‹ L'Italie mystiqueChapitre 4 sur 53 · Voir Gabrisle Rosa, Feudi e Comunù · texte numérisé non relu

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de classes, car elle devança toujours les autres villes par la sûreté de sa logicjue révolutionnaire tout autant que par sa civilisation. Mais partout ailleurs, aux premiers sMcles des communes, si, pour employer un mot tragique de Danle, « on en vient au sang », ce n'est point encore par la simple lutte sociale. Le mécontentement des nobles ou des hauts bourgeois, dont le régime municipal étouffe la liberté personnelle, et la colère des popolaniy pour qui se ferme le cadre des classes privilégiées, se manifestent plutôt par le malaise religieux. La préoccupation des choses divines était trop forte alors pour qu'on n'attendît pas de Dieu lui-même le remède au mal qui affligeait les âmes, et qu'on ne demandât pas à une religion meilleure la consolation de la vie terrestre. Et comme, dans cette période de renouvellement social, l'Église demeurait toujours, entre les seigneurs féodaux dont la puissance déclinait et les communes grandissantes, un symbole auguste d'immuable autorité, c'est contre l'Église que se tournèrent longtemps les consciences, et l'Italie chercha, durant un siècle et demi, dans une foi plus libre et une charité plus tendre, la liberté et la pitié que lui refusaient les institutions politiques.

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Dépourvue de mélhode doclrinale, et avec un grand trouble d'esprit, elle essaya dans le même temps, et sans se satisfaire jamais, plusieurs créations religieuses. L'indifférence ou la négation eurent certainement des adeptes assez tôt, surtout en Lombardie et à Florence. Parmi les hérétiques dont parle Villani à la date de lllt et de 1117, se trouve « une secte épicurienne », c'est-à-dire, selon la définition de Benvenuto d'Imola, à propos des gibelins incrédules de l'époque de Dante, des hommes « qui font mourir l'âme avec le corps » (Comment, adinfern.^ X). D'autre part, nous savons que de la Lombardie étaient sortis un grand nombre de ces Clerici vagantes, joyeux compagnons que l'on rencontre alors un peu partout en Europe. Ceux-ci ont une incrédulité fort originale, mêlée d'ironie, de sensualité et d'un réel instinct du paganisme. Ils se jouent de l'Église, parodiant le texte de l'Évangile et chantant la messe du dieu Bacchus : Introibo ad allare Bacchi, ad Deum qui lœtificat cor hominis. Ce sont des lettrés, déjà des esprits libres, qui se dégagent gaiement

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du pédanlismc scokisLiquc et de la gravité cliré- Uenne. Ils ont déconcerté le moyen âge, qui ne riait pas volontiers des choses sainles, bien qu'il neménagedl guère les moines et les clercs. On 1rs accusait de croire « à Juvénal plus qu'aux prophètes »,

Et pro Marco legunt Flaccum^ Pro Paulo Virgilium.

Mais ces premiers sceptiques toscans ou lombards ne forment qu'un petit groupe perdu dans la chrétienté italienne. Il n'est pas possible de mesurer exactement la portée de leur indifTérence religieuse. La contagion n'en fut certes pas alors inquiétante pour la foi. Pour que la négation des lettrés pénètre jusqu'au fond du peuple, un siècle doit assister d'abord au triomphe d'une grande hérésie, ou à la consommation d'un schisme décisif, ou au développement d'une civilisation philosophique. La libre-pensée, entendue au sens moderne, n'a commencé véritablement qu'à l'époque de Frédéric II et de la propagande averroïste.

Pour les âmes croyantes, qui ne voulaient point renoncer à l'espoir du paradis, le schisme et l'hérésie furent une tentation bien plus forte que la simple incrédulité. Au milieu du xi« siècle éclata en Lombardie une révolte schismatique des plus curieuses que les vieux historiens

et les poètes, tels que Pulci, trompés par une analogie de noms, ont souvent confondue avec l'hérésie des cathares. Je veux parler des patarins ou de la Pataria^ tentative toute populaire et monacale, que Rome encouragea ouvertement, durant la période des papes réformateurs inspirés par Hildebrand. La rivalilé des deux évêques suprêmes de l'Italie, un débat doctrinal entre Rome et Milan, furent la cause de cette guerre religieuse qui finit par la guerre civile. Depuis longtemps l'Église lombarde tenait en face du siège romain une attitude schismatique. Elle gardait la liturgie très particulière du rite ambrosien, letanias execrandas^ écrit le diacre Arialdo*. L'archevêque prétendait disposer, dès le temps de Charles le Chauve, de la couronne d'Italie, privilège que lui enleva une conslitution d'Othon III. Mediolanensi episcopo papatum ablatum est. Soutenu par un clergé riche et par l'épiscopat lombard qui tenait de lui seul ses pouvoirs et qu'il réunissait en concile, indifférent aux anathèmes de Rome, et couvert presque toujours par le bouclier de l'Empire, il apparaissait comme le véritable pape de ritalie supérieure. Il battait monnaie et levait des armées. Il régnait sur cette puissante hiérarchie d'évôques féodaux que l'Empire avait, depuis deux siècles, favorisés, dans l'ordre séculier, de

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