CHAPITRE TROISIÈME
EmbrasBffifflûl général de l'Italie. — Insurrection de Milan. -^ Révolution de Parme. — République à Venise. — Expulsion des Jésuites de Rome.
Paris n*a plus ni roi ni monarchie. Il est venu le jour terrible du jugement de Dieu. Éclatante comme la foudre, solennelle comme l'expiation, la chute de Louis-Philippe a rappelé la foi dans les âmes. On ne peut plus douter du Ciel : on reconnaît la Providence.
Ce qu^avaient apporté les barricades a été remporté par elles ; la couronne citoyenne a été broyée sur la tète même de l'usurpation par le principe révolutionnaire. Louis-Philippe, qui a vu mourir Charles X exilé en Autriche, mourra proscrit en Angleterre; et la France enfin, de chute en chute, est tombée à la République.
Encore un nouveau fait ctccompli. Rois de la terre! saluez : votre tour va arriver, et ce sera juste. Vous laissâtes tomber le droit chez autrui ; chez vous aussi> tremblez qu'il ne tombe I « Vous aviejs reconnu juillet, vous avez mérité février (1).
(1) Piace au droit, édition in-8% page 78.
Vers la liu de 1847, les chefs de ia jeune Italie avaieut tourné leurs regards vers le roi de Sardaigne comme sur un appui protecteur. Depuis longtemps, les sociétés secrètes étaient puissantes en Piémont ; elles avaient jugé Gharles-Âlbert. Voici , en quelques mots, sa vie-
A la chule de Napoléon, le* Piémont avait été rendu à ses anciens princes; mais, lorsqu^en 1820 éclata la révolution de Naples, Turin s'était aussi soulevé : alors apparut Charles-Albert.
AfQlié à la grande secte des carbonari, le prince de Carignan, appelé par elle à seconder le mouvement révolutionnaire, et se levant contre son roi, se mit à la tète des insurrections de la Lombardie. Mais, selon ses habitudes de tâtonnements et d'hésitations, à la fois vaillant et peureux, il se montra alors ce qu*il fut le reste de sa vie, ambitieux irrésolu , démocrate chevaleresque, et royaliste révolutionnaire : voulant avoir un pied partout , et n'ayant de tète nulle part.
Maladroit et mal conseillé, bon soldat et mauvais capitaine, il se souleva en Piémont quand la rébellion était étouffée à Naples. Il commença trop tard cette fois , plus tard il commencera trop tôt.
Les Autrichiens le battirent à Vercelli, car son armée ne lui était ^as entièrement acquise. Aussitôt, changeant de bannière, il abandonna son parti ; et le radical de Tltalie fut tirer Fépée contre les radicaux de l'Espagne. Le prince de Carignan , devenu grenadier français à cette époque, se signala par son courage au Trocadéro. Paris ne vit que ses lauriers, Turin lui pardonna ses erreurs.
Devenu héritier du trône , il fut roi en 1831. Les carbonari , ses anciens frères , accoururent immédiatement vers lui. Il les reçut d'abord assez mal : l'absolutisme était entré dans ses goûts ; puis, s'efirayant des progrès de la jeune Italie , il changea de nouveau ses idées ; il revint au radicalisme.
Quel était son plan et son but ? hélas 1 le savait-il lui-même ! Charles- Albert ne se tint jamais autrement que dans un balancement pei*pétuel de décisions contraires, et dans une sphère flottante de contradictions perpétuelles ; il n'appartint jamais réellement à aucune opinion, et il trompa tous les partis. Aussi qu'en advint-il en définitive ? Que , peu à la hauteur du rôle auquel il se croyait appelé, il aspira vainement à être le héros libérateur de la Lom-
batrdie véuitienne : il ne ftit que l'instrument révolutionnaire de VluUie rouge,
Mazzini lui avait écrit pour lui proposer la couronne de toute nialie, s'il voulait s'armer pour raffrancbissement de la Péninsule. Ce même Mazzini avait (ait antérieurement de semblables propositions au roi de Naples, à Pie IX et au duc de Modène ; il les renouvela plus tard à chacun des princes de Iltalie, voire même au maréchal Radetzky , sous la condition que celui-ci trahirait immédiatement l'Autriche et renierait à tout jamais son pays.
Charles- Albert s*était d'abord montré sourd aux ouvertures du célèbre agitateur ; mais, en septembre 1S47, à la suite de grandes démonstrations populaires en Piémont, et notamment à Novare, où, aux cris de «Vive Pie IXî Vive Charles- Albert î Vive Gioberti!» on demandait l'indépendance italienne, il parut se laisser séduire. En octobre, nouvelles démonstrations à Gènes et à Turin ; le roi de Sardaigne oommençait à entrer dans les idées de la jeune Italie ; la diplomatie étrangère s'en étant alarmée : a VItalia fora da te (1), » lui avait répondu fièrement le prince : et les cart>oiiari d'applaudir.
fls se hâtent d'unir Charles-Albert et Pie IX dans un enthousiasme sembhiUe. Mêmes fêtes , même tactique. On veut leur élever des statues à Novare, en face l'un de l'autre (3) ; on les regarde comme deux principes incamés visant à une même gloire. On y admet en troisième le duc de Toscane, appui des condamnés politiques. Cesiy selon les comités secrets, une trinité révolutionnaire que doit encenser l'Italie progressive; et tous trois marchent à leur perte.
Retournons maintenant à Rome.
Janvier 1848 avait ouvert une nouvelle phase d'idées; il n^était plus question de réformes^ il s'agissait de constitutions. Février fera plus encore, il marchera aux républiques; puis, franchissant d'autres distances, arrivera le socialisme.
(1) L'Italie se suffira à elle-même,
(2) Storia degli avvenimcHti d'ïtalia, Faschiolo 12.
Que d'enthousiasme aux bords du Tibre t... Une république à Paris!... Ahl les sociétés secrètes, elles-mêmes, n'osent croire à un tel triomphe ; il a dépassé leur attente. Que ne peut-on espérer désormais \ aAhas les monarchies ! à bas la reli<gion! à bas tout ordre .' à bas toute loi!,..» Triomphateurs, gloire au chaos 1
Les manifestations furibondes de la ville aux sept coltines, semblent des orgies au démon. La nuit, toutes les ruesétmc^ent de lampions, de torches et de feux de joie. Le jour, la populace en uniforme et la populace en guenilles parcourent processionnellemeut la ville avec des drapeaux tricolores, en agitant des fers homicides et en hurlant la Marseillaise. Les bouleversements à Paris commandent, évidemment, les insurrections à Rome. Toutes les rebellions, à Tenvi, doivent se tendre une main fraternelle.
On cottil à l'ambassade d'Autriche. Le buste et les armoiries de l'empereur y sont mis en pièces et brûlés. On s'attaque aux statues, aux images; on fait un feu de file sur elle&, et l'on se croit un peuple sublime.
Un auto-da-fé 'a eu lieu : un holocauste devra suivre ; il faut'le sang des Jésuites.
La constitution de Pie IX est proclamée le 14 mars; mais le tumeux mot : k II est trop tard, » eût pu aussi lui être adressé. Aucun transport d'enthousiasme. Qui pensait à fonder quelque chose! Il n'est question que de détruire.
Le 13 mars. Vienne est en combustion. Le soutien de Louis- Philippe, Metternich, s'est vu renversé.
Le 18, barricades à Berlin. Effroyables commotions. Le roi est obligé de fuir.
Ce même jour, explosion terrible à Milan.
La veille, on y avait reçu la nouvelle de l'insurrection de Vienne. Le comte Gazati, podestat, se rend au palais du gouvernement avec une masse de peuple ; il compte demander Vimtitutim de la garde nationale, Vabolition de la police et une représentation nationale ; mais on refuse de le recevoir : indigné, le peuple entre en fureur. La garde autrichienne prenti les armes ; et de premiers coups de fusil sont tires.
Aussitôt la capitale entière se soulève aux cris de a vive Pie IX î » Pendant cinq jours entiers, zébrée de barricades , elle cooAbat et repousse sa garnison avec une indomptable énergie.
Cette garnison, bien que forte dé 15 à 16,000 hommes, est forcée de reculer devant une population sans armes, que Texaspération rend invincible. •
Les Milanais, renfermés sous leurs murs par une ceinture de troupes ennemies, se mettent en correspondance avec les campagnes par le moyen de ballons remplis de proclamations, auxquels les soldats de Radetzky tiraieut en vain des coups de fusil. Les villageois prennent les armes ; ils accourent de toutes parts. Les habitants de la grande cité les voyaient venir de loin du haut de Jour clochers; les Autrichiens sont attaqués, harcelés, battus; le bruit court, en outre, que Charles -Albert arrive à la tête d'une armée pour soutenir l'insurrection. Le maréchal Uadetzky se décide prudemment à quitter la place ; il se replie sur les forteresses imprenables de la.Lombardie vénitienne; et les Milanais triomphants se nomment un gouvernement provisoire (1).
Le 20 mars, révolution à Parme. L'archiduchesse Marie-Louise qui n'avait ses États qu'en viager, avait été remplacée par Charles II de Bourbon, duc de Lucqucs. Les Parmesans , à la nouvelle de rinsurrection de Milan, se soulèvent contre leur prince. Armés, ils parcourent la ville au son du tocsin et font feu sur les factionnaires allemands. La destruction était le but, l'Autrichien était le prétexte.
Charles II eut pu facilement triompher de cette émeute en laissant ses troupes agir : il craignit Teteion du sang ; et son humanité fut sa perte. Hélas! ainsi ont fait bien des rois!
Le duc ordonne à ses soldats de rentrer dans leurs quartiers ; le prince héréditaire, au désespoir, arrache à l'instant ses épaulettes de général et les jette aux pieds de son père. La tempête reprit
(1) Il était composé du comte Cazati, président; de Boromeo, Durint , LiUa, Strigelli, Giulini, Bereta, Guerrieri , Greppi. Il frappa de suite des impôts et ordonna des levées d'hommes. Mais déjsr beaucoup de campagnes se prononçaient contre la guerre de rindépendanre et surtout contre Tiutervention piémontaise. On criait çà et Ta : « Vive Radetzky!,,. »
avec une nouvelle force ; et Charles II, croyant Tapaiser, créa* une régence chargée d'élaborer une constitution. Puis il voulut s'éloigner de Parme; on s'opposa à son départ.
Que fit aussitôt la régence? Usant de ses pouvoirs souverains, elle s'établit en gouvernement provisoire et en comité de salut publfc, renvoya les troupes autrichiennes, publia une constitution des plus démocratises , institua une garde nationale , et arracha au duc la promesse d'envoyer son fils en Piémont , à la tète de ses troupes. A la suite de ces mesures, que de fêtes l que d'ovations! Le duc est promené en triomphe : c'est le prélude aux catastrophes.
Le jour suivant, outrages publics. La pressse entière se déchaîne contre les hommages rendus à Charles II. Celui-ci avait fait partir son fils pour Turin avec des dépêches pour Charles-Albert.Le jeune prince, sur sa route, est traîtreusement arrêté par des volontaires, à peu de distance de Crémone. On Tarrache de sa voiture, on lui noue les mains avec des mouchoirs, on Taccable d'insultes, on menace jusqu'à sa vie. Lié et garrotté, il est conduit à Crémone, où la populace en fureur l'accueille par des vociférations inouïes. La gendarmerie s'empare de lui et le mène au palais du gouvernement provisoire de la ville, où, pendant seize heures, on le retient, livré à tous les tourments de la faim et de la prison. En vain les dépêches de son père le présentaient comme ofQcier-général dans les armées de l'indépendance, on pense apparemment que Charles-Albert ne se souciera nullement d'avoir comme appui le fils de celui dont il convoite les États ; et le prince^héréditaire de Parme , après les interrogatoires les plus injurieux , est envoyé captif à Milan (1).
Le 10 avril suivant, Charles H, forcé de fuir ses États, preïiait la route de l'exil, et Vabhé Gioherti ainsi que le père Gavaxzi faisaient, successivement, leur entrée triomphale à Parme. La fcnune et la belle-fille du duc, l'une gravement malade, et l'autre enceinte de sept mois, n'avaient pu partir de suite avec leur mari et beaupère. Le gouvernement provisoire les abreuve d'humiliations, leur
(1) Après deux mois de détention, il s'échappa clandestinement et fut a Gènes y d'où il partit pour Malte, déguisé en marin. De Malte il se rendit a Naples, et de Naplcscn Angleterre. Novare enfin lui rendit Parme.
Interdit les grands appartements de leur palais , les relègue dans de misérables chambres, leur refuse les choses les plus nécessaires à la vie, et finalement les contraint de la manière la plus brutale à quitter la ville de Parme.
La jeune duchesse était jolie , aimable , douce , bienfaisante , et nagu^e adorée du pays. Sœur du comte de Ghambord, elle était du sang des rois de France ; rien de tout cela ne plaide en sa faveur. Malgré sa grossesse avancée, on loblige à. s*enfuir de nuit, par une pluie battante, dans une espèce de cabriolet découvert ; et, en traversant Bologne pour aller demander un refuge à la Toscane, l'auguste fugitive , arrêtée par des bandes atroces, échappe par miracle à la mort (1).
Immédiatement après ces faits, le duché de Parme se donnait au roi de Sardaigne ; et un commissaire piémontais venait prendre possession du pays au nom de Charles-Albert.
Mais reprenons le fil des événements au mois de mars 1848.
Le 2S, république à Venise. Nouvelles scènes à décrire. Encore trois grandes journées. Daniel Manin et Nicolas Tomaseo^ deux chefs de la jeune Italie^ avaient été incarcérés, peu auparavant, pour publication d'écrits politiques. Ces deux hommes, opinion à part, étaient généralement estimés. Le peuple court en foule à leur prison et demande qu'on les relâche. On refuse. Une émeute éclate. On dépave la place Saint-Marc.
Le 17 mars , après plusieurs coups de fusil , les deux captifs sont délivrés. Manin est porté en triomphe sur une chaise à la place du palais ducal, où il harangue la multitude ; et là, en présence de la troupe, on jette à bas des trois grands mdts les drapeaux flottants de TAutriche.
Le 18 ,' le peuple demande à être armé, et veut une garde na-
(1) Le grand duc de Toscane lui donna un asile dans fes états, en attendant qu*ii fût en demander un lui-même au roi de ?iaplcs. Quant a la duchesse doi^airiëre» elle obtint du gouvernement révolutionnaire de Modéne , moins inhumain que celui de Farine , la permission de rester dans cette dernière ville jusqu'à sa guérison complète.
tionale. La municipalité et le gouverneur civil , M. Palfy, y consentent ; et, le soir même, patrouilles guerrières.
Le S2, les ouvriers de Tarsenal se révoltent, et tuent , dans la matinée , leur colonel Marinovich. Manin , k la tète de la milice nationale, se porte à Tarsenal, gardé en dedans par des troupes autrichiennes, et au dehors par la marine vénitienne de terre (1). Le commandant de ces marins veut fermer le passage à Manin et ordonne de faire feu ; ses soldats s'y refusent, mettent has les armes, et Tun d'entre eux va jusqu'à donner un coup de baïonnette à son chef.
Manin entre dans l'arsenal ; il se présente hardiment au général Martini, qui en était gouverneur , et le somme de déposer sur-lechamp son commandement entre les mains de son adjudant M. Graziani, colonel vénitien, qui avait été le heau-père du fameux Bandiera , l'ancien chef de l'insurrection des Calahres. Martini hésite d'abord, puis il se soumet... et se rend (2}.
Le général Martini fut, eu outre, forcé d'écrire à l'escadre de la mer Adriatique de rentrer immédiatement dans le port (presque tous les oCficierset matelots de cette escadre étaient Vénitiens). Pendant ce temps , l'avocat Àvesani^ suivi des autorités municipales et des chefs de la garde nationale , forçait le gouverneur civil Palfy de céder ses pouvoirs au général 2ichy, commandant de la place , et sommait ensuite ce même Zichy de lui remettre immédiatement la ville.
Qui l'aurait pu croire! Ce deniier, saisi d'effroi en entendant rugir la sédition à sa porte, capitula au bout de deux heures. La garnison évacua la ville. Manin et Tomaseo s'emparèrent du pouvoir suprême ; et , le soir même du S2 , la république fut proclamée (3).
Que d'événements coup sur coup î...
(1) Il y a a Venise des marins de terre et de mer. ' (2) Les troupes autrichiennes furent consignées dans l'arsenal même et gardées a vue par la garde nationale, quis*était emparée de leurs canons.
(3) Si l'ordre signé par M. Martini fût parvenu a sa destination , Venise eût eu des forces considérables; mais le nouveau gouvernement avait conflé ledit ordre au piroscaphc autrichien qui emportait le gouverneur Palfy
Et que faisait l'ancienne ville de Ronuilus et de Césai? elle continuait à scandaliser l'Europe catholique. Au couvent des Jésuites on ayait voulu égorger un prédicateur qui s*était permis de dire en chaire que le temple du Seigneur ne devait pas être considéré comme une synagogue ; des brigands s'étaient élancés vers lui ; etrorateur chrétien n'avait dû son salut qu'à une sorte de miracle.
On était aux derniers Jours de mars 1848.
Un soir, le prince Piombino , commandant un des bataillons de la garde civique, reçoit l'injonction de veiller à la sûreté des établissements religieux qui, assurait-on, devaient être menacés la nuit même; il transmet l'ordre au marquis Patrizzi, chef de légion et Inrave militaire.
« — Qu'on batte le rappel t » dit celui-ci.
Des clameurs d'indignation lui répondent. On s'écrie qu'une pareille mesure n'a pu être prescrite que par un ennemi du gouvernement et un partisan des J&uites, que le Pape y est étranger, et que Patrizzi est un traître.
Au lieu de battre le rappel , ou bat la générale.
La garde nationale était accourue sous les murs du couvent en péril; mais une partie de ses soldats, au lieu de s'opposer aux déclamations furibondes de la populace, y joint ses clameurs sanguinaires. On frappe violemment aux portes. L'ironie se mêle aux menaces. On chante le Miserere.
u — Des suaires! ouvrez les fosses!» crient des voix rauques au dehors; et là, du milieu des ténèbres, brandissant à la fois des piques aiguës et de la poix enflammée, instruments de meurtre
et toutes les autorités qu'on chassait de la ville. Ce piroscaphe inlercepta la dépêche, et l'escadre n'eu eut aucune connaissaucc. L'Autriche, qui tenait avant tout a avoir des vaisseaux, donna aux officiers et matelots Vénitiens qui étaient k bord , le choix de servir ou de s'en aller : la plus grande partie se relira. Les Vénitiens furent tellement surpris de la victoire de Nanin qu'ils l'attribuèrent à un miracle, et tout l'honneur en revint à la Madone, que l'on promena en triomphe. Palfy, gouverneur civil, puni par son gouvernement, fut'a jamais privé de tout emploi ; et Zichy fut condamné k dix ans de détention. Le général Martini, ami du prince Schwartzenberg, est en ce moment ministre d'Autriche a Naples.
et d'incendie , les cannibales , avec de sauvages éclats de voix , entonnent le De profundis (1).
Qui n'eût pensé, à cet horrible spectacle, que c'en était fait des Jésuites 1 Rien ne semblait pouvoir les sauver ; rien : hormis un secours de la Providence. Ce divin secours arriva.
Du milieu de la milice bourgeoise , il s'éleva tout à coup des voix protectrices. Un changement subit et imprévu s'opéra dans certaines âmes; Dieu, évidemment, était là. Plusieurs officiers, aidés de quelques braves , se mettent en travers des bourreaux : ils ont résolu de sauver. les victimes. Les portes résistèrent aux haches ; le poignard des hommes du crime recula devant l'épée des défenseurs de l'ordre. Les vociférations se calmèrent , le feu des torches s'éteignit , la tempête fut s'éloignant ; et , au premier rayon de l'aurore, le cloître était encore debout.
Mais la catastrophe n'est peut-être qu'ajournée; les factieux n'ont plus de ft*ein , et le pouvoir n'a jplus de force.
Le père général des Jésuites, calme et résigné, écrit au Saint- Pontife pour lui demander si la congrégation doit se dissoudre et se retirer : Pie IX lui fait répondre par le cardinal Gastracaui y qu'il ne peut ni ne veut ordonner leur expulsion ; mais que , ne comptant plus sur la. milice citoyenne , il est sans moyens pour les défendre et sans force pour les sauver.
Le père général réunit sur-le-champ son conseil ; et , en présence même de l'envoyé du Pape, il est décidé que^ pour prévenir d'effroyables calamités , la compagnie se dissoudra.
Et en effet, le jour suivant, les Jésuites quittaient Rome; et l'anarchie, le front couronné , marchait de triomphe en triomphe.
(1) Ce furent les mêmes scèACS h Pîaples. L'imitation fut parfaite. Quel accord entre les meneurs !