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CHAPITRE SIXIÈME

ectioDS. — Partage des biens communaux. — Le Anarchie et réaction.

La Chambre des représentants napolitains étant convoquée pour le mois de mai, les commissaires à la Ledru^Rollin (1) démoralisant la proTînce, y hâtèrent les élections. Les gens de bien s'étaient retirés. Les mêmes passions qui avaient fait bouillonner les campagnes pour les choix de la garAs nationale, revinrent aux mêmes excès pour les nominations de la Chambre représentative. Rage pareille, intrigues semblables ; finalement, déploralitles choix.

Les chefs révolutionnaires de la Calabre et les condamnés politiques du royaume furent tous élus députés. La démagogie triomphait : « Le suffrage universel^ a dit le citoyen Proudhon, est appelé partout à faire rentrer pour jamais dans sa fosse l'auto^ rite gouvemtmentale (2).

Quant aux opérations électorales de Naples, elles ofiGrirent un

(1 ) Notamment M. Cosmo Assanti , neveu du général Pépé. (2) Confessions d'un révolutionnaire, p. 322.

étrange spectacle. Tristement résignées à leur position, la capitale et sa banlieue ne témoignaient qu'indifiérence et dégoût. Les \otant5 y furent si peu nombreux, que, dans certaines localités, il se trouva moins d'électeurs que d'éligibles. Là où auraient dû se réunir cinq mille personnes, le candidat élu eut trois voix! et, bien que, dans certains quartiers, des électeurs, courant ici et là, votassent de plusieurs côtés à la fois, le scrutin ne produisit encore qu'un chiffre ridiculement exigu. Ce fut pire encore à l'entour de Naples. Les collèges n'eurent que leurs urnes, personne n'y jeta son billet.

D'après Ja loi fondamentale, le roi devait nommer les pairs. Mais, aux yeux des progre«sistes, une constitution n'est bonne et valable que sur les points où elle est utile à leurs vues; die ne signifie plus rien là où elle a des articles qui leur sont contraires; de sorte qu'elle est inviolable d'une part et de l'autre non avenue. Dès qu'elle frappe leurs" adversaires, ceux-ci doivent la tenir pour sacrée ; au cas contraire, on n'en fait nul compte ; diadème ou haillon, elle aura, selon les circonstances, l'encensoir ou le coup de pied, l'apothéose ou l'abattoir : parfois le tout, l'un après l'autre.

On essaya donc de changer les dispositions relatives à la pairie ; elles ne convenaient point au mouvement.

Il fut demandé que le roi ne pût choisir chaque pair qua sur trois candidats présentés par les électeurs du pays. Cette modificatioQ fut consentie. t

Plusieurs collèges électoraux présentèrent une motion plus simple et plus courte ; rien, que trois mots : a Point de pairie, »

D'autres, ne voulant s'expliquer en aucune manière, adoptèrent un juste-milieu entre le oui et le non; ils ajoum^ent leur pensée.

Enfin quelques-uns, pour complément de gâchis politique (ancien style Lobau ) soumirent au choix du souverain les noms les plus surpris d'êtrelà, Abd-eUKader, Netternich;]3iTeiaePo1haré, Guiiiot, Montalembert, Cabrera et Nessehode,

Le ministère, poussé dans ses derniers retranchements par la jeune Italie, avait décidé que, sous les ordres du général en chef Pépé, quatre mille hommes de troupes seraient transportés par mer à

Ancône, pour la gaerre de Lombardie, tandis que cinq miUe quatre cents hommes d'infanterie, trois régiments de cavalerie et deux batteries se rendraient par (erre au théâtre des combats. Mais comme Pie IX, par sa fameuse encyclique du !•' mai, s'opposait aux hostilités contre TAutriche, et que le grand duc de Toscane y envoyait ses volontaires avec une répugnance marquée, le gouvernement napolitain ne pressait point le départ du général Pépé ; on résolut de l'y contraindre.

Un soir, sur la place du palais, scènes populaires hideuses. L'histoire rougirait d'entrer dans le monstrueux détail des outrages vomis contre le monarque. La démonstration se composait d'une masse de bandits étrangers, venus, à ce dessein, du Piémont. On frémit, et ils réussirent. Le lendemain, la flotte appareilla; et, peu après, les troupes du général Pépé se mirent en marche.

Voici les titres qu'avait le général Pépé à la haute position qui lui était confiée.

« En 4799, à l'âge de 15 ans, il combattit pour la république Parthenopëenne et fut condamné à l'exil. Phis tard, le roi Murât rattachait à sa personne, et trois fois il conspira contre Murât. Pépé le déclare lui-même.

« En 1820, il se fait le chef de la grande conspiration de Naples qui força le roi Ferdinand I*' à donner une constitution; un nouvel exil en fut le prix. Ferdinand II le met à la tète de ses légions : il trahira Ferdinand II (1). »

Un emprunt forcé de trois millions fut décrété pour subvenir à la dépense des troupes parties pour la croisade. Le public en parut peu charmé. Parmi les hommes du progrès, comme chez les fourmis de la fable, la générosité est peu prêteuse.

Le ministère s'était renforcé de M. Conforti^ à l'intérieur, et de M. Scialoja, k l'agriculture et au commerce. Cela poussait k l'anarchie. Le premier adressa une circulaire à tous les intendants de province pour qu'ils eussent à reprendre possession de toutes les terres communales qui pouvaient avoir été usurpées par les parti -

(1) Voyez Révoîutims d'Italie, par le général Pépé.

culiers ; ces terres devaient ensuite être divisées entre les citoyens les plus pauvres.

Cette mesure qui, au premier aperçu, avait une apparence de raison et de légalité, fut le signal d'une désorganisation complète et générale. Les populations la prirent pour une loi agraire; elles s'emparèrent de toutes les propriétés à leur convenance, en affirmant qu'elles avaient été volées par les maîtres actuels. Chaque individu revendiqua une portion de champ ; il n'y eut plus assez de biens pour r innombrable quantité de prétendants. Ce fut un atroce pillage.

Le communisme entrait en scène. ,

Imbriani, ministre de l'instruction publique, élucubrait de son côté sa loi de démocratisation. Il enlevait l'instruction publique à la surveillance des évèques, et la donnait à des commissions démagogiques qui devaient choisir des maîtres à leur gré. Or, on conçoit qui ils choisirent.

Imbriani avait nommé une commission pour faire des réformes au Musée royal et aux fouilles; c'est-à-dire pour y tout désorganiser et y tout anéantir. Il déclara propriété rmtionale le Musée Faraèse, propriété particulière et héréditaire du roi, que Ferdinand n avait entretenu et accru de sa propre cassette.

Les collections réservées et secrètes ; on voulut les exposer publiquement. Qu'importe que cela choquât les mœurs l

On suspendit les fouilles et on pilla les fonds qui y étaient destinées. Enfin la collection des monnaies du musée fut détériorée et bouleversée. C'est ainsi que la révolution comprend les sciences et les arts.

La subordination n'étant plus à l'ordre du jour, les commis d'administration se révoltèrent contre leurs chefs d'emploi; les ouvriers de manufactures et d'imprimeries se mirent en grève, déclarant qu'ils ne travailleraient plus si l'on n'augmentait leurs salaires.

Leurs rassemblements tournant à l'émeute, la garde nationale tira sur eux sans sommations préalables. Les ouvriers de la province, notamment ceux de la Cava, s'en vengèrent en brûlant des chariots de marchandises et en menaçant de raser les édifices industriels. Puis, devant cet ordre public et sous l'Égalité des misères, la Liberté, le front superbe, proclamait la Fraternité.

Chaque membre du pouvoir rêvait Tautorité souveraine. Le député Joseph Ricciardi avait un domestique allemand qui, épris d'une jeune fille de Naples, voulait Tépouser. Celle-ci ne trouvait pas sa condition assez brillante. « A présent je suis peu de chose, il est vrai, lui disait-il, mais avant deux mois, je le sais, mon maître gouvernera à Naples ; et vous serez alors une grande dame, car moi je serai un grand seigneur. »

S'il avait connu l'histoire contemporaine, il aurait pu ajouter : « Et vous direz comme la dame du provisoire de Paris: c'est NOUS MAINTENANT QUI SOnthBS PRINCESSES. »

L'ouragan populaire était déchaîné dans toute sa violence. Entre autres placards et libelles, la proclamation suivante du suprême et haut comité du royaume offirait, sur les murailles, ces phrases :

« Citoyens l nous sommes partout. Nous avons des intelligences « avec le monde entier qui se lève avec nous aux cris de Tindépen- « dance. Aux armes I aux armes I citoyens. La liberté est un fruit « exquis qui ne se cueille que dans le sang, etc., etc. (1).

Le gouvernement était en pleine anarchie au dedans, comme au dehors Tétait le royaume. Le ministre des finances Ferretti, à qui on avait présenté avec audace une pétition le poignard à la main, et qui avait répondu avec épouvante en présentant sa bourse hors de la poche, s'était retiré du cabinet ; et le ministre de Hnstruction publique, le fougueux démocrate ImMont, débordé lui-même par les siens, abandonnait douloureusement son portefeuille, en s'avouant tout bas qu'il n'était plus besoin de rênes quand le peuple était débridé.

Le progrès avait marché à pas gigantesques. Il n'était plus question seulement d'une constitutiou à établir, d'une couronne à mettre en pièces, d'une république même à faire éclorei on avait dépassé tout cela. C'était maintenant le communisme qui s'élevait en exter-* minateur suprême sur une société battue en brèche, pour y fouler

(1) Cette proclamation des sociétés secrètes de Mazzini flnissait par demander provisoirement la loi fondamentale de 1820 et une assemblée eonslilnanle, Voy. Storia degli uUimi fatli di Napoli, p. 388. Italia, 1849.

ù ses pieds toutes les lois divines et humaines; c'était le socialisme enfin qui, du milieu des orgies de la perrarsité, apparaissait hideux et sanglant.

« La propriété, c'est le vol !» Ce cri d'un des esprits de Fabtme avait au loin franchi les espaces ; Paris Tavait jeté à Ntples. Plus tard ses journaux même écrivaient :

« Vanarchie est le plus haut degré de Uberté et d^ ordre auquel rhumanité puisse parvenir '(i). »

En province, on avait d'ahord procédé au partage des biens eommunaux, usurpés ou non. Il fut demandé, peu après, la division de toutes les propriétés particulières , voire même de l'argent et des meubles. La bourgeoisie avait joué à la révolution contre les grands pour rexploiter à son profit. Les petits jouaient à leur tour à la destruction contre la bourgeoisie pour en tirer parti à leur confite. Aux Denx-SicileSfConune en Franoetmème principe, même marche.

Remémorons ici qudques faits.

A Venosa, dans la basilicatë, les propriétaires, environnés de peuplades soulevées, s'étaient barricadés sous leurs toits. On leur criait du dehors x * Abat les haHts ! partage des terres I » comme on avait crié dans Paris : « Vive la blouse : à bas les fracs! »

Un d'eux, le professeur Gasparini, fut tué par les assaillants.

En d'autres provinces, notamment dans les Abrunes^où chaque jour les domiciles étaient envahis et les existences menacées, les riches, saisis de terreur, se rassemblèrent à l'effet de ramasser une certaine quantité d'argent pour Toffirir, comme une espèce de rançon, à ceux qui leur demandaient la bourse ou la vie.

Ce tai une fatale pensée ; cet argent une fois versé, les bandits revinrent plus nombreux , plus hardis et plus forts , exigeant de nouvelles sommes. Des propriétaires radicaux, qui tenaient à leurs possessions, se constituèrent alors en comité de sàlvtt public pour lutter et pour se défendre. Les assaillants étaient aussi des radi-

(1) Voix du Peuple, na|péro da 3 décembre 1849. t Les socialistes de « France ne reprochaient pas au gouvernement provisoire da 24 février « de n'avoir pas sa édifier, mais de n'avoir pas sa démolir, *

eaux, mais sans fortune, et qui avaient jugé que les doctrines dn niveOement les autorisaient incontestablement à s'emparer du bien de leurs frères.

Sur ce, les populations honnêtes, où ne se trouvaient ni docteurs ni fratelli, se révoltèrent à leur tour contre les révoltés ; eUes n'étaient point assez avancées dans les lumières de la civilisation nouvelle, pour comprendre que le chaos était évidemment la régénération ; et, les armes à la main, elles déclarèrent qu'elles ne voulaient pas plus du joug des révolutionnaires riches que de lelui des anarchistes pauvres; qu'elles n'aimaient pas plus ceux de la première élasse que ceux du second numéro ; et, se mettant à crier de toute la force de leurs poumons : « Vive le roi ! A bas la constitution! » elles chassèrent les comités de salut public, les autorités municipaies» les syndics, les décurions et les juges, tout ce qui devait sa place à la révolution ; elles désarmèrent la garde nationale après l'avoir attaquée, honnie, conspuée et battue ; elles appelèrent d'autres hommes à la direction des affaires; et, elles aussi, à leur idée, elles se nommèrent^hardimentf un gouvernement provisoire ; la réaction était complète.

Peseosansonesco^ ville des Abruzzes , d'un nom peu facile à prononcer, avait arboré un drapeau blanc ; les démocrates d'alentour se précipitèrent sur elle. Loin de s'en montrer intimidée, la ville soutint bravement l'assaut. Du haut des toits, des fenêtres et des terrasses, les vieillards, les femmes et les enfants faisaient pleuvoir sur l'ennemi, des meubles, des pierres, de l'huile et de l'eau bouillantes : ils auraient démoli jusqu'à leurs maisons pour les jeter à la tète de leurs antagonistes. Ces derniers reculèrent vaincus.

Mêmes tableaux en divers lieux.

A Pratola, près de Sulmona, il se passa une scène d'un genre semblable au milieu des montagnes. Les paysans du lieu, réunis sur la place publique pour une fête de la Madone, avaient mis des cocardes royales à leurs chapeaux ; un officier des gardes nationaux.

Antonio Fabrizii, eii arracha violemment une au nommé Rocco Celui-ci le renversa d'un coup de poignard.

Guerre civile à l'instant même .

Les populations, armées de bêches, de massues, de pioches et de faux , se ruent sur la milice citoyenne. Le père du chef de la garde nationale veut s'interposer entre les combattants : il est blessé grièvement ; son fils survient : il est tué ; plusieurs d'entre les siens périssent. Les paysans restent maîtres du champ de bataille, et les bourgeois prennent la fuite. Aussitôt le drapeau tricolore du poste est déchiré en mille pièces, et l'on n'entend qu'un cri général:

« A bas la révolution ! Vive le roi ! »

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