‹ L'Italie qu'on voit et l'Italie qu'on ne voit pasChapitre 5 sur 14 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

comme le font la plupart de ces livres d*Ecole (1) l'extermination des Welches. Je ne puis sur ce point, m'associer au blâme formulé par M. Brëal. Il n'y a point d'orthodoxie, que je sache, en matière d'enseignement patriotique, et les Allemands ont raison d'exalter le sentiment national par les moyens qui leur conviennent. Si chaque siècle de l'histoire a vécu d'une conception morale différente, pourquoi chaque race n'aurait- elle pas le droit de régler selon l'éthique qui lui est propre, les actes de sa politique intérieure? Tandis que le Français, rêvant toujours le triomphe de la fraternité, croit qu'après une guerre de revanche l'histoire s'arrêtera et que la paix universelle régnera sur le monde,

(1) On ft souvent nié en France réxistence de ces Catéchismes patriotiques. Noos citerons seulement ceux de H. Wendt (Choix de poésies allemandes pour F Ecole et le foyer par ff, Wendt, directeur du gymnase de Karlsruhe), de Lauch (Petit livre de Fête pour les Ecoles allemandes, Sedan. Capitulation de Paris, Leipzig, 1880), le Nord, Lesebuch, Halle. 1879. 14* édition ( Pages 293-312, le chapitre intitulé : Das Gottesgericht in Frankreich vnd die Wiederherstellung des Deutschen Reiches ). Le lecteur pourra aussi consulter les livres suivants : Deklamatorium zur Sedanfeier in Schulen, Postdam, 1876. — Die Feier des NationaUFestes und der Tag von Sedan- Ei n Festbûchlein fVar Schule und ffaus, Landsberg, 1875. — Deutsche Festgesdnge und Dekla mationen zur Auffuhrung in Schulen, am Tage der Sedanfeier, Leipzig, 1874. — Kinderfeste, Deklamation und Gesang fur Schulkinder, Schleusingen. — Von Ems bis Paris, Musikalisch- Deklamatorische Gedenkfeier des heiligen Krieges DeutscMand wider Frankreich, Der deutschen Schuljugend dargeboten, Braunschweig, 1874. — D'autres recueils du même genre, dit la Bévue Politique, ont paru à Berlin, à Quedlinburg, à Paderborn, à Chemnitz, à Altenburg, à Wittenberg, à Essen, à Nordlingen, etc..

Cf. aussi l'excellent article de la Revue Politique et Littéraire du 1«' septembre 1877, et celui de a Nouvelle Revue da 1*>' décembre 1880, p. 616. On sait que l'anniversaire de la bataille de Sedan est spécialement la fête des Ecoles. En 1874, un professeur suisse, membre du Jury Pédagogique à l'Exposition Universelle devienne écrivait au Journal de Genève (17 janvier 1874): « On saitl'im. M portance des livres de lecture dans les écoles allemandes. Tout s'y rapporte au lesebuch. Aussi « en avons-nous étudié plusieurs. Le hasard d'abord, puis la curiosité excitée ont fait que nous K nous sommes arrêté plus longuement sur ceux qui ont été publiés en Prusse depuis 1871. Nous « avons lu, entre autres, avec une attention particulière, un certain chapitre qui se trouve dans tous : « Le Jugement de Dieu sur la France, et nous avons été plus affligés que surpris de voir combien « peu, en franchissant le seuil de l'école, le patriotisme prussien songe à s'épurer. La France est « l'étemelle ennemie : voilà la première chose q^u'on apprend à l'enfant. Si c'est sdnsi que les écoleg « prussiennes entendent contribuer à la pûx du monde, la Prusse a tort de ne pas loger, au centre (( de ses collections de globes, de cartes et de livres, un parc d'artillerie et de ne pas demander pour « la maison Rrupp le diplôme d'honneur de l'instruction publique. »

J'ai cité cette correspondance, pour confirmer, par le témoignage d'un étranger compétent, Texisence de ces catéchismes d'un nouveau genre : il est inutile d'ajouter que je me sépare de l'honorable professeur suisse dans la question d'appréciation , et que je ne partage ni son « affliction » philanthropique, ni ses indignations d'ordre sentimental.

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rAllemand a eu le courage de déclarer que « chaque peuple « arrivé à la conscience de sa valeur, doit en^agmr la guerre c comme Vohjet fondamental de l'Etat^ la victoire comme le seul a honneur sérieux et véritable » (Von Stein, Die Lehre vom Heerwesen, p. 5).

Dès lors, tout l'effort de l'État doit se concentrer sur un seul point la préparation à la guerre dont renseignement scolaire ne forme plus que le premier degré. A Tâge où la parole du maître suffit pour prévenir l'esprit à jamais, c'est à l'Ecole qu'on inoculera à l'enfant l'orgueil de sa propre race, le mépris des peuples voisins, et qu'en transformant par degrés chez la nation de demain le sentiment national en passion individuelle, on arrivera à porter artificiellement le patriotisme du combattant à son maximum d'intensité.

Les Italiens, aussi réalistes que les Allemands, et qui se vantent avec raison d'être le seul peuple latin qui n'ait jamais fait la guerre pour une idée, ont adopté depuis 1866 le système Prussien de la propagande patriotique par les écoles : et cette exaltation du sentiment national par l'enseignement n'a pas peu contribué à donner à l'Italie nouvelle la conscience de sa force et de son unité.

Cette méthode de dressage patriotique offre à l'observateur un autre objet d'intérêt aussi curieux que l'inoculation du fanatisme national. En étudiant les Programmes officiels de l'école on peut deviner vers quel but l'instituteur dirigera les forces qui dorment chez l'enfant et qu'il est chargé d'évoquer. Les réserves sur tel point de géographie ou d'histoire, les sympathies ou les antipathies nationales formulées dans les livres sco-

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