CHAPITRE CINQUIÈME
Nouveaux désordres à Rome. — Brillants débuts de Charles- Albert - Unité Italienne.
Aux beaux jours du printemps, un dimanche matin, une multitude féroce» composée en partie de milices nationales et en partie de cette lie monstrueuse des cités que vomissent les jours néfastes, se répand dans R&me en vociférant contrôle Saint-Pontife. On veut, par l'intimidation, le forcer de déclarer solennellement la guerre à rAutriche. Toutes les issues de la ville sont fermées et gardées par la civique ; Pie IX, prisonnier des factieux, cherche en vain à les calmer par une proclamation toute paternelle, Tirritation est à son comble.
Grand nombre de cardinaux, entre autres Bemetti, de la Genga, Ostini, Yanicelli et Simonetti, ont leurs maisons cernées par le peuple et y sont gardés à vue. Pie IX n'avait pu soustraire k cette même captivité les cardinaux Mattei, Lambruschini, Gizzi et Patrizzi qu'en les mandant au Quirinal. Il envoie chercher aussi dans sa
voiture le cardinal de la Geuga par son majordome ; mais ce dernier, poursuivi par les invectives de la populace, n'échappe à d'alfreux dangers que grâce à l'énergie du colonel Salviati, frère du prince Borghèse. îl avait mission de se rendre, dans le même but, chez le cardinal Bemetti ; arrivé à la porte de la chancellerie, dont la civique lui ferme l'entrée, il est couché en joue par les factionnaires et forcé de se retirer.
Le Saint-Père appelle aussitôt au secours de Bemetti le général prince Rospigliosi; ce général obéit, et part accompagné de Monseigneur de la Porta ; mais les rebelles ne respectent pas plus l'autorité militaire que l'autorité religieuse; l'épaulette est aussi insultée que la soutane.
Le général, néanmoins, parvient atiprès du cardinal Bemetti, dont on dévastait les jardins ; il remplit hardiment son message.
Le prélat, ferme et courageux , feint de ne pas croire au danger; il refuse de quitter sa demeure, et cette décision le sauva ; car les armes de la civique étaient chargées ; et s'il fut sorti de chez lui, on l'eût ftisillé à la porte.
Ces scènes durèrent trois jours ; les clubs étaient en permanence ; le ministère Recchi avait donné sa démission. La populace et la civique, maîtresses absolues du pays, demandent qu'à l'instar de Paris, Rome ait un gouvernement provisoire.
Voilà donc où avaient conduit graduellement toutes les généreuses concessions du Pape!... Voilà les fruits merveilleux que devait produire Yarbre de vie, nommé Constitution L„ Les réformes n'avaient créé que le désordre ; et la régénération n'était que l'anarchie.
L'élection des députés avait eu lieu constitutionnellement, et, selon lusage, au milieu des intrigues et de la corruption ; la fièvre révolutionnaire était à son paroxisme. Le célèbre Mamiani, le même que la clémence de Pie IX avait rappelé de Fexil , est chargé de s'entendre avec le noble cardinal Antonelli, une des lumières de l'église, et l'un des plus fermes soutiens du Pape, pour reformer un nouveau ministère. Il présente avec habileté quelques noms honorables ; car son hypocrisie affectait encore la modération. Il
propose d'abord le cardinal Altieri pour chef du cabinet; puis, Gomme ce 4:hoix eut été parfait , il revient déclarer le lendemain à Pie IX que, décidément, le peuple romain ne veut plus voir de prêtres au pouvoir, n exige surtout que le ministère des afiaires étrangères ait les passeports dans sa juridiction et soit entre les mains d*un laïque. En effet, ceci avait le triplé but de (kciliter la rentrée légale de tous les proscrits politiques par la mise en règle de leurs passeports, de faire librement de la propagande à Tétranger, et de commencer la chute du pouvoir spirituel.
Pie 1X9 qui n'était plus que le fentôme d'un souverain, essaya de conserver quelques lambeaux d'autorité. Il demanda que le ministère des affaires étrangères toi divisé ; et il obtint qu'un laïque aurait tout ce qui concernerait les laïques, et un ecclésiastique tout ce qui aurait rapport à l'église.
Ce point convenu, le cardinal Orioli fut choisi pour la première part, et le comte Blarchetti pour l'autre (l). Le ministère, à l'exception d'un seul de ses membres, ne fut ensuite composé que de laïques. Le prince Doria eut le portefeuille de la guerre, Mamiani celui de Fintérieur, le radical duc de Regnano celui des travaux publics ; et, en mai 1848, ce cabinet entra en fonctions.
Les départs de troupes pour la croisade contre TAutriche se continuaient de tous côtés. Le général Laugier, à la tète de fi,obo volontaires Toscans, s'était battu valeureusement à Curtatone et à MorUanara; mais, malgré les exploits de sa petite armée, il avait été mis en déroute à la fin de mai ; MontaneUi, blessé et fait prisonnier à ce dernier combat, avait été transporté dans la citadelle de Mantoue; le bruit de sa mort s'était même répandu en Toscane, et son pays lui avait décerné des services funèbres.
A cette même époque, Michiewicz se présentait devant Blilan avec un fort détachement de Polonais ; Durando, avec ses légions, envahissait la Romagne ; le général Pépé avait quitté Naples avec une armée d'environ 12 à 15,000 hommes; et le 16 du même mois, 4,000 Napolitains, commandés par le général Statella, entraient en vainqueurs à Bologne.
Le colonel LaMasa^ arrivé à Ferrare à la tête de 90 Sicilient
il) On adjoignit à Marchetti un libéral forrené nommé Catabane.
eu Tévoite contre leur roi , prétendait assi<îger la citadelle (1) ; « Trente Normands, disait-il , avaient bien si<[fî jadis pour conquérir le royaume de Naples. » Trouvant donc ses soldats en trop grand nombre devant Ferrare , il en avait envoyé le tiers pour défendre Trévise contre Tarmée autrichienne. La Masa n'eut point alors, il est vrai, le bonheur de prendre Ferrare; mais plus tard , en revanche, à Messine, il y eut Tavantage... de fuir.
Depuis que la République avait été proclamée à Venise , chaque ville et chaque bourg de la Vénitie s'étalent afiranchis du joug autrichien.
Les forteresses de Pahnanova et d*Osoppo , situées sur la frontière de iltalie, du côté de Trieste , étaient au pouvoir de Manin;
La place importante dUdine, du c6té de la Corinthie, avait suivi Pélan général;
A Padoue, à Trévise et à Vicence, il y avait eu les mêmes triomphes ; ^
Et l'ancienne ville des Doges se croyait revenue aux beaux jours de son indépendance : la république y triomphait.
Cependant le roi de Sardaigne, ayant franchi le Mincio, avait brillamment ouvert la campagne. V Italie rouge publiait aux quatre coins du monde qu'une victoîre décisive, au pont de Goito, avait immortalisé ses bannières; et que, devant les trompettes de l'armée piémontaise, courant à la terre promise , Charles -Albert allait voir tomber toutes les murailles de Jéricho, autrement dit Mantoue et Vérone,
Sur les bulletins des triomphateurs, répandus à Rome et à Naples, on lisait les nouvelles suivantes ;
« — L'armée autrichienne a cessé d'être. »
« — Quarante mille prisonniers se sont prosternés devant la « grande épée de l'Italie. »
« — Radetzky, ayant ses deux jambes brisées , a été traîné à « la queue de son cheval aux acclamations de Tarmée. »
o — Mantoue est prise. »
. « — Vérone s'est rendue. »
(I) Cronka popnlar , p. 156.
« — Venise a fêlé ces triomphes par des illuminatioBS merveil- « leuses (1). »
« — On s'est emparé de fous les canons de Tennemi, de toms « ses drapeaux, de tous ses bagages. »
« — Le nombre des morts et incalculable (2). »
Et , toutefois, quelques personnes ayant voulu supfmter le chiffre des morts et des blessés autrichiens, d*aprës les versions publiées, il se monta , en compulsant les bulletins, à 7,850,000. Quel incommensurable triomphe t Où eu avait-on jamais vu de semblable !...
Puis , on annonçait officiellement à TEurope que des armées , incalculables aussi , arrivaient de toutes parts au quartier- général du héros libérateur. Ici partaient 30,000 hommes; là, 40,000; ailleurs, 25,000; plus loin, 60,000; de ce côté, 80,000; de cet autre , 50,000. A droite, un pays tout entier ; à gauche, toutes les populations en masse ; M. de Lamartine envoyait 100,000 hommes à Charles-Albefi«; il l'avait promis au général Pépé (3) ; et tout cela faisait des millions de sabres et de baïonnettes; et tout cela était d'autant plus certain de la vi/çtoire qu'on certifiait en même temps qu'il n'y avait plus d'armée autrichienne. A quoi bon alors tant de forces !
Les narrations des Mazziniens n'étaient cependant pas entièrement fabulenses. Le roi de Sardaigne, en effet, voyait tout réussir au gré de ses vœux ; son armée efiective était montée à 90,000 hommes (4) ; il avait défait les Autrichiens à Pastrengo, il les bat de nouveau à Sainte -Lucie, et ses soldats se couvrent de gloire; l'ennemi va de désastre en désastre.
L'insurrection italienne avait éclaté à la fois du Tessiu à l'Isonzo et du PO aux Alpes. A Came, la garnison avait été forcée
(1) Elle illumina a trois reprises, pour la reddition de Vérone.
(2) Le bulletin imprimé et affiché anonnçant la prise de Mantoue était enrichi d'un sonnet mirifique ; les détails du combat étaient prodigieux ; c'était plus merveilleux que la prise de Troie.
(3) Histoire des révolutions d'Italie, par le général Pépé, p. %t,
(4) La Toscane lui avait envoyé 5 a 6,000 hommes, les Romains 17,000, Naples 15,000, Parme et Modène 3,000, et de partout il lui arrivait des volontaires.
de se rendre^ à Bergame^ elle s'était retirée en toute hâte. Pavie, Crémone et Pixxighattone expuisaùent les Autrichiens. A Monjga, un des hataiUons de Radetzky était prisonnier de guerre ; Bresda faisait capituler ses dominateurs, après leur avoir pris deux généraux et beaucoup d'officiers. Enfin la victoire de Gotto était venue ajouter unepalmedeplus à la couronne des vainqueurs.
Le soir de cette mémorable journée, Charles- Albert apprenait sur le champ de bataille la reddition de Timportante forteresse de Peschiera (1). C'était un immense triomphe. L'armée sarde enthousiasmée , porta aussitôt jusqu'aux nues le nom du libérateur de ta Lombardie vénitienne; et le roi de Sardaigne, au milieu des acclamations des peuples et dé l'armée, se vit sahier roi d'Italie (2).
L'étoile de Charles-Albert rayonnait alors du plus vif éclat ; tout semblait lui présager les plus brillantes destinées ; mais il lui aurait Mu un génie à la hauteur de sa position, et la Providence ne le lui avait pas accordé.
Embarrassé de ses triomphes, il ne sut pas en profiter. Comme de coutume,^ il manqua de fésolutfon. Dés Te Deum furent chantés avec une pompe solennelle, et aucun grand parti ne fut pris. Voyant la fortune rampera ses pieds, il oublia qu'elle avait des ailes.
Les Autrichiens, de toutes parts, battaient en retraite devant lui ; il se crut l'arbitre des destinées de la Péninsule.
La Lombardie était sur le point de se déclarer province piémontaise (3), et la Yénitie allait suivre le même exemple (4), Parme et Modène s'étaient donnés au Piémont ; Charles-Albert y joignait déjà Florence dans le secret de sa pensée ; il lui paraissait évident que la Toscane ne pourrait maintenir sur sou trône une famille autrichienne lorsqu'une guerre d'extermination y était jurée à toute la race tudesque; puis, les états pontificaux arrondiraient admirablement l'empire du moderne César : ne publiait-on pas hautement dans les clubs que le pouvoir temporel ne convenait plus à un Pape du XIX« siècle , et que Pie IX pourrait fort bien se contenter de
(1) Peschiera canifula faute de vivres.
(2) Histoire de Vinsutrection et de la campagne d'Italie en 1848, p. 81.
(3) Cela eut lieu le 13 juin 1848.
(4) Les députes de Venise arrivèrent à cet eifet le 14 juin.
révècbé de Rome, avec d'immenses revenus que lui paierait le conquérant de la Péninsule t Ensuite, ne pourrait-on pas descendre vers Naples ? La Sicile appelait à grands cris une royauté' nouvelle , et Ton pouvait insurger les Calabres. Oh 1 le merveilleux pays de Ferdinand n serait le complément indispensable aux triomphes de l* Alexandre en espérance et du Napoléon en germe... Hélas t sur un cadre plus vaste, tout cela rappelait la Perrette du bon La Fontaine ; Radetzky, toute fable à p^rt, allait casser le pot au lait,
Charles-Albert était en ce moment à Tapogëe de sa gloire ; mais ce n'était point pour donner des palmes à un roi que les hommes de la république avaient soulevé l'Italie. Mazziui et les siens étaient là. Partout il s'organisait des gardes nationales ; et chacun se faisant soldat, il en résultait que personne ne Pétait réellement plus. Ces parodies d'armées où tout individu devenait, sans droits, sans peine et en peu d'instants, capitaine, colonel et général, ruinaient le vieil esprit militaire et dégradaient les vraies épaulettes.
Pendant ce temps, la presse roûge, au lieu de seconder les efforts du roi libérateur, ne s'occupait que de l'avenir des démagogues triomphants. L'armée était insultée comme instrument despotique ; Charles-Albert était honni comme tyran militaire. On ne parlait que d'égalité et de fraternité ; il n'était plus question de monarchie et d'héroïsme. Une guerre sourde est impitoyablement déclarée à l'aristocratie des victoires qui tendrait à élever un grand souverain au lieu de fonder une grande république. L'aberration est dans les idées, la perversité dans les cœurs, et l'aveuglement est partout.
Milan , secrètement travaillée , s'indigne de la pensée que Turin pourrait devenir la capitale future du héros piémontais. Elle s'écrie superWment : « Qu'avioru-nous besoin de cet homme ! nous nous suffisions à nous-mêmes ! »
Le pays lombard ne se selre plus autour de Charles-Albert ; Pie IX avait abandonné sa cause. Les journaux continuent leurs attaques ; ils s'efforcent de donner un coup mortel à la force.militaire en y tuant la discipline. Charles- Albert était loin d'avoir assez de caractère pour pouvoir à la fois imposer silence à la presse , résister aux orages de la révolution et braver les hasards de la guerre. Sa tète
se perd au milieu du dSsordre des esprits se joiguaiit au tumiiUc des camps ; et déjà p&Ut son étoile.
Néanmoins, Vienne eifrayée, lui proposait la paix ; à cette époque, et dans la triste position où se trouvait cette capitale , elle eût accordé rinàépendance de la Lombardie au prix de quelques sommes d'argent ; elle se ferait contentée de la Vénitie ; et le traité eût été glorieux pour le roi de Sardaigne; mais ces propositions indignaient Mazzini , elles furent dédaigneusement repoussées.
Charles-Albert avait reçu tous les renforts qu'il pouvait espérer. On attendait à Nice le fameux Garibaidi , vaillant flibustier, s'étaiH octroyé lui-même les paillettes de général , et arrivant d'Amérique avec une centaine d'aventuriers qui avaient combattu près de lui à Montevideo. L'armée sarde était au grand complet. Au lieu de profiter de ses brillants débuts en attaquant vigoureusement les Autricbiens démoralisés, en passant rapidement l'Adige et en profitant des avantages que lui oflraient la Véi)itie et rescadre sardovénitienne» Charles- Albert^ perdant un temps précieux à assiéger des forteresses^ resta inactif devant Mantoue. Assise au milieu des eaux et des marais, cette place était imprenable.
Mais parmi les puissances coalisées, quel était le plan de campagne? Devaient-elles toutes combattre dans l'inti^rèt du roi de Sardaigne, ou chacune pour son compte particulier ? Agirait-on de concert avec Charles- Albert ou isolément de ses vues? Serait- on armée indépendante ou troupe auxiliaire? A quelle haute suprématie se ferait-on une loi d'obéir?
Les Romains, les Toscans, les Siciliens, les Modenais, les Napolitains, les Parmesans, les Vénitiens, voire même les gens de Monaco, devront-ils entrer dans la même catégorie, adopter la même marche et jouer le même rôle ? Mais parmi ces allies de divers genres, il est des chefs qui ne voudront pas plus se soumettre à la domination sarde qu'à la tyrannie autrichienne ; il est des âmes monarchiques qui ne consentiraient point à renverser les vieilles institutions du pays pour des innovations équivoques. Charles-Albert s'iraagiuerait-il que les petits souverains de Tltalie n'auront pris K>s armes que pour lui faciliter les moyens de réunir leurs couronnes à la sienne? N'est-i pas d'ailleurs , fortement soutenues par Mazzini , des opinions républicaines qui ne veulent de rois nulle part? Comment harmouiscv
cette confusion de notes l Gomment concilier tant d'exigences opposées!... Quel ténébreux chaos à débrouiller !... Comment enfin circuler au milieu de cet inextricable labyrinthe, où il se trouvera tant de Minotaures pour dévorer et pas un peloton de fil pour conduire !
Et en admettant que les Autrichiens fussent à tout jamais expulsés, au profit de qui ce grand œuvre? Que faire de la Lombardie? Que fera-t-on de la Péninsule tout entière ? La fameuse unité italienne est-elle dans les choses possibles?
D'abord Milan ne voudra pas être une succursale de Turin • Palerme a bien eu la prétention de se séparer de Naples ;
Gènes la superbe est trop haut placée pour ne pas aspirer à secouer le joug de la métropole sarde ;
Florence a trop de dignité pour descendre à être la vassale de Rome ;
Modène, pleine de dédain -pour Bologne, rougirait d*être placée au-dessous de Parme, qui , de son côté , repousserait avec indignation ridée d'être commandée par la couronne de fer ;
Livourne. est une trop grande notabilité commerçante pour ne pas ambitionner d'être port franc eiville libre ;
La république de Saint-Marin ne saurait être incorporée à un état monarchique;
Monaco, venant de se donner une charte fondamentale, devra nécessairement rester puissance constitutionnelle à part ;
Et Mantoue l'imprenable ! est-ce qu'elle n'aurait pas le droit de se poser en cité de première classe?
Nice ne devrait réellement dépendre ^e d'elle-même;
Et Venise ! est-ce qu'elle pourrait entrer dans une organisation générale autrement que comme indépendante de tout royaume?
Ne faut-il pas que chacune de ces villes soit une capitale , en dehors de toute rivalité voisine? Comment fusionner ces masses de vanités, se levant toutes furieuses à chaque impardonnable attentat contre leur souveraineté réciproque? Quelle Babel en construction I
Évidemment , l'accord général de l'Italie, à la suite de son affranchissement, serait un combat à outrance entre tous les pays délivrés.
Ces mûres réflexions auraient dû précéder les armements patriotiques; il eût été sage et raisonnable de méditer avant d'agir; mais la sagesse ! la raison î bagatelles insignifiantes, vertus éminemment
rétrogrades. On dut s'abstenir de penser; les objections fiirent regardées comme anti-patriotiques.
cr Aux armes i aux armes ! » continuait à crier l'enthousiasme public ; et, tout à la guerre sacrée, sans tenir compte de ce qui existait avant, on ne combina ni ce qu'on devait faire pendant ni ce qu'on ^siurait à résoudre après. On partit en coureurs d'aventures; et, sur l'océan des hasards, à travers des écueils sans nombre, l'impossibilité fut le but, l'extravagance le pilote, et le vertige la boussole.
Des plénipotentiaires de Florence et de Naples avaient néanmoins été envoyés à Rome pour traiter de Va/oenir italien ; mais Charles- Albert, par Porgane de son ministre Pareto, s'était contenté de répondre ces mots superbes :
« Nous penserons à des traités quand nous aurons obtenu des victoires* »