BEAUX. ARTS
Qu'on n'aille poiut chercher de la magnanimité dans les états despotiques ; le prince n'y donnerait point une grandeur qu'il n'a pa*.
hii-méme.
Montesquieu.
ÀPrAREKCK-.
§ ii 3. — S. M., voulant manifester son zèle ardent pour les progrès des beaux-arts, a ordonné au gouvernement de Milan de publier le*. notifications suivantes :
« a. — Informé qu'il sort facilement et fré- « quemment de ce royaume des objets précieux <( de sciences, de littérature et de beaux-arts, le « très auguste empereur et roi notre souverain « a daigné ordonner que l'exportation de tout « objet semblable soit défendue, à moins d'une « autorisation préalable du gouvernement. Ea
« exécution de cet ordre gracieux de S. M., qui ce tend à conserver tout ce qui contribue à la ce gloire et à lVc/a* du royaume , la régence à ce décidé ce qui suit :
« Est défendue l'exportation des objets précc cieux de sciences, littérature et beaux-arts, à « moins d'une approbation préalable et formelle ce de la régence. » [Milan , 28 février i8i5.)
ce b. — Reste défendue pour toute rétendue ce de la monarchie l'exportation h l'étranger ce de tableaux, statues, antiquités, collections et de médailles et de gravures, manuscrits rares, « autographes, premières éditions, et en général « de tous les objets appartenant aux beaux-arts, ce et dont l'exportation, diminuant la quantité ce des chefs-d'œuvre de ce genre qui se trouce vent dans la monarchie, doit être regardée ce comme une perte d'autant plus grande qu'il est ce très difficile de la réparer. »( Milan, 17 février 1819.)
RÉALITÉ
$ 119. — Louis XIV fonda à Rome une académie de peinture où le génie français venait se former et se perfectionner. Suivant l'esprit de celte institution , le gouvernement du royaume d'Italie entretenait continuellement a Rome trois
élèves : Pan pour la peinture, l'autre pour la sculpture, le troisième pour l'architecture ; les jeunes élèves y restaient trois ans, après quoi ils voyageaient pendant un an aux frais du gouvernement. Un concours public décidait le choix entre les aspirants à une place dans cette grande école des beaux-arts. S. M. 1. R. A., passionnée pour les beaux-arts, et qui certes ne mérite pas qu'on l'accuse de vandalisme , S. M. a daigné abolir une semblable institution.
j 120. — Nous avons vu dans le chapitre précédent comment elle accueillit VHistoire de la renaissance de la sculpture , du chevalier Cicognara.
$J2i. — Le gouvernement du royaume d'Italie avait établi à Milan une école de mosaïque , et donnait 18,000 fr. par an au professeur Tfafaelliy qu'il avait fait venir de Rome pour former des élèves. S. M. daigna supprimer cet établissement , et fit transporter à Vienne les ouvrages qu'on y avait exécutés.
§ 122. — Au ministère de l'intérieur du royaume d'Italie, il existait un fonds disponible, à titre d'encouragement, sur lequel le gouvernement donnait des pensions aux jeunes gens qui promettaient des succès. Ainsi , par exemple, M. de Marchi en recevait une de 8oo fr. :
S. M. daigna supprimer cette pension et tous les fonds pour en faire.
§ 123. — Le vice-roi d'Italie, prince Eugène , accordait lui-même des pensions aux artistes sur sa cassette particulière ; mademoiselle Nina Berini, entre autres, touchait i5o francs par mois au secrétariat du prince. Aujourd'hui , quand un artiste se présente devant l'archiduc Régnier, vice-roi à Milan, pour lui demander quelque secours , celui-ci fait deux pas en arrière , en répétant : « Je ferai ce que je pourrai, je fe- « rai ce que je pourrai ; » et le pauvre artiste en est pour sa visite, car le vice- roi ne peut rien faire.
§ 124. — Au conservatoire de musique, fondé à Milan par le gouvernement du royaume d'Italie , on permettait aux jeunes gens du dehors de participer aux leçons , moyennant une rétribution mensuelle de io francs. S. M. daigna défendre cette concurrence, au grand dommage du public et de l'établissement , les moyens d'émulation se trouvant par là diminués.
§ 125. — En 1824, quelques jeunes gens demandèrent au gouvernement de Milan la permission d'introduire la lithographie dans le royaume. Il leur fut répondu qu'elle leur serait accordée quand ils auraient donné une preuve de
leur habileté. Alors ils demandèrent d'aller à Taris pour se perfectionner dans leur art; mais la police leur refusa des passeports , disant qu'il n'était pas permis de sortir du royaume pour motif d'études.
} 126. — S. M. a nommé président de l'Académie des beaux-arts , à Milan , le comte Louis Casliglioni , personnage d'une présomption ridicule, qui se connaît en peinture, en sculpture, en architecture, comme un aveugle en couleurs. Il est bon de faire connaître cet individu.
Rampant , solliciteur d'emplois , dès le temps du royaume d'Italie, il commença par obtenir la place de directeur de l'imprimerie royale. A force de faire bassement sa cour aux comtes Moscati et Annoni, confidents du prince Eugène, il était enfin devenu sénateur, quoiqu'il n'eût jamais donné la moindre preuve d'habileté , ni rendu aucun service à l'état ; et il avait reçu de la générosité française , qui présidait à l'administration du royaume italien, 25,ooo livres par an. Le grand-duc Constantin, se trouvant à Milan, après le rétablissement desTudesques, alla visiter Brera (le palais des beaux arts). Reçu par le comte Castiglioni, il lui demandait ce qu'avait fait le gouvernement français pour les beaux-arts, « // a ce tout détruit, tout détruit, » répondit sans hésitation M. le comte. On voit que le brave homme
est tlu nombre de ces personnes prudentes qui se dévouent toujours au culte du présent. Il est inutile de dire ce que le gouvernement de Napoléon a fait pour les beaux-arts : tout ce qu'il y a à Brera de beau et d'utile , la pinacothèque , le cabinet des médailles, les concours publics, l'exposition des produits de l'industrie, tout est son ouvrage, et dément l'impudente et calomnieuse assertion de M. Castiglioni.