‹ L'Italie rouge;Chapitre 3 sur 27 · CHAPITRÉ PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ PREMIER

Lafrance. — La SoissB. — les sociétés secràtes. — -Mazzini, Giobefti-etiossi. — Vie et mort dn Pape Grégoire XVI. *

1815 avait vu tomber le géant des batailles; et la France se reposait enfin de ses longues agitations sous le sceptre paternel des héritiers de saint Louis. La France ne ]»ouvait avoir oublié qu'elle devait à ses rois légitimes son étendue, sa puissance et sa gloire. Elle se rappelait que Philippe -Auguste lui avait acquis la Normandie, TAdjou, le Maine, la Touraine, le Poitou, le Vermandois, les comtés d'Évreiix et d'Alençon.' Elle savait que. Philippe le Hardi l'avait enrichie du Languedoc ; que Philippe le Bel lui avait assuré Lyon par un traité, et la Champagne ainsi que la Brie par

— SI — un mariage ; elle ne pouvait igporer que Philippe de Valois lui avait donné le Daupbiné ; Charles Y, la Saintonge et le Limousin ; Charles Yll, la Guyenne et le Périgord ; Louis XI, la Provence ; Louis XII, la Bretagne ; Henri IV, le Béarn et la Navarre ; Louis XTV, le Roussillon, la Flandre, rAlsace, l'Artois, la Franche-Comté et le Nivernais ; Louis XV, la Corse, le duché de Bar et la Lorraine ; enfin Charles X, l'Algérie. De pareils souvenirs auraient-ils pu être effacés?...

Le beau royaume des Bourbonsr n*avait-il pas été fait et créé pir la royauté, pièce à pièce, et de siècle en siècle !... La reconnaissance publique ne devait-elle pas être acquise à tout jamais , de génération en génération, à cette longue lignëe de souve- ' rains qui, la couronne en tète et le ^ive à la main, avaient porté si haut le grand nom de la France 1... Oh ! oui; car le roi, dans l'histoire de la nation, c*était la société faite homme. Le roi, c'était la religion, la propriété, Thonneur, la famille et la patrie représentées par un chef héréditaire auquel ^e rattachaient les destinées du monde. Ce principe sacré de Fordre, en traversant les âges et en y construisant4e magnifique monum^t de la monarchie française, la plus glorieuse d'entre toutes, avait changé de nom plusieurs fois ; mais en dépit des révolutions, ce génie puissant et mystérieux n'avait pu ni passer ni périr : il devait rester grand , immuable , immortel : il s'appelait « le roi de France. »

L'£urope respirait en paix. Napoléon, de son rocher d'exil, avait vu s'éteindre les derniers incendies de la guerre. La prospérité renaissait partout avec le retour aux principes de la justice et du droit; mais un nouvel ordre de choses se levait sur l'horizon politique ; un fait immense se produisait et commençait à fasciner les' intettigences ; c'était, sous le nom de gouvernement représentatif, le renversement des anciennes lois monarchiques ;• c'était Forganîsation d'un système nouveau devant partager le pouvoir entre la royauté et les masses : « Ce qui, au dire de Proudhon, était quelque « chose comme la qiKidrature du cercle , le mouvement perpétuel « et la pierre philosophalef (I). »

L'Angleterre s'était donnée une Constitution pour chercher à for-

(1) Confessions d'un rérolutionnoire , p. 289.

tifier soB aristocratie ; la France en avait promulgué une pour achever de détruire la sienne. Habitués à se modeler sur Paris, tous les peuples voulurent un gouvernement représen^itif à la française. La nouvelle Charte ouvrait un libre passage aux Idées démocratiques que Napolé<m, sous son règne, s'était efforcé d'étouffier pour le repos des nations : un cri général s'éleva d'un bout du monde à l'autre : « des Chartes! desXonstitutums!» La propagande des novateurs obtint un sucoès inouï. Le mouvement né devait plus s'arrêter : la fièvre M européenne. . Les hommes de la foi nouvelle s'intitulèi^nt tt6^ratiff:leur désir et leur espérance étaient-ils réellement d'améliorer le sort des nations?... Hélas iJes gt*ands meneurs du parti démocratique, ambitieux ennemis des splendeurs d'autrui , ne rêvaient que la destruction de Tordre ou ils ne figuraient pas, pour en. arriver à des ruines où ils trôneraient. .

Que leur importait au fond le bonheur du peuple et du pays I Ce qu'il leur fallait av^t tout, c'était le moyen de s'emparer exclusivement des places et de la fortune» en brisant ce qui les primait. Le mode constitutionnel était pour eux le plan incliné qui descendrait, peu à peu, de sa haute et brillante sphère, l'ancienne autorité souveraine ; qui la dépouillerait par gradation de son auréole e't dé ses prestiges; qui commencerait un nivellement destiné à l'atteindre elle-même; et qui, enfin, à un certain temps donné, transformant les monarchies en républiques^ précipiteraient inévitablement la royauté, un peu plus tôt ou un peu plus tard, du.Capitole aux gémonies.

L'histoire en va fournir la preuve.

Le pacte constitutif de la Suisse; en 1815, ayant faitde l'Helvétie un pays neutre, ce fût là que se réunirent toutes ces hordes d'aventuriers dont se servent les chefs de révolutions pour culbuter les trônes, et qu'ils repoussent ensuite du pied, dès qu'ils ont saisi le pouvoir. •

Là ftit le champ d'asile de tous les intrigants n'ayant ni feu ni lieu, de tous les avocats sans cause, de tous les médecins sans malades, de tous les professeurs sans élèves, de tous les débiteurs

en faillite que poursuivaient leurs cDréanciers, de tous les repris de justice échappés au glaive vengeur, et de tous les réfugiés politiques qui fuyaient de leur patrie après avoir tenté de la bouleverser. Là , enfin, M le port franc de toutes les théories humanitaires, le point central où toutes les insurrections vinrent demander leur mot d'ordre, et le foyer .commun d*où partirent tous les tisons révolutionnaires qui devaient embvaser TEurope.

Un des premiers qui organisèrent en Italie des sociétés secrètes fut le fomeux poète Byron. II était sceptique et athée. Toute doctrhiequi pouvait lui fournir le moyen d*aocroitre encore sa renommée, tout événement qui, changeant la face du monde, y pouvait ouvrir des voies nouvelles , souriait à son aventureuse imagination. Installé à Ravennes, il y vint donc attaquer à la fois la puissance monarchique et la puissance religieuse. Il avait en haine le Pape , cette grande pyramide de l'église catholique contre .laquelle Napoléon lui -môme était venu se briser au milieu de sa gloire ; et bientôt, ^ la voix du génie anglais, Ferrare, Bologne, Ravennes et Forli se peuplèrent à l'envi des prétendus apôtres de la régénération européenne.

' Les francs-juges avaient fait leur temps ; les francs -maçons dépérissaient ; les earbonari apparurent (i).

Prenant toutes sortes de formes insaisissables, et liées par d*horriUes serments, ces sociétés secrètes^ agrégées pour le crime, déclarèrent upe guerre d'extermination non-seulement aux trônes et aux autels, mais à l'ordre social tout entier. Us formèrent des tribunaux invisibles où se dècTétaM sans pitié la mort de tout individu qui leur faisait ombrage. Une fois admis dans ces repaires de dépravation, l'initié, se dépouillant de son individualité , n'avait plus ni patrie ni famille ; il appartenait à ses maîtres ; et comme rivé à leur pensée, il devait , au premier signal, leur obéir aveuglément, le poignard à la main ; il était à eux corps et âme.

L'horrible catastrophe de 1830 consacrant le droit des insurrec-

(1) Le premier écrivain français qai dévoila ces sociétés secrètes fut M. de Marcbangy. Les libéraux d'alors prétendirent que les pages de sa fameuse brocbare ne contenaient que des rêves de poète !

tions,'vint leur donner une force nouvelle. Louis-Philippe ^vait pris sur un berceau le sceptre qu'il n*eût été en droit de prendre, que sur un cercueil ; et totites les sociétés secrètes y applaudirebt avec transport. Elle savaient qu'une monarchie n'est point refaite par cela seul que sur des ruines publiques on rét|d)lit un daiade pourpre.' Elles se disaient à juste titre que l'acte même qui place une couronne au front de l'usurpation, en autorise un qui la lui hrise sur. la tête; et, dans leurs arsenaux clandestins, les victorieux novateurs, devenus plus hardis que jamais, se mirent à refourbir avec une.nouveUe énergie les armes de la destruction.

Infotigahles niveleurs, empoisonneurs du genre humain, ils promettaient aux peuples Page d'or; ils ne parlaient que justice, indédance, fraternité; mai^sous ces mensongères paroles se prêchaient la désobéissance aux lois, et l'appel aux insurrections. Ce fut de même, à toute, époque : les sectateurs de 1793, leurs héritiers de 1830, leurs élèves de 1848, tous n'ont-ils pas eu le même langage et le même but? ils nomment amour dé la patrie le renversement de la société ; l'impiété, c'est la raison ; et le crime, c^est la. vertu.

A Pépouvantable pandémonium de la Suisse, accoururent tous les démons de l'anarchie; et, vers 1834, ces puissances de l'iniquité qui voulaient abolir le riche et n'abolissaient pas le pauvre, qui travaillaient à détruire la famille, le toyer, la propriété et la religion pour ne mettre à leur place que l'isolement,' la ruine, le doute et le néant; ces régénélrateurs sauvages qui disaient à Dieu même : Retire-toi ! choisirent Maxxini pour grand-maltre.

Ce futur triumvir de Rome, chassé de France à la suite de trois meurtres (1), vint s'installer en Helvétie. Les carbonàri\ à sa voix, changèrent de forme et de nom ; il^ s'appelèrent la jeune Italie. Autour de lui se groupèrent d'autres sectes : Valliaifice des justes et lé^ prolétariat voUur (J).

(1) Cet événement tragique' ent lien sa Café de Rodez. Deux italiens, Emilianiy Lazzareschi, et la femme de Tun d*êax, y tombèrent sous le poignard. Mazzini et la Cecllia avaient présidé le tribunal secret où ces trois malheureux furent condamnés. (Cretineau-Joiy, Histoire du Sunderbund, tome I, p. 124.)

(2) La doctrine de cette dernière était la.force brutale dans sa plus large extension. • . •

Mais ïVne suffisait pas au grand-maitte de révolutionirer une nation, il fallait les boutererser toutes. On créa la jeune Ailemagne^ la jeune Pologne, la jeune Suiêse, lèi jeune Espagne et la jeune Europe,

Les sociétés secrètes s'étendirent d'UAtMmt du monde à Pautre, et correspondirent entre elles. La France eut la société des Saisons ^ la société des Familles, les Amis du pewple et les Uroits de Vhomme. Chaque pays eut son club mystérieux, et chaque cerdd eut ses meneprs.

Mazzini présidait Fensemble.

Molsé de resprit du mal, il ayait choisi Genève pQur son Sinal ; et de là, promolguant ^i tables de la loi^ il faisait gronder au loin ses tonnerres. Là vinrent successivement & lui tous les révolutionnaires, encore obscurs, qui plus tard devafent acquérir une si fatale célébrité : tels que les Sterhini, les Galetti, les Riceiardi, les Ramorino^ les à*Apice, les Aomeo, et que foule d*autres encore. Là $e trouvaient ^eithing, ouvrier tailleur, dont le nom devait iiorriblem«nt retentir à Rome 9 Simon Schmidt, le tanneur ; Auguste Becker; et le vieil Albrecht, soi-disant inspiré.

L'évangâe de oeux-ci était « les paroles (fvn Croyant n, et ils appreiudent par cmur ce passage -de Lamartine :

« Ils remueront la société jusqu'à ce que le soctaKsme ait suc- « cédé à rddieux individualisme... La charité, c'eâtle socialisme. » (Voyage en Orient, t. IV, p. 330.)

Là aussi parut Gioberti (i).

Jamais démocrate n'exerça un plus grand empire qiïe celui-là sur ses concitoyens. A Texemple d^Amand de Brescia, il encensai les vices du peuple, et s'en fit le glôriflcateur. Ses discours et ses écrits, enthousiasmant les libéraux, lé firent emprisonner et proscrire. Cet ambitieux abbé, thersite des mauvaises passions, rêvait le pontificat suprême. Bien qu'il fut ardent carbonaro , il repoussait la jeune Jtâlie i car Mazzini, étant son . conctorrent en renommée, lui était un rival odieux. H se réfUgia à Lausanne, parce qu'on y criait à bas Dieu (i). Strauss correspondait avec lui.

(1 ) L*abbé Yicento Gioberti était né à Turin au commencement du siècle. (2) On y criait aussi « à bas ceux qui ont des tfpmestiquet /» Il fat aussi s'établir en Belgique.

Strauss, avec son Bouveau dogme, où Jésus-Christ était déclaré n'être (fu'on mythe, et où la Bible était traitée de vieux roman, faisait partie des sociétés secrètes de rAIlemagne.- Strauss, alors, prêchait rattkéisme.

Une célâ>rité non moins grande était là depuis longtemps: Pelegriiio«Bos$i.

Né à Carrare, cet homme, dont la vie aventureuse ne fut qu'une longue eomrse à la recherdie de la fortune, avait débuté, sous Murât, par être du gouvernement provisoire de Bologne, alors que Joachim voulait s'emparer de f Italie. Il prit la ftiite à la déroute de son patron ; #t, chargé en Suisse, par la haute diète, de la révision du pacte de 1815, il y fit un rapport où le radicalisme était poussé à ses dernières lioiites, et qui concluait au renversement du gouvernement fédéral.

Ce carbonaro, mal vu de Mazzini, ne devait point tarder à: devenir impopulaire. Et pouvait-il être Thomme des naiiomlités î Tour à tour Napolitain en Calabre, Suisse à Genève, Français à Paris, Toscan à la première assemblée de Florence, Romain aux salons du Vatican, Rossi était Tubiquité personnifiée. Citoyen voyageur de toutes les contrées, il avait adopté un nouveau genre de patrie qui n'était encore inscrite sur aucune carte géographique ; la patrie du traitement, des honneurs et des portefeuilles. Quant à ses convictions politiques, elles variaient selon la circonstance ; et, républicain dans les clubs des démocrates, il était royaliste à la chambre des Pairs.

Les sociétés secrètes, à leur origine, i talent peu puissantes encore ; mais, en Suisse et en Italie comme en Allemagne et en France, elles avaient, à défaut de force, la hardiesse et le mensonge ; les crédules qu^ehes abusaient se .firent de quelques Lilliputiens riidicules d'incommensnrables Titans. Les carbonari, se disant partout et nulle par t^ ne tardèrent pas à. grandir formidables sous les mystérieuses terreurs quils savaient étendre autour d'eux ; et pourtant, avant juillet 18^0, le dénombrement de ces fameuses armées n'eût inspiré que de la pitié, si Ton eût su, au juste, ce que c'était que cette fantasmagorie.

Mais, présidées par Mazzini, les sociétés secrètes marchèrent de progrès en progrès. Ce Génois, chef 6.e la jeum Italie^ institua des clubs dans tous les pays pour attiser le feu des révoltes, et pour suivre, à travers les décoml^res et le* sang, le rêve de la république universelle. Il appela à lui tous les aventuriers Polonais, Juifs errants de la rébellion ; tous les barricadeurs parisiens , sbires voués aux perturbations sociales; et il leur commanda la démoralisation de TEurope. Il organisa enfin des corps francs ou eondoHieri, espèces de malandrins et de routiers chargés de la propagande des idées démocratiques, séides qu'il disait mouvoir par un fil fnvisible, et qui, au mot d*ordre donné, devaient aller, de droite et de gauche, travailler, le fer et la flamme à la main, à Tafiranchissement des nations et à la rédemption de l'humanité (1). Déjà pointait le communisme ; et le socialisme aUait suivre.

De Fribourg fut daté le premier bulletin révolutionnaire, triste et fatal écho de la victoire de juillet qui ouvrit la série des désastres de TËurope :

« — Nous allons renverser les monarchies, écrivait Armand « Garfel à Anselme Petetin , en 1884. C'est bien ; mais une fois « cette lutte terminée, nous en aurons une autre à soutenir im- « médiatement avec cette foule d*imbéciles turieux qui sont dans « nos rangs (3).»

« — Vous n'êtes que des menteurs et des hypocrites ," disait ft plus tard Proudhon à ses frères et amis. Vos doctrines sont aussi « dégoûtantes que ridicules (3). Citoyen Louis Blanc! vous n'êtes « qu'un grignoteur de croûtes politiques. Citoyen Pierre Leroux ! « vous n'êtes qu*un malthusien, éclectique, libéral, bourgeois-, « athée , et propriétaire, ^uand Tun de vous dit : TUB ! l'autre « répond : assomme I (4) »

Écoutons maintenant Mazzini , chef d*une religion nouvelle : il a

(1 ) Ramorino était un des capitaines de ces corps francs. Mazzini l'envoya tenter une expédition contre la Savoie qui fut aussi déplorable que ridicule. (2) Cretineau-Joly, Histoire du Sunderbund,, tome I, p. 2^. . (U) Cretittcau-Joly» Histoire du Sunderbund, pag. 11)8. (4) Voix du Peuple, Proudhon.

écrit ses plans et son liut ; c'est une sorte de cat^îchisme. Il faut laisser parler Toracle^

INSTRUCTIOMS ET MOYENS.

c La régénération doit se faire dans les grands .pays co^mne la France « parle peuple; dans lesautres, notamment en Italie, par les j)rinces.

« Le Pape entrera» dans la voie des réformes par la nécessité} le roi de < Piémont par Tidée de la couronne d^Italie ; le grand duc de Toseancr par « inclination, faiblesse et imitation ; le roi de Naples par contrainte.

« Les peuples qni auront obtenu des constitutions et qui auront acquis « parla le droit d*être exigeants, pourront parler a haute voix et commander « rittsnrreetion.

c Ceux qni seront encore sous le joog.de leurs princes devront exprimer « leurs besoins en chantant, pour ne pas trop effrayer et ne pas trop • déplaire.

« Profitez de la moindre concession pour réunir et remuer les masses en « simnlant la reconnaissance. Les fêtes, les bymnes et les attroupements « donneront l'élan aux idées, et, rendant le peuple exigeant, Téciaireront «sur sa force (1).

OnCAKlSATION DE LA JEUNE ITALIE.

« Art. 1*'. La société est instituée pour la destruction indispensable de « tons les govvernements'de la Péninsule, et pour former un seul état, de « tonte ritalie, sous le régime républicain.

« A'rt.'2. Ayant reconnu les horribles maux du pouvoir absolu, et ceux « plos grands encore des monarchies constitutionnelles, nous devons tra- « vailler à fonder une republique une et indivisible.

« Art. 30. Ceux qui n'obéiront point aux ordres de la société secrète ou « qui en dévoileraient les mystères, seront poignardés sans remission. « Même châtiment pour les traîtres.

« Art. 31 . Le tribunal secret prononcera la sentence et désignera un on « deux affiliéspour son exécution immédiate.

« Art. 331. Quiconque refusera d'exécuter l'arrêt sera censé parjure, et, « comme tel, tué sur-le-champ.

« Art. 33. Si le coupable s'échappe, il sera poursuivi sans relâche, en « tout lien ; et il devra être frappé par une main invisible, fût-il sur le « sein de aa mère ou dans le tabernacle du Christ.

(I) Délie presenti condisioni d'Ualia, par" le duc de Ventignano, p. 13 et suivantes.

« Art. 34. Chaque tribunal secret sera compétent non seulement poor • juger les adeptes coupables, mais pour faire mettre k mort toute per- « sonne qu'il aura frappée d'anatbcme.

- « Art. 39. Les oiBcier& porteront une dague de forme antique; les sous- « officiers et soldats auront fusils et baïonnettes, plus un poignard d'un « pied de long, atuchô a la ceinture, et sur lequel' ils prêteront serment, « etc. etc. » (1). Signé Uàtimu

Et toute cette organisation eut lieu ; et toutes ces instraciHms furent suivies. On .va en voir le résultat.

L'Italie entière fut enveloppée d*un réseau de trahisons et de perversités ; les assassinats politiques fttrent commandés ici et là ; le directeur de la police de Modène» le préfet de police de Naplés, le légat de Ravennes, Lessing de Zuri(di y les généraux de la Tour, d'Auerswi^d, de Lemberg et de Lignowsky, plus tard le comte Rossi, devenu traître à sa bannière, et beaucoup d'autres moins connus , seront condamnés à mort et frappés par les mystérieuses assemblées. Les révolutions sont en force.

La contagion fait de rapides progrès. Plusieurs cantons suisses , où se trouvent encore les nobles descendants des Guillaume «i;ell , des Melchtal , des Furst et des Arnold se soulèvent dlndignatioii contre les ombres rabougries de Robespierre ef de Saint-Just. Joseph Leu osa les combattre ; sa voit était puissante et pure ; il * tomba, héros et martyr, sous le poignard des carbonari; il attaquait riniquité, il avait mérité ses foudres (i)«

Les assassinats se succèdent (3).

(1) Piccola Cronica, o EpisotU delta »tûria eontempifremtê, par M.Bene. dette Cantalupo. Napfes, 1849 et 186», p. 117, 128, 1S&

(2) II fut assassiné chez lot d*un coup de pistolet, par un nommé MuIIer. (Histoire du Sunderbuwl, Gretineau-Joly).

(3) Une suite de tentatives de meurtres eut lieu contre les légats. Un coup de pistolet fut tiré dans la voiture de Rivaroia et blessa gravement son secrétaire. Uu soir, sur la place publique de Bayonne, un prêtre reçut 40 coups de fusil, parce qu'il passait pour confident du légat: la place était pleine de monde ; personne d'osa dénoncer les coupables^ tant les carbo. nari inspiraient de terreur.

Après le stylet, le poison ; tous les moyens sont bons pour le orime; plusieurs homicides sont arrêtés, convaincus et punis (1); mais les réformateurs ne s'en montrent que plus audacieux. Ils appellent saints et martyrs les bandits et les meurtriers : répétition dés vieilles coutumes. Des égouts révolutionnaires s'exhalent ioftjdurs les içémes miasmes; sortent toujours les mêmes boues.

A la suîtfr des désastres de 1830, des agents insurrectionnels de Paris, secondés par les Comités suisses, étaient partis pour chauffer le mouvement révolutionnaire en Italie. Modène, et bientôt Boulogne, arborent le drapeau de la rébellion. Rome va suivre leur exemple.

Grégoire XTI était alors Pape. •

Que de trahisons sous, son règne ! que de complots! que de révoltes I.... Tous les l'ois* de la terre avaient alors reculé devant les pavés de juillet ; et tous, d'une oreille distraite, ils écoutaient tranquillement le bniit seurd et continu du marteau destructeur qui, près de démolir leurs trônes, sapait Tédifièe social.

A peine Grégoire XVI avait-il été élu, qu'une affreuse conspiration éclatait dans*Rome. Un coup.de pistolet tiré sur la place Colonna' devait être le signal d'un vaste soulèvement. La trame ftit déjouée par la vigilance du secrétaire d'état Bernetti: mais ce ne Cut quepartie remisera).

. Bologne était le centre des passions ailarchîques ; la famille Bonaparte y proposa de déposer Grégoire XVI. « La papauté rC^st.plus « de notre siècle, » écrivit alors Louis Napoléon, frère du président de la république française ; et les Romagnes proclamèrent la ' déchéance du Saint Pontife.

(1) Targhini, neveu d'an serviteur du Pape, et Montanari, chirurgien de nocca di papa, furent mis a mort pour assassinats politiques.

(2) A la suite de celte odieuse trame, Grégoire XVI enjoignit par un édit a tout étranger de quitter immédiatement Rome, à moins qu'il ne justifiât de ses motifs de séjour.

Marie-Louise, en cette même année 1831, était cbassëe de ses États par les carbonari, qui proclamaient aussi sa déchéance, et formaient un gouvernement provisoire à Parme. Leur triomphe ne * dura que vingt-huit jours ; Marie-Louise rentra triomphante dans sa capitale : l'Autriche était venue à son aide.

Parmi ceux qui s'étaient soulevés eoûtre le Pape, Louis-Napoléon, qui plus tard mourut à Forli^ se faisait remarquer encore ; il combattait en personne à Terni. Les rebelles étaient armés et en grand nombre ; on en comptait 4,000 à Spoleto. Ils vo.ulurent y prendre en otage Tarchevèque Mastàl -(Pie IX) ; celui-ci parvint à* leur échapper par la force de sa pieuse éloquence. Le Saint-Père envoya contre eux des «troupes, et les insurgés furent mis en déroute (1).

Forts de cet appui protecteur, les factieux, jusque-là vaincus de tous côtés par les troupes pontificales et par les soldats autrichiens, relèvent un front menaçant. Ils se forment en. colonnes mobiles ; ils tuent le comte Bosdari,* maire d'Ancône; et commettent toutes sortes d'horreurs.

Ils demandent à grands cris la liberté de la presse ; ils veulent l'organisation d'une garde nationale. Des plumes démagogiques et des épées révolutionnaires! avec de pareils éléments de dissolution, avec de semblables leviers battant continuellement en brèche le pouvoir et Tordre, ils savent qu'aucun gouvernement n'est possible. C'est la révolte instituée légalement ; c'est l'anarchie creusant ses fondements avec impunité. .

Une. excommunication avait été lancée par le Saint-Père contre les séditieux. Mais qu'importaient à ceux-ci les foudres du Vatican ! Ils ne croyaient pas plus à Dieu qu'à ^n ministre; ils n'auraient eu foi qu'aux démons.... s'ils s'étaient fiés à eux-mêmes. .

(1) Antérieurement , la troupe pontificale était entrée a Cesena de vive force et k coups de canon. Elle s*était emparée de Rieti, où Sercognani avait proclamé aussi un gouvernement provisoire. Ce factieux ne tint que trois jours et s'enfuit. Bien des années après, ce même Sercognani mourut misérablement dans un hospirc de Paris.

Une amnistie est demandée. Grégoire refuse d'abord ; mais ses nombreux ennemis, avaient l'appui de la France, il se voit contraint de céder ; seulement il raie du nombre des graciés les principaux clie& de révolte : Mamiani, Vicim, Ferretti, Orioli, Sercognani, §ilvani, Sterbini, Louis-Napoléon, et plusieurs autres encore.

Plus tard , la plupart de ces noms reparaîtront triomphants. Ces feux vont couver sous la cendre.

Cependant la monarcbie eitpyenne de Paris avait cessé peu à peu de prodiguer ses poignées de main patriotiques ; elle ne chantait plus la Marseillaise aux balcons de son palais; elle avait mis un terme à ses sympathisations démocratiques, et elle commençait à préférer une alliance avec, les rois de la terre aux vivat des faubouriens de Paris; elle craignait d'ailleurs qu'en Italie» ainsi qu'en France , le droit d'insurrection ne vint à s'élever si haut qu'il fût seul la suprême loi.

Elle négocia donc avec les puissances étrangères, relativement au Saiiit-Siége; et un mémorandum fUt remis à Grégoire XYI où il lui était promis le secours de la France et de TAngleterrey s'il voulait foire des modifications à son gouvernement, notamment la sécularisation de son administration.

Le Saint-Père protesta contre cette atteinte à sa souveraineté temporelle : il accepta néanmoins quelques-unes des conditions imposées. Sur trois juges, en. matière civile et criminelle, il consentit à nommer deux laïque chargés, de concert avec les légats, de travailler au bien-être de la nation (1); puis, il promulgua plus tard un code civil , et l'année d'après un code criminel.

Ces mesures, X[ui détruisaient d'anciens abus, étaient d'une utilité reconnue. Mais étaient-ce des améliorations et des réformes que voulaient les disciples de Mazzini ? Non ; ce qu'il leur fallait, c'étaient les honneurs , les richesses et l'autorité changeant de place à leur profit. Quels étaient leurs vœux? tout abattre pour tout saisir; pour s'enrichir, tout ruiner. Qu'importe que le pays tombe dégradé, pourvu qu'eux ils montent puissants t

(1) Jusque-Va, il n'y avSit point eu de consçiis provinciaui.

La rëvointitfii n'avait plus de prétexte pour tirer Tépée ; eSe répand d*infômes libelles ; elle attaque par les.armes dû ridicule y non-seulement les droits du pouvoir, mais les dogmes de la religion ; elle joint le blasphème à Timpiété ; .elle insulte k la fois le sceptre et la tiare; et, chose aussi déplorable qn^étrange en un siècle de civilisation, avcune puissance courroucée ne se lève pour lui imposer silence ; aucune plume énergique ne vient la stigmatiser ôe son indignation. Et pourquoi donc l'Europe entière reste-t-elle muette? Hélas I c*est que la France se tait.

Les sociétés secrètes continuaient à se répandre par toute l'Europe ; et lorsque le Saint-Siège eut obtenu l'évacuation des troupes françaises et autrichiennes hors des États pontificaux , il fallut des^ tribunaux exceptionnels pour y contenir les soulèvements de la jeune Italie. L'expédition des frères Bandiera, enrCalabre, avait été méditée de longue main pair les adeptes de Mazz\ni. Une révolution éclata de nouveau k Forli , à Fuenza, et dans plusieurs autres villes de la Romagne;.à la tète du mouvement étaient les mêmes hommes que le Pape avait amnistiés en. 1831.

Tout à coup Bimini tombe au pouvoir d'une horde insurgée; on commence par y piller le. trésor public ; et les rebeUes y proclament un gouvernement provisoire. Gizzi , légat à Forli , n'avait rien su , rien vu, rien prévu.

Rimifii s'était flatté que tous les pays voisins [miteraient son .exemple; il n'en fut nidlement ainsi. Rimini, contre lequel on fit marcher des troupes, fut obligé de se rendre. Les régiments suisses, les volontaires et les carabiniers, triomphèrent partout des rebelles. Galetti fut emprisonné; Beltramî, Lovatclli et autres chefe prirent la fuite et se retirèrent en France et en Toscane , refuges accoutumés des anarchistes. Les trames n'ont pu réussir, et la ville éternelle triomphe.

u — Les nations, disait alors Mazzini en soupirant , ne sont pas « encore assez mûres pour s'affranchir ; il leur faudrait plus de a lumières. »

Pénétré de cette idée, le prince de Cani^o> le premjer-né des révolutions romaines, pensa qu'il fallait renforcer les sociétés' secrètes.

en organisant à ciel découvert, sous le nom de Congrès identifia ques, une vaste propagande révolutionnaire. La mesure fut adoptée. Le congrès, d'après ses règlements, devait se réunir chaque année, sous prétexte d*ëtudes littéraires et savalites, dans une des grandes viUes de l'itafie ; chacune aurait alternativement son tour, afin que les lumières^ en se répandant sur chaque territoire comme un soleil vivifiant, y 'fissent mûrir chaque peuple. Les grandes hases dS la régénération italienne étaient celles-ci, comme prélude et comme appât :

1* Promettre la Lombardie au Piémont : ceci était le rêve de Charles-Albert.

2« Agrandir VÉtat romain de toutes les contrées qui le séparent de Venise : cette espérance était de nature à séduire le gouvernement pontifical.

3« Offrir la Sardaigne au roi de Naples : cela pouvait tenter les Deux:Siciles.

Le plan fut mis habilement à ToBuvre. Le Congrès scientifUlue commença ses opérations; il professa ouvertement les doctrines de la jeune Italie, à propos d'arts et de sciences. Turin, Gènes, Milan^ Florence, Naples et autres grandes cités virent arriver successivement les apôtres de la foi nouvelle. On leur ouvrit toutes les portes. Grégoire XVI eut seul le courage de leur fermer les siennes; il avait su comprendre leur but.

Justice est due k Grégoire XYI. Seul, sans forces et sans appui, il résista victorieusement, dans les circonstances les plus difficiles, aux fauteurs de rebellions. Loin d'être un tyran sans pitié, il. pardonna 4)eaucoup ; trop peut-être. H lui a ^té reproché de n'avoir pas corrigé- certains abus du gouvernement pontifical et de n'avoir pas assez favorisé le mouvement industriel de l'époque ; mais comment améliorer l'organisation administrative, s'occuper des besoins du commerce et travailler aux progrès des arts, là où continudlement les factions s'agitent; là où l'ordre social tout entier est remis chaque jour en question!... Il put faire des fautes, sans • doute ; mais il sut réprimer les désordres , et il resta ferme sur son trône.

- <6 — Grégoire XVI mouriUle !«' juin 1846.

Les sociétés secrètes poussèrent un premier cri de bonheur; Mazzini, que l'abbé Gioberti signala plus tard dans ses écrits comme le plus grand ennemi de l'Italie (1), voyait poindre, en ce moment, Taube de sa gloire future. Les révolutions de Rome, de Njples, de Palerme, de Florence, de Milan, de Parme, de Modène et de Venise allaient successivement éclater. Le grand mouvement de l'Italie se prépare. L'anarchie va se mettre en marche ; et ce seront des pas de géant.

(1) Voyez gli uUimi sestantanove giorni délia republica in Roma, Rome 1849, page 152.

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