ARTS MÉCANIQUES
On reconnaît un pays mal gourerné an découragement de l'industrie et à la détresse des ouvriers.
Anonyme.
APPARENCE
§ 1 27 . — Dans le discours prononcé par le gouverneur ou le vice-gouverneur, à Milan , le jour où , en vertu du décret du 9 septembre 1 8o5 , l'on distribue les récompenses pour les produits de l'industrie , on fait toujours l'éloge de l'empereur François , qu'on ne manque pas de présenter comme un protecteur généreux des arts.
RÉALITÉ
$ 128. — Le gouvernement du priuce Eugène envoya en France et en Angleterre le mécanicien Morosi, pour acheter, à quelque prix que
ce fût , les meilleures machines , et les proposer pour modèles aux artistes. Le gouvernement autrichien, afin de faire de l'argent, a vendu ces machines à l'encan et à vil prix.
$ 129. — Les principes de l'encouragement à donner à l'industrie exigent que les matières premières qui n'existent pas dans le pays entrent sans payer de droit. Le gouvernement autrichien fait tout le contraire : on en trouve une preuve dans la circulaire du 18 septembre i8a3 , qui fixe un droit d'entrée de 10 pour 100 sur la paille avec laquelle on fait les chapeaux.
§ i3o. — Les principes de ce même encouragement demandent que l'importation des matières premières qui manquent dans le pays soit assujettie à un droit moins fort que l'importation de ces mêmes matières manufacturées. Le gouvernement autrichien a fait plusieurs fois tout le contraire. En voici un exemple tiré du tarif du 2 octobre 1817.
Droit par quintal pour l'introduction
Des matières premières. Des matières manufacturées. Coton en flocons . . 14 f. 14 c. Coton filé. ... 12 f. 27 c.
Il est bien évident que le coton filé (objet manufacturé) devrait être soumis à un droit. plus
fort que le coton en flocons (matière première). Les filateurs élevèrent des réclamations contre cette absurdité autrichienne. Le croira-t-on ! il fallut un an pour faire entendre raison à la chambre aulique. Ce ne fut que le 5 octobre 1818 qu'un nouveau tarif vint réparer celte sottise.
§ i3i. — Bien que le gouvernement autrichien demeure dans une crasse ignorance des principes qui doivent Tégler l'assièle de l'impôt , il prétend néanmoins en diriger exclusivement la théorie. En effet, la circulaire du gouvernement de Milan du 18 juin 1823, adressée aux délégations royales , dit : ce Les auteurs d'ouvrages qui <c traitent des loii sur l'industrie et sur le cornce merce devront toujours , en produisant leurs « manuscrits, pour obtenir la permission de les « imprimer, y joindre un certificat constatant (( qu'ils en ont reçu commission d'office. »
$ i32. — Le gouvernement précédent vint plus d'une fois au secours des artistes et des ouvriers. Aucun artiste ni aucun ouvrier n'a reçu un centime du gouvernement autrichien.
§ i33. — Depuis que les Autrichiens sont à Milan , c'est-à-dire depuis le 28 avril 1814, presque toutes les fabriques ont été en déclinant. En voici un exemple :
loi
Fabriques de Jaïence à Porta Ticinese.
Prix des journées.
En 1812. En 1827.
Inspecteurs 5 f . 36c. a f . 3oc.
Ouvriers x 90 1 14
$ i34- — Les causes principales de cette décadence sont :
i° La diminution de débit occasionée par celle de la consommation. La diminution de consommation est l'effet de la misère produite par le gouvernement autrichien , comme nous le verrons ailleurs;
2 0 La concurrence et la rivalité des manufactures , qui , en Allemagne , paient moins qu'en Italie. Par exemple, la concurrence des draps de Bohême a ruiné le lainage de Vaigaudia ; la concurrence des fers de la Styrie et de la Carinthie ruine les fondeurs de fer de Bergame, de Brescia, de Lccco, etc.;
3° La contrebande faite à Vienne par les hauts fonctionnaires (1) , qui envoient à Milan tous les produits de manufacture étrangère , munis de certificats de nationalité, nuit aux fabricants honnêtes, et leur enlève cet appui que la loi leur avait promis.
(1) Voyez à la page 1 06 le § ! 16.
§ i35. — On peut ajouter que les tribunaux autrichiens, dans leur grossière ignorance, méconnaissent le droit de propriété des inventions. En voici un exemple. En 1816, le comte Luigî Porro et 1^. Antoine Robaglia obtinrent un brevet d'invention qui les autorisait à faire seuls usage de la machine à vapeur pour la filature des cocons. Quelques années après , MM. Félix Botta et compagnie ajoutèrent quelque petite chose à l'invention précédente, et obtinrent aussi un brevet de S. M. Il est clarir que ce second privilège ne devait pas détruire le premier ; mais les tribunaux décidèrent le contraire , et dépouillèrent le comte Porro et M. Robaglia de leur propriété , pour l'attribuer entièrement aux autres! ! (1)
(1) Sans excuser l'ignorance et Tin justice des tribunaux, qui portèrent cette décision , il faut convenir que de pareils inconvénients doivent nécessairement arriver dans un état où le souverain, n'ayant en vue que d'attraper de l'argent, cherche toutes les occasions de dispenser des brevets d'invention , qu'il taxe à 5oo , 5oo , 1000 florins , et même davantage , ce qui lui rapporte un revenu annuel; tr,cs considérable.
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