‹ L'Italie sous la domination autrichienneChapitre 25 sur 28 · IMPOSTURE · texte numérisé non relu

IMPOSTURE

Couvrir sa méchanceté du manteau de l'hypocrisie , t'est ajouter la lâcheté et la fourberie A tout les astres vices.

Rousseau.

APPARENCE

§ 246. — Le gouvernement autrichien se présente auxpeuples comme protecteur de la religion , et réussit à les tromper au moyen de quelques apparences, qui sont toutefois étrangères a la morale. En voici quelques unes :

i» Dans le règlement général pour l'université de Pavie, du 29 avril 1825, l'ordre des sections des études et des facultés est ainsi fixé : La première et principale faculté est celle de théologie , la seconde celle de droit , la troisième celle de médecine, la quatrième et dernière celle de philosophie,

2° S. M. a rétabli les capucins dans les provinces vénitiennes, et a accordé aux novices Pexcmption de la conscription (4 janvier 1827).

3° Gouvernement de Milan. — Notification du a3 janvier 1827.

ce S. M. I. et R. , par souveraine résolution a du 1 er novembre 1826, a abaissé (abbassato) « l'ordre que défense soit faite de vendre des rea liques ou des morceaux de bois de la très « sainte Croix.

<e En exécution de cette détermination et du « décret de la chancellerie aulique réunie en ce date du 28 septembre 1826, on fait savoir au « public ce qui suit :

« i° Il n'est pas permis de vendre des reliée ques et des morceaux de bois de la très sainte ce Croix, soit à l'enchère, soit autrement; il ne ce peut non plus y avoir lieu , relativement à ces ce objets, à aucun acte exécutoire, en cas de con- « cours ou d'hérédité ; enfin, on ne peut en faire ce la cession ni le dépôt à des personnes non <c catholiques.

ce 2 0 Dans le cas où. l'on proposerait la vente a d'une matière quelconque renfermant lesdites ce reliques ou fragments, on devra les séparer, ce avec l'intervention d'un commissaire épisco- <c pal, <milu curé, si la commune est située loin « de la résidence de l'évêque, et les confier à

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ce leur garde , sauf aux évêques a prescrire aux <c curés comment ils doivent se conduire en pacc reii cas, et quel usage ils doivent faire des rclia ques ou des fragments obtenus. Que si ces oboc jets ne peuvent être sépares de la châsse, ils <c devront être consignés avec les mêmes formate lilés, et avec l'objet dans lequel ils sont conte- « nus (i). »

RÉALITÉ

§ 247. — Un des grands génies du dix-septième siècle a , dans une comédie immortelle , frappé un vice hideux qui, se couvrant du manteau de la religion, ose invoquer Dieu pour spéculer avec plus de succès sur la crédulité des

(1) Ce décret est sans doute fort édifiant; nous devons rapporter un fait qui ne l'est pas moins.

Lorsque l'empereur d'Autriche alla à Ferrare, on s'empressa de lui présenter l'autographe du fameux poème de l'Arioste, que l'on conserve parmi les raretés de la ville où le poète prit naissance. L'empereur jeta dédaigneusement ce manuscrit, honoré par l'admiration de trois siècles, en disant : Non ho mai letlo e non voglio vedere quel poema cosi osceno. a Je n'ai jamais lu et je ne veux pas « voir ce poème si obscène. »

Et tout cela pour quelques contes libres qui n'ont rien

•hommes, et les tromper avec plus de facilité. Or, comme le gouvernement autrichien parie bien haut de sa religion , il faut que, d'après la règle de l'Evangile , Ex operibus eorum cognoscetis eofi, nous examinions si ses actes répondent à son langage.

ce L'esprit de l'Évangile, dit Fleury, n'est que « sincérité, candeur, charité, désintéressement. » (Hist. ecclés.y tome xi, page 18.)

Ceci posé , le gouvernement autrichien présente une suite d'apparences tout-à-fait contraires à la réalité: il proteste de son amour pour les sciences, et fait la guerre aux savants ; il proclame la liberté des esclaves, et il tient les citoyens dans le plus dur esclavage ; il fait ostentation de justice, et il refuse de rendre justice à qui la lui

à faire au poème , et que l'auteur y intercala uniquement pour complaire aux usages d'un temps plus corrompu, ou moins hypocrite que le nôtre, où le pape et son sacré collège assistaient dans le Vatican aux représentations les plus scandaleuses , et faisaient publiquement de grosses pensions à leurs en fants ! Cette réponse de l'empereur serait excusable à peine dans un anachorète...: mais, quant à lui, il est maintenant dans ses quatrièmes noces i Au reste, s'il avait lu le poème de l'Arioste , il y aurait vu, au chant XVII, ce que l'amour de son pays, en butte à l'étranger et an despotisme, èut quelquefois dicter à un écrivain de génie. '

demande. ,

Or ces mensonges de fait sont condamnes par les textes suivants de l'Écriture :

Stt sermo rester, Est, est ; Non, non,

(Saint Mathieu, v. 37.)

Sanctifica eos in veritatc ; sermo tuus veritas est,

(Saint Jean, xvii, 17.)

1 a) qui mini veritatc m unusquisque cum pro ximo suo; veritatem et judicium pacis judicale in portis vestris,

(Zacuarie, viii, 16.)

Potior fur, quant assiduitas viri mendacis ; perditionem autem ambo hœreditabunt.

( Eccles. xx, 27. )

§ 248. — Dans les actes du gouvernement autrichien, tout est voilé, mystérieux, couvert de ténèbres.

Le gouvernement , en se persuadant que ses œuvres resteront ensevelies dans les ténèbres, prouve qu'il ne croit pas à ces paroles : Nihil est opcrlum quod non revelabitur et occultum quod non stietur.

(Saint Mathieu, v, 10.)

§ 2$g. L'avarice unie au manque de sincérité, de candeur, de publicité, ne nous permet pas de reconnaître, daus le gouvernement autrichien, les caractères du vrai chrétien; nous sommes forcés de lui appliquer ce que l'Ecriture dit des hypocrites : fe vobis, hypocritœ tristes...., sepulcra dealbata, genimina viperarum.

§ 25o. La doctrine théologique de la maison d'Autriche ne repose point sur la base divine et inébranlable de l'Evangile ; mais elle flotte incertaine suivant ses espérances et ses craintes mondaines. Dans le dernier siècle, la maison d'Au- 1 riche fit publier et enseigner la Fraie idée du saint siège deTamburinij aujourd'hui cet ouvrage est procrit,etil est défendu de l'imprimerai). Le saint-siége conuaît à fond la maison d'Autriche, et sait bien ce que signifient ses caresses....

(1) Dans les premières années de l'arrivée des Autrichiens en Lombardie, un homme instruit, qui honore l'art typographique en Italie, avait demandé et obtenu du gouvernement de Milan l'autorisation d'imprimer une collection des œuvres de Tamburini. Croyant qu'il ne pouvait mieux débuter dans sa belle entreprise que par la publication du fameux ouvrage la Vera idea délia santa-sede , il venait à peine d'en imprimer le volume, lorsque la police séquestra l'édition j et, sans l'indemniser du dommage réel qu'il en souffrait, elle le força de renoncer à son projet î !

5 a5i . — S. M. a eu le courage (et c'est une preuve de soumission religieuse) de mutiler le symbole de fticéc. En effet , à la page 45 du petit catéchisme que, par ordre de S. M*, on fait apprendre aux enfants, on lit :

« Credo in s pi rit uni sanctum >

ce Sanctam ecclesiam catholicam , sanctorum communion em.

Or le symbole de Nicée , tel qu'on le lil dans tous les missels , dit : Sanctam ecclesiam catholicam etapostolicam. S. M. a retranché ces mots et apostolicam , dans le but de faire sa cour aux souverains ponlifes 1 qui , pour conserver tout leur pouvoir spirituel, ne veulent pas que l'Eglise ait reçu l'autorité des apôtres.

S. M. a changé de foi depuis i8i5 : car, dans la loi du 24 avril de cette année, relative à l'organisation des congrégations centrales et provinciales, on voit répilhète iVaposlolique donnée à l'Eglise.

$ 252. — S. M. se croit cependant assez catholique pour ordonner l'insertion dans le catéchisme intitulé Devoirs des sujets, etc. , dont nous avons parié à la page 49 , les demandes et réponses suivantes, qu'on y lit à la page 7 :

i4 c demande. Est-ce un bienfait que Dieu nous fait en nous donnant des rois et des supérieurs chrétiens et bons ?

« Réponse. Oui : c'est un des plus grands bien- « faits de la Divinité de nous donner des rois et « des supérieurs chrétiens et bons : tels sont ceux ce sous lesquels nous avons le bonheur de vivre. « Aussi devons-nousprierincessammenlDicupour <c qu'il accorde une longue vie et un long règne à « notre très Aime souverain !f » (i)

Nos lecteurs se rappellent que S. M. prétend que ses sujets se comportent envers elle comme des esclaves fidèles envers leur maître , parce que te souverain est le maître de ses sujets , et a pouvoir sur leurs biens aussi bien que sur leur vie ! !

Ces maximes, dignes des empereurs du Mogol et de Turquie , révoltèrent à Milan jusqu'aux maîtresses d'écoles d'enfants. Le gouvernement^

(i) Quant aux preuves de cet amour du peuple, elles, se réduisent aux articles que le gouvernement fait rédiger r\ insérer clans les feuilles publiques à l'époque de l'anniversaire de la naissance de l'empereur François. En voici un, tiré de la Gazette de Milan. C'est un modèle de candeur et de sincérité'.

« Le retour de l'heureux anniversaire de la naissance « de S. M. a été célébré hier dans cette ville, au milieu « cU? l'enthousiasme général, avec toute la pompe qui conu vient à un m beau jour, et à l'amour des peuples à qui « la Providence a donné dans le meilleur des souverains * le meilleur des pères ! î !. »

fût obligé d'envoyer l'abbé Carpani , inspecteur des écoles élémentaires , pour les apaiser, et leu* dire qu'elles pouvaient entendre cette maxime comme elles le voudraient , pourvu qu'elles ne fissent pas de tapage, et n'excitassent point de scandale (1).

$ a53. — L'Observateur autrichien a dit, dans le temps, que don Miguel était allé à Vienne pour apprendre l'art de gouverner. Tout le monde a été à même de juger des leçons qu'il y. a reçues : le parjure est le moindre exploit de cet élève (2).

§ 254. — Jusque dans les plus petites choses, S. M. fait preuve d'un orgueil anti-chrétien, en attribuant l'infaillibilité aux rois, malgré l'Ecriture qui les déclare très faillibles. Un seul exemple noussuttira. On sait que, dans la tragédie iY^tristodème) de Monli, Arislodèmc s'écrie en mourant: <c Dites aux rois que des crimes sont « un mauvais moyen d'arriver au irône. »

(1) Un roi d'Angleterre, Richard II , fils du grand Edouard lit , s'étaut seulement avisé de dire, en présence de témoins , qu'il était le maître de la vie et des biens de ses su/ets , le parlement jugea et condamna le roi. Ce que c'est pour les princes que de vivre sous une latitude différente! ! !

(2) Selon toute apparence il n'aura bientôt d'autre parti à. prendre que de retourner à V école ! !

S. M. ordonna de substituer aux mots aux rois les mots à tous.

$ 255. — Ces actes et bien d'autres , qui excitent le mépris et l'indignation du public , sont autant de preuves d'imposture j et l'imposture esl fille d'une lâche méchanceté.

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