‹ L'Italie sous la domination autrichienneChapitre 11 sur 28 · SECTION PREMIERE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIERE

Obstacles suscités aux littérateurs , aux professeurs , aux éditeurs , aux étudiants , etc.

§ 87. L Littérateurs en général, a. — Tous les. journaux ont rapporté le célèbre discours adressée en 1820, par S. M., aux professeurs de Lubiana, et dans lequel il leur disait en peu de mots qu'elle avait besoin de sujets fidèles , et non de lettrés.

§ 88. b. — Rien n'est plus remarquable que la circulaire suivante, du 17 mars 1818, où le gouvernement de Milan dit aux délégués provinciaux :

ce Par ordre exprès de son excellence M. le <c comte, président de l'I. R. ministère suprême

« de police et de censure, les délégations T. R. sont « averties que, lorsque des savanls et des éditeurs « d'ouvrages imprimés s'adresseront à elles pour <c les prier de souscrire pour ces ouvrages et de « s'iutéresser à leur propagation, elles devront <c refuser toutes les fois que les demandes n'auront « pas été prises en considération par les autorités <c supérieures, et notifiées aux congrégations, « dans tous les cas particuliers.

« De telles demandes incompétentes devront <c être renvoyées aux pétitionnaires par la voie « de la police, qui leur fera payer les frais occa- « sionés par leur renvoi. »

§ 89. c. — Pendant l'existence du royaume d'Italie, toutes les fois qu'il paraissait un ouvrage utile et d'un auteur célèbre , on en achetait tantôt 5o exemplaires, tantôt 1 00 , souvent même un plus grand nombre , et on les distribuait gratis aux principaux employés : ainsi , dans l'espace d'un an, le ministère de l'intérieur dépensait 100,000 francs en livres , gravures, cartesgéo graphiques, etc. S. M. l'empereur d'Autriche , ayant souscrit pour un exemplaire à la Collection des historiens de toutes les nations , imprimés chez Bettoni , se retira de la souscription en 1826!!!

§ 90. — En i8i3, le gouvernement souscrivit pour cinquante exemplaires à l'ouvrage de Léopold Cicognara , iniituléStoria del risorgimento

délia scultura, et imprimé à Venise. Il paya les deux premiers volumes.

Les exemplaires du troisième et dernier volume furent expédiés de Venise à Milan en 1814, après l'arrivée des armées autrichiennes. La régence fit un rapport à S. M. pour être autorisée à payer les susdits cinquante exemplaires. L'auguste empereur François, généreux protecteur des beaux-arts et des sciences , répondit qu'il fal- . lait rendre à l'auteur les exemplaires du troisième volume (1). La régence lui fit observer que, d'après

(i) Pourquoi ne pas lui faire rendre en même temps le premier et le second volume? L'auteur aurait eu ses exemplaires complets!

Au reste , un bon Autrichien , remplissant une des premières charges du gouvernement de Milan , se montrait, à la même époque, aussi fort amateur de livres que S. M.

Ce fonctionnaire était allé rendre visite à un patricien milanais. Introduit dans sa bibliothèque, et frappé à la vue d'un ouvrage en dix volumes magnifiquement reliés (c'était Machiavel), il se répandit en éloges sur la beauté de ces livres. Le Milanais eut la complaisance d'attribuer ces éloges au mérite de l'ouvrage. Le lendemain il envoie chez le fonctionnaire un domestique avec les dix volumes, et un compliment fort obligeant. On refuse 5 il insiste. Que fera l'Autrichien ? Il accorde enfin la délicatesse avet l'honnêteté; il accepte deux volumes !

Le fonctionnaire était certainement plus poli que son maître; mais tous les deux sont également assez près de cet Américain qui approchait de son oreille le livre des. évangiles pour entendre ce qu'il disait.

la méthode suivie par le gouvernement précédent, on avait déjà distribué gratis quarante exemplaires , et qu'il n'en restait plus que dix de disponibles. Aussitôt S. M., par une seconder*solution très vénérée , daigna ordonner que ces dix exemplaires seraient rendus à l'auteur. La nouvelle de ce fait étant sortie des bureaux de la régence , ce ne fut dans tout Milan qu'une huée générale , qui fut répétée à Venise, et retentit jusqu'à Vienne. S. M., non pour échapper aux railleries , mais bien pour donner une nouvelle preuve de sa générosité , dont nous allons bientôt multiplier les exemples, se décida enfin à payer les exemplaires en question.

§ 91. d. — En 1811, le prince Eugène , vice- roi d'Italie, engagea Melchior Gioja à faire la statistique générale du royaume , lui promettant , à titre d'encouragement , 4>5oo francs pour chaque département, et lui laissant le soin de faire imprimer son travail à ses risques et périls. Gioja répondit aux désirs du prince , et parvint à terminer six statistiques dans l'espace de deux ans , pour lesquelles le gouvernement lui compta 27,000 francs.

Pour se conserver le droit de la priorité d'invention , selon le privilège accordé par le décret royal du 24 juin 1806, il obtint du gouvernement que ses manuscrits , scellés de son propre sceau ,

resteraient déposés dans les archives du ministère de l'intérieur. Les Autrichiens étant entrés à Milan en 1814 , Gioja réclama la somme convenue comme encouragement pour une autre partie du travail qu'il venait d'achever, et demanda s'il devait le continuer, ou, dans le cas contraire , qu'on lui rendit ses manuscrits, qui étaient sa propriété. Non seulement le gouvernement autrichien fit cesser cette belle entreprise , mais il refusa à l'auteur la somme qui lui était due , et , ce qui pis est , ses manuscrits furent en grande partie dispersés.

§ 92 . II. Professeurs, a. — - La circulaire du 26 mars 1823 dit que ceux qui veulent être reçus comme maîtres en chirurgie doivent avoir fréquenté régulièrement les classes d'humanité dans un gymnase autrichien , et y avoir toujours obtenu les premiers honneurs.

Cette condition d'avoir fait ses humanités dans un gymnase autrichien, et d'y avoir obtenu les premiers honneurs, n'a d'autre but que de diminuer le nombre des concurrents : car l'habileté en chirurgie n'a rien de commun avec des leçons de rhétorique.

g 9 3 # j,, La circulaire du 3o juillet 1827 dit : ce En conséquence d'une déclaration de la « chambre aulique générale du i3 juin dernier, ce il a été établi qu'à l'avenir les professeurs et « les maîtres n'auront à payer, pour leur pre-

« mièrc nomination , que les taxes caméralcs, « fixées à 5 et demi pour i oo , et que ce ne sera « qu'après les trois ans (c'est-à-dire dans le cas où « leur nomination sera approuvée) qu'ils seront « tenus de payer les taxes camérales de caractère ce de 10 pour 100, et celles de carenva de s5 « pour îoo, déduction faite de la taxecamérale « payée comme ci -dessus, 5 et demi pour

Sous le gouvernement précédent , la nomination aux emplois n'assujettissait à aucune taxe.

§ 94. III. Ecoliers, a. — ce Tous les jours, me « disait un professeur, arrivent de Vienne des « circulaires tendant à diminuer le nombre des « écoliers; mais le gouvernement, qui craint la « clameur publique , n'a pas le courage de les « publier. »

§ 95. b> — Il est dit dans la notification du 17 janvier 1826 : « S. M. I. et R. a daigné ordon- <c neren général qu'aucun étranger ne sera ad- « mis dans quelque institution que ce soit , s'il « est âgé de plus de dix ans. Dans le cas où il au- « rait moins de dix ans , il ne pourra également « êlre admis s'il n'a d'abord obtenu le consente- <c ment du président du gouvernement dans la « juridiction duquel il entend faire ses études. » Ce qui détruit l'exception.

§ 96. — Le gouvernement antérieur, qui ne

redoutait point l'examen de ses institutions et le parallèle qu'on pouvait en faire avec celles des gouvernements voisins , accueillait les étudiants de toutes les nations, et savait les contenir en s'en faisant aimer ; niais le gouvernement autrichien, généralement haï et méprisé, comme nous le verrons ailleurs , s'est déjà vu plusieurs fois contraint, pour faire respecter la discipline, défaire fusiller les étudiants.

§ 97. c. — Auparavant, pour être docteur en droit , on payait 3oo francs. Sous les Tudesques, il faut payer 950 livres d'Autriche (825 fr. 6 c).

$ 98. d. — Le nombre des certificats exigés pour être admi9 à étudier les lois et pour passer d'un cours à l'autre est vraiment incroyable. On peut en juger par la notification suivante , du 9 novembre 1827, publiée par le gouvernement de Milan :

a S. M., dans sa très vénérée résolution du 8 « octobre de la présente année , a eu la comptaice sance d'ordonner qu'à l'avenir ne seront pas « admis à l'étude des lois les jeunes gens qui n'au- « ront pas été parmi les plus forts dans toutes les « écoles du cours de philosophie, et que ceux « qui ont déjà commencé celte même étude des a lois ne pourront continuer leurs cours s'ils* ne « présentent des certificats qui attestent qu'ils « se sont maintenus au premier rang en toutes

« les matières enseignées dans le cours de l'année « précédente. S. M. a daigué accorder aux étatf dianls qui auront été dans la catégorie infé- « rieurc, dansu ou plusieurs cours, de pouvoir « faire une seconde année; mais elle a en même ce temps ordonné que, si dans cette seconde an- <c née ils ne méritent pas une classe meilleure , oc ils seraient exclus immédiatement des études. »

5 99. e. — Dans les gymnases, les jeunes gens sont obligés d'apprendre et de répéter chaque jour neuf à dix leçons : langue latine, langue italienne , langue grecque , histoire générale , histoire particulière de la maison d'Autriche , antiquités, arithmétique , algèbre , instruction religieuse , géographie; que sais-je encore? Cela pourrait faire croire que le gouvernement désire procurer à la jeunesse une instruction rapide et variée ; mais son vrai but est d'en étouffer l'entendement sous un amas d'idées indigestes et de mots insignifiants.

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