‹ L'Italie mystiqueChapitre 30 sur 53 · L'ÉVANGILE ÉTERNEL. Î · texte numérisé non relu

L'ÉVANGILE ÉTERNEL. Î

me dîgnus ». II ne fut néanmoins qu'un rcli^jfioux assez calme, d'un zèle discret. Il parle des ciioses liturgiques avec un sans-façon qui étonne. « C'est bien long de lire les psaumes à l'ordce de nuit du dimanche, avant le chant du Te Deum. Et c'est bien ennuyeux, autant en été qu'en hiver; car, en été, avec les nuits courtes et les grandes chaleurs, on est vraiment trop tourmenté par les puces. » Et il ajoute : « Il y a encore dans Toffice ecclésiastique beaucoup de choses qui pourraient être changées en mieux ». Il aime les grands monastères, « où les frères ont des délectations et des consolations plus grandes que dans les petits ». Il ne fait pas mystère de ces consolations^ poisson, gibier, poulardes et tourtes, grâces temporelles que Dieu prodigue à ceux qui font vœu d'êlre siens. Vous trouverez dans la Chronique (|uatre ou cinq dîners franciscains, tous très succulents. Le plus curieux est le dîner maigre que saint Louis olîril aux frères la veille de la Pentecôte. D'abord, le vin noble, le vin du Roi, |)uis, des cerises, des fèves fraîchtîs cuites dans du lait, des poissons, des écrevisses, des pâtés d'anguilles, du riz au lait d'amandes, saupoudré de cinnarnome, des anguilles assaisonnées « d'une sauce excellente », des tourtes, des fruits. On était loin du pain sec et de l'eau de source de saint François et de Frà Masseo. Mais le fondateur a\ait dii dans sa Règle : « Mangez de tous les mets qu'on servira, nécessitas non habet Icgem », Et

Salimbene, ce jour-là. se soumit humblemenl à la Règle.

Au fond, celte âme si peu ascétique était vraiment bonne et chrétienne. Il était une brebis du grand troupeau monastique, de nature un peu vagabonde, mais toujours prête à revenir se serrer autour du pasteur. H se résignait à la discipline, mais ne se tourmentait point d'une dévotion trop minutieuse; incapable de la plus légère velléité de révolte, il s'était fait en soi-même une tranquille retraite, où sa conscience se trouvait joyeuse et libre. Comme il se croyait assuré d'une bonne place au paradis, il s'attardait volontiers aux douceurs de son pèlerinage terrestre, et n'aspirait point, avec l'impatience mélancolique des moines d'autrefois, aux splendeurs de la Jérusalem céleste. Il s'égaie parfois d'une façon assez triviale; il nous conte des histoires de couvent d'une saveur bien gauloise; il nous cite les couplets à boire, reçus des étudiants voyageurs, et qu'il dut chanter maintes fois, sur quelque air d'église, aux après-midi des fêtes carillonnées. Mais je ne suis pas sûr que dans le cercle même de saint François il n'y ait pas eu jadis plus d'un Salimbene, et que le Père Séraphique n'ait pas souri, avec l'indulgence des grandes âmes, aux saillies de leur belle humeur. N'avait-il pas prescrit l'allégresse comme vertu de l'ordre : ostendant se gaudentés in Domino. Et toutes les promesses de

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l'Évangile élcrncl valaiciil-clles la joie que François avait réveillée dans l'àmc de la vieille Église, cl celle béatiludc nouvelle qu'il paraissail avoir ajoutée au Sermon de la montagne : Beati qui rident!

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