INTRODUCTION
Un prince qui proclame hautement le droit divin dé» souverains , ainsi que l'a fait l'empereur François I er au congrès de Laybacb ;
Un prince qui dit aux instituteurs de la jeunesse qu'il, ne veut pas des hommes à connaissances , mais des sujets religieux et obéissants , ainsi que l'a dit l'empereur François I" lors de ce même congrès ;
Un prince qui aux députés de son peuple demandant des institutions politiques eu harmonie avec les progrès de la société répond « que le monde est en délire, et qu'il « demande des institutions imaginaires », comme l'empereur François I er a répondu aux députés hongrois j
Un prince dont le ministère ose dire : « Le genre hu- « main est en marche ; si nous ne pouvons le faire rétro- « grader, travaillons du moins à l'arrêter » , ainsi que l'a dit le ministre Metternich revenant d'un congrès d'Italie , et en passant à Inspruck j
Un prince dont le ministre qualifie d'émeute cette grande agitation d'un monde civilisé qu'une loi de 1 équilibre éternel pousse vers une liberté graduée sur la marche des idées, et qui , insensé autant que perfide , ose dire: « Dans deux ans d'ici la grande émeute européenne sera « fiuie » , ainsi que Metternich l'a dit dans sou dernier voyage à Paris, voulant prophétiser cette fameuse époque
préméditée par tes despotes, et dont les préliminaires furent si funestes à Charles X ;
Un tel prinee est essentiellement mauvais sans doute , et son gouvernement ne peut que faire le malheur des peuples qui sont tombés sous sa domination.
Cette vérité, qui ne saurait être trop répandue, sera démontrée dans cet ouvrage par le simple récit de fait» incontestables. Pour prouver que le gouvernement autrichien est le plus vicieux et le plus absurde , il suffit de le décrire; et, en commençant à parler de lui, on peut répéter ce9 paroles qu'un digne Français (i) prononçait naguère en entreprenant de parler d'un ministre : « Je veux a marquer ce front qu'on porte si haut; je veux y graver « ses actes : c'est y graver la honte. »
La part que l'Autriche prend à la grande lutte qui continue en Europe depuis quarante ans entre la force et le droit en a fait aux yeux des peuples le porte-drapeau du despotisme* Aucun piège n'a été tendu , aucune armée n'a marché pendant tout ce temps en faveur de l'oppression, où ne se montrât en première ligne l'esprit stupéfiant et l'aigle dévorateur de l'Autriche. Depuis dix-sept ans aucune nation n'a été trahie ou immolée (et combien en comptons-nous ! ) , si ce n'est au nom du traité de Vienne , qui n'est autre chose que le code de l'esclavage européen. Voilà la source de cette haine profonde pour le nom autrichien , qui , semblable à une croyance religieuse , se trouve répandue dans toutes les contrées de l'Europe civilisée! Mais rien ne peut mieux dévoiler le caractère de la puissance autrichienne que l'examen du principe et des modes de son gouvernement intérieur, qui
(t) M. Ledieu, parlant de M. Sébastian*.
peuvent être regardés comme la véritable profession de foi de la tyrannie.
Ce principe et ces modes ressortiront du tableau que nous allons tracer de l'administration de la justice, des entraves de la liberté ; de la direction imprimée à l'éducation, aux beaux -arts, à l'industrie et au commerce j des impôts et de leur perception j enfin de la misère publique y qui en est la conséquence nécessaire.
Quant à la méthode adaptée à notre sujet , elle a été facile à trouver : elle nous était indiquée par la nature même des choses. L'imposture est le guide fidèle de l'Autriche;, excepté lorsque la passion l'emporte chez elle sur la force de l'habitude , ou que son intérêt la dirige autrement , elle marche toujours à son but par des chemins tortueux, en se cachant sous le masque d'apparences trompeuses. On ne saurait mieux symboliser sa duplicité que par l'aigle à deux têtes qu'elle a placé dans sou écussou. Il y a donc dans les actes de son gouvernement des apparences et des réalités : en les mettant en présence, nous en ferons jaillir la vérité.
Quant à ces actes , nous avons senti combien leur choix nous imposait une tûche délicate , ayant affaire à un gouvernement naturellement jaloux de conserver le mystère dont il s'efforce d'envelopper ses méfaits , et pour qui c'est un crime de chercher à connaître , et un crime bien plus grand de raconter ce que l'on connaît. Afin de ne pas fournir à la calomnie des prétextes pour perdre quelques milliers de familles innocentes, nous nous sommes donc fait une loi de ne citer que des faits généralement connus. Mais il n'en est pas moins certain que tous les délits que la maison d'Autriche commet sans relâche en Italie sont écrits journellement eu caractères ineffaçables , que tôt ou tard ils seront dévoilés, et que l'Autriche
ne pourra échapper au supplice qui l'attend dans la postérité : car une profonde conviction nous fait apprécier la vérité de ces paroles de l'apôtre : Nihil enim est operium >{uod non revelabitur , et occullum quod non scieiur.
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