‹ L'Italie mystiqueChapitre 31 sur 53 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

LE SAINT-SIEGE ET LES SPIRITUELS. — LA POESIE ET l'art POPULAIRES.

La condamnalion de l'Évansrile éternel ne ralentit point le zèle des spirituels^ qui, selon la parole de Jean de Parme, « ne tendaient qu'aux choses éternelles, ne souhaitaient rien de charnel ou de terrestre, ne regardaient que Jésus, et, s'attachant à la vie évangélique, portaient nus et morts pour le monde la croix nue du Sauveur ». La déposition de Jean de Parme, provoquée par les conventuels, leur parut l'accomplissement des paroles de saint François annonçant la déchéance « religieuse de quelques frères, les tribulalions que ses meilleurs disciples souffriraient, la persécution même dont plusieurs papes les frapperaient. Les mystiques attendaient donc les jours sombres

'238 t'ITALIE MYSTIQUE.

de la guerre et du schisme. Hugues de Digne avait dit à Lyon : « Les clirétiens vont perdre la Terre Sainte. Les Templiers seront détruits. Les mfneurs seront divisés. Les prêcheurs aspireront à la richesse. » Jean de Parme disait, dé son côté : « Il faut que ceux qui veulent observer le teslamenl du fondateur se séparent de ceux qui prétendent aux privilèges contraires à la Règle*. » Durant un demi-siècle et jusqu'à la papauté d'Avignon, l'Italie devait se préoccuper de celte question grosse d'hérésie ; la vie chrétienne réglée sur l'imitation pure de l'Évangile çst-elle toujours d'accord avec l'esprit de l'Église séculière?

Le problème eût été facile à résoudre si la société monacale était deuieurée fidèle à la tradition de sagesse et de liberté de la première époque franciscaine. Le Saint-Siège ne souhaitait que la paix religieuse. Il avait toujours laissé aux ascètes, aux ermites, une grande indépendance; il venaitde témoigner, dans leprocès du joachimisme,

1. Histor. Tribulat.,Archiv, t. Il, fasc. ?, p. ?71, 278, 282, 283.

Page 1