ans, malgré ses parents et l'empereur Frédéric II, à qui
\. Cron., p. 109, 111, 119, 113, 262, 34, 324, 275,
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son père eut recours, il pril Phahit. Il r(5rli<^oa sa chronique entre 1283 et 1288. Il mourut sans cloute en 1289. Enfant, il eût pu contempler saint François d'Assise; il vit s'épanouir, dans leur suavité prinlani('re, les premières fleurs de la léfi^ende séraphiquc. Pendant quarante années il se promena en Italie et en France, de couvent en couvent. Il conversa avec les hommes les plus grands de son siècle. 11 vit face à face Frédéric II, l'Antéchrist, vidi eum et aliquando dilexi; il connut familièrement Jean de Parme et Hugues de Digne. A Sens il entendit Piano Carpi, le prédécesseur de Marco Polo, expliquer son livre sur « les Tartares ». 11 aborda à Lyon Innocent IV, le pape altier qui avait juré d exterminer la race des Hohenstaufen. Enfin, en 1248, à Sens, au moment de la Pentecôte, il a vu saint Louis. Le roi se rendait à la croisade, cheminant à pied, en dehors du cortège de sa chevalerie, priant et visitant les pauvres, « moine plutôt que soldat », dit Saliinbene. Le porlrait qu'il en trace est exquis, et ne se peut traduire : « Erat autem Rex sublUis et gracilis, macilentus convenienter et longus, liabens vullum angelicum et f'aciem gratiosam. » Notre petit moine accompagna le roi jusqu'au Rhône. Un matin, il entra cec lui dans une église de campagne, qui n'était pomt pavée; saint Louis, par humilité, voulut s'asseou' dans la poussière et dit aux frères : « Ve7iite ad me, fratres mei dulcissimi et audite verba mea ». Et la
troupe encapuchonnée s'assit en rond autour du roi de France.
Cerles, voilA, pour un obscur religieux, une vie et des souvenirs qui n'oni rien de vulgaire. Ajoutez-y la grande aventure mystique de Salimbene, la vocation au joachimisme, qu'il embrassa naïvement, parce que loul le mon<ie autour de lui se faisait joachimile; il inlerrogea, dans le silence rafraî' hissani des rloîtres italiens, le proplièle Gérard de San-Donnino, et connut loul le charme de l'éf/Ouvante apocaiypli(|ue, FA cepemiani, malgré les secousses morales (pie lui avait réservées la lorlune. Prà Salimben*' denn ura un moinillon candide, d'esprit fort mé«lio<r(', une petite dme timide, qui ne donnerait point, si on le ju^nait trop vite, une idée bien haute de la société franciscaine, trenle années après la mort de saint ^ François. Il a lous les vices innoc^nls des ch rcs qui ne veulent cire ni des sainls, ni des •locteurs, ni des apôtres. Son égoïsme est admirable. Tout petit, il élail dans son berceau lorsqu'un ouragan passa sur Parme; sa mère, craignant que le ba()tistère ne tombât sur la maison, prît dans ses bras ses deux filleltes, abandonnant à la grâce de Dieu le futur chroniqueur, o Aussi, dit-il, je ne Tai jamais beaucoup aimé<\ car c'esl m< i, le garçon, qu'elle aurait dû ('nq)orler. » Ouai d son père le supplia de renoncer au couvenl, il n^pondil : « Qui amat patrem aut matreni plus quatn me, non est