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CHAPITRE cinquième

Révolution de Palerme. — Mariano Stabik — Le ptoe Ventura. - Déchéance du roi de Naples.

Lord Minto, chargé par le roi Ferdinand de négocier avec les rebelles de Palerme, n'avait pu rien obtenir d'eux. Mariano Stabile et les siens, se posant en vaiçcpieurs, prétendaient faire la loi, et non la recevoir.

Stabile, fils d*un intendant du prince Cassaro, avait demeuré quelque temps à Madrid comme secrétaire de ce même prince, et s'en était fait chasser par son exaltation démagogique. Revenu à Païenne, et n'ayant pu y obtenir une place, il occupait un nAnce emploi dans Tadministration de la société industrielle des soufres, alors que viqt k éclater la révolution de Sicile. Caractère tranct^nt et audacieux, Mariano Stabile avait ouvert les prisons et les bagnes de Palerme, aussitôt son avènement au pouvoir. Il d(gninait par la terreui^.Des comités , nommés par lui , gouvernaient la Sicile entiire ; et il ne doutait plus maintenant du complet afiranchissement c^u'avâit t^lré

son ambition. L'état lamentable de Naples, et le boule^ria^ement général de ritalie, lui assuraient la toute-puissance.

La constitution de Naples ne satisfaisait nullement les constitutionnels de Païenne. Le gouvernement provisoire avait dédaré qu*il voulait, non pas d'une charte démocrati(iue à la française, telle que la donnait Ferdinand n, mais d'une charte aristocratique à ranglaise, telle que Favait la Sicile en 1812 (1).

Ruggiero SoUimo, vice-amiral, autrefois comblé des faveurs de la cour, était président du gouvernement provisoire ; ce vieillard de soixante-quinze ans, enthousiaste adorateur de Nicolas, quand, cet empereur vint à Païenne, avait éerit un livre à la gloire de l'autocrate de Russie, et avait fait même le voyage de Venise pour aller mettre à la fois son encens et son œuvre aux pieds de S. M. Fimpératrice.

Qui Taurait pu croire I cet obséquieux courtisan, si désireux naguère de la faveur des*rois, ne rêvait plus aujourd'hui que le triomphe des libertés du peuple ; il s'était h&té de convoquer une Chambre de députés Siciliens , d'après un mode d'élections basé sur un système britannique ; et, le 13 avril 1848, il ouvrait son nouveau parlement.

L'assemblée était réunie ; les députés étaient à leur poste. Une quantité de figures menaçantes et sinistres se faisaient remarquer dans la salle. Torrearsa, président de la Chambre, se lève et lit à haute voix :

« Au nom du parlement sicilien î Ferdinand de Bourbon et sa « dynastie sont à jamais déchus du trûne.de Sicile. »

Trois salves d'applaudissements accueillent cet acte de démence.

A jamais ! toujours le même protocole ; Ferdinand de Bourbon et ses descendants étaient à- jamais déchus du trône en Sicile, comme Louis -Philippe et sa race étaient nommés rois des Français à perpétuité.

Le président poursuit sa lecture.

(1) Dans celle-ci, les nobles jouaient un grand rôle k la' chambre des paifs : comme a Londres.

« La Sicile se gouverDera constitutionnéUement, et appellera au « trdne un prince italien dès qu'elle aura réformé ses statuts. »

Acclamations frénétiques.

Le ministre des- finances, Àmari, s'est pris une voix solennelle; il a le geste dramatique et l'attitude pittoresque.

« — Députés! s'écrie-t-il, yoiet ne suffit pas; il faut jurer. Allons I debout I et le front haut ! mettez sur votre cœur la main gauche I levez Totre droite au plafond t et, tous ensemble, écriez-vous : a Ferdinand II ne régnera pltu jamais sur la Sicile. »

La pantomine s'exécute ; et les assistants en paraissent émerveillés.

Teraldi court à la tribune i

«-— D<^cAtt/non, ce n'est point assez: dédarons-le Parricide public; et qu'il répare avec son sang toutes les éi^onnités qu'il a fait subir à la nature entière!.., »

C'était un modéré du parti (1).

Ravie des attitudes et gestes que le ministre Amari avait cru devoir prescrire aux représentants du pays , une voix demande qu'il soit procédé au même exercice à la Chambre des pairs.

a —- J'en ai donné l'ordre. Messieurs t » répond le président d'un ton grave.

Et, pour revoir le. même spectacle, le public court à l'autre Chambre.

D était nuit : la salle était sombre ; là se dessinait le spadassin, rebelle incarné, se disant le colonel La Masa, émeutier, fanfaron et bavard, non moins prétentieux que vulgaire, parfois hardi et parfois peureux : c'était un Cartouche-Flocon, un Catilina-Caussidière.

Ses bandes stipendiées l'entouraient ; les mêmes visages atroces de l'autre enceinte législative ressortaient, là, plus menaçants encore des ténèbres visibles qui s'étendaient autour d'eux. Les membres de la pairie, ne sachant rien de ce qui allait se passer, mais pressentant quelque chose de déplorable, étaient assis à leurs bancs, pâles et agités ; ils allaient être obligés de fiûrede l'enthousiasme avec de l'efiroi.

(1) Journal officiel de Paierme, Vlndipensa e la Lege , 15 avril.

Leurs seigneuries paraissaient mal à Taise. Plusieurs néâomoins ont dit depuis, que là, avec de la trahison, ils faisaient de la fidélité.

Le duc de Serra di Falco, homme honnête et monarchique^ entraîné d'abord assez honorablement par le mouvement des idées, puis enchaîné, malgré lui, par la peur, à sa fatale position, occupait le fauteuil de la présidence. Chamarré de plaques et de décorations , tout en adoptant une marche qui tendait , un jour ou Tautre, à les détruire , il ouvrit la séance aussi majestueusement que possible, en proclamant la déchéance.

Il y eut d'abord stupeur dans la salle.

« Ou déchéance ou république ! » fit-on dire aux pairs à voix basse ; et dea deux goufires entr'ouverts, on dut choisir le moins horrible.

Serra di Falco poursuivit :

« Députés I la main gauche au cœur ! la main droite vers le plaa fond ! debout, la tète haute, et jurons i »

La leç<m n'était point écrite ; il la répétait de mémoire.

Le père Ventura était là. Ce théatin, nommé pair de Sicile, en vue de ses méfaits de Rome, crut devoir prendre la parole, tel fat le sens de son discours :

« — L'Europe a les regards sur nous I (phrase sacramentelle « d'usage). Nobles pairs r toute autorité vient de Dieu. Or, le peuple, « et surtout le prêtre^ sont les représentants du Seigneur; donc, à « moi d'abord, puis à vous, appartient le pouvoir suprême. Consé- « quemment, et de plein droit, nous proclamons la déchéance, „i>

Interruptions, efiervescences.

« — Votons! reprit Serra di Falco.

« — C'est fait I c'est fait ! crient les tribunes ; on a voté d'entbou- « siasme. »

L'idée a paru lumineuse.

« — Oui, répètent les nobles pairs ; c'est fait ! c'est réglé I «c'est fini! »

Le vote d'enthousiasme était d'un avantage immense ; il dispensait du dangereux soin de déposer des boules et de prononcer des paroles, choses assez compromettantes eu face de poignards qui

— 213 -* pouv^ent éplucher les bulletins et furetor dans les eonsciences. n y eut donc suffrage inTisible avec exaltation tacite ; les votes se firent sans urne ; et nul ne put blâmer le scrutin.

Le gouvernement slostalla.

Sesprincipaux meneurs étaient Mariano Stabile, radical exalté (1) ; le député Vito Ondes, protecteur des ComponendisUs (2), le prince de Seardia, ambitieux et remuant; la Farina, autrefois chassé de Messine et depuis réftigié à Florence, où il rédigeait le journal la Patrie (il eut le portefeuille de la guerre) ; Cor©a;a,*ex-marchand de vins, à qui on entendit prononcer ces mots, qcfand Païenne rentra dans Tordre : «A présent, je m'en moque, je suis riche. » (On le vit diriger les finances.)

D'autres notabilités figuraient encore parmi les chefs du nouvel Etat; mais, à quoi bon en poursuivre la liste ! ils ne sont plus, ces hauts pouvoirs. Valent-ils l'honneur qu'on les nonune f

A la suite du décret de déchéance, il fut procédé à bi recherche d'un nouveau souverain. Le gouvernement provisoire offrit sa couronne à tout venant, et tout le monde en détourna la tète.

Il choisit le fils du grand duc de Toscane.

Il sollicita le duc de Leuchtenberg.

Il fit sonder le duc de Bordeaux.

n s'adressa au prince de Joinville.

n paria du prince Lëopoldde Bavière.

n eut quelques velléités pour Lucien Murât.

(1 j Mariano Stabile, qai' prononça la déchéance , déclara depuis, h la tribune, et publiquement , qu'il ne l*avait fait qu'aux sollicitations réitérées de TAngleterre, qui lui avait promis assistance, et dont il avait été la dope.

(2) Le Componenio était une société secrète de brigands, qui s'emparaient des enfants de riches familles et les tenaient cachés dans leurs repaires jusqu'à ce que les parents leur en eussent payé la rançon. Les bandits de cette société faisaient parvenir aux notabilités ayant de la fortune, des billets ainsi conçus : « Payez.., tant, ou vous périrez ! > Les effk'ayés ouvraient leur bourse. Qui refusait courait le risque d'être poignardé. On écrivit a l'évéque de Girgeni, Monseigneur lo Jacono : « Il nous faut « 24,000 francs, sans quoi le fer ou le poison. Silence ! infâme ! ou vous < êtes mort. » (Extraits du journal officiel de Palerme , 1849.)

Enfin, quand toute l'Europe en était à chasser ses rois, la Sicile en demandait un à toute TEurope.

Ici, rendons justice à ce peuple. En sa fatale insurrection, il se laissa bien aller, il est wai, à toutes sortes de fraternisations démagogi(pies, de mascarades tricolores, de citoyennetés burlesques et de cantates marseillaises; mais, au milieu de ce flot d'absurdités, du moins il ne lui vint jamais à la pensée de descendre à prodamer la république ; il repoussa ce ridicule, il échappa à cette honte.

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