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E. Gebhart. — L'Italie mystique. » «
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des vérités certaines, et définit comme hérésies ^e que l'Église, les docteurs et les règles des saints enseignent comme articles de foi catholique et achèvement de toute perfection, personne ne le jugera, mais il se juge et se condamne luimême par les décrets qu'il porte avec précipitation, poussé par sa volonté propre et en vertu de son autorité, contre la doctrine des saints, et les règles approuvées par l'Église*. »
Entre les franciscains de la règle étroite et les conventuels, la conciliation était aussi difficile qu'entre les mystiques et le Saint-Siège. Les mineurs attachés à la tradition monacale d'Élie de Cortone pensaient que Rome interprétait plus sainement l'Évangile et que la pénitence rigide, le Ut de cendres et le pain noir n'étaient point les meilleures conditions de la vie apostolique. Puis ils répondaient à l'austérité intolérante de leurs frères par la haine que les riches témoignent volontiers aux misérables et aux révolu-
l. Archiv, 1. 1, fasc, 4, p. 566 el 667.
ROME ET I.i:S rnATKUn.I.ES. I'i7
lionnaires.Clia(juc fois qu'ils se sentaient les plus forts, ils les Iraitaient avec une implacable durelé, faisaient la chasse aux doctrines malsonnantcs, brûlaient les livres, et, n'osant pas encore brûler les théologiens, les soumeltaient aux plus odieuses tortures. A partir de la déposition de Jean de Parme, Vllistoire des Tribulations, de Frà Angelo, devient un véritable martyrologe.
Pierre Jean d'Olive, ou fils d'Olive, moine français du diocèse de Béziers, élève de l'Université de Paris* fut, sous Nicolas IV et Boniface VIII, la plus intéressante victime des rancunes religieuses de ses frères. Il écrivit beaucoup, vit condamner tous ses ouvrages, et dut même en brûler quelques-uns de sa propre main. Il fut frappé avec modération par plusieurs généraux de l'ordre, par Jérôme d'Ascoli, le futur Nicolas IV, par Bonagratia, à Strasbourg, puis à Avignon ; par Arlolto de Prato, à Paris; une seconde fois, en 1292, à Paris, il dut s'expliquer devant le chapitre général présidé par Raymond Gaufridi. 11 mourut tranquillement au couvent de Narbonne, en 1298, après une édifiante profession de foi catholique et un acte de soumission au pape Boniface. Pendant quelques années, la fêle de sa mort fut célébrée avec une grande dévotion par le clergé et le petit peuple de Provence. Plus tard enfin, sous
1. Hist. littér. de la France, t. XXI, p. 41. Ehrle, Archiv, t. III, p. ''09 et suiv.
Jean XXII, on niallraita les moines qui, en dépit de si nombreuses censures, s'obstinaient à lire ses écrits. On l'accusa formellement d'hérésie, on déterra son cadavre et on le brûla.
Pierre Jean d'Olive avait écrit deux traités, le De Paupere usu, et le De Perfectione evangelica^ qui ont disparu, et des commentaires sur la Genèse, les Psaumes, les Proverbes, le Cantique des Cantiques, les Évangiles et l'Apocalypse, un traité sur V Autorité du Pape et du Concile^ un exposé de la Règle de saint François, dont nous possédons les manuscrits. Ses vues sur la pauvreté, que l'hislorien des Tribulations a résumées, sont des plus nettes; il n'accorde à ses frères que l'usage des aliments nécessaires à la vie de chaque jour, et les objets, bréviaires ou vêtements sacrés, qui servent à l'office divin. Il leur défend de faire payer les sépultures octroyées dans les églises des mineurs, et de recevoir des legs. Le dernier fond de sa doctrine était, selon ses censeurs et ses apologistes, une idée joachimite. Il proclamait un état futur de l'Église plus parfait que le précédent, dont saint François était le précurseur et dont les réformes du monachisme devaient hâter l'avènement. Il revenait à la vision joachimite de l'Ange qui porte l'Évangile éternel. Nicolas Eymeric n'a pas manqué de transcrire, en son Directorium Inquisitorum^ la liste des hérésies exhumées des ouvrages de Pierre Jean d'Olive. Les articles