‹ L'Italie mystiqueChapitre 37 sur 53 · I.FS MYSTflRRS · texte numérisé non relu

I.FS MYSTflRRS

\il

La laude de Jacopone est un chant pléléien, et ne doit rien à rimilaiion des hymnes ecclésiastiques. Les premières compagnies de flagellants qui, en 1258, se lèvent à la voix d'un vieil ermite de rOmbrie, Ranieri Fasani, puis les disciplinati di Gesù CrislOy qui se multiplient dans l'Italie centrale, chantaient déjà, selon Salimbene, « des laudes en l'honneur de Dieu et de la bienheureuse Vierge, tout en marchant et en se frappant les épaules » (Cron., p. 239). Quand ces pieux vagabonds se furent organisés en confréries laïques, rattachées aux paroisses, la laude prit peu à peu, vers la fin du xiii« siècle, la forme dramatique ; le dialogue parut plus touchant que le monologue primitif; à certaines fêtes de l'Église, les dévots, aidés parfois par quelques clercs, revêtaient le costume des personnages évangéliques et chantaient un acte des légendes sacrées. Le plus ancien de ces petits drames populaires n'avait-il pas été la messe de minuit, célébrée dans une giange, où saint François avait prêché près de la crèche, entre le bœuf et l'âne? Bientôt l'imagination des

fidèles ajouta au texte liturgique « ce qui avait pu se passer », car, disait saint Bonaventure, « les Évangélistes n'ont pas écrit toute chose*». Le même docteur, dans ses Méditations^ se figure toutes sortes d'incidents pathétiques et de tableaux rentrant dans le cadre des historiens de Jésus. Il n'était pas besoin d'un art exercé pour découper ainsi, dans l'évangile du dimanche, quelques scènes dialoguées, où les confrères de la Pénitence gâtaient parfois, par d'assez pauvres développements, la grande simplicité de Marc ou de Mathieu. Parfois même, le monologue suffisait au poète ombrien pour édifier l'assistance; ainsi, Jésus racontait bonnement à ses disciples muets la parabole de VEnfant prodigue^ de laquelle plus tard les auteurs de mystères tireront tout un drame.

Deux sujets toutefois, les pi us grands qui soient dans l'Écriture sainte, ont donné au théâtre primitif de l'Ombrie la matière d'une plus ample invention, le Jugement dernier et la Passion. La laude pour le dimanche de l'A vent était récitée par de nombreux personnages : l'Antéchrist et les rois de sa cour, le peuple de Jérusalem, l'archange Gabriel, Satan et les diables, les élus et les damnés, Marie suppliant son Fils, le Christ souverain justicier. Jésus rappelle aux maudits

Page 1