I.A HENAISSANCK DE I/AHT
Renvenuto Cellini, qui, nialadn au fond d'un cachot du château SainUAnge, et chantant les Psaumes, s'enlrelenail avec Jésus-Christ et ses anges. Raphaël l'a gardé intact au milieu de la corruption élégante de la cour de Léon X; il reparaît au Christ à la Colonne du Sodoma, comme à la Déposition du Pérugin. Ici, au delà des personnages agenouillés au premier plan et recueillis comme au pied d'un autel, la nature semble fêter, par la sérénité du paysage, le sourire du ciel, la paix des collines azurées, par les eaux transparentes et les prairies en fleur, l'espoir de la résurrcclion toute prochaine. Et cependant le maître ombrien, que l'esprit incrédule de Florence avait pénétré, « n'eut aucune religion, écrit Vasari, et l'on ne réussit jamais à le persuader de l'immortalité de l'âme; mais, avec des paroles bien dignes de sa cervelle de granit, il refusa toujours obstinément la bonne voie. Il n'avait de foi qu'aux biens terrestres. »
Giotto fut donc, pour toute la suite de l'art italien, l'initiateur d'un mysticisme sans lequel la peinture vraiment chrétienne ne saurait vivre, et qui, joignant la vénération des traditions saintes au sentiment de leur ineffable poésie, demeure, encore de nos jours, au fond de beaucoup d'âmes depuis longtemps éloignées de la vieille Eglise. Mais dans le cœur de Giotto reposaient aussi des émotions et des espéi'auces que le monde
ne connaîtra plus, les dernières visions religieuses du siècle dont je viens d'étudier la conscience. Il a peint, pour la chapelle des Peruzzi, à Santa-Croce, l'apôlre saint Jean, solitaire, endormi sur le rocher de Palhmos, tandis qu'au-dessus de sa tête, les grands mystères de l'avenir, que le moyen âge italien avait tenté de déchiffrer entre les versets de V Apocalypse ou du quatrième Évangile, marchent, pareils à des dieux, sur les nues. Puis, à la fresque voisine, c'est la résurrection de l'Évangéliste, qui sort de sa tombe en face de ses disciples étonnés, épouvantés, éblouis. C'était l'adieu que, de son berceau, l'art italien envoyait à la tradition johannite, l'adieu à Joachim de Flore, à Jean de Parme, à Jacopone de Todi.