ROME ET TES FRATICEI.LES
(I(^ son indulgence pour les mysli(iue8. Enlre Innocent IV et Boniface VIII, rE*,disc créa plusieurs papes d'humeur Iriîs douce et de génie vraiment politique, qui ne demandaient pas mieux (ji'o de recueillir sous leur manteau même les i)lus aventureux des franciscains : Alexandre IV (1254- \26l)yVir placidus^ sanguineus, jucundus^ risibilis, dit le chroniqueur de saint Berlin; Grégoire X, qui fut élu sous l'inspiration du général des mineurs, Bonaventure, et s'efforça de réconcilier entre eux tous les frères ennemis de la chrétienté, gibelins et guelfes, grecs et latins, la papauté et l'empire de Rodolphe de Habsbourg (1271-1276); après le Portugais Jean XXI, qui haïssait les moines, s'occupait de médecine et de scolastique, et que les moines accusèrent de magie, l'Église choisit un cardinal protecteur de l'institut d'Assise, Jean Gaetani Orsini, Nicolas III, l'auteur de la constitution de 1278, qui rendit la liberté civile au sacré collège et au pontife en rejetant hors du sénat et des magistratures de Rome tout prince ou capi- . taine étranger aux familles romaines. Après Honorius IV, pape valétudinaire, qui pacifiait ses Élals au profit de sa famille, le premier pape franciscain apparut dans la personne de Nicolas IV (1288- 1292), qui organisa les tertiaires en société indépendante des évêques et du clergé paroissial et soumise à la seule inquisition des mineurs réguliers. Enfin, au déclin du siècle, un ermite, un
fraticelle, Céleslin V, monta pour quelques jours sur la chaire de saint Pierre*.
Mais les causes de dissentiment étaient trop profondes entre les deux grandes fractions de Tordre franciscain, entre le Saint-Siège lui-même et les mysliques. Les spirituels n'acceptaient plus du christianisme que les côtés héroïques, et plus ils se détachaient de la vie terrestre, plus ils s'isolaienl, par la dureté de leur discipline, de la vie commune, plus ils s'imaginaient répondre à l'intention du fondateur et à l'Évangile. Ils n'étaient plus capables de comprendre la modération dans la foi et la vertu. Dès qu'un frère s'intéressait au gouvernement des choses religieuses ou de la société temporelle, dès qu'il entrait dans les conseils de l'Église ou se livrait à l'étude des sciences profanes, il devenait suspect et perdait toute autorité. L'impuissance de saint Bonaventure à pacifier ces âmes inquiètes est bien digne d'attention. Bonaventure élait, lui aussi, un mystique; mais il avait passé par la scolastique et professé dans l'École (le Paris; la dialectique et l'exégèse avaient développé en lui le respect de la raison, et, conjme il était raisonnable, son action fut longtemps très grande dans l'ordre et auprès du Saint-Siège. Il n'y eut pas au xiii" siècle, et après Jean de Parme, de chef franciscain qui ait porté avec plus de poé-