‹ L'Italie qu'on voit et l'Italie qu'on ne voit pasChapitre 9 sur 14 · ROMA · texte numérisé non relu

ROMA

Napoli

NizzA, airestremo confine occidentale délia Italia e délia Riviera di Ponente, con 48000 abitanti ; anoiparveonestodescrivere in questo luogo corne città per ogni riguardo italiana benchè la dipUymazia Vahhia delta francese.

La Conica sorge dinanzi aile settentrlonali marine délia Sar« degna ; terra italiana fino al 1768, non ha cessato di esserlo per noi, benchè formiun compartimento deU'impero francese.

De même en 1863, le professeur Marmocchi dans sa JDescriztone d'Italia (Biblioteca délie Famiglie, in-12) p. 300 î « La France possède en Italie Vile de Corse et Nice. »

Pour clore cette trop longue série de citations, faisons un dernier emprunt à un document officiel émanant du Ministre du commerce {L* Italie économique en 1867), qui fut publié en langue française, par la Direction de statistique du Royaume en'avril 1867:

L'ouverture de l'Exposition universelle de Paris a donné Tidée de ce livre. Il a paru opportun de fournir au visiteur un certain nombre de notices qui puissent lui faire connaître^ au moyen de quelques détails, les conditions économiques et industrielles du nouveau Royaume italien et le mettre en mesure d'apprécier exac« tement ses forces. Ces notices, qui servent en partie à expliquer le travail national, étaient d'autant plus indispensables que ritalie, à peine sortie de la guerre de 1866, n'a eu ni les loisirs, ni les moyens de se préparer, comme elle l'aurait voulu, à ce grand concours industriel. Le soin de présenter ces trop courts aperçus a été confié à la Direction de Statistique du Royaume f qui se trouvait déjà en possession d'un grand nombre de documents et par suite en état de mieux remplir une pareille mission. Ce résumé statistico-économique contribuera à faire connaître lltalie au dehors et ; pourra servir, en même temps, de point de départ pour de nouvelles recherches.

A la page 7, l'auteur officiel trace une esquisse de la géographie politique et économique de l'Italie :

« L'Italie comprend actuellement dix divisions politiques, savoir : le royaume dltalie ; le gouvernement de Trieste avec ristrie et Goritz; le canton du Tessin; la vallée italienne des Grisons ; la principauté fde Monaco et Nice, la République de Saint-Marin; le Patrimoine de Saint-Pierre; llle de Corse, le groupe de Malte.

« La paix de Vienne conclue en 1866 a fait presque disparaître nos anciennes divisions politiques, en constituant un nouveau royaume, qui comprend les cinq sixièmes de la superficie totale de l'Italie. Mais nous n'avons pu nous dispenser de mentionner ici les régions qui, quoique italiennes, n'appartiennent pas au royaume dltalie et sont agrégées à des États étrangers ou ont un gouvernement qui leur est propre. »

Ce qui est assez piquant, c'est que cette publication gouvernementale, faite par Tordre de Victor-Emmanuel et dans laquelle le nlinistre italien assimilait Nice à Rome six ans après l'annexion et réclamait la Corse au môme titre queTrieste, fut officiellement présentée à l'empereur Napoléon, par les commissaires de la section Italienne, à l'ouverture de rExposition universelle de 1867 (1).

(1) Sur Victor-Emmanael, voy. ci-desBous Chapitre HL {Ecoles militaires), Chapitre IV {Ensei' gnement de l'Bistoire),

La France est TAutriche dei nations latinei etrilalie doit en ûtre la Prusse.

(Campo Frboobo»

// PrimatoItaUano,)

ISooles militaires

On sait le rôle important et tout à fait particulier qu*a joué dans rhistoire du développement de la patrie italienne cette excellente armée dont le général autrichien Haymerlé a pu dire q\x*elle commande le respect^ et que le général Trochu, dans son livre sur VArmée française en 1879 (page 435) a qualifiée en ces termes : « L'armée italienne, dont l'organisation si bien étudiée, est à présent si remarquablement avancée, et qui sera, je crois pouvoir t annoncer, incommode aux adversaires qu'elle rencontrera dans les guerres à venir. »

Tandis qu*en Allemagne, l'unité avait été préparée de longue date par le Zollverein et la fusion des intérêts, l'armée fut, en Italie, le véritable creuset dans lequel vinrent se combiner tous

les éléments particularistes. Dans son livre Italicœ Res (1), le général von Haymerlé a défini, d'une manière très précise, le rôle joué par l'armée italienne dans la nation :

« Après la cession de la Vénétie et les événements de 1866, l'unité de l'Italie n'était rien moins qu'accomplie. Si l'extérieur de l'édifice était construit, ses parties internes laissaient voir partout des lacunes peu satisfaisantes. La fusion de sept petits États en un grand Royaume ne pouvait pas s'opérer sans difficultés. L'unification des diverses législations; l'abolition d'usages invétérés, devenus pour les populations une seconde nature, mais incompatibles avec le nouvel ordre de choses ; l'atteinte portée de ce chef à d'innombrables intérêts personnels ; le trouble jeté dans un grand nombre d'existences, soit au point de vue moral des sympathies dynastiques, soit au point de vue des avantages matériels; l'établissement nécessaire de très lourds impôts qui accablaient notamment les provinces méridionales ; l'introduction du service obligatoire même dans les provinces qui s'y montraient tout à fait rebelles; enfin, une série de réformes moins importantes, mais non moins sensibles, parce qu'elles avaient action sur la vie privée des citoyens : tel est l'ensemble des motifs qui jetèrent dans la grande masse de la nation une perturbation extraordinaire, perturbation d'autant plus redoutable qu'elle était vigoureusement exploitée par les ennemis du nouveau gouvernement appartenant aux classes éclairées.

« Quelle connaissance le Calabrais avait-il du Lombard, le Si- Ci) cr. Beoue militaire de V Etranger, n» 130, p. 472.

cilien du Piémontais, Thabitant de la Fouille du Toscan ? Comment la population rurale qui n'a pour horizon que son labeur quotidien pouvait-elle apprécier le nouveau régime, qui s'emparait impitoyablement de ses modestes épargnes, et qui lui arrachait ses fils pour le service d'un roi étranger, auquel on reprochait sur tous les tons d'avoir fait le pape prisonnier, dépouillé l'Eglise et attiré sur lui la malédiction de tous les catholiques ? Qu'importait au paysan l'unité d'une patrie qui lui était inconnue, unité qui n'assurait pas son existence personnelle, qui enverrait peut-être ses fils mourir à l'étranger, et qui lui rendait de toutes façons la vie encore plus dure ?

« Cette situation rendait la tâche du gouvernement très difficile. La résistance d'abord passive, devint bientôt très active sous la forme d'un brigandage afiectant la couleur politique. On pouvait arriver promptement à dominer le brigandage avec des moyens matériels ; mais pour vaincre la résistance passive, on ne pouvait compter que sur les mesures administratives, sur l'influence des autorités^ sur la force de l'habitude, et tous ces moyens étaient trop longs. L'obligation du service militaire pouvait seule conduire rapidement au but, en mettant chaque jour en contact immédiat des populations restées jusqu'alors absolument étrangères les unes aux autres, et en leur inculquant l'idée d'une grande famille nationale, s'étendantdu Nord au Sud. Une discipline sévère devait faire naître le sentiment du devoir en général et du devoir particulier envers le roi et la patrie ; la régularité civilisatrice de la vie militaire devait amener même les recrues les plus incultes des montagnes de la Calabre à com prendre la portée des résultats obtenus et à faire passer ensuite leur conviction dans l'esprit de leurs compatriotes.

70 CHAm^ III

« C'est ainsi que ftit rapidement portée par mille et mille vota, dans les couches inférieures de la société, l'idée d'un grand Etat dont tout le monde faisait partie^ et d'une puissante communauté dans laquelle tous devaient se fondre, ce qui facilita singu-. liërement l'action ultérieure du gouvernement. La nation et l'armée exercèrent l'une sur l'autre une influence réciproque, dont on resssentit bien vite les heureux eflFets, et l'armée est devenue aujourd'hui l'institution la plus populaire de l'Italie, institution qui est restée jusqu'ici au-dessus des luttes violentes des partis.

« L'armée italienne a reçu encore une autre mission non moins importante, celle de vulgariser dans la nation la connaissance de la lecture et de l'écriture.

« En 1877, le gouvernement a enfin réussi à faire voter par le Parlement une loi sur l'instruction obligatoire. La statistique officielle de Tannée 1871 montre que dans la Romagne et les provinces pontificales et napolitaines, annexées de 1850 à 1861, la proportion des hommes ne sachant ni lire ni écrire variait entre 75 et 90 Oio (1). La situation est restée sensiblement la même depuis Tannée 1871^ ainsi qu'il ressort [du rapport de la Commission de la Chambre des députés, portant la date du 19 février 1877, et relatif précisément à la loi ^sur Tinstruction obligatoire. Ce rapport (page 2} s'exprime ainsi : « Si la situa-

(1 ) Ce 0^0 8« ^P^rtit ainsi quUl âuît èAtre les dlrerses prorlncôi : Àfleftne, 78.16 0^0; Aquila 83.68 0?0;Arezzo 82.02 O7O ; Ascoli, 84.65 0;0 ; Arelliiio, 87.28 0?0; Ban, 85.84 O7O; Bénérent, 88.11 0/0; Catnpobasso, 83.65 O7O; Caaerte, 85.05 0/0; Catane, 88.49 0/0; Catanzaro. 85,59 O7O; ChioU, 88.080/0; Cosenza, 87.56 0/0; Ferrare, 77.33 0/0; Foçgia, 86.21 0/0 ; Forli, 80.65 Q/0; Girgenti, 89.60 O^O; Grosseto, 75.14 0/0 ; Leece, 87.65 0/0; Macerata, 82.75 0/0 ; Messine, 88.44 Q/O; Palerme, 80.35 0/0 ; Péroase, 82.65 Q/O; Pesaro, 81,40 0/0 ; Poteaia, 89.85 0/0 { Reggio-Calabre, 88.10 0/0; Salerne, 86.17 (^0 ; Syrtcuse, 90.26 0/0; Teramo, 89.06 0/0; Trapanl, 88.98 O/O.

tioa s'est améliorée sur certains points, dans d'autres, par contre, le nombre des illettrés a augmenté. »

<c Dans ces conditions, il était absolument indispensable de donner^ dans ï armée^ la plus grande impulsion au développement de l'instruction primaire. Conformément à l'usage adopté en Italie, la plus ancienne classe, au lieu d'être maintenue sous les drapeaux jusqu'à la fln de décembre, c'est-à-dire jusqu'à l'achèvement de ses trois ans de service, est renvoyée dans ses foyers au commencement de septembre, immédiatement après les grandes manœuvres, avec une anticipation de quatre mois environ. Pour favoriser le résultat cherché et exciter le zèle, il a été décidé qu'on ne renverrait les hommes par anticipation qu'autant qu'ils auraient prouvé dans un examen passé devant une commission, qnHls savaient lire et écrire. Le rapport officiel du général Torre, pour l'année 1877, donne à cet égard des renseignements intéressants. La classe appelée en 1874, comptait sur un effectif de 54,540 hommes, 28,185 illettrés; après trois ans de présence au corps, ces derniers étaient réduits au chiffre de 3,418.

« On voit que l'armée italienne, en dehors de sa mission propre qui consiste à être le bras et le bouclier de l'État, joue encore un rôle politique et civilisateur. Elle est devenue, sous ce rapport, une véritable institution nationale. Dès qu'il s'agit d'elle, le pays oublie les haines de parti ; animé d*un grand sens politique et d'une reconnaissance patriotique il supporte volontiers les plus lourdes charges financières pour assurer à cette armée, qui est le représentant de sa puissance à l'extérieur, et l'instrument principal de son unité à l'intérieur, la force et la mobilité sans lesquelles sa valeur, son dévouement e t son abnégation resteraient à l'état de vertus isolées. »

72 CHAPITRE ni.

Des statistiques dressées par l'autorité militaire , il résulte que sur 100 soldats illettrés, 9 seulement sont encore analfaheti quand ils quittent le régiment ; et l'on a pu dire, sans exagération, que l'armée italienne est la véritable école primaire de la nation. Les écoles régimentaires italiennes offrent donc un intérêt tout spécial à qui veut suivre, dans l'enseignement officiel, le travail de la propagande patriotique. Le Manuel de géographie adopté depuis dix ans est celui de Bini {Elementi di Geografia^ compilati seconda i programmi mtnisterialij per le scuole militari. Paravia, 1876), ouvrage couronné par les Conseils Académiques du Royaume et couronné par le Congrès Pédagogique en 1869. Les soldats italiens y apprennent que la France possède encore en Italie la Corse et Nice, et

que ces deux colonies sont actuellement régies par une constitution analogue à celle de la métropole. Nous renvoyons pour de plus amples détails sur ce livre, aux pages 41-43. Après le Manuel de Bini, les Géographies les plus employées sont celles de Borgognô (voir ci-d£ssus p. 48), de Schiaparelli

voir p. 44) et de Pulina (p.46).

La carte la plus répandue dans les casernes est la grande (Carte Murale de Gnocchi (Milan, 1876), qu'on retrouve en Italie dans presque tous les établissements dépendants de l'État (pénitenciers, prisons, etc.). Elle porte à l'angle inférieur gauche un cartouche avec la mention : « Provinces ita^ tiennes au pouvoir d'Etats étrangers :... la Corse ^ Nice^ Trieste etc.. »

Au-dessus des Écoles Régimentaires, se place l'enseignement supérieur qui comprend trois écoles : la Scuola militare de

Modène (qui correspond à notre école de Saint-Cyr), l'Ecole dC artillerie et du ^ëme de Turin, enfin VEcole supérieure de Gruerre.

Dans ces différentes écoles, le Manuel adopté pour l'étude de la géographie militaire est celui du capitaine Fogliani.

(Geografia Fisîca e Politica del Capitano T. Fogliani, autorizzata dal Mtnïsiero délia Guerra, per uso délia Scuola mïlttare 5* edizione, Roma, Voghera, tipografo di S. M., 1879, in-8* de iv-567 pages):

Page 297 : « Divisions Politiques de l'italib. L7fa/ie comprend les Régions suivantes :

« 1* Le Piémont

« 2» LaLombardie dans laquelle nous comprenons le Canton du Tessin et certaines portions du Canton des Grisons^ qui font partie de la Confédération Helvétique.

« 3» La Vénétiek laquelle il faut rattacher le TyrolCisalpiny le TrentiUf Trieste el VIstrie qui sont sous la domination de TEmpire Austro-Hongrois.

« 4» V Emilie

« 5» LaLi^ftirîôà laquelle il faut rattacher le 6'orw^é(feiVice(avec 130, 000 hab. et 2, 755 kil. carrés).

« 13* Ldi Sicile,.,

« U'* L^ Sardaigne

« 15" LaCorse appartenant à la France, mais dont rim/ianifé ne « peut être contestée (page 290-291), comme le prouve cette phrase « de l'écrivain français Lavallée : « Malgré les chefs qu'elle a « donnés à la France, malgré le grand nombre d'employés et « d'administrateurs qu'elle nous fournit, la Corse reste encore « aujourd'hui tout à fait étrangère à notre pays par sa langue, ses « mœurs, ses instincts et ses sentiments. »

« La superficie totale de V Italie comprend 336080 k. c. Cette ré-

74 CHAPITRE m

gîon dont l'unité naturelle et l'unité ethnographique sont parfaites n'a pu que très récemment (depuis 18S9) effacer les divi- . sions qui la scindaient politiquement et réunir sdus un même sceptre presque toutes les parties de l'Italie : le plus grand nombre de ces provinces est politiquement aggloméré sous le nom de Royaume d'Italie : des terres italiennes qui restent hors de ce royaume, une partie appartient à la République Française (Nice et la Corse) : une autre à Tempire d'Autriche (Tyrol, Trentin, Trieste, Istrie, Goritz); une autre à la Suisse (Tessin et partie des Grisons); une autre enfin à l'Angleterre (Malte). Les seuls États italiens indépendants (si l'on peut les nommer ainsi) sont la République de San-Marin et la Principauté de Monaco. »

La seule carte en usage est naturellement celle de TÉtatmajor italien {pubblicata dal CorpoReàle di Statomaggiorey Torino Maggi, 1873). La feuille 90 [Face del Varo) qui décrit la frontière française des Alpes Maritimes, au lieu de s'arrêter à la Raja, empiète jusqu'au Var (ce qui est important à noter dans

une publication officielle du ministère de la guerre et à la date de 1873). Le cours de laRoja est accompagné, il est vrai, d'un

pointillé presque invisible, mais le mot France au lieu d'arriver

jusqu'à la nouvelle frontière, est relégué au delà de Ihrive droite

du Var, à l'endroit où commence, pour l'état-major italien, la

vraie France (dont l'emplacement est laissé en blanc), tandis

que l'ancien comté de Nice est donné avfec le même détail topO'

graphique que les autres provinces d^ Italie.

Quant aux cours d'histoire militaire, le lecteur pourra juger de l'esprit qui y préside par quelques courts extraits de V Histoire de la guerre franco-allemande du colonel d'état-major Marselli» professeur d'histoire mihtaire à l'École supérieure de guerre (1).

(1) NiccoLA Marselli oolonello di Stato maggiore, Professore dt Storia noila Seuola Soperiore di Guerra, Gli awenimenti del 1870-1871. Roma, Lœscher, 1873, in-8*.

Je choisis de préférence les passages relatifs aux races latines ; le lecteur verra qu'il y a loin des réflexions si sages et vraiment politiques d'un patriote italien aux niaiseries sentimentales de notre école humanitaire :

P. 107, — « Comme citoyen et comme soldat j*ai rougi et j*ai souffert de la position de pupille dans laquelle la France nous tenait. Comme historien, j'ai prévu depuis longtemps la décadence de la France et la venue de la suprématie allemande dans toutes les voies de la civilisation. Je voyais en outre, entre TAllemagne et Tltalie des liens beaucoup plus solides que ce sentimentalisme des prétendues races latines, je veux dire tes liens créés par le même sentiment national et par là même guerre à la' prépondérance française. Aussi j'avoue en toute franchise que les victoires allemandes , loin de m'étonner , m'ont profondément réjoui. Elles m'ont profondément réjoui, parce que j'estimais que c'était pour l'Italie le plus granddes biens de se sousraire à la culture française et de vivre désormais en étroite harmonie avec cette culture de l'Allemagne qui tient la tête de la civilisation au xix» siècle. »

P. 98. — « L'Allemagne qui avait eu, dans l'histoire, la gloire de lutter contre la papauté spirituelle peut aussi se vanter d'avoir contribué à la chute de la papauté temporelle , et après avoir aidé nos voisins du Nord à se constituer, nous en avons reçu en échange une double aide, l'une directe, l'autre indirecte» Ce sont là les seuls liensvraiment indissolubles entre les nations, parce qu'ils reposent non sur la reconnaissance, ou sur de vaines réminiscences historiques, ou sur des subtilités sentimentales telles que la parenté des races latines, mais bien sur la complète identité de but et d'intérêts . Après nous avoir donné Rome, la meilleure conséquence de la guerre de 1870, est d'avoir brisé la puissance de notre importun voisin toujours prêt à nous humilier. Si les armes françaises avaient remporté la victoire, non seulement nous n'aurions pas eu Rome, mais nous aurions vu combien est amère la suprématie française. Mieux vaut

encore un loup loin de nous qu'à nos côtés un chien rapace et aboyant (Meglio lupo lontano che can rapace et baiante vicino).

P. 209.— «Ilest nécessaire à l'Allemagne de trouver une alliée, qui soit à la fois une amie sûre. Quelle peut être cette amie ? TAngleterre ? elle est hors du continent et d'ailleurs de race germanique. La France ? elle va tantôt trop en avant, tantôt trop en arrière, toujours prête à se rompre le cou. La véritable amie de TAllemagne ne doit pas être de même race qu'elle, parce qu'en s'accouplant les éléments de même race ne donnent comme Ta démontré Darwin, que des produits sans valeur. Cette alliée ne doit donc pas être de race germanique ; mais elle ne doit pas être non plus trop étrangère au caractère et à la vie de l'Allemagne pour ne pas donner des hybrides inféconds. Cette alliée je l'ai trouvée, mais la modestie m'empêche de proférer son nom. Après tout, j'ai tort ; l'Italie a pesé d'un tel poids sur les destins de l'Europe, depuis 1859 jusqu'en 1871, que je puis prononcer à haute voix son nom bien-aimé. »

P. 105.— « A ceux qui diront que l'Allemagne arrivant un jour jusqu'aux Alpes, gardera le Tyrol pour elle-même et occupera Trieste faisant ainsi de l'Adriatique un lac allemand, je répondrai que la concurrence maritime de l'Allemagne ne doit point effrayer une nation comme l'Italie, que ses destinées appellent à être un jour V Angleterre du midi. »

P. 211. — « Nous autres Italiens, nous faisons des vœux bien sincères pour la prospérité de l'Espagne ; nous ne faisons pas ces vœux au nom d'une niaise sentimentalité, de l'alliance des races latines, mais parce que nous espérons trouver dans l'Espagne une digue qui limite au midi les débordements de la France^ comme l'Allemagne les limite au nord. L'Espagne, l'Italie et l'Allemagne ont donc le même intérêt à annuler l'ingérence de la France, »

P. 406. — « Si l'on nous dit que nous devrions plutôt nous allier à la France qui est comme nous une nation latine, je réponds : « Soyons avant tout Italiens, et n'ayons souci que des intérêts de notre pays, » Je n'admets pas plus l'alliance fondée sur la reconnaissance ou la sympathie, que la guerre fondée sur la rancune, — les alliances, comme la guerre, ne doivent être basées que sur l'intérêt.

En expliquant à ses élèves, les avantages très évidents de Talliance prussienne, il esta croire que le colonel Marselli n'aura point omis de noter quels sentiments professaient les Allemands à l'égard de tous les Latins sans distinction de race, alors que les intérêts germaniques n'étaient pas encore en jeu. Le jugement que Schopenhauer (1) portait en 1840 sur les Français et sur les Italiens est toujours à méditer:

« L'Afrique et TAmérique ont les singes mais VEurope a les Français,

« Le trait national du caractère Italien est une parfaite impudeur; cette qualité consiste dans V effronterie qui se croit propre à tout, et dans la bassesse qui ne se refuse à rien. Quiconque a de la pudeur est trop timide pour certaines choses, trop fier pour certaines autres : l'Italien n'est ni l'un, ni l'autre; on le trouve, selon Toccurence, humble ou orgueilleux, modeste ou suffisant, dans la poussière ou dans les nuages. »

Pour de plus amples détails sur l'enseignement de la Géographie militaire, voy. le livre du colonel Ricci (Appunti sulla difesa dell' Italia in générale e délia sua frontiera nord-ouest in partïcolare, Roma, Loescher, 1873) et celui du capitaine Dotto de Daulli : Nizza o il confine naturale d^ Italia ad Occidente, con appendice suite terre d*Italia soggette tuttora agit stramert, Napoli, 1873, in-12.

(l) Schopenhauer. iVb^és d'un voyage en Italie cité par Challemel Lacour (Etude sur Schopenhauer, Revue des D. M. 15 mars 1870.

ÉCOLES PAPALINES

Oo croit à Rome que la France ne fait que son devoir quand elle favorise le Saint-Siège, et qu'elle y manque chaque fois qu'elle n'obéit pas aveuglément à tout ce que la Cour de Rome prétend ou croit être en droit de décider.

( Dépêche du Cardinal de Bernis à M. de Vergennes, 28 mars 1772 ).

Écoles Papalines

Dans l'état actuel de la papauté, il eat sans intérêt, au point de vue politique, de savoir si renseignement donné aux enfants italiens dans le petit nombre d'écoles purement catholiques qui subsistent aujourd'hui est dirigé ou non dans un sens hostile à la France.

Je renvoie au livre d'un fervent royaliste, M. lo comte d'Ideville (1) lés lecteurs qui désirent étudier de plus près les sentiments de la curie Romaine à notre égard, et qui veulent

{i) Journal d'un Diplomate, Borne et Naples. — P. 129 (Antipathie de la noblesse romaine pour les zouaves pontificaux et pour les officiers de l'armée régulière); — p. 196 (Tracasseries suscitées à notre état-major et à l'ambassadeur de France par la curie romaine) ; — - p. 200 (La cour de Rome ▼eut supprimer une école de frères français, ouverte par les soins de l'ambassade de France, pour les enfants des officiers et des soldats du corps d'occupation) ^etc ... On trouvera à la page 327 du livre de M. d'Ideville, à la date du 1*>^ mai 1865, un mot de Pie IX bien caractéristique ;

« Tandis que M. de Sar tiges s'attribue le succès des négociations terminées entre le Saint-Siège « et M. Vegezzi, le Pape, avec son sourire narquois, répète à qui veut l'entendre : « Eh, eh !i]s « veulent absolument en France nous réconcilier avec le Piémont. Mon Dieu ! si l'envie nous en " prenait, ne poorrions-nous le faire tout seuls, sans le secours ou l'aide des autres ? Nous sommes « Italiens, nous ! Siamo Italiani, noi, Italiani, Italiani! »

être édifiés sur le degré de sympathie que témoignaient aux Français les prélats du Vatican, en échange de la protection que notre armée leur accordait. Ils y verront l'application de cette remarque de l'historien allemand héo{fftst. cTIi,,!^ 17) que « V Italien emploie les autres hommes plutôt qu'il ne se livre à euœ, qu'en toute circonstance il sait être libre à leur égards qu*il les considère comme des choses, de purs instruments dont il se sert{l).y)

Aussi nos anciens négociateurs se sentant incapables de lutter de finesse avec la cour de Rome ne faisaient-ils guère jouerd'autre ressort que la crainte. Consulté par Louis XIV, en 1662, sur la conduite à tenir à Tégard du pape (qui refusait toute satisfaction pour l'insulte faite par la garde corse au duc de Créqui, pensant avec Machiavel que la colère des Français n'est qu* un feu de paille et qu'il rCy a qu'à éviter les premiers chocs de de leur furia) , le Cardinal de Retz rédigea un Mémorandum qui est encore aujourd'hui un de nos plus précieux documents pour l'étude du caractère italien {Archives du minist. des aff. étrang. Correspondance de Lionne, t. VI):

« Il faudrait même à regard d'Avignon, en faire faire la réunion dans les formes par le parlement et à la requête du procureur général, parce que cela ferait plus de peur à Rome et leur donnerait moins d'espérance de retour. On pourrait aussi faire quelque chose du côté de Parme et de Modène, en prenant même s'il était nécessaire, une cession de leurs droits, mais il est possible que le conseil de Sa Majesté y trouvera quelque difficulté, parce que, dès le moment que la France paraîtra

(1) On sait (Voyez Sorel, BUt. Diplomatique de la Guerre /Wrneo-oUmi.) que la IndemaiB die Sedan et de la chute de Tempereur Napoléon, le pape Pie IX écrivit au roi de ProMepoor soUidterla protection des armes prussiennes.

ÉCOLES PAPALINES 98

directement ou indirectement dans ces aflhires, elle attirera de nécessité sur ses desseins le raisonnement et la jalousie des princes voisins et peut-être ensuite plus d'ennemis que nous n'avons, et une affaire dont nous serions moins les mattres et qui serait plus générale.

« Que si Ton trouve quelque inconvénient dans l'usage de ce moyen, cela n'empêche pas que l'on ne donne toutes les apparences d'un dessein de s'en servir, étant assuré que cette affaire est fort sensible au pape, outre qu'i^ est en général très à propos d'inquiéter en toutes les façons la cour de Rome et de ramasser ensemble toutes les frayeurs et toutes les appréhendions qui s'impriment plus fortement dans les esprits de ce pays à qui elles sont commue naturelles .

« tes déclarations publiques et personnelle^ contre la famille du pape sont de cette nature.

« Quel que soit le parti que l'on prenne, il est surtout important d'imprimer fortement dans l'esprit du pape que nous ne voulons en manière du monde penser à l'accommodement, étant certain qu'il croira toujours nous amuser de belles paroles, tant qu'il aura quelque espérance de terminer cette affaire par la négociation. Ce n'est pas qu'en effet il ne soit à souhaiter qu'elle s'achève par celte voie, mais pourtant il n'y faut jamais venir, ni même recevoir aucune interposition ou médiation que lorsque l'on saura précisément quelle doit être la satisfaction que le p^pe nous veut donner, et si elle peut cont^pter Sa Majesté.

tf C'est ainsi qu'en usa 1^ république de Yemse dans le fameux différend avec Paul V n'ayant jamais voulu écouter aucune des propositions des différents médiateurs qui se présentèrent, qu'après un préalable certain des satistactions qu'elle avait désirées.

Moins d'un siècle après on retrouve les mêmes règles de conduite dans une dépêche adressée à M . de Puisieux par le duc de Nivemais, alors ambassadeur à Rome (6 août 1749) :

« On accuse N. d'ardeur et de hauteur dans les affaires, et j*ignore si ces accusations sont fondées. L'ardeur serait un grand inconvénient dans cette cour-ci, dont le système me paraît être d'attendre et voir venir ^ et même de tendre des panneaux pour se mettre en avantage le plus qu'ils peuvent. Quand à la hauteur y je ne sais si ce ne serait pas plutôt un bien qu'un mal et je croirais que ce serait une bonne attention à faire dans le choix des ministres que le roi enverra ici. Il est prouvé par l'expérience que ces gens-ci ne font rien par reconnaissance et par inclination et il est même peut-être vrai de dire qu'ils ne le doivent pas ; car leur intérêt étant de faire le moins qu'ils peuvent, puisqu'ils ne font rien qu'à leur détriment, leur système doit être de ne faire jamais que le plus pressé : or, ce qui presse le plus, c'est la crainte^ et en eflfet, c'est là le vrai mobile de t(ms les ressorts de cette cour-ci (i): or la hauteur, quand elle n'est pas trop excessive, inspire une espèce de crainte, au lieu que trop de politesse et d'égards courent risque d'être pris ici pour de la timidité et de la faiblesse, »

D'ailleurs les prêtres italiens, depuis Léon XIII, jusqu'au dernier desservant, sont tous patriotes, et Ton peut deviner sans peine qu'ils partagent, avec les laïques, l'antipathie si prononcée dans le cœur italien pour les barbares d'au delà des monts et spécialement pour la soverchia prepotenza c3?eêjPVance52, pour cette arrogance insupportable qui est, a leurs yeux, l'un des trai ts domi nants du caractère gaulois. J'emprunte à un écrivain catholique bien connu, M. Louis Teste {Notes sur le Conclave,^. 174) Tappré-

(1) Ce mot de crainte est Tan de ceax qui reviennent le pins souvent dans la bouche des Italiens. A Tinverse delà natare française, généreuse et impressionnable (ou comme disent les Anglais impuUivé) ntalien recherche tout autre chose que l'affection : « Bisogna^ disait avant de mourir Victor-Emmanuel, che CItalia sia non solo rispettata ma anchè temuta. — Ce n*est pas assez pour Fltalie d'être respectée, elle veut être crainte. »

ÉCOLES PAPALINES 85

ciation du Vatican sur certaines paroles du Cardinal de Bonnechose prononcéesà la tribune du Sénat en 1868, et ce jugement de laCurie Romaine nous fait sentirune fois|deplus les divergences des deux races :

0?i fut ému à Rome des paroles qu*il avait prononcées au Sénat, sous l'Empire : « Mes prêtres doivent obéir comme des soldats à leur colonel. » Dans Téglise, l'obéissance n'a pas la passivité militaire. Lesprêtres sont de Jésus-Christ et non pas d'un évêque ; ils obéissent à Jésus-Christ au nom de qui l'Evêque ordonne. Il est vrai, le Vatican ne perd pas le souveiiir de ceux qui n'ontpas obéi passivement. Mais si la chose est permise, le mot ne Test pas. Toujours est-il que Ton attribua la phrase de l'archevêque à un lapsus linguae ou à une tournure propre à la langue française où l'orateur avait trahi le caractère prépotent de sa race : et l'incident en resta là.

Il ne faut pas oublier que c'est un prêtre, l'abbé Gioberti, à ses débuts chapelain du roi Charles Albert, qui prononça en 1838 le mot fameux : Je crains plus les Français amis que les Ailemandsynnemis {temo piu i Francesi amici che i Tedeschi nemici) et que depuis 1845, à l'exemple du cardinal Mastaï (1) tous les prêtres se sont nourris des doctrines du Primato.

(1) M Quand le cardinal Masta! entra aa Conclave d*où il devait sortir Pie IX, il avait, dans ses livres, le Primato de Gioberti. Et ce fut du Primato que naquit la fameuse amnistie du Vatican. » Marc Monnier(r/<a/w,p.371),

86 CHAPITRE Vf. — ÉCOLES PAPÀLINES

Il serait superflu d'analyser les livres d'enseignement en usage dans les écoles ecclésiastiques. Au point de yue des revendications italiennes contre la France, ils ne diffèrent pas des livres adoptés par le gouvernement italien. Je me bornerai à renvoyer le lecteur aux Manuels classiques de Salvatore Betti. l'ami de Grégoire XVI et de Pie IX, qui fut, sous ces deux papes, professeur d'histoire et de mythologie à l'Académie pontificale de Saint-LucI(voyez spécialement f Illustre Italia Dialoghi delcav. Salvatore Betti professore e segretario perpetuo délia ponti/îcia Academia romana di S. Luca, 7°® édition, page 200 : Du Primato dont jouit l'Italie sur les autres nations civilisées dans les armes ^ les lettres, les arts ; — pages 117-164 : Que la France a

a usurpé l'influence due à l'Italie Que Napoléon I" est un

Souverain Italien ; . . . Que la Corse est et sera toujours italienne, bien qu'elle soit momentanément sous le joug des étrangers, etc.).

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