‹ L'Italie qu'on voit et l'Italie qu'on ne voit pasChapitre 8 sur 14 · LYCÉES ET ÉCOLES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

LYCÉES ET ÉCOLES PRIMAIRES

Victor-Emmanuel a fait Y Italie intérieure, et le roi Humbert fera Vltalie extérieure.

(Carini.)

■^aMrikh*>Bala»<kl

Snseigneinent de la G-éograpliie. Lycées et écoles

primaires.

Comme on le verra ci- dessous (L. III), c'est en 1866 que l'Italie, sûre de l'alliance prussienne, se dégage des liens qui la rattachent à la France et tout en décrivant une courbe de grand rayon se prépare à devenir la puissance ouvertement antifrançaise qu'elle est aujourd'hui (1). Une dépêche peu connue de M. Nigra u'est pas sans jeter quelque jour sur le début de cette évolution :

« Nous devons donc non seulement ignorer les dernières propositions franco-autrichîennes et faire la guerre, comme si elles n'existaient pas, mais désirer de cœur la victoire de la Prusse etraiderà vaincre... L*aide militaire de la France n'est plus désirée en Italie, mais la lettre de l'Empereur lue le 12 juin au Corps Législatif nous est très favorable puisqu'elle montre la ferme volonté de ne pas permettre, en oa$ de reverSf que

(1) Bien qii*on croie généralement en France qae les manifestations hostiles de l'Itâliô à notre égwrd ne remontent qu'à 1870| je dirai que c'est à Sadowa qu'il faut fixer le point de départ du revirement officiel de l'Italie, soit par fidélité à la maxime de Guichardin ( Ta dove si vîneé^ tourne-toi du côté du vainqueur), soit pour tout autre cause. De 1866 à 1878, je relève dans la Bibliografia Itth liana 283 publications hoàtiles à la France, dont 198 pour les quatre années 1866-1870.

l'unité italienne soit détruite. Si la fortune des armes sourit à la Prusse, le bénéfice de notre victoire sera d'aurant plus grand que nous l'aurons obtenue sans laide des fusils et des canons français, L'Italie ne pourrait assurément souhaiter une plus heureuse fortune que d'obtenir la Vénétie sans l'aide de la France, mais en même temps sans avoir la France contre elle et pro/îtant toujours de sa faveur et de son appui moral. »

[( Dépêche confidentielle de M. le Chevalier Nigra à S. A. R. le prince de Carignan, le lOjuin 1866. Voyez sur cette dépêche publiée le 8 février 1877 dans le Courrier d'Italie, le livre de La Marmora, i,l, Segreti di Stato, p. 104.)

La campagne de 1866 achevée et Tltalie remise des épreuves de la guerre, le gouvernement de Victor-Emmanuel réorganise l'instruction publique du royaume en promulguant le 10 octobre 1867 un ensemble de Programmes qui régissent depuis quatorze ans l'enseignement secondaire et l'enseignement primaire d'outremonts.

Pour l'enseignement géographique en particulier, les Manuels en usage depuis 1867 dans les Lycées et les Écoles primaires d'Italie sont au nombre de trente :

Agosteo, Turin, 1874.

Altavilla, Naples, 1874.

Angeli, Padoue, 1873.

Abbecedario, Livoume, 1877.

Anonyme, Turin, 1876.

Borgogno, Turin, 1876.

Bini, Rome, 1876.

Caracciolo, Naples, 1876.

Cesaroli, Turin, 1875.

Comba, Rome, 1879.

Compendio (ddoto), Milan, 1876, Dal Pino, Tunn, 1874.

Denino, Rieti, 1876.

DairEza, Turin, 1872.

Donini, Turin, 1875.

Fongoli, Foligno, 1876.

Ghigo, Rome, 1878.

Marinelli, Forli, 1874.

Marmocchi, Turin, 1863. Sergenti, Milan, 1861.

Pacella, Naples, 1877. Spallici, Turin, 1873.

Pulina, Turin, 1871. Scavia, Turin, 1873.

Pozzi, iJome, 1877. Sala, Milan, 1867.

Paciûi, Florence, 1877. Schiaparelli, ÎTrinn, 1876.

Ricotti, Milan, 1876. Taverna, ÎTnnn, 1873.

Tous ces livres étant rédigés conformément aux programmes ministériels du 10 octobre 1867, il serait inutile de citer ces trente Manuels Tun après Tautre ; mieux vaut se borner à étudier de plus près ceux-là seuls qui ont été spécialement récompensés ou approuvés par le Conseil Supérieur de VinstrucUon publique ou par les Conseils académiques du royaume.

Le plus répandu de tous ces livres est le Manuel de Bini destiné à l'enseignement des Lycées et des Écoles militaires.

. Biblioteca délie Scuole Secondarie. — Elementi di Geografia compilati secondo i programmi ministeriali del 10 ottobre 1867 per le scuole normali, militari, tecniche et ginnasiali dal prof. Sil- VESTRO Bini, opéra approvata dai Consigli Provinciali Scolastici del Regno e premiata con Medaglia dal Congresso Pedagogico adunato jin Torino nel 1869. Sesta edizione minutamente rivista e corretta. — 1876, presse G.-B. Paravia e comp. Roma, via del Corso, n.301 e 302.

(Bibliothèque de l'enseignement secondaire. Éléments de Géographie rédigés conformément auœ programmes ministériels duW octobre 1867 à l'usage des écoles normales, militaires, commerciales et classiques, par le professeur S. Bini, ouvrage approuvé par les conseils académiques du royaume et honoré d'une mé-

4S GfiAPITHB n

daille par le 6* Congrès pédagogique réuni à Turin en 1869. Coédition. 1876, chez Paravia):

Page 138,5 6. « Francia, confini, clima... ; dkcuve dkl Medi-

TERRANEO... — 11. PrINCIPALI aiTA, PRINCIPALI PORTI... — 13. POS-

SEDiMENTi nelle cinque parti del mondo — (6. France, limites, climats... ; versant de la Méditerranée. — 11. Villes principales ; Ports principaux,,. — id. Possessions dans les cinq parties du monde ). »

Le § 6 ( versant de la Méditerranée ) déorit la frontière que les Italiens nous assignent à TËst :

« § 6. Il Varo h una riviera che ha origine dalle Alpi maritime e segna 11 confine natarale tra lareglone gallica e laregione italica (Le Var est uiie rivière qui prend naissance dans les Alpes Maritimes, et qui marque la frontière naturelle entre la région française et la région italienne).»

Cent pages plus haut, Tauteur décrivant TEmpire allemand, pose en principe que les Vosges et non le Rhin sont la frontière naturelle entre l'Allemagne et la France, en d'autres termes que le retour de TAlsace-Lorraineàla Prusse est chose légitime. Maii si au nord les fleuves ne peuvent servir de frontière naturelle» il en est autrement au midi, surtout si la revendication de Nice devient la conséquence de cette nouvelle théorie «

L'étude du versant méditerranéen appelle la nomenclature des îles et des ports français dans cette région. La Corse et Nice sont passées sous silence :

Page 143, § 6. — « Nel mare Mediterraneo si trovano alcunb isolette che sono If, Hyères e. Lérins (Dans la Méditerranée^ la France possède quelques Ilots qui sont If, Hyères et Lérins), »

Page 145. ^ « i principali porti sul Mediterraneo Bono Haniglia, Toulon e Cette ( Les principaux ports sur cette mer sont Marseille, Toulon et Cette). »

La France continentale ainsi décrite, l'auteur aborde l'ënumération de nos colonies :

Page 146, § 13. — t Possedimenti nelle cinque parti del monde.

La Francia possiede in Europa, in Âfrica, in Âsia^ in America ed in Oceania.

a In Europa possiede la contea di Nizza e Tisola di Corsica.

« In Africa possiede TAlgeria, il Sénégal, l'isola délia Riunione, etc.

« In Asie possiede Pondichery, etc.

(§ 43. — « Possessions dans les cinq parties du monde : La France a des possessions en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique et en Océanie.

« En Europe, la France possède le comté de Nice et l'île de Corse.

« En Afrique, la France possède l'Algérie, le Sénégal... En Asie, elle possède Pondichery, etc.).»

Âpres avoir rangé Nice et la Corse au nombre des colonies que la France possède en Europe, le programme ministériel renvoie à la description géographique du royaume d'Italie ceux qui veulent étudier plus amplement la Corse et le comté de Nice et divise en deux parties l'étude du royaume. Cette division mérite d'être étudiée avec attention. Chez Tltalien, comme autrefois chez les scolastiques, tout est dans la nuance :

Pages 267-284, leçons XLV-XLVl, § 1. — « Politica divisione délia Regione italica. La Regione italica si divide adesso politi*

camente in sei parti, délie quali le prime due spettanoagoverni italiani, e le altre a governi stranieri, e sono : l® il regno d'Italia ; 2° la Repubblica di San-Marino ; 3*> la parte sotto la dominazione Austriaca ; ÂP la parte sotto la dominazione francese ; 5 la parte spettante alla Svizzera ; 6® la parte sotto la dominazione Inglese.

« § 5. — Lltalia sotto la signoria deir Austria si compone,... di Gorizia, di Trieste, delllstria, e délia città di Fiume.

« § 6. — L'Italia sotto la signoria délia Svizzera si compone del cantone Ticino et di alcune valli del cantone dei Grigioni.

« §. 7— -L'ilalia sotto la signoria délia Francia forma i dipartimenti délie Al pi Marittime e délia Corsica. Il terri torio che forma il dipartimento délie Alpi Marittime si compone délia Contea di- Nizza, e del principato di Monaco (suit la description géographique)...

« L'isola di Corsica è Taltro dipartimento di cui componesi l'ïtalia sotto il dominio francese ; la Corsica fu ceduta alla Francia dai Genovesi nel 1768, ma solo nel 1789 fu dichiarata parte intégrante délia Francia ; nel 1793 poi si sottomise agl'lnglesi, ma nel 1799 fu ripresa dalla Francia, sotto la quale anche attualmente si trova.

« Questi due dipartimenti sono retti a governo costituzionale simUe a quello di Francia.

< § 1. — Division politique de la région italienne. Au point de vue politique, la région italienne se à.m^Q 'présentement en six parties, dont deux appartiennent à des gouvernements italiens et les autres à des gouvernements étrangers, savoir : 1» Le royaume d'Italie ; 2* la République de Saint-Marin; 3° Ja partie de Fltalie sous la domination de TAutriche ; 4» la partie de l'Italie sous la domination de la France ; 5" la partie de l'Italie au pouvoir de la Suisse ; 6«la partie de l'Italie sous la domination anglaise.

« § 5. — L'Italie sous la domination de l'Autriche comprend Goritz, Trieste, l'Istrie et Fiume.

« § 6. -— L'Italie sous la domination de la Suisse comprend le canton de Tessin et une partie du canton des Grisons.

« § 7. — L'Italie sous la domination de la France forme les départementsdes Alpes-Maritimes et de la Corse. Le territoire dont est formé le département des Alpes-Maritimes comprend le comté de

Nice et la principauté de Monaco (suit la description géographique).

Uîle de Corse est Vautre département dont se compose /'Italie au POUVOIR de la France. Cédée à la France par les Génois en 1768, la Corse ne fut déclarée partie intégrante de la France qu'en 1789. En 1793, elle se rendit aux Anglais, puis fut reprise en 1799 par les Français au pouvoir desquels elle est encore actuellement.

t Ces deux départements sont régis par un gouvernement constitutionnel ANALOGUE A CELUI DE LA FRANCE. »

Après le Résumé de Bini, le livre le plus employé dans les classes est le Manuel complet de Géographie de Louis Schiaparelli, arrivé aujourd'hui à la douzième édition, et qui fut couronné par le septième Congrès pédagogique d'Italie (tenu à Naples) et honoré d'une médaille :

Manuaîe compléta dt Geografia e Statistica. — Per uso délie famiglie, degl' istituti d' educazione privata e délie scuole classiche, tecniche, normali e magistrali del regno d'Italia, di Luigi SCHIAPARBLLI professore ordznarïo di storta antica nelV Uni-versità di TorinOy decima-seconda edizione. Questo libro fu premiato di medaglia dal VII Congresso pedagogico italiano, convenuto a Napoli, — Torino, 1876 , Tommaso Vaccarino, editore. Via Cavour, w® 17.

Page 97, § 115. « Italie politique... L'Italie politique avec Rome pour capitale est désormais faite ; mais elle n'est pas encore achevée : 1,100,000 Italiens (occupant un territoire de 40,000 kilomètres carrés) sont encore séparés de nous.

« § 156. Confins géographiques... Depuis Auguste jusqu'à nos jours la vraie frontière de l'Italie a toujours été le Var du côté de la France, et \Arsia du côté oriental.

Itice et la Corse ne sont même plus des colonies italiennes aux mains de la France. Elles ont déjà fait retour à Fltalie ;

« § 196. L'ITALIE abonde singulièrement en ports et en rades de toute sorte. Parmi les ports, citons ceux de Nice, de Gênes, de Livoume, etc. (Fraiporti, nominiamo quelli dl Nizza, di Genova, di Livomo^ etc.).

« Citons ensuite dans l'île de Corse, les ports d'Ajaccio et de Bastia; dans llle d'Elbe Porto Ferrajo ; en Sicile, Messine, Milazzo, Palerme^ etc.. (Quindi neir isola di Corsica i Porli di Ajaccio e di Bastia ; neir £lba, Porto Ferrajo ; nella Sicilia, Messina, etc)...

« Parmi les ports militaires de TItalie, citons ceux de Villefranche, de la Spezia, de Tarente, etc... (Fra i porti militari quelli di Villafranca^ délia Spezia, di Tarante, etc...)

« Page 188, § 264. — L'auteur remarque que : « L'italianité K DE u Corse reste toujours aussi évidente, et qu'elle demeure (( tout à fait étrangère à la langue et aux sentiments français. »

Plus curieux encore est le livre de Pulina aussi rédigé eoivfùrmément auœ dernier» programmes ministériels :

Corso elementare di Qeografia per uso délie scuole del regno d'Italia esposto seconda gli ultimi programmi govemativi dal professore Giuseppe Pulina. — Torino, 1877, corso Palestro, numéro 14.

Page 65. — « Divisions. L'Italie se divise en Italie de terre ferme et en Italie insulaire. L'Italie de terre ferme commence à V embouchure du Var^ et se termine à la ville de Fiume, dans le golfe de Quarnero.

« Vltalie insulaire comprend trois grandes îles : la Corse, la Sardaigne, la Sicile.

ENSEIGNEMENT DE Li GÉOGRAPHIE 47

dette revendication de la Corse, de l'embouchure du Var et du comté de Nice est déjà connue, mais l'auteur la développe par une curieuse argumentation :

Page 167. ■— « Possessions des étrangers en Italie. Les possessions des Français en Italie sont : 1» maritimes ; S* continentales. La partie maritime comprend l'île de Corse (suit la description de Ule).

« La partie continentale comprend le comté de Nice et la principauté de Monaco... La province de Nice a toujours été regardée par tous les géographes anciens et modernes comme une partie intégrante de Tltahe. C'est Napoléon III qui, le premier, trouva bon de la déclarer une terre éminemment française et de l'annexer, sans que lui-même nous cédât en retour LA Corse, terre éminemment italienne, et c'est ainsi que le comté de Nice, italianissime, lié depuis des siècles à la glorieuse monarchie de Savoie, fut arraché à la mère-patrie', et est loin aujourd'hui de se réjouir des liens qui l'enchaînent a la France (Senza ch'egli cedesse a noi la Corsica cbe è eminen. temente italiana ; e cosi la contea di Nizza italianissima, legata da secoU alla monarchia gloriosa di Savoia, fu strappata, etc. »

C'est ainsi que les livres de classe rédigés conformément aux derniers programmes ministériels s'efforcent d'inculquer aux nouvelles générations le respect des traités de 1860 , librement consentis par l'Italie. Je passe sous silence les développements que ces paragraphes imprimés acquièrent dans renseignement oral.

Quelques pages plus loin, dans la description de TEgypte, Fauteur, oubliant d'ailleurs le Mémoire présenté par Leibniz à Louis XIV, établit que le premier Européen qui ait eu l'idée du canal de Suez était un Italien :

Page 51. — « Pendant les deux années de Toccupation de TEgypte par les Français, surgit dans l'esprit d'un Italien, le premier Bonaparte, Tidée de pratiquer un canal à travers l'isthme (balenô alla mente di un Italiano, del primo Bonaparte Tidea dipraticare... etc.).»

Ce que sont les livres de Bini, de Pulina et de Schiaparelli pour l'enseignement des lycées et des écoles militaires, la minuscule Geografia de Borgognô Test pour l'enseignement primaire et pour les écoles régimentaires (Elementt di Geografia ad usa degli allievi délie classi elementari, per G. Borgognô, 3* edizione. Roma, Paravia, 1877, 40 pages).

« D. Qu'avez'vous à me dire de l'Italie en général ?

« R. Lltalie notre patrie paraît être la terre chérie de Dieu, qui a voulu répandre sur elle Tabondance de ses dons et la rendre la plus glorieuse des nations, en la faisant mère des hommes les plus illustres par leur génie et par leur valeur : elle est la patrie de Jules César, Dante, Buonarotti, Canova, Raphaël, Napoléon 1", Cavour, Manzoni, (essa è la patria di Giulio Cesare....^ Napoleone l, Cavour, Manzoni), et tant dans les arts que dans les sciences, elle eut toujours une suprématie (primate) qu'aucune nation ne peut lui dénier sans ingratitude.

« D. Parlez-moi brièvement des provinces italiennes qui sont ENCORE sous la dépendance d'États étrangers ; quelle est leur superficie, leur population ? {Dite brevemente délie regioniitaliane che ANCORA sono dipendenti da stati stranieri ; la loro superficie et la loro populazione).

« R. Les parties de Tltalie encore soumises (sottomesse) à la France, la Corse et le comté de Nice ont, Tune 8,750 kilomètres et 250,000 habitants, l'autre, etc..

« D. Comment se divise politiquement l'Italie ?

« R. Politiquement l'Italie se divise ainsi qu'il suit :

« lo Le ROYAUME dItalie qui embrasse la plus grande partie de la région italique.

« 2» La République de Saint-Marin ;

« 3» Le Tyrol et Tlstrie qui font partie de TAutriche ;

« 4» La Corse et le comté de Nice qui dépendent de la France, (laCorsica ela contea di Nizza che dipendono dalla Francia).

« 5° Le Tessin qui fait partie de la Suisse.

« 6° Le groupe de Malte, qui dépend de TAngteterre. »

La ?• édition de la géographie de Comba {Brève Corso di Geogra/ïa , ad uso dette scuole elementari di EuGENio CoMBA , edizione setHma. Operetta premiata con medaglia del Congresso Pedagogico di Venezia, 1872, e adottata corne libre di teste nelle Scuole di Torino, Cagliari, Venezia, Mantova, Parma, Alessandria, Piacenza, Cremona, Pesaro, Urbine, Bergame, Padova, Trevise, Avellino, Catanzare, Païenne, Messina, ed altre. — 1879. Paravia) honorée d'une médaille au Congrès pédagogique de 1872 et à l'Exposition Universelle de Paris en 1878, est adoptée comme livre classique dans les écoles des principales villes d'Italie (Turin, Venise, Mantoue, Parme, Alexandrie, Padoue, Païenne, Messine, etc.). La|France a décerné en 1878, à l'Exposition Universelle, une médaille à M. Comba pour le récompenser d'enseigner ce qui suit :

Page 9i, § 56. — t Possessions de la France en Italie (Possedimenti délia Francia in Italia). L'île de Corse, la principauté de Monaco, Nice et son territoire que le gouvernement italien fut contraint de céder aux Français dans cette même année 1860, forment les possessions de la France en Italie. »

Suivent les possessions de TÂngleterre en Italie, — de la Suisse en Italie, — de l'Autriche en Italie, etc.

Citons encore, parmi les géographies les plus répandues et approuvées par le Conseil Supérieur de Tlnstruction publique :

!• Nozioni compendiose di Oeografia, operetta appro^ata dcU Consiglio Superiore di puhblica Istruzione ad uso délie scuole elementari decima^seUîma edizione rifatta e molto accresciuta. — Torino, G.-B. Paravia e comp., via Dora Grossa, n. 23, marzo 1876.

Page 63. — « Le royaume dltalie embrasse la plus grande partie de ritalie et comprend dix régions ; les autres provinces d'Italie appartiennent à des États non Italiens. »

Page 75. — « Llle de Corse est une des trois grandes îles de l'Italie ; mais elle appartient à la République française (suit la description de la Corse et Tauteur ajoute : autres possessions FRANÇAISES : « Après 1859, la France a en outre placé sous sa domination Nice et son territoire qui depuis cinq siècles étaient unis au Piémont. »

Page 72. — « Possessions de la Suisse en Italie, de TAutriche de l'Angleterre . »

2° Elementi di Geografia per le scuole ginnasialty tecmche, nor* malt e maçfistrali del dott. Felicb de Angeli. — Valentiner, Padova, 1873.

Page 46. — « Le Var forme la véritable frontière naturelle entre la France et lltalie. »

Page 88. — « Les possessions françaises en Italie sont la Corse et le teiTitoire de Nice, »

V L'Autrictie, la Suisse, l'Angleterre possèdent également des provinces italiennes qui sont... etc. »

3® Prime nozioni dt Oeografia^ secondo il programma délia

quarta classe elementare del prof. comm. Giovanni Sgavia, 11« Ristampa. — Torino, 1873.

P. 22. — « Quelles provinces italiennes font partie de la France ? — L'Ile de Corse et Nice. »

P. 24.— u Quelles sont les villes italiennes de la mer de Ligurie? — Gênes et Nice. »

P. 3i. — « L'auteur donne une brève descrizione délie princii pâli città d'Italiay par ordre alphabétique , et Ajaccio, Bastia, Nice figurent dans cette liste, comme si leur réunion à Tltalie était accomplie. »

4* PHmi rudimenti di Oeografia compilait dal professore Antonio Sala. Sesta edizione, seconde iprogrammi ministertali par le scuole del regno dltalia. — Milano, Gnocchi, 1867.

p. 57, — <r L'Italie est présentement divisée comme suit : !• le Royaume d'Italie proprement dit, avec Florence pour capitale ; 2» le Patrimoine de Saint-Pierre, sous la domination du pape ; 3° y Italie française, comprenant Vile de Corse et le territoire de Nice\i* le Tyrol et Tlllyrie soumis à rAutriche ; 5» Malte, etc... »

P. i 69. S 10. — « Les États italiens non encore compris dans le Royaume d'Italie sont le Tyrol, l'IUyrie, le Territoire Pontifical, Vile de Corse et le Comté de Nice^ etc. »

5* Ghigo. Leçons de Oèoaraphie à Vusage des Écoles primaires, etc. (Lezioni di Geografia astronomica, âsica e politica ad uso délie Scuole primarie e secondarîe d'Italia per Enrico Ghigo. — Roma, Paravia, 1878.

P. 43. — « Provinces qui ne sont pas encore réunies à l*Italîe (distretti non ancora uniti allltalia ) :

« 1. L'Autriche possède en Italie le Trentin, etc.

« 2. La France possède en Italie la Corse et Nice (La Francia possiede in Italia : 1° Tisola di Corsica, cap. Aiaccio, patria di Napoleone I, con 12 m. ab., Bastia, 10 m. ab. — 2° Il dipartir mento delk Ahpi Marittime^ c^^, Nizzay bella città e delizioso soggiorno con dolcissimo clima, 48 m. ab. ).

« Fleuves de Vltalie : 1* le Var qui descend des Alpes Maritimes et forme la frontière naturelle de Tltalie et de la France (Il Varo, che viene dalle Aipi Marittime ed è il natural confine tra ritalia e la Francia). »

6® Abécédaire à l'usage des Écoles primaires, 6* édition, {Abbecedario ad uso délie scuole cCItalia. 6' édit., Livorno, Zecchini, 1877, in-8»}.

P. 75. — « Les cent villes de l'Italie (Bergame, Bologne... Milan.. Nizza, patrie du général Garibaldi... Padoue, Palerme, etc..)

p. 100— «... Maintenant que je vous ai parlé des hommes illustres qui honorèrent le continent italien, il me reste à vous dire, mes chers enfants, quels hommes célèbres ont produits .les deux îles de la Corse et de Malte, qui sont des îles italiennes, bien que la Corse soit au pouvoir de la France, et Malte au pouvoir de l'Angleterre. »

Si nous passons des Manuels géographiques aux Atlas, nous trouvons que les deux cartes les plus répandues dans les Écoles sortent des presses géographiques de l'éditeur Vallardi, de Milan ; l'une et l'autre sont dressées conformément aux Programmes Ministériels du 10 octobre 1867. La plus grande de ces deux cartes qui porte le millésime de 1876 et dont le seul titre est Italia Qeografica enregistre les revendications du programme

ministériel comme déjà réalisées, puisque la frontière du royaume est reportée au delà des provinces encore aujourd'hui sotto la signoria dei sûranieri, c'est-à-dire que Nice^ Lugano, Trente, Goritz et Trieste ne figurent plus que comme simples cJiefs-lieiix de préfectures italiennes, La seconde carte, d'un format réduit, à l'usage des écoles primaires et des écoles règimentairesy et qui porte comme titre Yltalia con le nuove divisioniy 1876, n'est pas moins explicite : elle a pour légende un tableau systématique, sur 3 colonnes, des divisions politiques de l'Italie [Quadro Générale dell divisioni politiche deiritaUa) ; à la troisième colonne, après rénumération des 69 provinces, apparaît la liste des dix provinces Italiennes qui ne font point encore partie du royaume :

Provincia di Nizza, Gircolo di Rovereto.

Principato di Monaco. — Gorizia.

Isola di Corsica. — Adeisberg.

Cantone Ticino. — Trieste.

Gircolo di Trento. Isola di Malta.

Une troisième carte tout à fait identique aux précédentes est celle de Gnocchi (italia, edizione corretta ed aumentata per cura dell ing^ Fantina approvata dal R®. Ministero dell'Istruzione Pubblica, publicata da Oiovanni Grnocchi, premiato aile Esposizioni di Vienna, 1873 — Filadelfia 1876 — Parigi, 1878).

De même que la Oeogra/ïa de Comba (voyez ci- dessus, page 49) qui nous enlève Nice et la Corse, cette carte de Gnocchi a obtenu, elle aussi, une médaille à TExposition universelle [de Paris en 1878. Les Français n'ont pas laissé échapper cette double occasion de manifester leur clairvoyance patriotique.

54 CHAPITRE n

Tel est l'enseignement officiel de la géographie dans les lycées et les écoles primaires d'Italie depuis la mise en vigueur des Programmes ministériels du 10 octobre 1867, et le gouvernement italien a fait preuve de beaucoup d'esprit en envoyant toutes ces cartes et tous ces Manuels géographiques à TExposition universelle de 1878.

En avril 1880, M. le Ministre de l'intérieur Deprétis répondait à une interpellation sur Yltalia Irredenta^ et faisant allusion à l'excellent livre ItaUcœ Res du général de Haymerlé ( dont le seul tort est de prouver les vues d'avenir de l'Italie sur l'Autriche à Vaide et articles de journaux, articles assurément décisifs pour qui connaît le pays, mais qu'un chef parlementaire peut d'autant mieux désavouer qu'il les a trop souvent inspirés), M. le Ministre déclarait que sauf quelques têtes chaudes et quelques journalistes radicaux, blâmés par l'opinion publique et surveillés par le gouvernement, nul en Italie n'avait jamais songé à des annexions^ que la réunion assez ridicule d! individualités sans mandat qui s'était décerné le titre pompeux de Comité de titalia Irredenta constituait une manifestation purement individuelle, comme il s'en produit toujours dans les pays libres, — et M, le Ministre ajoutait, a avec autant d'humour que de justesse » dit un journal officieux (1) :

S'il prenait fantaisie à quelqu'un à Rome, de former un Comité pour la reconstitution de l'Empire Romain, je ne pourrais pas l'empêcher.

(1) L'Italie da 12 mai 1880 : et Tanteur de Tartiele ajoute : « M. le ministre de Tintérienr n peut pas empocher lo Comité de l'Italia Irredenta. Toutes les personnes qui ont passé trois mois e Italie savent que personne ne pense à des annexions, n

Certainement M. le Ministre de l'intérieur a de rhumour^ il a môme de la oandeur et je ne doute point que sa justesse d'esprit ne lui permette d'accorder aisément ses déclarations officielles avec le texte des Instructions et Programmes du Ministère de l'Instruction Publique approuvés par Décret Royal du 10 octobre 1867, édition de 1877 (1), page 8 :

Programmi di lingua italiana, storia e geografia. — Geografia.

Classe II

VIL DeirEuropa in générale — Sua posizione assoluta e relativa — Configurazione — Dimensioni — Prospetto oro-idrograflco — Isole ed arcipelaghi — Glima e prodoUi — Popoiazione

— Princlpall divisioni etnografiche.

VIII. Posizione relativa — Confini — Prospetto oro-idrografico — Popoiazione — Prodotti — Industria — Commercio — Forma di governo e religione degli Stati europei.

IX. Italia —Posizione assoluta e relativa — Configurazione — Dimensioni — Prospetto ora-idrografico — Regioni — Isole — Vulcani — Clima e prodotti. — Popoiazione.

X. Divisione politica d'Italia : 1® Paesi italiani dipendenti da Stati stranieri. — 2* Stati italiani ; — Repubblica di San Marine

— Regno d'Italia ( Popoiazione — Costituzione — Divisioni amministrative — Forze di terra e di mare — Industria — Commerci — Importazione ed esportazione).

Classe III

XI. Riepilogo deirinsegnamento geografico assegnato aile classi precedenti.

Africa — Posizione relativa — Confini — Isole — Vulcani — Istmi — Stretti — Capi principali -- Clima e prodotti — Montagne — Fiumi — Deserti — Stati délie coste e loro capitali. — Colonie e possedimenti europei, etc..

(1) Istnuioni 6 progrrammi per le icaole normali e magistral! approvati con R, Deereto 10 ottobre 1867. Prezzo oant. 25. Stamperia reale di Torino di 6. B. Paravia e comp. Roma-Torino. Milano-Firenze, 1877.

« Toute idée conçue par nous, a dit M. Fouillée dans son Idée « moderne du Droite a une action sur nous, et tend à se réa- « User par cela même qu'elle est conçue; au fond, penser une c chose, c'est déjà la commencer. » Dans le cas qui nous occupe, l'économiste belge, M. de Laveleye [Causes de guerre , p. 27) a donné de cette formule métaphysique une excellente traduction, dont M. le Ministre Déprétis pourra faire son profit :

La mention, dans les écoles, des régions italiennes de langue qui n'appartiennent pas à l'Italie est faite pour inspirer des idées de revendication territoriale très dangereuses : la théorie des nationalités fondée sur la langue conduit à la guerre non moins sûrement que celle des limites naturelles,.. Lltalie sera assez sage pour ne pas convoiter ce qui, d'après les nécessités géographiques et économiques ne doit pas lui appartenir.

Si, pour compléter cet aperçu de l'enseignement géographique italien, on veut rechercher à qui l'auteur du Programme officiel a emprunté l'idée de la division de l'Italie en Italie inté^ Heure et Italie extérieure, on peut croire, au premier abord, que c'est là une imitation des procédés pédagogiques allemands. Prenons en effet le meilleur Manuel géographique en usage dans les écoles primaires allemandes, les Leitfaden fur den Un^ terricht m der Géographie, rédigés d'abord par le professeur Daniel, de Halle, réédités par M. le D' Kirchoff, de Berlin, et arrivés aujourd'hui à la. soixante-quinzième édition. L'auteur apprend aux enfants que : primitivement petit royaume issu du démembrement de l'empire de Charlemagne et borné par le Rhône et la Saône, la France ne s'est formée qu'aux dépens de V Allemagne / que Lyon et Marseille ont été villes allemandes

pendant tout le moyen âge ; quant à Metz et à Strasbourg, « cela s'entend de soi-même », dasversteht sich von seïbst (p. 116).

A la page 173, l'auteur classe les pays de langue germanique ainsi qu'il suit :

§ 103. Deutsche Aussenlaender ( pays allemands extérieurs ): « Les siK Etats qui suivent : la Suisse, le Zichtentain, la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et le Danemarck, sont considérés comme appendices de TAllemagne {als Anhang z. Deutschland), a) parce qu'ils sont situés en grande partie en dedans des limites naturelles de l'Allemagne ; b) parce qu'à peu d'exceptions ces pays ont appartenu à l'ancien empire allemand, et en partie jusqu'en 1866, à la Confédération germanique.

Mais cette coïncidence des programmes allemands avec la classification italienne (Paest Italiani dipendeniî da Stati stranteri) est purement fortuite. En réalité, c'est à un Italien que les Écoles italiennes sont redevables du programme qu'elles suivent aujourd'hui. En avril 1832, l'homme en qui s'était incarnée, après Dante et Machiavel, l'idée italienne, publiait le programme de la Oiovine Italia, avec l'épigraphe Dio e il popolo^ programme composé seulement de trois articles (1) et qui semble une chimère quand on se reporte à l'état de l'Italie, il y a un demi-siècle.

L La nation italienne comprend Vuniversalité des Italiens , liés par un pacte commun et vivant sous une loi commune.

IL L'Italie comprend : 1* l'Italie continentale depuis Vembovr

(1) Vita di Maszhit dd professore Benciyeimi. Firenze, 1878, p. 27

chure du Yar jusqu'à Trieste inclusivement ; î» les Iles italiennes de langue (Corse, Malle, Gozzo) et destinées à faire retour à la patrie Italienne.

IIL L'Italie est indépendante, une et souveraine.

Dans ces dix lignes, Mazzini traçait le plan de la future Italie. En 1859 Tindépendance, en 1861 l'unité, en 1866 Venise, en 1870 Rome, et l'Italie intérieure est faite; en attendant qu'Humbert P' réalise l'autre rêve de Mazzini et fasse l'Italie extérieure^ c'est le programme de Mazzini, qu'au lendemain de Sadowa, le ministère adopte officiellement et qu'il rend obligatoire dans les Écoles,

Il y a quelques jours, le journal français le mieux informé des cose dltalia écrivait {Temps du 2 mai 1881), à propos des ambitions du ministère Cairoli : « La droite italienne n'a pas les pasa sions chauvines. Ce n'est pas d*ell$ que partent les revendications « des territoires étrangers où se parle Vttalien. » C'est là une hérésie historique bien caractérisée ; non seulement Une faut faire en Italie, aucune différence entre la gauche et la droite au point de vue des ambitions extérieures, mais la droite, comme tous les partis torjs, a toujours montré un goût spécial pour la politique étrangère, de même que son leader véritable, le roi Victor Emmanuel (dont les Français ont fait un espèce de personnage légendaire, ami naturel de la France, ce qui est à peu près aussi vrai que de dire du roi Humbert qu'il est ïami naturel de VAlle^ magne). Le Journal d^ Italie du 5 janvier 1880, à propos de la discussion au Parlement sur les grands cuirassés , recevait d'un de ses correspondants, ancien officier de la marine royale, jadis attaché au cabinet militaire de Victor Emmanuel, une lettre fort intéressante sur les tendances annexionnistes du feu roi :

Le peuple Italien, si sceptique, et si peu connu des étrangers, même de ceux qui vivent au milieu de lui et qui partagent en grande partie ses habitudes, le peuple Italien, disons-nous, es^ agité par deux courants contraires.

L'un tâche de le pousser dans une voie d'agrandissement et de prépondérance à l'étranger ; l'autre tend à lui montrer, comme but final, une tranquille prospérité intérieure.

Le chef du parti de Tambition était le roi Victor Emmanuel.

Héritier du génie annexioniste de son grand aïeul Charles Emmanuel !•% S. M. le roi Victor a travaillé toute sa vie à l'agrandissement de sa maison et par conséquent de son pays ; et l'heureux mortel qui pourra, quelque jour, examiner les archives privées du grand roi y trouvera bien certainement les fils de maintes intrigues dignes des temps où les peuples étaient menés en laisse par ces passés maîtres en fait de politique qui s'appelaient Mazarin et Louis XIV.

Quoique très peu passionné pour la mer, le roi Victor s'occupait des affaires de la marine, et croyait fermement à la nécessité pour ritalie d'une flotte puissante et d'une marine expérimentée.

C'est sous l'influence de ces idées que les amiraux Riboty et de Saint-Bon , qui se succédèrent au ministère de la Marine, firent adopter deux types de navires de combat qui se distinguaient des autres déjà existants par une puissance extraordinaire comme artillerie et cuirassement, et par un rayon d'action hors ligne.

Le type Duilio était désigné pour cingler d'un de nos ports et aller jeter la bataille aux points extrêmes de la Méditerranée, en gardant encore à son bord le combustible nécessaire pour son retour au port d'armement. Quant au type Italiay il s'agissait de plus encore ; car ses vastes aménagements lui auraient permis de pousser une pointe jusqu'à la côte orientale de l'Amérique du Sud.

Il ne faut pas oublier qu'à cette époque la colonisation d'un point quelconque de la Nouvelle Guinée était un rêve caressé par le Ministère et par la Cour.

Lorsqu'à l'avènement de la Gauche au pouvoir — avènement

qui fut bientôt suivi de la mort du' roi Victor — la politique aristocratique de la Droite cessa d'exister et aussi la politique spéciale du cabinet particulier de S. M,, les idées pacifiques s'insinuèrent dans l'armée et dans la marine, etc..

On peut même dire que la théorie des revendications de ïltalia irredenta n'avait point attendu jusqu'à la date de 1867 pour être enseignée dans les écoles de l'État. En même temps que le Roi d'Italie transmettait à Napoléon III le comté de Nice et renonçait en jforme solennelle, à totis droits sur cette province pour lui et pour ses descendants, l'enseignement officiel ne tenait aucun compte de l'annexion, et, dans les lycées, ordre était donné d'entretenir les enfants dans l'idée que Nice, passée aux mains de la France par le droit du plus fort, devait faire retour à l'Italie. La cession de Nice remonte à 1860 ; voici ce qu'on enseignait dans les écoles du gouvernement dès 1861 :

( Lezioni di Geografia proposte per esercizio di lettura ai giova^ netti délie scuole elementari c?eERNESTo Serge jïTi. — Milamo, tipografla scolastica dcU'editore Francesco Pagnoni, 1861) :

P. 66 : L'Italie forme un royaume de 22 millions d'habitants, Le Roi et le gouvernement résident à Turin, jusqu'à ce que Rome soit devenue cité italienne.

La Venétie, le Tyrol italien et la Dalmatie appartiennent encore à l'Autriche.

Rome, avec le petit territoire qui l'entoure, est sous le joug du pape. Le pape est protégé par une garnison d'Allemands et de légitimistes Français (guarnigione mista di Tedeschi e legittimisti francesi formanti armata papalina),

Malte est au pouvoir des Anglais, l'Ile de Corse et Nice sont aux mains des Français.

En 1862, nous trouvons la même doctrine sous une forme plus explicite et peut-être plus irrévérencieuse pour la diplomatie française, dans la petite Geografia d'Eugenio Balbi (Biblioteca délie Famiglie. VEuropa^ Milano, Guigoni, in-12, fr. 80).

P. 133. iMPERO FRANCESE. L'autBur omet, dans les possessions françaises, Nice et la Corse, et renvoie pour ces deux provinces à la description du Royaume d'Italie.

P. 3540. REGNO D*iTALiA. L'autcur déplore qu'il y ait encore au-jourd'hui deux provinces italiennes sous la domination delà France ; quoique la diplomatie ait décrété que Nice était une ville française, Fauteur trouve qu'il est honnête de ranger Nice parmi les villes italiennes, et de ne tenir aucun compte de ces divisions politiques qui sont purement transitoires :

Basti awertire che il regno dltalia nei suoi confini attuali di fatto, si divide amministrativamente in cinquantanove prefetture, che il territorio tuttavia tenuto dairAustria in Italia oflFre due divisioni amministrative nella valle superiore delFAdige, nove nella Venezia col Mantovano, tre nel litorale con l'Istria ; che le parti d' Italia possedute dalla Francia hanno unadivisione amministrativa sul continente ed una nell'isola di Gorsica ; finalmente che il gruppo di Malta dipendenza amministrativa dei Regno Unito va repartito in sei distretti.

E pertanto deplorando corne oggi in Italia sieno ancora territorii uniti alVimpero francese (contado di Nizza, parte del tenere di Monaco ed isola di Corsica).., descriveremo la Italia nella sua naturale e grandiosa unità senza trattenerci a divisioni peggio che transitorie.

Gontrade délia Italia.

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