RE HAE
grotte plus jolie que le palais de l’empereur ronain : c’est la grotte d'Azur.
Si l’on jette maintenant ses regards à droite, si l’on parcourt de droite à gauche l’autre partie de la circonférence que forme la baie de Naples, on a tout d’abord le quai et la promenade de la Chiaja. Située sur les bords de la mer, plantée de chènes et de palmiers, ornée de statues, éclairée le soir de mille feux (grâce à l'entente parfaite qui existe entre la corporation et la compagnie du gaz), fréquentée par un peuple innombrable, la Chiaja est la promenade favorite des Napolitains qui vont y entendre, le soir, les sua.
ves harmonies d’une misique militaire et respirer à pleins pcumons l'air frais de la mer.
Au delà de cette promenade est le promotoire de Pausilippe (Sillery), célèbre par son tunnel de 2,300 pieds pratiqué au temps d’Auguste, Audessus de ce tunnel ec près de son ouverture est le tombeau de Virgile. C’est là que le poête romain a composé ses Eglogues et ses Géor giques ; c’est là que suivant son désir, ont été déposées les cendres du cygne de Mantoue.
D: Pausilippe à Pouzzoles (de
Sillery à la station St-Henri; :sur :
l'Iutercolonial}, on traverge‘anter-:
rain volcanique ; d'abord Bagnoli, ancien cratère de volcan, puis Je lac Agnano qui occupe lui-même la place d’un volcan éteint, puis Pisciarelli avec ses eaux thermales à 55, enfiu Solfatara, dont le sol tremblant sous les pas du voyageur, laisse échapper des fumeroles qui dans la nuit ‘noire se transforment en lueurs étranges !
Après Pouzzoles, petite ville de quinze mille âmes, vient le cap bien connu de Misène, près duquel Lucullus, Auguste, Néron, Tibère avaient de magnifiques villas. Là finit à la station St-Henri) la terre ferme, mais faisant suite au cap de Misène, il y a les deux iles de Procida et d'Ischeria qui continuent la circonférence {entre la station St- Henri et St-Gervais) sans la termi uer, car entre la dernière de ces îles
et celle de Capri, il y a une distance de trois lieues ; c’est tant naturellement l'entrée de la baie de Naples.
Et maintenant à l’arrière plan de ce tableau enchanteur (entre l’église de Beauport et la chfñte Montmorency, à égale distance de l’une et de l’autre, mais un peu en: arrière, à denx milles environ du rivage) placez le Vésuve sur sa large base, mésurant une circonférence de sept lieues, le Vésuve, haut de 3,800 pieds et dont le sommet Jance vers le ciel un jet continu de blanche fumée ; élevez jusqu’à travers les nues les pics sourcilleux des montagnes de la Campanie, inondez cette scène des plus purs rayons du soleil d'Italie, que les vents y apportent tous les parfums de la plus exubérante végétation, les senteurs embaumés des orangers en fleur, le chant des oiseaux, le murmure des ruisseaux, et pour peu que vous ayez une âme italienne, laissez sans crainte s'échapper ce cri du cœur :
Vedi Napoli e poi muori !
Mais si vous restez Canadien demandez à revoir ce vieux cap Diamant où
Perché comme un aiglon sur le haut proj {montoire
Baifrnant: seé pieüs de roc dans le fleuve OMR EU “en [géant, Québec'a vu briller, rymbole d:'8a gloire,
L'éclatante splendeur de son vieux drapeau $ [blac,
Il manque au panorama de Naples ce fier granit dont la masse puissante élève jusqu’aux nuages sa tête couronnée d’une inexpugnable forteresse et qui reçoit tous les jours les derniers rayons du soleil courhant.
Québec et Naples ont plus d’un point de ressemblance, vous avez du vous en convaincre vous même par la description que je vous ai faite de la ville italienne. Le panorama de Naples est peut-être plus grandiose, parce que les horizons y sont plus étendus ; celui de Québec est certainement plus joli, plus varié et surtout mieux ordonné. A Naples, c’est le Vésuve qui domine; l4 ville elle-même est reléguée au second plan. Que le Vésuve s’irrite et Na-
ee
ples tremble, car c’est la mort que vomit le volcan. Sa brûlante lave détruit les cités, engloutit les villages et coule la mort dans «es sillons où la plus luxuriante des végétations entretenait la vie.
C’est précisément là
Où Naples dort près de son onde heureuse Le front chargé de débris et de fleurs !
Ici, c’est la vieille cité de Champlain qui domine le paysage tout entier et qui occupe dans le tableau une place que le Vésuve fait perdre à Naples. Un fleuve coule à ses pieds gt comme un ruban qui se détache de la ceinture d’une jeune beauté et qui flotte au gré des vents, la petite rivière St-Charles ondoyé à ses côtés, et rattache les faubourgs à la ville qu’elle sépare des pittoresques villages de la rive nord.
Québec n’a pas, comme Naples, une épée de Damoclès continuellement suspendue audessus de sa tête et cependant le souffle dela brise lui a:porte parfois les échos d’un lointain grondement, mais c’est le bruit de cette autre rivière qui se précipite, torrent furibond, d’une hauteur de 240 pieds. La vapeur qui s'élève audessus de l’abime n’est pas à craindre : nese colore-t-elle pas aux rayons du soleil de tous les feux du preus et n’offre-t-elle pas à toute
eure du jour la fidèle reproduction de cet arc céleste que Dieu donna comme signe d’ailiance entre la terre et lui? Et puis, n’avons-nous pas comme cadre au magnifique tableau que nous voyons de la terrasse
rontenac ou des bastions de la citadelle, n’avons-nous pas les cimes variées des Laurentides, la poëtique île de Bacchus ‘île d'Orléans), avec ses pimpants châlets, les falaises de la côte sud avec cette ceinture de forts que les fils de Mars ont échelonnés de distance en distance sur les hauteurs de Lévis la cité rivale, pour mieux défendre la nôtre ? Et ° ne mentionne ni les plaines d’A-
raham, ni les délicieuses campagnes du Cap Rouge et de St-Foye, ni mille autres beautés qu’il serait trop long d’énumérer mais qui toutes vous sont connues. En vérité,
Sue ue
je ne changerais pas Québec pour aples ; que celle-ci présente le plus beau panorama de l’Europe : soit, va bene ! mais du monde ? je n'en suis plus.
J'ai parlé un peu trop longuement peut-être de Narles et de sa baie si en renom : c'était mon devoir, Mesdames et Messieurs, puisqu'il s'agissait ici de la merveille par excelleuce de l'Italie. Avant de quitter cette vieille capitale de l’ancien royaume de Naples, laissezmoi vous proposer deux promenades que fait tout voyageur visitant ces contrées : l’ascension du Vésuve et uue excursion à la grotte d’azur dans la charmante petite île de Capri.
’ascension du Vésuve est maintenant la chose la plus facile du monde depuis qu’un chemin funicu laire vous conduit à quelques cents pas seulement de son cratère.
Nous partons d Naples à 94 heures du soir, car il est préférable d’aller étudier le volcan. alors que son sommet se couronne d’une gerbe lumineuse et qu’il lance au milieu
de la nuit noire sa colonne de flam-
mes, de matières incandescentes. de scories rhauffées au rouge blanc.
Deux cnevaux sur une voiture nous conduisent jusqu’à Résina, au pied du Vésuve ; là, nous ajoutons uu aatre cheval et nous commençous l'ascension de la montagne.
Le Vésuve, je l’ai dit, s’élève à 3,800 pieds audessus du niveau de la mer. Il se compose de deux parties parfaitement distinctes : 10 la montagne proprement dite, dont la base mesure sept lieues de circonférence et qui s’élève à une hauteur de 2,500 pieds ; 20 le cône de cendres qui s’appuye sur la montagne propre ment dite et qui de cette altitude de 2,500 pieds s’élance vers le ciel jusqu'à 3,800 pieds, mésurant ainsi pour son propre compte une hauteur de 1,300 pieds. Le cône de cendres forme donc le tiers de la hauteur totale du volcan. Cette particularité est propre au Vésuve, car dans la plupart des autres volcans cette proportion entre la hauteur du cône de cendres et la hauteur totale, au lieu
d'être de 1 à 3, comme dans le ras |
actuel, est généralement de 1 à 10, de ? à 15 et même de 1 à 22.
Les voitures ne gravissent que la montagne pr'prement dite et par
uu chemin qui serpente à travers les |
coulées de lave que les différentes érupuons ont accumulée sur les flancs du Vésuve.
\u pied de la montagne, à l’en— trée du chemin, notre voiture est immédiaternent entourée par une dongaine d'individus à mine plus ou moins suspecte, parlant avec une volubilité extrême, gestirulant sans relâ‘he et brandissant de temps à autre une espèce de bâton que l’obsecurité nous empêche de voir parfaitement: est-ce un tomohawk, ur casse-tête quelconque ou le calumet de la paix? J'étais à me demander ce que nous voulaient ces ban‘its, quand soudain une vive clarté 11lumine la route: l’un des bâ'ons italiens venait de prendre feu et se transformait en torche résineuse et* le bandit qui en était armé devenait un iuoffen if guide, demandant de nous accompagner, nous suppliant de laisser éclairer notre chemin, à raison de 50 centimes (10 sous) pour l’excursion. Va bene ! Dix autres flainbeaux projettentimmé“iatement sur la montagne eur tréemblottante lumière, et dix autres porteurs d2 torches veulent partazer la bonne fortune de leur compagnon. C'est à grand peine que nous parvenons, non sans avoir employé les menaces, à nous débarrasser de cette troupe inutile.
Ua peu avant d'arriver au cône de cendres on passe une auberge bien connue, celle de l’Ermitage San Saivatore, où d’ordinaire s'ar— réte le voyageur qui veut goûter au céièbre Lacryma Christi, nom que l’on donne au vin provenant des vignes cultivées au pied du Vésuve.
Deux heures ou deux heures et
quart après Le départ de Résina on |
atteint le pied du cône de cendres où se trouve la station inférieure du chemin funiculaire.
Il nous reste encore uns ascension de 1300 pieds à faire sous un angle
mouvant qui cède sous les pas du
| voyageur, C'était autrefois la plus
fatigante partie du trajet et on mettait généralement $ d'heure ou nne heure à la nar-ouri: ; mais, cette année même, sous le nom de chemin luuiculaire, on a construit sur les parois du cône de cendres un véritable ascenseur, comme nous en avons un ic, à double voie, sur l'une desquelles une voiture monte au Vésuve, pendant que sur l’autre une seconde voiture en descend. I!
y a cette différence entre l'ascenseur du mont Vesuve et celui de la terrasse Frouteuac, c'est que ce dernier moute et descend sur deux rails tandisque celui du Vésuve ne marche que,sur un rail unique, central, Ici, la chambre montante est tirée par uue seule corde, attachée an centre de sa partie antérieure ; là bas, deux cordes fixées aux deux extrémités de la voiture aident à la maintenir en équilibre pendant qu’elle monte ou qu’elle descend sur son rail unique.
Huit minutes au plas suffisent au trajet de la station inférieure à la supérieure, lLl'e distance en distance brille le jet resplendissant d’une lumière électrique ; il y en à cinq qui se partagent ainsi l’espace entre les deux stations et deux autres au pied du cône de cendres illuminent la terrasse sur laquelle est bâtie la gare inférieure.
e chemin funiculaire ne gravit que les trois quarts de la hauteur du cône de cendres, de sorte qu arrivés à la station supérieure nous ne sommes pas rendus au cratère ; il nous reste encore quelques cents pieds à escalader, c’est l’affaire de cinq à dix minutes.
Le cra'ère du Vésu\e ne présente pas toujours le même aspect ; chaque éruption quelque peu considérable du volcan en change naturellement la forme. En arrivant au cratère dans la nuit du 10 au 1 juillet deruier, à deux heures et vingt minutes du matin, de suite je me dirigeai vers la cheminée du volcan, plus particulièrement connue sous le nom ae cône d’éruption. Des bords du
cratère on voit da béante ouverture de 50 dégrés et dans un terrair | d’où s’échappent les fumées de souf-
rm
Les
made mr | gagne hot mé +
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Îre, la vapeur d’eau et les cendres énflammées. Une én rmé échancrure survenue dans les bords du cratère menage une ouverture jnsqu’an pied du cône d’éruption. Le sol est brûlant et gronde sous nos pas, l'oreille perçoit distinctement des rumeurs étranges; on dirait le bruit de soûfilets énormes cachés dans les entrailles de la terre et mus par ces géants d’un autre Âge qui eutassèrent un jour Pélion sur Ossa.
C'est le volcan qui respire. Ecoutous |! ure sourde expiration mar:ue le premier temps ; plus bruyante, plus rapprochée de la surface, une nouvelle expiration indique une seconde phase; enfin, et c’est le troisième temps de ce mouvement respiratoire, une explosion éclate et du cratère en feu jaillissent les scories incandescentes. Cette troisième expiration les lance dans les airs, à une hauteur de 30 à 40 pieds, d’où elles retombent en paillettes de feu, pendant que le volcan recommence dans les profondeurs de ses abimes le premier temps d’un nouveau mouvement respiratoire
Voilà ce que l’on voit à 3,800 ieds au dessus de l'onde azurée de a baie napolitaine. Pendant deux heures j'ai écouté ces mystérieux grondements, pendant deux heures j'ai contemplé dans une muette admiration cet étonnant spectacle, et lorsque les premières clartés de la faissante auvore me permirent de distinguer les objets environnants et de retrouver, au pied du Vésuve, les endroits où furent Herculanum, Stabiae, Pompéi, par la pensée me rapportant à dix-huit siècles en ar rièle, je vis le volcan dans toutes les horreurs de cette éruption gigantesque, lancer à neuf mille pieds dans les airs les jets continus d’une brûlante vapeur, des torrents de cendr»s, une lave dévorante, des pierres Calcinées. la dévastation et la mort, et tout cela retomber en pluie de feu sur une population surprise au milieu de ses plaisirs, affolée par la peur, trouvant la mort en voulant l’éviter et périssant sous les couches amoncelées de cette pierre en fusion.
Mais voici qué le soleil se lève et nous promet tin beau jour. Quittons le Vésuve et profitons de ce temps magnifique pour courir à la Grotte d'Azur, située dans l’île de Capri, à l’autre extrémité de la baie de Naples. Il nous faut pour cela une mer calme que ne soulève pas le souffle des vents, car l’entrée de là grotte est si étroïte et si basse qu'il devient impossible de la franchir lorsque la mer est trop agitée. C’est dans le paroi à pic qui regarde Naples ge se trouve la fametise grotte. Baissez vos têtes, étendezvous au fond de la petite chaloupe
endant que le flot la pousse et lui ait franchir l’ouverture.
Le passage subit de la pleine Îumière à la demi-obscurité qui règne dans la grotte vous empêche tout d’abord de ne pouvoir rien distin-
uer, mais dès que votre œil s’est
abitué au nouveau milieu dans :equel vous êtes, les objets prennent une forme et la grotte vous apparait telle qu’elle ést. Sa longueur est de cert cinquante pieds, sa largeur de cent pieds; elle présente ainsi une forme elliptique. La voute s'élève à 40 pieds ardessus de vos têtes et les flots qui bercent votre nacelle mésurent une profon:
deur de cir.,uante pieds.
Mais cela n’est rien, Ce qui caractérise la célèbre grotte et l’embellit aux yeux des voyageurs c’est cette ravissante teinte aznrée qu:
l’on y voit partout, Les flots sout complètement bleus et par un phénomène étrange, par un jeu de lumière admirable, tous les olijts qu'on y plonge paraissent argentés, du moins dans leurs parties qui r'egardent l’ouverture de la grotte. Le bois des avirons au contact de cetlè eau merveilleuse devient de suite une masse d'argent. Le corps bruni des Napolitains n’échappe pas à ce curieux effet de la réflexion de la lumière péuétrant dans la grotte par l’étroite ouverture qui donne sur là mér. Pour quelques centimes uu panne se prévipite dans cette onde
arfaitement tleue, bleue comme
’azur le plus foncé du ciel, et, illüsion charmante, le coros du na-
eur se transforme en vne statue
’argent : la partie tournée vers l’ouveriure de la grotte resplendit du plus pur éclat métallique, celle qui regâtde le fond de la caserne reste parfaitement sombre, presque noire, ainsi que la tête qui se trouve hors de l’eau.
C’est entre dix heures du matin et une heure de l'après-midi, alors que le soleil est à sa hauteur, que ce phénomène.se reproduit avec le plus d'intensité. C’est aussi le temps que choisissent les. touristes pour aller sdmirer cette féerie de la baie de Naples et visiter quelques autres grottes que possède l’île de Capri.
… Aux jours de sa granteus lorsque l’antique cité fondée par Romulus commandait en souveraine et dictait des lois aux peuples qu’elle avait conquis, on voyait ses préteurs et ses consuls, ses poètes el ses emereurs déserter la capitale du mon à et venir à Naples pour y jouir,
ndant la belle saison, au milieu des délices de leurs royales villas, de toutes les beautés dont je viens de vous donner une bien faible dessription. Et pourquoi cette exode ?
£st-ce que Roms ne possédait p s dans ses environs des beautés nalturelles dignes d’être chantées par ses oètes ou admirées par ses grands ommes? Pourtant oui, et bien qu’ils soient inférieurs aux enchantements de la baie napolitaine les paysages des environs de Rome ont trouvé des admirateurs sincères.
Horace a chanté les campagnes romaines; Agripya,Auguste, Adrien y ont laissé des souvenirs de leur passage ; Horace, Mécène, Ciceron yavaiënt de FUDArÈSe villas. Aujourd’hui encore, à vingt ef un milles des portes de la ville éternelle, dans la direction des montagnes de la Sabine, on retrouve dans l'ancienne Tibur le lieu de délices desromains.
C’estle plus joli endroit des environs de Rome.
Un tramway y conduit les voyageurs. [L'ancienne Tibur a perdu son : om ou du moins l’a échangé contre celui de Tivoli. Bâtie sur le versant occidental des montagnes de l4 Sabine, cette petite ville, qui
campte à peine sept mille âmes, doit sa renommée à la beauté de son site et à la richesse des souvenirs que lui ont legués les siècles qui ne sont plus.
Sur les confins de Tivoli, au septentrion, le terrain se creuse en un vaste entonnoir, que couronnent les bosquet: de la montagne, ses villas et ses riches vignobles, et où comrence celte vaste plaine qui s'étend jusqu'aux portes de Rome. A peine aussi considérable que notre petite rivière Jacques-Cartier, l’Anio, le célèbre Anio que es poètes ont chanté, arrose de ses eaux limpides cette charmante contrée. Tl serpente d’abord sur les hauteurs de Tivoli, une pente rapide l'invite à desceidre jusque dans la plaiue : il sy précipite. Mais la main de l’homme l’arrête dans sa course pour en utiliser le pouvoir. Ses ondes alors se divisent et, furieuses, elles bondissent ici de cascade en cascade jusqu’au fond de la vallée ; là bas, elles disparaissent dans un gouffre entr’ouvert, se creusent dans le fleuve de la montague de mystérieuses cavernes et réparaissent pour reprendre plus tranquilles leur course iuterrompue.
Comme vous pouvez le voir, l’Anio fait des siennes. Voici d'abord la grande cascade d’où s’élance d’une hauteur de cent pieds environ le large filet d’eau qui sort du double tunnel pratiqué dans lemont atillo :
c’est l’Anio lui-même qu’on a détourné de sa course et auquel on a donné cette nouvelle direction pour lui trouver dans le roc un lit ptus résistable Plus loin, c’est l’ancienne cascade qui creuse à ses pieds la grotte de Neptune et celle des Syrènes, gouffres splendides qui engloutissent l’Anio et le rejettent bouillonnant à travers les rochers.
Puis, dans cette villa superbe, l’ancienne propriété de Mécène, on entend le grondement des cascatelles qui dominent les bruits de la forge construite sur l'emplacement mème où jadis s'élevait la somptueuse demeure du favori d’Auguste.
Dominant ce joli paronama, bâtis sur la pointe d’un rocher audessus de la cascade, voiei les deux tem-
LA
ples de Vesta et de la Sybiile. Platés sur le bord même du gouffre tréusé par l’Anio, ces ruines d’urie autre énoque, témoin des antiennes splendeur: romaines, nous apparais sent, à travers les siècles, comme œette sentinelle en faction, immobile devant les tombeaux, et qui attend au fond'desa froide guérite qu’on vienne la relever de ses devoirs.
Voïlà Tivoli. Faites abstraction des souvenirs historiques, mettez de côté ses vieilles ruines pour ñe vouteñiplér que les beautés naturelles de l'ancienne Tibur ; il vous reste’ alors un chärmant paysage, mais ceux qui connaissent la ravissante petite rivière qui sépare la paroissé Ste Anne de la paroissé St Joachim, ceux qui ont pu admirer ses sept chûtes et sa grande cascade, ceux là ont vu un spectacle qui re le cède en rien à celui de Tivoli. des beautés dont s'énorgueil.
liraien, et avec räison la plus fière des cités italiennes.
Au commencement de ve siècle, Chateaubriand visita Tivoli, et dans les pages brillantes que nous a lais sées ce peintre de la nature nous avons uue description très détaillée des beautésde cette ville. J'y aitrouvé un passage qui m’a frappé. Il est si court que je ne puis résister à la tentation de vous le citer tout entier.
« Mon déjeuner fini, dit Ghatean-
« briand, on m'a amené un guide et
v je suis allé me placer avec lui sur ‘le pont de la cascade : j'avais vu « la cataracte du Niagara.»
Voilà tout ce que dit Chateanbriand de la grande cascade de l'Anio. Il me semble le voir encore debout sur le pont ; à ses côtés, lu guide sabin lui vante la merveilleuse cascade, les beautés du panorama, la magnificence du ciel d'Italie et tout cela avec cet entrain, cette chaleur, cette richesse d’expression que le Cernier des Italiens sait trouver dans la plus harmonieuse des langues. Chateaubriand a du alors d’un coup d'œil embrasser de nouveau tout le tableau qn’on lui vantait, puis se tournant vers le guide, l’énveloppant d’un regard de pitié, lui jeter cette phrase que deux
heures après il écrivait à un de ses amis : J’ai vu la cataracte du Nia< gara ! |
Si ie guide ne l’a pas Comprise, nous savons, nous du moins, ce que vent dire cette simple, observation du grand écrivain, et ce témoignäge spontané donné à la supériorité de nos paysages par cet illustre étranger qui a visité les deux mondes, proclame et mieux que ne peuvent le faire toutes les assertions des voyageurs nos compatriotes, que les en- .
ants du Nouveau Monde n’ont à envier pour leur pays rien des beautés naturelles les plus vantées de la vieille Europe.
C’est l’impression que m’a laissée cette comparaison, qu’involontaire+ ment peut-être, mais qu'invincible-
. ment fait et doit faire tout voyageur
entre les pays qu’il visite et celui jui lui a donné Îe jour.
Comparez par exemple les fleuves de l'Italie aux nôtres. Les fleuves italiens ne sont plus que des rivières et les rivières deviennent des ruisseaux. Le PÔ, qui se jette dans l'Adriatique, a un cours de 312 milles ; l’Adige est un fleuve de 225 milles et le Tibre, ie Tibre aux ondes d’or, en mesure 187. Ces trois fleuves, les plus grauds de lItalie, mis les uns à la suite des autres, donnent une longueur totale de 724 milles. Notre rivière des O:taouais a, elle seule, 600 milles de long.
Parlerai-je du fleuye St-Laurent qui mesure plus de lieues que, réunis,
"les trois fleuves les plus longs de
RE ne peuvent compter de miles ?
Voilà, quant à leur longueur comparative, ce que sont les fleuves de l'Italie. Si on les juge maintenant au point de vue des facilités qu'ils offrent à la navigation, de la RAR de leurs eaux, de la impidité de leurs ondes, oh ! alors, debout sur l’un des ponts qui traversent le Tibre, cu qui relient entr'elles les rives du | à, de l’Adige ou de l’Arno, le voyageur canadien peut, sans crainte, comme Chateaubriand sur le pont de la cascidé @e Tivoli, jeter à ces ondes boueusés qui coulent sans majesté
{Te
dans un lit retréci, ce, mot qui résume ses justes préférences : «J'ai vu le St Laurent :»
Voïci d’ailleu's ce que Chateaubriand 1 ‘i-même pense du Tibre :
« Quant au Tibre qui baigne cette « grande cité (Rome) et qui en par- « tage la gloire, sa destinée est tout- « à-fait bizarre. Il passe dans un « coin de Rome comme s’il n’y était « pas ; on n’y daigne pas jeter les « ÿ ux, on n’en parle jamais, on ne « boit pas ses eaux, les femmes ne «s’en servent point pour laver ; il se « dérobe entre te méchantes maisons « qui le cachent et court se précipiter « dans la mer, honteux de s’appeler «le Fevere.»
Comparons les lacs maintenant.
Le lac Majeur a 48 milles de long, celui de Côme 36 milles, celui d’Isée 17 milles et celui de Trasimène 9 milles. Ce sont là les quatre plus grands lacs de l'Italie, mesurant ensemble 110 milles en longueur Voyons les nôtres.
Le lac Lntario, le plus petit de nos grands lacs, mesure à lui seul 210 milles de long, c'est-à dire à peu près le double de la longueur des quatre plus grands lacs de l'Italie, et nous avons en outre les lacs Erié, Huron et Supérieur. Or, ce dernier a une longueur de 360 milles, une largeur de 14” milles et un circuit de 1500 milles ou 2000 kilomètres.
Il ne faut pas croire toutefois, Mesdames et Messieurs, que l’Italie n'offre point des paysages enhanteurs. Ce que je vous ai dit de cette contrée vous prouve tout le contraire, mais Ce que j'aime à vous faire comprendre, c’est que, en fait de beautés naturelles, vous ne trouverez nulle part un pays qui puisse en offrir de plus variées que les nôtres: Nulle part ailleurs. Dieu n’a répandu plus à profusion les munificences de sa droite.
On a vanté et l’on vante encure la beauté de l'Italie. Savez-vous en quoi elle consiste ?
« Les plaines, quand elles sont vertes, dit un écrivain, ont toutes une certaine ressemblance, soit en Belgique, soit en Bavière, soit en Angleterre. Une allée de peupliers
qui frissonnent dans la Jumiëre, a leinêre. aspect en Flandre et en Normandie. Un bois touffu, étincelant de pourpre et d’or au coucher du soleil, offre le. même spectacle sur les. bords du Rhin et:dans le Devonshire,
«Mais l'Italie a une physionomie Li luï-est propre : elle ne ressemble
rien autre chose. Ses aspects sont, pour certains esprits tristes, étran-— ges, désolés, pénibles même. D'autres les trouvent beaux, con:olants, délicieux comme des rêves. Dans tous les cas, ce qu’ils ont d’absolument particulier ne se trouve nulle part ailleurs. Ils vous font sourire, ou ils vous font soupirer : à côté de ces paysages, ceux des autres pays paraissent muets èt sans âme.
«Ce n’est pas l'intensité, c’est la
, transparence de la couleur qui en
fait le charme, car ce que Dante appelle bianco aspetto reflète toutes les couleurs sans en avoir aucune qui lui soit particulière. »
Cette transparence est précisément ce qui fait la beauté de notre ciel canadien, et c’est ellc: qui donne à nos paysages si r:nommés ce merveilleux éclat qui éblouit tous les étrangers visitant notre pays.
Apiès une traversée assez ora— geuse, le vaisseau qui nous ramenait entra enfin dans les eaux du Saint-=aurent et le dimanche av soir, cinquième jour de septembre dernier, nous pûmes voir pour la première fois depuis dix jours le coucher du soleil Nous venions de quitter Rimouski. Jamais de ma vie je n’oublierai le magnifique spectacle qui se présenta alors à notre vue. Le décrire est impossible.
Plus d’une fois, en Italie, j'avais contemplé avec admiration le coucher du soleil, mais jamais, non jamais, l’astre du jour v’offrit à mes yeux des splendeurs comparables à celles qu’il nous envoyait alors avec ses derniers rayons. Passagers et hommes d'équipage, tout le monde était sur le pont et tout le monde était dans le ravissement. Au-dessus de nos têtes, un.ciel admirable.
d’un.bleu desaphir, d’une limpidité.
merveilleuse. Un souflle léger court
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