CHAPITRE QUATRIÈME
La Madone du Mercato. — Le ministre Salicetti. — Organisation de la garde nationale. — Situation de llurope. — Programme de ritalie rouge. — Anarchie et consternation — Le ministère Troya. — La princesse Belgiojoso et la comtesse Bôvilai^ua.
La presse continuait ^s violences. Les royalistes fidèles aux saines doctrines, prirent le parti de quitter Naples; les jdjirnàux le leur ordonnaient. Une foule de notabilités s'éloignèrent successivement du royaume. Mais était-ce assez .d'avoir fait partir une portion de l'aristocratie du pays? Non ; les Circoli décidèrent qu'on se débarrasserait de tous les prêtres de la ville, à commencer p^r les moines du Carminé.
Le peuple, instruit de ce projet, s'arme de bfttons et de pierres; il a ou! dire qu'on voulait enlever la Madone de l'église' du Mercato, et tuer les rdigieux qui y opposeraient la moindre résistance ; il se rassemble au Carminé; et, précédé par une image de la Vierge, il se rend au palais du roi, en criant : « Vive la Madone. »
Mais, parmi les révolutionnaires, autant le peuple qui veut détruire est dédaré tublmey autant celui qui veut conserver est
réputé monstrueux, La démonstration en faveur de l'église fut donc assaillie au château neuf (1), près de la poste aux lettres, par une troupe de forcenés qui fit un feu de file sur elle ; ses rangs furent enfoncés à coups de baïonnettes. C'était de la fraternité, façon juillet et février. Le sang fut répandu sans pitié. (2)
Enfin, pourtant, la troupe accourut ; et les enfants de V Italie rouge disparurent. On aurait dû punir aussitôt les chefs de Thorrible massacre: on agit dans le sens contraire; on récompensa les bourreaux, et on insulta les victimes. Une décoration fut donnée à Fun des exaltés qui avaient le plus tiré sur le peuple. La loi se faisait sous la peur ; et Tordre, pour se maintenir, demandait appui au désordre. Toute révolution en est là.
Salicetti était Tâme du mouvement républicain. Ses collègues s'apercevant du but où il tendait : le renversement de la monarchie constitutionnelle, se liguèrent tous contre lui. Bozzelli (Ut un des premiers. Ce ministre commençait à ouvrir les yeux sur son propre parti. Il revenait à des idées saines ; et le désir de sauver la monarchie était alors au fond de son âme. Il avait fait plusieurs fois preuve de talent, il allait faire preuve de repentir.
Forcé de se retirer, Salicetti céda la place à un M. Marcarelli, ancien magistrat et président da club. Sa démission fit grand efifet, mais ne rassura pas le pays; car le parti anarchique gagnait toujours* du terrain; les lois contre les attroupements et la presse ne paraissaient point. L'organisation de la garde nationale, qui se faisait activement, appelait tous les citoyens sous les armes, et donnait une vigoureuse impulsion à la puissance démagogique. On demanda que cette milice bourgeoise eût une artillerie. Le roi s'y opposa fortement; et ce fut ce qui le sauva ; car, au 15 mai, deux mois après, si la civique eût eu des canons, c'était fait de la monarchie.
Les chefs de cette institution demi-civile et demi-guerrière, n'étaient au fond ni l'une ni l'autre. Parodiant les vrais militaires et décourageant les épaùlettes réelles, ils portaient les noms les plus
(1) Le château neuf fat longtemps habité par les rois de la famille d*Ânjoa. Ce fut Ik que séjourna la belle et malheureuse 'reine Jeanne, comtesse de Provence,
(2) Voy. Storia degli uUimi faltt di NapoH, par F. M.,1849, p. 191.
anarchiques. Cardttcci, le fameux insurgé du Cilento, avait été envoyé à Salerne pour organiser la garde nationale de toute la province. D'autres émissaires du même genre furent expédiés sur d'autres points avec le même but.
Bientôt chaque audacieux individu de chaque diverse contrée voulut un corps armé sous sos ordres, pour dominer les populations. Les intrigues se croisèrent avec fureur. On ne voyait que placards menaçants sur les murs. Les lettres anonymes terrifiaient les gens honorables. Toutes les épées et tous les poignards sortirent du fourreau. Le crime était à Tordre du jour. Le territoire napolitain, livré à une guerre civile inouïe dans les fastes de l'histoire, devint le théâtre perpétuel du meurtre et de l'incendie. Les candidats aux élections accrochaient des tètes de morts, volées aux cimetières» sur la porte de leurs concurrents, comme présages de leur sort, s'ils n'abjuraient leurs prétentions. Les âmes honnêtes se retiraient épouvantées; et, selon l'usage habituel, le champ de bataille, abandonné par l'indignation, restait à la perversité.
On avait eu soin, pour anéantir toute résistance, d'abolir la gendarmerie ; et un décret du ministère avait rappelé sous les drapeaux, à l'armée, tous les militaires licenciés depuis 1820. Ici un coup d'œil sur l'Europe, en commençant par l'Italie. Le roi Gharles-Âlbert levait l'étendard de la croisade contre FAutriche.
Milan , après le triomi^e de ses barricades , avait soulevé la Lombardie.
Venise se proclamait république.
Modène et Parme étaient occupées k renverser leurs vieilles institutions et à chasser leurs anciens maîtres.
Rome se creusait un abîme.
La Sicile était en pleine révolte.
Messine, Trapani, Syracuse et Catane avaient suivi l'impulsion de Palerme.
Les Autrichiens se retiraient de l'autre côté du Mincio , dans les forteresses de Mantoue, de Vérone, de Peschiera et de Lagnano.
La France , en proie à toutes les extravagances de sa révolution, roulait d'émeutes en émeutes.
Vienne avait renversé Mettemich et mis son empereur eu fuite.
Berlin préparait ses massacres et méditait la chiite du trône.
Le Wurtemberg criait ; « A bas la maison de Hokenlohe ! Vive la Uberté et V égalité ! » ce qui signifiait : « Vive la république i 9
Francfort, Nassau, Heidelberg, Darmstadt et autres états de rAUemagne, se signalaient par leurs rebellions.
Neufchâtel, se réunissant à la Suisse, s'établissait en répuUique.
La Hongrie, entièrement soulevée, réclamait son indépendance.
La Bohème , le pays de Bade et la Bavière allumaient les torches qui, peu après, allaient embraser Dresde et la Saxe.
Enfin, de tous côtés à la fois, bouleversements et ruines.
« n est possible , écrivait le socialiste allemand Charles Heinzau, «que la grande révolution dont l'Europe approche, coûte deux « millions de tètes. Mais Texistence de deux millions de misérables « peut-âle èljre prise en considération quand il s'agitdu bonheur de « rhumanité entière (1 ) . » .
Et cela, débité sérieusement , paraissait aux philanthropes de la fraternité une sublime espérance.
L'Europe s'ofirait consternée ; le ministère napolitain, qui s'était fait conservateur, c'ést-à-dire qui voulait conserver ses portefeuilles, touchait à. ses derniers moments.
Versla fin de mars, grandes démonstrations de Siciliens, de Polonais, de Belges, de Français, et surtout de Lombards, contre l'ambassade d'Autriche ; lord Minto, du balcon de sa demeure, les saluait en souriant (2).
Les armoiries impériales furent arrachées de Thôtel du prince SchT^artzenberg, traînées dans la boue des ruisseaux, et brûlées, sur la place publique, au milieu des farandoles et des huées de la foule (3) ; d^s brandons enflammés furept portés , comme bouquets galants, à la fameuse princesse Belgiojoso, qui les baisa avec amour; et> pour ajouter un scandale de plus à cette indigne violation du droit des
(1) Doctrines de la révolation. finies, numéro da -16 uov. ^ 849.
(2) « Lord Minto, disait M. Gochrane, en plein parlement, k Londres, « le 9l3 mai 1850, avait été envoyé en Italie avec la mission de révolu- « tionner Maples, Rome et la Toscane. » — • « Le Pape lui-même demandait « lord Minto, » répondait a cela Palmerston ; mais le journal officiel de Rome répliquait au nom du Saint-Siège : « — ' Ce fait est complètement faux. •
(3) Gela eut lieu k Sainte-Catherine; a la Ghiaja.
gens, la garde nationale était là. Le premier cri de guerre venait de se faire entendre ; et le drapeau de la croisade allait flotter au vent des mers, sur lès bords du golfe de Naples.
Le jour suivant nouveaux tumultes ; les FrateUi de la rue de Tolède se portent au palais du roi, criant : « Guerre à mort à l'Autriche ! Assistance à la Lombardie ! » Le ministère, épouvanté, leur promet armes et navires. Ceci n'a satisfait qu'à demi ; on veut de Targent et des troupes.
Le gouvernement hésitait ; bruyants éclats d'indignation; on s'écrie : «Ahas les ministres ! A bas le traître Boxzelli /» Celui-ci se montre à la foule ; il y salue ses chers camarades; il semblait remercier avec attendrissement ses anciens amis de vouloir bien le délivrer ainsi du fardeau de la puissance suprême dont il se disait fatigué.
« Je n'ai là que ce que je mérite », lui murmurait sa conscience tout bas ; mais tout haut Torgueil lui faisait traduire ainsi sa pensée : « J'abdique avec reconnaissance. »
Le ministère se retire Comment en composer un nouveau? Personne ne veut accepter de portefeuille., pas même Andréa Romeo^ Tun des principaux chefs de Tinsurrection Calabraise. L'autorité fait peur et dégoût; plus de gouvernement, plus de loi.
« Ce n'est pas la mort qui est douloureuse, disait autrefois Mon. K taigne ; c'est le mourir. » Or, une nation en état révolutionnaire est dans le mourir perpétuel.
Que demandait l'Italie rouge f Donnons ses statuts provisoires :
1* « Plein pouvoir à la Chambre des députés pour a retravailler la « constitution sur des bases plus démocratiques ; par conséquent « une Assemblée souveraine et point de pairie. »
Eh quoi ! cette constitution au berceau, cette aimable enfant de six semaines, saluée partant d'adorations, et que l'on encensait avec un amour équivalent à celui de Pygmalion. embrassant sa statue , était déjà en pleine décrépitude I... Quoi 1 usée avant même d'avoir été essayée, la pauvre idole était déjà tombée de son piédestal 4... Hélas! à peine avait-ell^ eu le temps de montrer sa figure, et l'on voulait quelque autre monstre !... La république n'est pas loin.
2* « Réforme de la loi électorale, plus de cens exigé.»
C'est rà-dire suffrage universel. Paris, qui soupirait après lui , l'a eu... et l'a mis vite à la porte.
3* « Commissaires extraordinaires nommés pour tra«aiUor à Fédu- « cation démocratique du pays, et detant aller, patriotiquement , « bouleverser toutes les administrations communales , centrales et « provinciales du royaume, »
Du royaume i en attendant mieux.
4* « Autres commissaires, au nombre de trois, chargés de se « rendre à Rome, pour y organiser la Confédération italienne. »
Et de quelle manière? N'importe. Qn y songera tôt ou tard.
5* « Réforme générale de tout le personnel civil, judicisdre et t militaire. »
Explication en une phrase : Ote-toi de là que je m*y mette ! But final et mode étemel.
6* « Départ immédiat de Tarmée pour la guerre dfe Lombardie. »
C'est-à-dire, en termes couverts : affranchiisement pour prétexte, et communisme en perspective.
L'auteur de ce progranune était Salicetti.
Cependant la confusion générale était à son plus haut période ; les anarchistes eux-mêmes ne pouvaient s'entendre. On discutait, soir et matin, sur la prochaine Assemblée constituante qui devait reléguer parmi les vieilleries trépassées la jeune constitution si chérie.
Chaque jour, au milieu des plus vives sympathisations, la démagogie, en plein air, débitait ses phrases brûlantes. Écrits aflreux jetés sous les portes ; papiers sanglants collés sur les murs ; rappel battu sans ordre et sans cesse. I3ne terreur panique était répandue par tout le royaume; la crise ministérielle continuait encore; et. Salicetti, qui fomentait les alarmes publiques^ se croyait sûr de son triomphe.
« Sire ! écrivit la garde nationale au roi, la capitale est épou- ' vantée ; le désordre est dans les provinces. On ne sait plus nulle part ni ce quMl faut espérer ni ce qu'il faut craindre. Le conomercet aux abois, n*a plus de débouché; toutes les affaires sont mortes; le propriétaire est sans revenus , le gouvernement sans recettes , l'ouvrier sans travail et sans pain. Sire ! de grâce, un ministère (i) l
(I) Histoire déjà citée : Degli ultimi fatU ii If^li.
Et la garde HaiioDaiB indiquait celui que les clubs avaient Choisi : iBmnistère Troya. Le roi avait déclaré formellement qu'il ne subirait jamais ni Salicetti ni son programme; il accepta le cabinet proposé, terme moyen entre la démocratie constitutionnelle et la république démagogique, passage entre Charibde et Scylla. Il tf y avait là d'assuré que le gouffre.
Le ministère du 3 avçil se composait ainsi : Carlo Troya, président; ViMensso âegli r6er«t, ^travaux publics; Luigi Dragonettî, affaires étrangères, Giov, Fig'naW, grâce et justice; Pietro Ferretti, finances (1); Raffaele del Giudice, guerre et marine; Paolo Emilio Imbriani, instruction publique.
Ce cabinet, dont le chef était tant soit peu perclus, commença ses fonctions par adopter, en partie et bon gré mal gré, le programme Salicetti. La peur, ce suprême génie de toutes les cata* strophes politiques: la peur, ce conseiller intime de tous les États révolutionnés : la peur commandait la mesure.
Après la scène des armoiries brûlées, le prince de Schwartzenberg avait demandé ses passeports. Le comte de Rignon était arrivé de Turin, avec une mission secrète ; et un certain M. Levraud débarquait à Naples, en qualité de représentant de la républi(pie française.
Le roi de Sardaigne avait a^ors jeté le gant à l'Autriche ; il était parti pour la guerre ; et il entrait en Lombardie par le même pont de Lodi, où ses flatteurs lui présentaient, comme prêts à refleurir sur son front, les vieux lauriers de Bonaparte. Mais autre homme, autre résulta}.
De Rome, de Florence, de Gènes, de Milan, de Venise et de beaucoup d'autres points de la Péninsule, il lui était accouru de braves volontaires. La jeunesse napolitaine ne fut pas la dernière à s'enrôler sous le drapeau de la croisade. Le premier détachement partit sur le Yirgilio (2). Qui en était le commandant ? Un Roland au glaive intrépide? Non : une Armide au petit pied, la princesse Christine Trivuhio Belgiojoso.
Grande iBustration à la fois littéraire, politique et guerrière, elle
(1) L'élu du club Vittoria.
(2) Trois ou (quatre jours avant rinstâllation du ministère Troya. ^
tenait la plume du journaliste au bureau du Nationalf élevait la TOix de Torateur dans les cercles patriotiques, et était censée tenir répée du héros au champ d'honneur; la besogne était compliquée.
a Du nord au sud, en Italie, disait la prophétesse Taillante en « appelant le peuple au combat, partout où il y a un homme de- « bout, il y aura un soldat armé ; partout où il y a place pour un « ftisil, qu'il y ait tube pour une balle l »
Et, sur ce dythirambe épique, ell« avait modulé les instructions suivantes, en ces termes ou à peu près :
« L'Autrichien, poursuivi sur tous les points de Tantique Ausonie « par les enfants de la régénération, ne devra entendre à son « approche que le tocsin sonnant de clochers en clochers. S'il « s*écarte, qu'on l'assassine l s'il avance, qu'on le mitraille! s'il « recule, qu'on le massacre!
« Extermination sans rel&che à toute heure, à toute minute ; la mort a devant lui, la mort à ses c6tés, derrière lui la mort; ici, là^ plus « loin et partout, rien que là mort ! toujours la mort t »
« De toutes les haies et bruyères, de tous les bâtiments et carre- « fours, de toutes les futaies et ravine^, qu'on fasse pétiller des « fusillades à l'aspect derafifreux Tudesque! Un cercle mobile de « flammes devra l'étreindre et l'enserrer, comme le réprouvé de « Dante. Le sol miné ne devra répondre au bruit de ses pas que « par le fracas des détonations.
« Frères t point de pitié pour lui ! que le tronc d'arbre bii cache « une sentinelle en faction ! que la pointe du rocher lui découvre un « tirailleur mystérieux! qu'enfin, chaque voix de la nature^ conune a un invisible tonnerre, n'ait, à sa vue, qu'un mot et qu'un cri : « Feu ! »
Pleine de ces vues lyriques, et toute à leur exécution, la princesse Belgiojoso, mettant en jeu ses anciens et nouveaux avantages de tout genre, avait incorporé sous sa bannière, par les doubles appâts de la gloire et de l'amour, cent vingt jeunes audacieux. Cent vingt ! c'était déjà un beau chiflre ! assez flatteur pour un début , mais qui plus tard n'eût pu suffire !...
Soignant la tenue de ses preux, elle eut à les passer en revue : c'était natureUement son devoir. Assistée de son premier aide de camp, le comte Hippolyte Mêlé, elle leur imposa un costume ; idée
vestiaire qui n^ëtait pas venue à la magieienne du Tasse. Elle leur appliqua sur la poitrine une large croix tricolore ; eUe leur cria avec exaltation, « Dieu le veut !» ce à quoi ils répondirent avec courtoisie: « Vive Pie IX l » et ces féaux poursuivants d*armes, à Timitation des damoiseU du moyen âge, se crurent baptisés pour l'indépendance par leur hérolqi^e marraine.
On put remarquer dans leurs rangs des CUmnde et des BradamatUe en costume de petits Jehan de Saintré^ modifié et méconnaissable. C'était un nouveau chant de la Jérusalem délivrée, si ce n*est qu'en résultat de compte, ces réminiscences delà Palestine ne devaient délivrer rien du tout.
Ils mirent bravement à la voile; ils débarquèrent en bon ordre; mais, arrivés au champ de bataille de Brescia^ il ne fUt phis question d'Ârmide. Les paladins se dispersèrent; les épées rentrèrent aux fourreaux. Les Marphi$e retournèrent à d'autres habitudes; et la troupe s'évanouit.
n ne resta de Féquipée Belgiojoso qu'un épisode assee burlesque : on ne l'oubUera point à Naples. Plusieurs des croisés de l'illustre dame s'étaient enrégimentés contrairement à la volonté de leurs familles. A peine voguaient-ils, à grandes force;^ de charbon, vers la terre de Chanaan (pardon : vers Gracie de Gènes), que leurs mères, épouses et sœurs tombaient aux pieds du roi de Naples, lui réclamant leurs fugitifs. Autant en emportait la vapeur (i).
Et, plus tard, que fera la belliqueuse Amazone? 0ht son génie a des ressources variées. Elle changera de costume et de forme. Mazzini, sous les murs de Rome assiégée, aura besoin un jour dans ses hôpitaux d'une enfant ipiprovisée d'Esculape, habile à panser les blessures guerrières : Armide deviendra scèur grise. Etablie dans la résidence pontificale par le chef du triumvirat, elle fera du Quirinal une pharmacie. Plus tard encore, le sultan de Constantinople, en guise ùemouchoir, lui jettera une métairie ; et l'on verra, dit-on, au Bosphore, la sœur grise, fermière turque. D'autres volontaires Napolitains succédèrent aux premiers. Us
(1) Le comte Hippolyte Mêlé, l'aide de camp de la prineesse Be^ giojoso, fnt nommé, le 19 avril 1848, adjudant de camp par le générai en chef des volontaires Lombards.
dâ>iteurs que poursuivaient leurs créanciers , les condamnés ^u^avaient frappé la justice, les enfants de famiUe qui désiraient se soustraire àTautorité paternelle, les vagabonds sans feu ni lieu s'agglommérèrent, comme à Rome, en bataillons de jeune Italie. Us manquaient, il est vrai, d'armes, d'équipements, de munitions et de \iwes ; mais on y pourvut par des quêtes publiques, à la tète desquelles se placèrent les senora Oitmpia Colonna et Giuseppa Guacci Nobilej les patronnesses du progrès.
Embarqués sur des navires qui les conduisaient à toute cbose
hors à la rédemption de ritalie, ils chantaient des hymneis en chœur. Leurs harpes valaient leurs épées (1).
A quelque temps de là, une rivale de la priitcesse Belgiojoso, la comtesse de B^vilagtia, apparut aussi dans les camps. Journaliste et guerrière, elle s'était mise à la tète d'un corps de croisés Toscans, Romains, etc., à Rocca d'Amfo, lago d'Ydro, prèsBrescia. Là, sur le
haut d'une montagne, son quartier général, elle avait placé un
piano ; et, autour de cet instrument où elle chantait des hymnes de guerre à ses soldats, elle faisait polker ses of&ciei's.
Bien qu'elle ne fût pas de la première jeunesse et encore moins de la première beauté , il ne lui manquait aucune de ces ardentes pensées qui illustrent les Piêroigne, mais dont eût rougi Jeanne d'Arc,
Supérieure d'une congrégation militaire qu'elle aimait à tenir sous les armes , eUe portait habituellement des pantalons à la Mameluck, une petite veste d'çfficier, des pistolets à la ceinture, et des cigarres à la bouche. Du haut de son mamelon de guerre, elle aimait à lancer dans les airs de petits ballons à la kilanaise^ qu'elle remplissait d'appels à la croisade et de proclamations aux peuples. Le vent les dirigeait au hasard.
Hélas 1 un beau jour des chasseurs autrichiens gravissent la montagne ; ils s'emparent... du piano ; et la comtesse, épouvantée, s'enfUit du mont des harmonies... qui n'était pas un champ d'honneur.
(\ ) II^s*étaient faits des armoiries de fantaisie. Leur drapeau présen- .^tait téunis la ctoÎx bénigne de Pie IX et le cheval fringaot de Naples.