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CHAPITRE HUITIÈME

Florence. — Insurrection de Livourne. — Programme Montanelli.- Gatastrophe à Borne.

De tous les pays de Tltalie, Tun des privilégiés était la Toscane. Jamais gouvernement ne fut plus paternel, jamais peuple ne fUt plus libre. Florence, avec son beau eiel, ses paysages enchanteurs et ses merveilleuses galeries de tableaux, attirait une foule d'étrangers. On y venait pour contempler des chefs-d'œuvre et pour y chercher des plaisirs : on y trouvait repos et bonheur.

Les révolutions, dites populaires, sont toujours faites sans le peuple et contre le peuple. Sans le peuple : car ce ne sont jamais que quelques ambitieux effrénés , quelques intrigants perdus de dettes ou de crimes, et quelques dupes insensées qui boulevorsent les états, en se gardant bien de les consulter réellement ; contre le peuple; car, à chaque révolution, il paie un peu plus dlmp^; il a beaucoup moins de travail ; et constamment joué par ceux qui régarent à leur profit, il se tue de ses propres mains.

Florence avait ouvert sa porte à tous les révolutionnaires étrau' gers ; pouvait-elle se flatter de rester saine et pure lorsqu'elle donnait lliospitalité à la peste et à la dépravation I La révolution parisienne de 1830 avait bien commencé à la démoraliser ; mais elle ne réfléchissait pas à ses conséquences futures ; elle n'y avait pas vu cette grande vérité du citoyen Proudhon, le TertuUien du vide, et le~Saint- Augustin du néant :

« En juillet 1830 a été conçue la République démocratique et « sociale; février 1848 n'en a été que Vaceouchement. {Confes- « sions d'un révolutionnaire, p. 37). »

Au mois de septembre 1848, Livourne, peuplée d'aventuriers de tous pays, se souleva contre Florence ; elle voulait se déclarer indépendante^ Guerrazzi, bien que député, soutenait hautement les rebelles ; le grand duc de Toscane, pour comprimer la sédition, s'était rendu au camp de Pîse où il avait réuni beaucoup de gardes nationales ; mais au lieu de combattre, il traita.

Les Livoumais demandèrent Montanelli pour gouverneur : le grand duc le leur accorda. Montanelli promettait sur I honneur, au prince Léopold, de ramener à Fobéissance et la ville et ses habitants : on crut à sa parole, il partit; mais aussitôt rendu à son poste, if change complètement de langage ; et du haut de son balcon, sur la place publique, il proclame solennellement la Constituante italienne; fédération contre l'Autriche, et prélude à la

Le ministère toscan, présidé par Caponi, ne possédait aucun homme d'énergie à la hauteur des circonstances. Livourne avait tourné bien des têtes.

Florence qui, au xvp siècle, poussait Pabsurdité jusqu'à nommer Jésus-Christ roi des Florentins (1) rêvait maintenant une régénération Mazzinienne. De violents articles de journaux, vu la

(1) En 1S27, le sac de Rome, par Charles-Quint, ayant fortement ébranlé le trône de Clément VU, une assemblée du peuple eut lieu k Florence. Elle se défit des Médicis: et, a la pluralité des votes, elle nomma pour roi Jésus-Christ. 11 n'y eut que 20 bulletins contre l'élection du fils de Dieu. {lialie pilioresque^ par J. de Norvins.)

liberté de la presse, attaquaient journellemeut le grand duc et exaltaient Montanelli. On avait obtenu une garde civique aux cris de « Vive Gioherti! Vive PielX!» Des démonstrations menaçantes demandaient un changement de système ; en vain les deux chambres prêtent leur «ppui au ministère Gaponi, ce ministère s'épouvante et se retire.

Le grand duc charge aussitôt le baron Ricafoli, gonfalonier de Florence, de former un nouveau cabinet à peu près dans le sens du précédent ; mais les sociétés secrètes s*y opposent I Comment résister à Torage !

Hamilton, le ministre anglais, alimente les séditions ; Garibaldi se trouve à Livourne avec soixante-dix boucaniers et deux cents Polonais. Les clubs fonctionnaient sans relAche; on savait qu'il y avait eu des troubles et des batailles dans Gènes» Léopold a la main forcée, il appelle Montanelli; et ce tribun victorieux, s'associant le factieux Guerrazzi, se h&ta de dissoudre les chambres ; le gonfalonier se retire, et M. Peruzzi le remplace (i).

Beaucoup d'administrateurs et d'employés donnent loyalement leur démission ; les démocrates, selon Tusage en pareil cas , s'emparent de toutes les places. C'en était fait du souverain.

Montanelli fit son programme : la Constituante italienne. Cette assemblée, nommée dans tous les états de la Péninsule par le suffrage universel, devait être convoquée à Rome, et avoir deux périodes politiques : l'une qui aurait dirigé toutes les opérations mUitaires contre l'Autriche, voté les subsides, les armements et les levées, réparti les dépenses entre les divers états de Tltalie et dirigé l'opinion en chauffant le patriotisme ; l'autre qui, après l'affiranchissement de la patrie, aurait rédigé le pacte fédéral des États, déterminé par des principes démocratiques les nouvelles relations des

(i) La place de gonfalonier n*étant pas rétribuée, et, selon la loi eu vigueur, ne pouvant être donnée qu*a de riches propriétaires nobles, ii était difficile qu^elle tombât entre les mains d'un démagogue. M. Peruzzi tenant aux plus honorables familles, fut élu, parceque chargé, sous le ministère Caponi, de réchange des prisonniers au camp autrichien, il s'était acquis un nom populaire.

gouvernants et des gouvernés, pondéré enfin, par des institutions libérales, les ponvoifs jusqu'alors absolus (t).

liazzini n'acceptait point ce prospectus ; il ne comprenait pas ridée d'une constitution italienne où figureraient des princes souverains et qui ne serait pas totalement démagogique ; il méditait une république bouillonnante et gloriei^e qui , rayonnant sur le monde du haut duCapitole» bouleverserait et répubhcaniserait l'Italie entière :

« L'action est le verbe de Dieu » disait et écrivait Mazzini (l'action! lisez l'insurrection); ceux qui séparent l*action4e la pensée scindent iHeu,»

Le duc de Toscane, qui cessait de prendre le titre d'archidiie d'Autriche> accueillait le programme MontaneUi ; le roi de Piémont paraissait l'accepter ; Naples «'y fit aucune réponse. Et que devait en penser Rome t

Pie IX, essayant de mettre un terme aux scandales de ses séances législatives, avait prorogé les chambres an 15 novembre; et cet acte d'énergie était venu rendre un peu de calme au pays (3).

Il avait chargé le fameux comte Hossi,rancien ambassadeur français, de lui recomposer un nouveau ministère ; celui-ci hésita un instant; il parut d'abord effrayé. Il n'accepta enfin qu'avec peine. Son ministère Ait ainsi :

Rossi eut en main trois portefeuilles : les finances, qu'il se proposait de conserver, et l'iniérieur et la police quMl ne comptait garder que provisoirement; Accorci était nommé directeur de la police, etRighetti assesseur aux finances; le duc de Regnano entrait à la guerre; l'avocat Cicognani avait les grâces et \2l justice; un nommé de Rossi passait au commerce ; et MontaneUi se chargeait des travaux publies,

(1 ) Le suffrage universel devait dominer l'ensemble de la Constituante italienne.

(2) n est curieux de voir comment le député Proudhon juge^ lui-mômc les assemblées délibérantes : — « Il faut avoir vécu dans cet isoloir nommé « Assemblée nationale, pour concevoir comment les hommes qui ignorent « le plus rétat d*un pays, sont presque toujours ceux qui le représentent... « L'effet de ce gâchis représentatif oh il me fallait vivre, fut que je nV « vais d'intelligence pour rien.» {Confessions d*un révolutionnaire,^. 126.)

Ce ministère de fosim offiraît un singiilier amalgame; on y mêlait le ooble ail piébéieii, la consUtutloDalité If Tabsoliitisme, et ndée monarehique à ropinioo républicaine. Le citoyen comte Rossi implantait de la France de Juillet ce nouyeau genre administratif, où devait fraterniser tout ce qui se détestait, et où travailteraient en bonne harmonie tous ceux qui ne songeaient mutuellement qu'à s'exterminer.

Passé du service de la Toscane à cdui de la payante, Rossi opposait au programme Montanelli un contre-projet à sa façon. U proposait simplement une espèce de eongi^s général k Rome^ où chaque souverain de lltaMe aurait son pltaipotentiBre avec mission de condiure, entre tous les États, un traité d'alltaiiec défensive. Ici, il n'y avait ni mandat du peuple ni partieipatioii nationale. Le plan Rossi fit pousser un cri d'indignation aux che6 de Vitalie rouge. Rossi n*était plus l'homme des sociétés secrètes. Ifazuni lui lança son anathème : Mort au carbonaro félon !

Mamiani, Ganino, Sterbini et plusieurs antres du même drapeau, partirent pour le congrès scientifique de Turin où se réunissaient tous les démagogues de l'Italie. Ce fut, dit- on, à leur retour, et lorsqu'ils passaient à Livoume, que, dans un entretien secret entre eux et Guerrazzi, la mort de Rossi fut décidée. La nuit même, à rhôtd Feder, décision pareille à Turin. On la prit au dub Gioberti. Selon une version fort accréditée en Toscane , le meurtre du ministre romain avait été mis aussi en délibération à Florence, dans une maison de la Via santa Apollina ; on y tira au sort qui frappe perait la victime : là se trouvaient Montanelli, Sterbini et Galetti.Le sort tomba sur Canino : hasard arrangé à Tavance. Les conjurés avaient pensé que celui-ci serait plus en état que personne, par sa fortune et sa position, non pas d'assassiner lui-même, mais de commander au poignard (1).

Ce dernier fait fut-il prouvé ? Non, mais ce qui va suivre est plus sûr.

Une société Mazzinienne se réunissait deux fois par semaine, à Rome, au théâtre Capranica, M. Freebome, agent consulaire d'Angleterre, était le caissier de la compagnie. Là, parmi cent seize assas-

(1) Huit a dix mille piastres, dit-oii; furent promis au meurtrier.

sins, 9 fut décidé, par ordre de Mazîtni, qu'on en tirerait quarante au sort ; ces quarante seraient chargés de protéger le meurtrier en chef ; et parmi eux trois noms devaient encore être choisis au scrutin. Ces derniers s'apdaient feratori ; l'un d*eux poignarderait Rossi.

Les Sections de Toscane s'étaient faites au milieu de démonstrations désordonnées. Les agitateurs de Florence et de Pise envahirent les collèges ; et, pressentant que les votes ne seraient pas dans leurs sens, ils brisèrent les urnes du scrutin. Les opérations néanmoins furent reprises; et le résultat, bien que démocratique, donna une majorité peu favorable au ministère.

On était au mois de novembre. Tout-à-coup il circule une horrible nouvelle.... l'homicide triomphe à Rome ; le Quirinal est assiégé; le sang coule... le peuple est maître... le Saint-Siège n'existe plus.

Hélas f il n'était que trop vrai.

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